mardi 13 octobre 2026

En l'absence des hommes de Philippe Besson

 ”Je ne suis plus un enfant. Il ne faut pas se fier aux yeux verts, à la peau de fille, à cette fragilité de l'apparence, à la gracilité. Il ne faut pas croire que les yeux baissés, c'est forcément de la timidité. Je sais ce que je fais. Seize ans, c'est l'âge des possibles. Je ne m'interdis rien. Pourquoi m'interdirais-je quoi que ce soit ?


Editions : Julliard
Parution : 2001
Genre : Roman historique, épistolaire
Pages : 194
Emprunté

Quatrième de couverture : 

Eté 1916. Vincent découvre la passion dans les bras d'Arthur, jeune soldat qui tente d'échapper pour quelques jours à l'horreur des tranchées et, dans le même temps, ébauche une amitié amoureuse avec Marcel Proust... C'est le point de départ de ce surprenant roman, le premier écrit par Philippe Besson.

Mon avis : 

C'est après avoir vu à la télévision, l'adaptation d'un roman de l'écrivain Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges, que j'ai eu envie de découvrir son oeuvre. Comme le livre éponyme avait déjà été emprunté à ma médiathèque, je me suis rabattue sur celui-ci, attirée par l'époque où était censée se dérouler l'intrigue, à savoir la Première Guerre mondiale. En outre, en apprenant que le livre portait sur l'amour entre deux hommes (un ado et un jeune homme pour être plus précise), je m'attendais à tout autre chose. Je pensais que l'histoire serait plus ancrée dans l'Histoire ! Là, ça aurait pu se passer à n'importe quelle époque. Je m'attendais à une description de la vie à l'arrière, en l'absence des hommes justement, et à découvrir la vie d'un jeune garçon de 16 ans parmi les femmes, avec les réflexions et les rêves que l'on peut avoir à cet âge-là. Or, j'ai trouvé Vincent trop mature pour son âge et l'époque, et surtout, un peu trop prédisposé au verbiage (c'est lui le narrateur du roman). En effet, j'ai eu l'impression que l'auteur s'appliquait surtout à bien écrire, se souciant plus du style que de nous transmettre des émotions, car malheureusement, je n'ai jamais ressenti cette passion censée embraser nos deux jeunes amants.

La faute, je pense, au style qui m'a gênée tout le long de ma lecture, tant il semblait copié sur celui de Marguerite Duras ! C'était déstabilisant... et lassant à la longue tous ces "Je dis : (...) Tu dis : (...)" qui s'enchaînent ad nauseam. D'autant que la compréhension devient confuse avec des dialogues qui se suivent dans un même paragraphe et se mélangent avec le récit lui-même si bien que parfois je ne savais plus quel personnage parlait ni quel personnage agissait !

La 1ère partie du livre couvre les 7 jours de permission d'Arthur pendant lesquels Vincent alterne ses après-midis avec Marcel (Proust) et ses nuits avec son amant.

La 2ème partie est constituée de la correspondance entre Vincent et Arthur, reparti au combat, et de Vincent et Marcel parti en Normandie régler des affaires.

Pour la 3ème partie, je ne peux en parler sous peine de spoiler !

Malheureusement, rien ne m'a convaincue dans ce livre, et je ressens beaucoup de frustration en tant que lectrice. On ne saura jamais comment Vincent et Arthur sont tombés amoureux. On passe sans transition du 1er rendez-vous avec Marcel à sa nuit d'amour avec Arthur. Qu'est-ce qui les a poussés dans les bras l'un de l'autre ? Mystère... Il n'y a pas vraiment d'histoire, on a surtout l'impression que Vincent s'écoute beaucoup parler ! C'est dommage, parce que ses pensées sont parfois joliment transcrites. 

C'est comme pour le contexte historique, on a le sentiment qu'il n'est qu'un prétexte et que l'auteur voulait surtout se faire rencontrer le narrateur et Marcel Proust. En outre, j'ai trouvé le traitement de certaines situations assez anachroniques : je veux bien que dans le milieu artistique, la tolérance était plus développée vis-à-vis de l'homosexualité mais Vincent se confie très vite à son tout nouvel ami, et par lettre de surcroît ! Idem pour sa correspondance avec Arthur où il lui parle sans fard de la nature de leurs liens alors que les lettres étaient ouvertes, lues (et censurées au besoin) par l'Armée... Tout sonne donc un peu faux dans ce récit ! Il faut dire que le livre ne fait que 194 pages écrites en gros caractère. Un peu trop court pour développer de manière satisfaisante l'intrigue et donner de la consistance aux personnages...

D'autres avis :  Babelio ♦ Booknode ♦ Livraddict

lundi 12 octobre 2026

Le ruban rouge de Dominique Sensacq-Noyer — La Chambre du Lord , tome 2


”Toujours les mains levées, respirant les odeurs de terres humides, mon regard se porte une nouvelle fois sur les traces de sang qui recouvrent mes mains. N’y tenant plus, je lèche mes doigts en fermant les yeux, respirant comme une bête, enivré par ce fluide, je ressens un frisson d’excitation. J’ai le goût de Lowis dans ma bouche, c’en est presque obscène.





