jeudi 10 septembre 2026

Wuthering Heights d'Emily Brontë

 Hantez-moi alors ! (...) Soyez avec moi toujours...prenez n'importe quelle forme...rendez-moi fou ! mais ne m'abandonnez pas dans cet abîme où je ne peux vous trouver ! Oh! Dieu! c'est inexprimable ! Je ne peux pas vivre sans ma vie ! Je ne peux pas vivre sans mon âme!


Editions : La compagnie du livre
Collection : La Bibliothèque Essentielle
Parution VO : 1847
Titre VO : Wuthering Heights
Parution VF dans la présente édition : 1968
Traduction : Henriette Guex-Rolle
Genre : Classique, Drame, un chouia de fantastique
Pages : 370
Relecture

Résumé (éditions Callidor) : 


Au cœur des landes du Yorkshire, la passion dévastatrice qui unit Heathcliff, orphelin abandonné, et Catherine, jeune femme libre et indomptable, défie toutes les conventions. Mais lorsque l’orgueil, la vengeance et les blessures du passé s’en mêlent, leur amour se transforme en malédiction, emportant deux générations dans une spirale tragique. Roman unique d’Emily Brontë, Les Hauts de Hurle-Vent est un chef-d’œuvre inclassable, où la violence des sentiments résonne comme une tempête sur la lande.

Mon avis : 

éditions Callidor©Aurélien Police

Quand j'ai vu que la maison d'édition Callidor avait sorti en novembre 2025 cette magnifique édition, illustrée par le talentueux Aurélien Police, je m'étais dit que c'est dans cette édition que je la lirais pour Les 12 thèmes de Jellydragon, mais au moment de valider mon achat, j'ai préféré lire un extrait, qui m'a perturbée : c'était la traduction de 1925 de Frédéric Delebecque, celui qui a trouvé le fameux titre Les Hauts de Hurlevent (qui a d'ailleurs été interdit de réemploi par ses héritiers). Or, j'étais tellement habituée à la traduction fluide et élégante qui m'avait fait découvrir ce roman pour la première fois à l'adolescence (et que j'ai relu chaque année jusqu'à la fin de mes études), que celle de Delebecque m'a franchement décontenancée ! Il n'y a finalement que son titre que je trouve très bien trouvé... Donc, me revoilà avec la si belle traduction de Henriette Guex-Rolle.

L'histoire débute en 1801. Nous suivons Mr Lockwood, locataire de Trushcross Grange fraîchement arrivé de Londres, aux Wuthering Heights où il souhaite rencontrer le propriétaire, un certain Mr Heathcliff dont les manières brutales et l'air revêche tranchent avec ceux du raffiné Londonien. C'est donc avec lui que nous découvrons, médusés, les lieux et leurs étranges habitants : Heathcliff, homme sombre mais charismatique, Catherine Heathcliff, jolie veuve de 17 ans à l'air renfrogné, Hareton Earnshaw, jeune paysan fruste et grossier et  Joseph, vieux valet à l'accent campagnard, aussi désagréable que son maître. Bon, soyons honnêtes, ces 4 personnages se montrent tous très désagréables, la palme revenant tout de même au maître et à son valet ! 
Quant au manoir en lui-même, il est austère, sombre, isolé au sommet d'une lande sauvage et continuellement battu par les vents. L'intérieur est aussi sombre que l'extérieur, avec des fenêtres profondément enfoncées dans les murs et de larges cheminées de pierre. L'atmosphère sinistre de la maison est renforcée par l'étrangeté des habitants. On a l'impression qu'habitants et bâtisse se confondent en terme de sauvagerie et d'inhospitalité, laissant une impression profonde sur le narrateur, et, par ricochet, sur les lecteurs eux-mêmes. Lockwood, obligé de passer la nuit chez son propriétaire, va y vivre une expérience traumatisante en rencontrant dans un cauchemar le fantôme de l'ancienne hôtesse de la chambre où il a dormi et dont il a lu une partie du journal. Mais n'est-ce vraiment qu'un rêve ?  
Rentré à la Grange, il découvre que sa gouvernante, Mrs Dean a vécu aux Heights et connu cette mystérieuse Catherine Earnshaw, la visiteuse de son sommeil. Il lui demande alors de lui raconter son histoire.

