
Née en 1922, Jeanne Bourin passe une double licence d'histoire et de lettres,
après des études au lycée Victor-Duruy. Romancière et historienne médiéviste,
elle publie en 1963 son premier livre qui raconte les amours respectives de
Pierre de Ronsard et d'Agrippa d'Aubigné. Sa deuxième parution est une
biographie d'Agnès Sorel intitulée La dame de beauté et
pour laquelle Jeanne Bourin a renoué avec une méthode historique. Mais c'est
en 1979 qu'elle connaît son plus grand succès : elle a consacré sept ans de
recherche à ce roman qui rassemble critique et public. La chambre des dames, préfacée par Régine Pernoud, met en scènes des marchands et artisans du
siècle de Saint-Louis. Le livre obtient plusieurs prix et est traduit en sept
langues. Elle écrit en outre la suite de son roman à succès sous le titre
du Jeu de la Tentation. Le genre romanesque devient alors sa
source fétiche : elle étudie la passion de Pierre de Ronsard pour Cassandre
dans Les Amours blessées en 1987 avant de consacrer le
début des années 1990 à une histoire des jardins français. Jeanne Bourin a de
même organisé plusieurs conférences et écrit de nombreux articles de
presse.
Elle meurt en 2003.
Jamais le Moyen Age n'avait encore inspiré un tel roman, chronique chaude et
familière d'une famille vivant au XIIIème siècle, dans le royaume de Saint
Louis.
Ce roman n'est pas un roman historique au sens habituel du terme.
C'est un roman dans l'histoire. Jeanne Bourin y conte l'existence quotidienne
des Brunel, orfèvres à Paris, surtout celle des femmes et, tout
particulièrement, de deux d'entre elles : Mathilde, la mère, trente-quatre
ans, et Florie, sa fille, quinze ans, qui se marie. Tout semble tranquille,
assuré. Rien ne l'est car une folle passion et des événements dramatiques vont
ravager la vie des Brunel.
Si l'intrigue est imaginaire, le cadre
historique, lui, ne l'est pas. Une documentation rigoureuse donne au moindre
détail une authenticité que Régine Pernoud, éminente médiéviste, s'est plus à
confirmer dans sa préface : les Brunel vivent sous nos yeux comme on vivait en
XIIIème siècle rayonnant où l'on mêlait gaillardement vie charnelle et vie
spirituelle, quête du corps et quête de l'âme, sans déchirement. A
travers La Chambre des dames, tout un temps ressuscite dans sa
verdeur, son naturel et son originalité. Nous épousons sa mentalité, tout à la
fois voisine et différente de celle d'aujourd'hui. Mathilde, Florie, chaque
personnage nous devient familier, nous les aimons comme s'ils étaient des
nôtres. C'est ainsi que bien des idées reçues se voient battues en brèche.
Déchirant la nuit qui déclinait, le cor, soudain, sonnait le jour.
J'avais lu ce livre, adolescente, et il m'avait laissé une forte impression. Je le relis longtemps après dans le cadre d'une lecture commune, et je lui trouve toujours autant de charme, même si ce charme me paraît désormais un peu suranné et que certains défauts sont plus visibles à mes yeux.
Or donc, ce qui m'avait séduite et qui continue à me séduire, c'est cette immersion totale dans ce Paris du XIIIè siècle où l'on suit le quotidien d'une
famille d'orfèvres, les Brunel. L'auteure décrit avec beaucoup de précision les décors, les costumes, les
bijoux, les fêtes, les repas et même les odeurs... On suit certains membres de
la famille dans leur visite aux malades de l'Hôtel-Dieu, dans la procession du
saint patron de leur guilde, dans les caroles fêtant le mois de mai, dans
leurs déplacements d'une région à l'autre... bref, dans les mille et un gestes
qui émaillent leur quotidien ! Car c'est un Moyen-Age vivant, coloré, érudit, que nous dépeint l'auteure, loin des clichés habituels sur la noirceur
crasse des temps... peut-être même un peu trop idéalisé parfois !