Éditions : Gaelis
Collection : Saga historique
Parution : 23 mai 2023
Genre : Roman historique
Format : Kindle
Pages : 548
Prix : 9,99 euros

Quatrième de couverture:

Avril 1756, Angleterre.

Le capitaine Slade, surnommé « l’Araignée », vient d’abattre sa fureur sur William. Conscient de sonerreur, il tente par tous les moyens de se racheter. Il reprend sa vie chaotique en main et souhaite, par-dessus tout, obtenir le pardon de son cadet.

Le jeune lieutenant William Lowis-Doyle admet que son formateur devient peu à peu son allié et trouve en lui une aide précieuse, même si la méfiance est de rigueur. Se soumettant aux pressions familiales et aux obligations de son rang, William doit se marier et accepter de réprimer son aversion pour les courbes féminines. Alors qu’il nourrit toujours autant de sentiments pour Simon Ridley, son corps, lui, l’attire irrémédiablement dans les bras de Victor de Beaucourt, son initiateur.
Que ce soit au cœur de Londres, dans un club privé, sur son domaine de Castle Lion ou dans le campement de Solihull, il luttera sans relâche entre son désir de vengeance, ses pulsions sexuelles et son besoin d’apaisement. Mais saura-t-il préserver cet équilibre fragile entre passion, rigueur militaire et poids des convenances ?

Mon avis :


/!\Attention, ce billet contient des spoilers/!\


J'ai trouvé ce 2ème tome très en-deçà du 1er !
Nous reprenons la lecture là où nous l'avions quittée à la fin du tome 1 : Slade, qui n'a pas supporté le sursaut de dégoût de William face à l'une de ses confessions (ni le fait qu'il a désormais un amant) l'a battu presqu'à mort.
Alors que j'avais dévoré le tome 1, la lecture a été plus laborieuse pour ce tome-ci, pas pour l'ensemble mais à certains endroits : j'ai lu en diagonale, voire carrément sauté les chapitres consacrés au mariage, aux invités et tutti quanti tellement je les trouvais ennuyeux. En outre, on découvre combien Will s'est fait berner par sa femme, qui fait un peu manipulatrice, en plus de se montrer éternellement insatisfaite (même si Will n'est pas exempt de torts à son endroit) ; d'ailleurs, Charles, le frère de la mariée, donne d'elle une description fort peu élogieuse : "Elle est de la même trempe que mon épouse... Autoritaire, jalouse, possessive, capricieuse, dépensière"

Par ailleurs, je n'ai pas compris certains choix narratifs de l'auteure :
  • pourquoi faire de William un meurtrier, et surtout de cette façon ? Bon, j'imagine que c'est pour l'obliger à aller demander de l'aide à Slade et peut-être l'effrayer sur le fait qu'il est en train de devenir aussi monstrueux que l'être qu'il hait le plus au monde ? En tout cas, j'ai trouvé cela très mal amené.
  • Slade a violé William dans le tome 1, il l'a brutalisé et humilié devant tout le monde, il a même failli le tuer mais ici on fait comme si de rien n'était... tout le monde, y compris William, sourit à ses bons mots alors qu'ils étaient tous horrifiés dans le tome précédent. Ce comportement est totalement incohérent !!! Pour revenir à certaines réactions amusées de William, totalement aberrantes eu égard à leur passif, c'est comme si l'auteure essayait de rendre Slade sympathique aux yeux de William pour mieux préparer le pardon à venir et lui faire oublier sa soif de vengeance, malheureusement, ça ne fonctionne pas du tout sur moi, bien au contraire !
  • le changement de comportement radical de Victor de Beaucourt, même s'il peut s'expliquer par la terrible épreuve qu'il traverse, reste peu convaincant (lui qui s'était montré respectueux et réconfortant face aux confessions douloureuses de Will dans le tome 1), ou alors, il aurait fallu prendre le temps de développer cette partie-là pour la rendre plus crédible.
  • le changement de Slade est également trop radical, on n'y croit pas un seul instant ! C'est dommage, parce que les discussions à bâtons rompus entre Slade et Will sont l'un des points forts du roman !
  • la scène au bordel réservé aux homosexuels est tout bonnement impensable : Slade s'auto flagellait dans le tome 1 dès qu'il avait des pensées impures envers un homme et là, il se montre très tactile et très à l'aise avec son amant Rupert, et ce, en présence de William et de plein d'inconnus ! La psychologie des personnages devient complètement incompréhensible !
  • la scène où Slade demande pardon à Rupert qui le lui accorde facilement alors qu'il s'est fait battre presque à mort par ce fou furieux me paraît un peu facile et surtout choquante ! Attention, un auteur peut absolument écrire sur tous les thèmes, même les plus malaisants, à condition de ne pas banaliser des faits aussi graves ! Ici, la violence de Slade est évacuée trop facilement à mon goût.
Dans le tome 1, j'aimais beaucoup les POV de Slade mais ici, ils n'apportent rien de plus à l'histoire vu que le capitaine démoniaque est devenu un personnage presque lambda et "normal".


Par contre, j'ai beaucoup aimé la relation entre Will et Ridley, soldat du rang, et leur complicité ! Ca amenait une bienheureuse bouffée d'oxygène. Ridley est un personnage à la fois solaire, truculent, drôle et attachant. 

Juste pour pinailler, j'ai remarqué une inexactitude théologique : la confession auriculaire (auprès d'un prêtre) n'existe pas chez les protestants. Ca paraît peut-être anecdotique mais ça m'a fait tiquer !

Malgré tout, j'ai apprécié globalement ma lecture. Mes réserves auraient sûrement pu être atténuées si l'auteure avait pris le temps d'amener  l'évolution des différents personnages avec un peu plus de subtilité...

Concernant l'édition, il reste plusieurs fautes d'orthographe, de grammaire, de conjugaison. En outre, dans le format numérique, il y a un problème de mise en page :  les phrase sont coupées en plein milieu du paragraphe avec saut à la ligne, et ce à plusieurs reprises. 


/!\Attention, en raison des thématiques lourdes abordées (violences sexuelles et psychologiques, torture), cette œuvre s'adresse à un public averti, même si les scènes de sexe sont peu présentes et peu détaillées./!\



D'autres avis : Babelio ♦ Booknode ♦ Livraddict



dimanche 11 octobre 2026

Le ruban noir de Dominique Sensacq-Noyer — La Chambre du Lord , tome 1


”Impeccablement tirés en arrière, d’un noir intense, ses cheveux étaient noués avec un ruban de satin rouge. C’était une particularité de Faust Octavius Slade. Là où tous les soldats, officiers compris arboraient un ruban noir, en satin, en soie ou en coton, lui, portait souvent un ruban rouge vif. On pouvait ainsi l’identifier de dos, d’un seul coup d’œil, au milieu d’un groupe de tuniques rouges.


Éditions :
Gaelis
Collection : Saga historique
Parution : 29 juillet 2022
Genre : Roman historique
Format : Kindle
Pages : 540
Prix : 9,99 euros

Quatrième de couverture:


William Thomas Lowis-Doyle, un jeune aristocrate de haute lignée, entre dans sa dernière année de formation militaire. Il fait la connaissance de son officier supérieur, le capitaine Faust Octavius Slade, à la réputation sulfureuse et rencontre Simon Ridley, soldat du rang, pour lequel il va rapidement ressentir une attirance particulière, qu’il n’arrive pas à assumer. Au cours d’une mission avec le capitaine Slade, qui a compris très vite ce qu’il est, William est brutalisé et violé par son formateur. Il doit se taire et supporter cette souillure, seul. Au cours de ses mois de formation, il est régulièrement mis à l’épreuve par le capitaine Slade a qui il voue une haine farouche, pourtant, entre eux, une relation ambiguë̈ et complexe va voir le jour… William prisonnier de son éducation, du danger que ses tendances sexuelles lui font courir au sein de l’armée où l’homosexualité est passible de mort, sera confronté aux mensonges, à l’intolérance, à certaines réalités et devra apprendre la compromission. Faire la distinction entre l’amour, l’amitié, le désir et la soif de vengeance lui sera-t-il possible sans qu’il ne se perde lui-même ?


Mon avis :


C'est la 1ère fois que je lis un roman des éditions Gaelis mais la thématique historique (l'armée britannique du XVIIIème siècle), que je n'avais jusque là jamais vu abordée en littérature, m'avait fortement intriguée. J'ai donc acheté les 3 premiers livres et les ai lus dans la foulée.

Or, donc, à l'automne  1755, le jeune héros du roman, William Thomas Lowis-Doyle, deuxième fils du duc de Wharton, intègre à l'âge de  17 ans le 13ème régiment d'infanterie en tant que cadet, pour terminer sa formation militaire. Contre toute attente, il est confié au capitaine Faust Octavius Slade, normalement interdit de formation depuis que le dernier cadet qu'il a eu en charge est mort dans des circonstances dramatiques ! Celui-ci s'est-il réellement suicidé ? Et le capitaine Slade, porte-t-il une part de responsabilité dans cette mort ? 


C'est en compagnie du personnage principal que nous allons découvrir la personnalité atypique du capitaine Slade : premièrement, il est le seul officier dont les origines sont roturières (d'ailleurs, il n'éprouve que mépris pour tous ces cadets issus de la noblesse et qu'il juge injustement favorisés par le fait de leur naissance) ; deuxièmement, c'est un homme très cultivé malgré la modestie de son pedigree, à la répartie spirituelle et souvent féroce ; troisièmement, c'est un dangereux psychopathe, une bête blessée et brutale, qui aime faire souffrir les autres... mais aussi se faire mal pour, semble-t-il, se punir de quelque chose. 

Dans le tome 1, sur une 60aine de chapitres, nous n'aurons droit qu'à 5 points de vue de Slade écrits à la 1ère personne. C'était intéressant de découvrir les pensées de ce démon de Faust... et clairement glaçant ! Car, bon, il est complètement taré, hein ! Il adore humilier les autres, physiquement ou verbalement. Si bien que l'on se demande s'il n'a pas lui-même été humilié plus jeune ? Seules quelques bribes de son histoire sont lâchées de-ci de-là à partir de la moitié du livre, si bien qu'une aura mystérieuse, autant qu'effrayante, ne cesse de l'entourer. 
Pour le malheur de William, Slade est fasciné, attiré, obsédé  par lui dès le début. L'auteure a dressé un portrait à la fois troublant et inquiétant de ce monstre. Y-a-t-il encore quelque chose à sauver chez lui ? Malgré tout, j'ai eu peur, durant toute ma lecture, qu'en le faisant tel qu'il est, Dominique Sensacq-Noyer ne s'interdise pas tout rapprochement sentimental avec le personnage principal, ce qui aurait été totalement choquant à mes yeux. Mais ici, nous échappons à toute romantisation des agressions que Slade commet.