Il y a un détail qui pourra peut-être surprendre les lecteurs(trices)
du XXIème siècle mais qui participe au réalisme du livre et c'est
l'omniprésence de Dieu dans leurs moindres gestes, dans leurs moindres pensées
!
Mais ce livre a également les défauts de ses qualités car dans son souci du détail réaliste, l'auteure ne nous épargne aucun
adjectif, aucun substantif dans des phrases à rallonge, si bien que l'on a parfois l'impression qu'elle nous dresse le catalogue d'un marchand
médiéval tenant boutique !
Cette lourdeur se ressent dans certains des dialogues où l'auteure
enferme des informations qui n'y ont pas leur place et qui donnent
l'impression qu'ils sonnent faux...
Concernant l'histoire en elle-même, l'intrigue tourne surtout autour de
Mathilde, la mère, et de Florie, la fille aînée, qui vont toutes deux éprouver une passion coupable pour le
cousin par alliance de la deuxième,
Guillaume Dubourg.
On assiste donc à leur combat intérieur pour résister à cette
tentation redoutable et respecter leur devoir envers leurs époux
respectifs.
Personnellement, je ne me suis attachée à aucun des
personnages de ce triangle amoureux (le seul qui trouve grâce à mes yeux dans
le roman est Arnauld, le frère aîné).
Mathilde
m'agace par ses lamentations incessantes sur l'impuissance de son époux (le
pauvre !).
Florie, si elle m'avait émue lors de ma première lecture, me laisse dans
l'incompréhension la plus totale... /!\Attention spoiler/!\Si on lui pardonne sa faiblesse dans la première partie du livre eu égard à
sa jeunesse, à son inexpérience et au machiavélisme de Guillaume, on a bien
du mal à comprendre sa rechute 6 ans plus tard. Idem, pour Guillaume. Je
dois avouer qu'au début, j'éprouvais de la pitié pour lui car il semblait
malheureux de ses sentiments envers Florie et qu'il éprouvait de la
culpabilité vis-à-vis de son cousin, mais ensuite,son manque flagrant de
scrupules, son chantage honteux n'ont attiré que mon mépris. Il fait preuve
d'un égoïsme aussi délirant que sa passion est destructrice, ce qui fait de
lui un être totalement méprisable./!\Fin du spoiler/!\
Mais c'est justement cela qui fait la force du roman selon moi : des
personnages aux prises avec leur conscience et qui se débattent avec leurs
contradictions, leurs doutes, leurs faiblesses et leur noirceur.
Bref, malgré quelques défauts, je trouve cette plongée dans l'univers des Brunel passionnante avec des passages très forts, et les drames vécus par cette famille ne peuvent nous laisser indifférent.
Appréciation :

page 61 :
Le soir était venu. Avec lui, la fête battait les murs de Paris. Au
milieu des chaussées, aux carrefours, sur les places, on dansait, on
chantait, on applaudissait, on buvait, on riait. Le long des rues
tendues d'étoffes aux couleurs vibrantes, courtines et tapisseries
ornaient les fenêtres. Des guirlandes de fleurs, de feuillages
décoraient les façades de chaque maison.
Ménestrels, musiciens, jongleurs, conteurs, s'étaient établis un peu
partout, jouaient de tous les instruments, apostrophaient les passants,
débitaient mille farces, étourdissaient les Parisiens dont les
vêtements, tant ils étaient colorés, semblaient tout flambant neufs.
Autour des arbres de Mai, enrubannés, plantés en des endroits choisis,
filles et garçons faisaient des rondes. Sur les plus grandes places, on
se livrait aux joies de la danse robardoise, à celles de la Belle Aélis,
et, bien entendu, à la ballerie de la Reine de Printemps.
Sans hâte, en cadence, une chaîne de jeunes femmes et filles oscillait,
place de la Grève, au rythme de la carole.
La suite de La Chambre des Dames : ici
Lecture commune organisée par A Little Bit Dramatic...
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Ma 3è participation au challenge de Lynnae - avec une brève apparition de Saint Louis.













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