Si j'ai adoré découvrir la vie d'un régiment militaire au XVIIIème siècle, avec ses codes, ses exercices et le quotidien qui s'articule autour d'un camp, ainsi que l'évolution du jeune William, j'ai un peu moins adhéré à celle de Slade, que l'on le voit, dans la 3ème partie du roman, écraser une larme lors d'un événement particulier ; plus loin encore, nous apprenons une autre de ses bonnes actions mais j'ai du mal à croire qu'un homme qui tue de sang froid des enfants et des femmes ait un comportement aussi noble... même si ça n'est pas totalement désintéressé !

Côté édition, il reste des fautes d'orthographe, de grammaire et de conjugaison !

/!\Attention, en raison des thématiques lourdes abordées (violences sexuelles et psychologiques), cette œuvre s'adresse à un public averti, même si les scènes de sexe sont peu présentes et peu détaillées./!\


D'autres avis : Babelio ♦ Booknode ♦ Livraddict

Satan-Belle-Gueule de Martine Gasnier

 ” Dans les ruelles poussiéreuses et désertes, seules des poules assoiffées creusaient des nids pour y trouver une hypothétique fraîcheur, sous l'oeil indifférent des chats faméliques à l'allure de princes déchus.


Editions : Zinédi
Parution : 1er septembre 2026
Genre : Roman historique
Pages : 168
Partenariat

Quatrième de couverture :

La presse à sensation relayait, avec une certaine délectation, leurs méfaits. Eux, c'étaient les apaches, des bandes de jeunes qui terrorisaient Paris au début du XXe siècle. Leur credo : la haine de l'ordre établi. Leurs moyens de subsistance : le vol et le proxénétisme.
Devenu un des leurs, Satan-Belle-Gueule va faire l'apprentissage d'une existence aventureuse placée sous le signe de la trahison et des femmes, fascinées par son charme vénéneux. Héros dépourvu de morale, il narguera le destin jusqu'au jour où...

Mon avis :

J'ai beaucoup aimé mon début de lecture avec la découverte du milieu des Apaches et leur goût des surnoms : Satan-Belle-Gueule (le anti-héros), S'en-fout-la-mort (le chef de la bande de Belleville), Gueule-de-rat, Croc-en-jambe, Cuisse-de-Nymphe (la nouvelle gigolette du chef)... Les lieux, le gang, l'époque sont très bien décrits par l'auteure. Les personnages sont très jeunes (de 15 à 20 ans) mais mènent une vie totalement affranchie et dangereuse, nous laissant pressentir une destinée tragique. 
Malheureusement, je n'ai pas eu l'impression de lire un roman. En effet, l'absence totale de dialogues (sur un livre de 168 pages écrites en gros caractères) enlève toute sa vitalité et son authenticité au récit, faisant davantage penser à un documentaire ou un essai historique.
En outre, tout va vite, trop vite, rendant incohérents ou un peu trop faciles certains choix narratifs (la trahison, l'escapade en Normandie en compagnie d'une bourgeoise bien née) ou inintelligibles certaines intrigues (la bohémienne, la fin). L'auteure ne prend pas suffisamment le temps de développer la trame de son histoire ni d'approfondir la personnalité des protagonistes si bien que l'on n'arrive pas à adhérer au scenario ni à s'attacher aux personnages ou s'intéresser à leur vie. C'est dommage parce que la plume de l'auteure est très agréable et entraînante...

Je remercie Babelio et les éditions Zinédi pour ce partenariat !

D'autres avis :  Babelio ♦ Booknode ♦ Livraddict


jeudi 1 octobre 2026

Neuromancien de William Gibson — Trilogie de la Cornub, tome 1

 ”Dehors, le ciel trahissait les prémices d'une aube enregistrée.

Illustration de Barclay Shaw (Schlück)

Editions : J'ai lu
Collection : Science-fiction
Parution V.O. : 1984
Titre V.O. : Neuromancer
Parution V.F. dans la présente édition : 1999
Traduction : Jean Bonnefoy
Genre : Science-fiction, Cyberpunk, Dystopie, Techno-Thriller
Pages : 319
Emprunté

Quatrième de couverture :


Dans une société hyper-technologique où l'ordinateur règne en maître, Case est un pirate de génie au cerveau directement branché sur la « matrice », le monde des données et programmes où il évolue comme dans un univers réel.
Mais Case commet un jour l'erreur de doubler son puissant employeur, qui, par mesure de représailles, lui démolit le système nerveux.
Aussi, lorsque Armitage, l'homme au passé trouble, et et Molly, la femme-piège, lui redonnent accès au cyberspace, l'enjeu est devenu pour Case une question de vie ou de mort. Cet enjeu est de taille : sur les instructions du mystérieux Muetdhiver, il s'agit de pénétrer à ses risques et périls le programme top-secret d'une gigantesque multinationale.
A qui Case a-t-il réellement affaire ? A qui... ou à quoi ?

Mon avis :



Molly & Case

L'auteur, William Gibson, est celui qui a lancé le genre cyberpunk ! Le livre explore l'éveil d'une conscience informatique (l'IA Muetdhiver) et met en scène le duo formé par Case et Molly Millions que tout oppose : Case ne vit que pour se brancher à la matrice tandis que Molly agit brutalement dans le monde réel. L'histoire prend place dans un monde futuriste post-Troisième Guerre Mondiale après un conflit avec la Russie. Quand exactement et avec quelles conséquences ? Je serais bien en peine de le dire. Soit parce que je ne l'ai pas retenu, soit parce que l'auteur n'en a jamais fait mention. En effet, le lecteur a l'impression d'être un peu lâché dans cet univers comme s'il le connaissait déjà. Rien n'est expliqué comme si l'univers futuriste existait vraiment et qu'on était forcément au courant de la manière dont les choses s'y passent... Par chance, on est familiarisés avec certains aspects de cet univers grâce au film Matrix (pour ceux qui l'ont vu, avec les références à la matrice et à Sion ainsi que la connexion au réseau ! ^^), qui s'est apparemment inspiré du livre... sinon, j'aurais été complètement perdue et j'aurais sûrement décroché ! 

Par ailleurs, l'écriture est un peu particulière. Je ne sais pas ce qu'il en est en V.O mais j'ai parfois dû relire certaines phrases et j'ai trouvé certaines de leurs tournures un peu lourdes. Par ailleurs, je ne me suis jamais attachée aux personnages, malgré leur passé douloureux. Peut-être parce que tout est un peu trop dans la virtualité et l'hypertechnologie. En effet, les humains peuvent améliorer leurs capacités grâce à des implants comme Mollie, la razorgirl badass. Néanmoins, un passage du livre m'a vraiment marquée: celui où Molly révèle son passé sombre de prostituée où son esprit était chimiquement déconnecté pendant que son corps subissait les abus des clients. C'était vraiment glaçant ! 
D'une manière générale, tout semble très déshumanisé... les rapports entre les êtres, les paradis artificiels, les univers virtuels... D'ailleurs, par moment, on se demande si ce que vit Case est bien réel ou issu de la matrice ou des effets des drogues synthétiques dont il use et abuse !

 Malgré tout, j'ai lu le livre jusqu'au bout tellement l'univers créé par Gibson, tout en désenchantement, exerce une sorte de fascination sur nous. Je me demande comment les lecteurs des années 80 l'ont perçu alors que cet univers était vraiment nouveau et atypique !


D'autres avis :  Babelio ♦ Booknode ♦ Livraddict
Challenge : Les 12 thèmes de Jellydragon

mardi 15 septembre 2026

Chosen of the Moon de Lynn Kerrigan – The Cullachian, Book 1

 ”The midnight smelled of fire and ash. It was the star-stained hour man and country had awaited since the moment his name was spoken on prophecy’s lips. That night, one king would die and another would rise.


Editions : Autopublié
Parution : 1er mai 2026
Genre : Romantasy M/M
Pages : 438
Ebook
Lu en V.O.

Quatrième de couverture :

God’s chosen king… and the druid sent to undo him.

In the kingdom of Cúil Cullach, rulers are chosen by prophecy, not blood. A tradition thrown into chaos when, on the night of the king’s coronation, the Oracle names a queen.

Cerys, a reclusive male druid with a dangerous gift, is forced to wed the newly crowned and wildly immature Skyre, sparking a collision between a dying belief in the old gods and the rising institutional power of the Sun Faith. But as political and personal tensions simmer, Cerys’ dreams begin to bleed with memory and omens. Can he and Skyre work through their differences to unite a fracturing kingdom against an ancient foe?


Mon avis :

J'ai découvert ce livre sur tumblr et j'ai tout de suite été attirée par le background. A ce jour, il n'y a pas de traduction en français, mais la lecture a été fluide, malgré certains mots en vieil anglais ou vieil écossais  (?), à moins qu'ils ne soient d'origine celtique.

D'entrée de jeu, j'ai beaucoup aimé le worlbuilding, qui est le point fort de ce roman. Comme c'est un enemies-to-lovers, mâtiné de slow-burn, l'autrice prend son temps pour poser le contexte et les personnages. Et ça change agréablement des autres romantasy anglo-saxonnes que j'ai pu lire, tant ici l'univers est cohérent et travaillé ! La langue utilisée par les protagonistes, les chansons, le folklore, le bestiaire, les décors décrits avec précision, tout contribue à rendre le récit très immersif et authentique. Malgré la richesse de l'univers, le lecteur n'est pas noyé sous les informations mais découvre peu à peu le fonctionnement des différentes civilisations, avec leurs croyances, leurs lois et la place de la religion et de la nature. J'ai particulièrement aimé la tension entre les anciennes et les nouvelles religions et la façon dont ce conflit façonne les relations entre les différents camps en présence, et donc, entre le roi et son époux. Quant aux personnages, ceux-ci, y compris les personnages secondaires, sont pleins de profondeur et échappent à tout manichéisme. Chacun agit en fonction de ses propres motivations, de son éducation ou de son vécu. 

Ainsi, le roi Skyre est un jeune homme de 20 ans qui paraît totalement imbu de lui-même, fort de la prédiction qui fait de lui l'Elu promis à de grandes réalisations et surtout à l'immortalité. Il a parfois des réactions d'enfant gâté et surprotégé, insupportablement arrogant, et qui se laisse aller à quelques fanfaronnades. En outre, il a l'air de n'avoir pas grande conscience au début des enjeux très politisés de son couronnement. Pourtant, Skyre n'est pas dénué de qualités, les premières étant le courage et la loyauté ! On se demande d'ailleurs à quel point il est manipulé par l'ordre des An'Atherin, la secte du Soleil, et sous son emprise, surtout quand Cerys, "sa nouvelle reine", découvre avec surprise dans le château des livres écrits par des druides, contrairement à la tradition ! Quant à Cerys, il est plus introverti, mais sa nature libre et sauvage le pousse à remettre plusieurs fois le roi à sa place, d'un seul regard ou d'une phrase lapidaire. En tout cas, il fait davantage preuve de sens de l'observation que son royal époux. Malgré sa clairvoyance, sa parole, à cause de son statut de druide, est déconsidérée et Cerys apparaît un peu comme la nouvelle Cassandre ! D'ailleurs, au début de leur mariage imposé (c'est l'Oracle de la religion de la Lune qui désigne la future reine – oui, normalement, c'est à une femme qu'échoit ce rôle !), Skyre le considère comme un rival qu'il doit briser puisqu'il ne peut l'intimider. Cerys, en tant que druide, est considéré par tous comme dangereux et déloyal. Il se sent bien isolé et impuissant à Rhyd-hal, la citadelle royale. Ses seuls "alliés" semblent être Jor, le fils du précédent roi (la royauté n'est pas héréditaire à Cúil Cullach), et Nacht, un puissant guerrier originaire d'Annath. Beaucoup espèrent sa mort, y compris le roi et certains n'hésitent pas à le violenter !

Mais peu à peu, Skyre va changer d'opinion sur ce mystérieux druide, à l'apparence non moins insolite faite d'une peau et d'une chevelure pâle, et possédant la capacité unique de rêver. Ne lui a-t-il pas fait part, au risque de sa vie, du danger qui menace le royaume ?

J'espère pouvoir lire la suite très rapidement...


D'autres avis : Babelio ♦ Booknode ♦ Livraddict



jeudi 10 septembre 2026

Wuthering Heights d'Emily Brontë

” Hantez-moi alors ! (...) Soyez avec moi toujours...prenez n'importe quelle forme...rendez-moi fou ! mais ne m'abandonnez pas dans cet abîme où je ne peux vous trouver ! Oh! Dieu! c'est inexprimable ! Je ne peux pas vivre sans ma vie ! Je ne peux pas vivre sans mon âme!


Editions : La compagnie du livre
Collection : La Bibliothèque Essentielle
Parution VO : 1847
Titre VO : Wuthering Heights
Parution VF dans la présente édition : 1968
Traduction : Henriette Guex-Rolle
Genre : Classique, Drame, un chouia de fantastique
Pages : 370
Relecture

Résumé (éditions Callidor) : 


Au cœur des landes du Yorkshire, la passion dévastatrice qui unit Heathcliff, orphelin abandonné, et Catherine, jeune femme libre et indomptable, défie toutes les conventions. Mais lorsque l’orgueil, la vengeance et les blessures du passé s’en mêlent, leur amour se transforme en malédiction, emportant deux générations dans une spirale tragique. Roman unique d’Emily Brontë, Les Hauts de Hurle-Vent est un chef-d’œuvre inclassable, où la violence des sentiments résonne comme une tempête sur la lande.

Mon avis : 

éditions Callidor©Aurélien Police

Quand j'ai vu que la maison d'édition Callidor avait sorti en novembre 2025 cette magnifique édition, illustrée par le talentueux Aurélien Police, je m'étais dit que c'est dans cette édition que je la lirais pour Les 12 thèmes de Jellydragon, mais au moment de valider mon achat, j'ai préféré lire un extrait, qui m'a perturbée : c'était la traduction de 1925 de Frédéric Delebecque, celui qui a trouvé le fameux titre Les Hauts de Hurlevent (qui a d'ailleurs été interdit de réemploi par ses héritiers). Or, j'étais tellement habituée à la traduction fluide et élégante qui m'avait fait découvrir ce roman pour la première fois à l'adolescence (et que j'ai relu chaque année jusqu'à la fin de mes études), que celle de Delebecque m'a franchement décontenancée ! Il n'y a finalement que son titre que je trouve très bien trouvé... Donc, me revoilà avec la si belle traduction de Henriette Guex-Rolle.

L'histoire débute en 1801. Nous suivons Mr Lockwood, locataire de Trushcross Grange fraîchement arrivé de Londres, aux Wuthering Heights où il souhaite rencontrer le propriétaire, un certain Mr Heathcliff dont les manières brutales et l'air revêche tranchent avec ceux du raffiné Londonien. C'est donc avec lui que nous découvrons, médusés, les lieux et leurs étranges habitants : Heathcliff, homme sombre mais charismatique, Catherine Heathcliff, jolie veuve de 17 ans à l'air renfrogné, Hareton Earnshaw, jeune paysan fruste et grossier et  Joseph, vieux valet à l'accent campagnard, aussi désagréable que son maître. Bon, soyons honnêtes, ces 4 personnages se montrent tous très désagréables, la palme revenant tout de même au maître et à son valet ! 
Quant au manoir en lui-même, il est austère, sombre, isolé au sommet d'une lande sauvage et continuellement battu par les vents. L'intérieur est aussi sombre que l'extérieur, avec des fenêtres profondément enfoncées dans les murs et de larges cheminées de pierre. L'atmosphère sinistre de la maison est renforcée par l'étrangeté des habitants. On a l'impression qu'habitants et bâtisse se confondent en terme de sauvagerie et d'inhospitalité, laissant une impression profonde sur le narrateur, et, par ricochet, sur les lecteurs eux-mêmes. Lockwood, obligé de passer la nuit chez son propriétaire, va y vivre une expérience traumatisante en rencontrant dans un cauchemar le fantôme de l'ancienne hôtesse de la chambre où il a dormi et dont il a lu une partie du journal. Mais n'est-ce vraiment qu'un rêve ?  
Rentré à la Grange, il découvre que sa gouvernante, Mrs Dean a vécu aux Heights et connu cette mystérieuse Catherine Earnshaw, la visiteuse de son sommeil. Il lui demande alors de lui raconter son histoire.

Tout commence en 1770 quand Mr Earnshaw, le père de Catherine, ramène de son voyage d'affaires un jeune orphelin ressemblant à un bohémien et qu'il appelle Heathcliff. Des origines ou du statut du gamin, nous ne saurons jamais rien. Lui et la fille de la maison vont devenir inséparables et nouer une profonde amitié qui va se transformer à l'adolescence en un attachement violent et passionnel. Le bonheur de la famille vole en éclats après la mort du bienfaiteur d'Heathcliff. En effet, l'héritier, Hindley, n'a plus besoin de se cacher pour maltraiter celui qu'il considère comme un intrus ! 
Au début, on prend Heathcliff en pitié. Il subit ces brimades sans s'apitoyer sur lui-même mais on aurait dû garder en mémoire la réflexion de Mrs Dean : "Il se plaignait si rarement (...) que, sincèrement, je ne le croyais pas vindicatif. Je me trompais du tout au tout." (page 63). On ressent encore de la peine pour lui quand il est délaissé par Catherine pour leur voisin, le beau, raffiné et blond Edgar Linton, à qui il voudrait désespérément ressembler. C'est à cette occasion que Mrs Dean tente de lui arranger la mise, tout en lui donnant des conseils sur la manière de se comporter : "Et maintenant que nous en avons terminé avec la toilette, la coiffure et la bouderie, dites-moi si vous ne vous trouvez pas presque beau ? (...) Vous avez la tournure d'un prince déguisé." (page 81). L'adolescent s'enfuit en entendant Catherine affirmer qu'elle s'avilirait en l'épousant. Il revient au bout de 3 ans, transformé et riche mais guidé par un désir obsessionnel de revanche qui va tout détruire autour de lui ! En effet, il va exercer une vengeance méthodique sur les enfants de son ennemi Hindley et de son rival Edgar, n'hésitant pas à utiliser son propre enfant Linton pour arriver à ses fins et les spolier de leurs biens. 
The Reader’s Guide to Emily Brontë’s “Wuthering Heights”
D'ailleurs, les prénoms des protagonistes entraînent parfois une certaine confusion tant ils se répètent d'un personnage à l'autre : Catherine, l'héroïne centrale, s'appelle Catherine Earnshaw de son nom de jeune fille puis Catherine Linton de son nom d'épouse et enfin Catherine Heathcliff quand elle écrit dans son journal intime ; sa fille s'appelle Catherine Linton ; son neveu, Linton Heathcliff, a pris comme prénom le nom de son oncle Edgar, rival d'Heathcliff ! Un bel imbroglio, n'est-ce pas ?

Pour en revenir à Heathcliff, malgré la cruauté profonde dont il fait preuve, on ne peut s'empêcher d'être fasciné par ce personnage complexe et tourmenté, guidé uniquement par sa rage et sa colère,   et d'espérer qu'il connaisse une sorte de rédemption. Personnellement, je ne relis le roman que pour retrouver le couple de la 3ème génération, qui est le seul véritablement attachant, malgré des débuts chaotiques. Hareton Earnshaw a une trajectoire à la fois cruelle et lumineuse. Son enfance a été brisée et instrumentalisée par Heathcliff, qui le prive peu à peu, non seulement de ses droits, mais aussi d'éducation et de manières et lui fait vivre ce qu'il a vécu lui-même de la part d'Hindley, par pur esprit de vengeance.  Le petit garçon régresse et perd son humanité. On le comprend lors d'une scène frappante quand Mrs Dean, de passage aux Heights, se rend compte que le domaine, dominé par Heathcliff, est devenu l'antre de l'Enfer : les chiens de garde sont hargneux, le maître démoniaque et insensible, le vieux toqué encore plus détestable ; puis elle aperçoit un jeune garçon en train de pendre une portée de chiots, et cet enfant n'est autre que le jeune Hareton ! C'est une scène véritablement glaçante ! Malgré la maltraitance psychologique que l'enfant subit de la part d'Heathcliff, il restera profondément attaché à son bourreau, qu'il considère comme son véritable père et dont il pleurera la mort ! C'est sa rencontre avec sa cousine Cathy qui va provoquer le début de son désenténèbrement. Moqué et humilié par la jeune fille pour son illettrisme et ses manières grossières, il va prendre conscience de l'étendue de son ignorance et tenter d'y remédier en s'élevant intellectuellement.
Le couple de Hareton et de Cathy, en choisissant l'amour et le pardon, brise le cercle de la vengeance et met fin à la malédiction.

Cette relecture n'a pas été aussi transcendante que ce que j'en escomptais. J'ai eu en effet une baisse de motivation après le mariage de Catherine avec Edgar Linton et le retour de Heathcliff, tellement les caprices et les accès de folie de la jeune femme me la rendaient antipathique. J'ai été cette fois plus sensible à la toxicité de leur amour. Ce qu'ils éprouvent l'un envers l'autre est une passion destructrice, fusionnelle et malsaine, qui les pousse à la violence dès qu'ils sont séparés. Catherine et Heathcliff sont deux démons égoïstes qui n'hésitent pas à humilier quiconque se met en travers de leur chemin, ni à se montrer manipulateurs ou simulateurs pour arriver à leurs fins (enfin, la simulation est pour Catherine, car Heathcliff ne cache jamais son opinion ou ses intentions) ! Après la mort de Catherine, Heathcliff verse dans la monstruosité la plus abjecte et les avis qu'ils donnent sur les personnes qu'il utilise tout en les méprisant sont véritablement effrayants :
  • à propos d'Isabella, son épouse : "Elle a vu en moi un héros de roman et elle attendait une indulgence illimitée de mon dévouement chevaleresque. J'ai peine à la considérer comme une créature douée de sens commun tant elle a mis d'obstination à se forger une légende autour de mon caractère et à agir selon les chimères qu'elle berçait. Mais je crois qu'elle commence enfin à me connaître : je ne vois plus trace des sourires imbéciles et des singeries qui m'exaspéraient au début, ni de cette incapacité déraisonnable de comprendre que j'étais sérieux lorsque je lui disais ce que je pensais d'elle et de son engouement. (...) Elle ne peut pas m'accuser d'avoir fait montre de la moindre douceur trompeuse. La première chose qu'elle m'a vu faire, en sortant de la Grange, a été de pendre son petit chien. (...) Et dites-moi, n'était-ce pas le comble de l'absurdité, la plus authentique idiotie de la part de cette chienne pitoyable, servile et méprisable, de rêver que je pourrais l'aimer ? Dites à votre maître, Nelly, que jamais de ma vie je n'ai rencontré une chose aussi abjecte qu'elle." (page 178/179)
  • à propos de Hareton et de son fils Linton : "Il [Hareton] répond à mon attente. S'il était né idiot, ma satisfaction aurait été moitié moindre, mais il est loin d'être sot et je ne peux éprouver que de la sympathie pour tous ses sentiments car je les ai vécus moi-même. Je sais exactement, par exemple, ce qu'il souffre en ce moment, et ce n'est qu'un aperçu de ce qu'il va souffrir. Et il ne sera jamais capable de sortir de son ridicule, ni de sa grossièreté et de son ignorance. Je l'ai mené plus rapidement au fond que son scélérat de père n'y est parvenu avec moi, et plus sûrement, car il tire vanité de son abrutissement. Je lui ai appris comme une sottise et une faiblesse tout ce qui ne relève pas de l'animalité. (...) Mais la différence est là : l'un [Hareton] est de l'or employé comme pierre à paver, l'autre [Linton] du fer-blanc poli pour singer l'argent. Le mien n'a aucune valeur quelconque, pourtant j'aurai le mérite de le mener aussi loin qu'un si piètre personnage peut aller. Le sien avait des qualités de premier ordre, et elles sont perdues." (page 248/249)
  • à propos de Cathy et de son fils Linton : "Si j'étais né dans un pays où les lois étaient moins sévères et les goûts moins délicats, je m'offrirais le plaisir d'une lente vivisection sur ces deux-là pour passer mes soirées." (page 300)

On ne peut qu'être surpris que ce livre, parlant de passion destructrice et de monstrueuse vengeance, ait pu être écrit par une jeune femme ayant vécu à la 1ère moitié du XIXème siècle, tant cela ressemble peu aux Anglais compassés de la bonne société. Le couple central du roman n'hésite pas à transgresser les conventions sociales de l'époque, et ce, même après la mort. Il y a des scènes très fortes et marquantes, voire extrêmement dérangeantes : la scène du rêve de Mr Lockwood tellement bien décrite qu'on en ressent l'ambiance cauchemardesque ; la scène du cimetière où Heathcliff fait creuser la tombe de Catherine pour la voir une dernière fois et sa volonté d'être enterré à côté d'elle à sa mort, leurs deux cercueils réunis sur un côté ! 


Pour finir, j'ai retrouvé la fiche de lecture que j'avais écrite à 14 ans pour mon cours de français au collège (désolée pour les fautes de conjugaison !^^) :





D'autres avis :  Babelio ♦ Booknode ♦ Livraddict
Challenge : Les 12 thèmes de Jellydragon