Tout commence en 1770 quand Mr Earnshaw, le père de Catherine, ramène de son voyage d'affaires un jeune orphelin ressemblant à un bohémien et qu'il appelle Heathcliff. Des origines ou du statut du gamin, nous ne saurons jamais rien. Lui et la fille de la maison vont devenir inséparables et nouer une profonde amitié qui va se transformer à l'adolescence en un attachement violent et passionnel. Le bonheur de la famille vole en éclats après la mort du bienfaiteur d'Heathcliff. En effet, l'héritier, Hindley, n'a plus besoin de se cacher pour maltraiter celui qu'il considère comme un intrus ! 
Au début, on prend Heathcliff en pitié. Il subit ces brimades sans s'apitoyer sur lui-même mais on aurait dû garder en mémoire la réflexion de Mrs Dean : "Il se plaignait si rarement (...) que, sincèrement, je ne le croyais pas vindicatif. Je me trompais du tout au tout." (page 63). On ressent encore de la peine pour lui quand il est délaissé par Catherine pour leur voisin, le beau, raffiné et blond Edgar Linton, à qui il voudrait désespérément ressembler. C'est à cette occasion que Mrs Dean tente de lui arranger la mise, tout en lui donnant des conseils sur la manière de se comporter : "Et maintenant que nous en avons terminé avec la toilette, la coiffure et la bouderie, dites-moi si vous ne vous trouvez pas presque beau ? (...) Vous avez la tournure d'un prince déguisé." (page 81). L'adolescent s'enfuit en entendant Catherine affirmer qu'elle s'avilirait en l'épousant. Il revient au bout de 3 ans, transformé et riche mais guidé par un désir obsessionnel de revanche qui va tout détruire autour de lui ! En effet, il va exercer une vengeance méthodique sur les enfants de son ennemi Hindley et de son rival Edgar, n'hésitant pas à utiliser son propre enfant Linton pour arriver à ses fins et les spolier de leurs biens. 
The Reader’s Guide to Emily Brontë’s “Wuthering Heights”
D'ailleurs, les prénoms des protagonistes entraînent parfois une certaine confusion tant ils se répètent d'un personnage à l'autre : Catherine, l'héroïne centrale, s'appelle Catherine Earnshaw de son nom de jeune fille puis Catherine Linton de son nom d'épouse et enfin Catherine Heathcliff quand elle écrit dans son journal intime ; sa fille s'appelle Catherine Linton ; son neveu, Linton Heathcliff, a pris comme prénom le nom de son oncle Edgar, rival d'Heathcliff ! Un bel imbroglio, n'est-ce pas ?

Pour en revenir à Heathcliff, malgré la cruauté profonde dont il fait preuve, on ne peut s'empêcher d'être fasciné par ce personnage complexe et tourmenté, guidé uniquement par sa rage et sa colère,   et d'espérer qu'il connaisse une sorte de rédemption. Personnellement, je ne relis le roman que pour retrouver le couple de la 3ème génération, qui est le seul véritablement attachant, malgré des débuts chaotiques. Hareton Earnshaw a une trajectoire à la fois cruelle et lumineuse. Son enfance a été brisée et instrumentalisée par Heathcliff, qui le prive peu à peu, non seulement de ses droits, mais aussi d'éducation et de manières et lui fait vivre ce qu'il a vécu lui-même de la part d'Hindley, par pur esprit de vengeance.  Le petit garçon régresse et perd son humanité. On le comprend lors d'une scène frappante quand Mrs Dean, de passage aux Heights, se rend compte que le domaine, dominé par Heathcliff, est devenu l'antre de l'Enfer : les chiens de garde sont hargneux, le maître démoniaque et insensible, le vieux toqué détestable ; puis elle aperçoit un jeune garçon en train de pendre une portée de chiots, et cet enfant n'est autre que le jeune Hareton ! C'est une scène véritablement glaçante ! Malgré la maltraitance psychologique que l'enfant subit de la part d'Heathcliff, il restera profondément attaché à son bourreau, qu'il considère comme son véritable père et dont il pleurera la mort ! C'est sa rencontre avec sa cousine Cathy qui va provoquer le début de son désenténèbrement. Moqué et humilié par la jeune fille pour son illettrisme et ses manières grossières, il va prendre conscience de l'étendue de son ignorance et tenter d'y remédier en s'élevant intellectuellement.
Le couple de Hareton et de Cathy, en choisissant l'amour et le pardon, brise le cercle de la vengeance et met fin à la malédiction.

Cette relecture n'a pas été aussi transcendante que ce que j'en escomptais. J'ai eu en effet une baisse de motivation après le mariage de Catherine avec Edgar Linton et le retour de Heathcliff, tellement les caprices et les accès de folie de la jeune femme me la rendaient antipathique. J'ai été cette fois plus sensible à la toxicité de leur amour. Ce qu'ils éprouvent l'un envers l'autre est une passion destructrice, fusionnelle et malsaine, qui les pousse à la violence dès qu'ils sont séparés. Catherine et Heathcliff sont deux démons égoïstes qui n'hésitent pas à humilier quiconque se met en travers de leur chemin, ni à se montrer manipulateurs ou simulateurs pour arriver à leurs fins (enfin, la simulation est pour Catherine, car Heathcliff ne cache jamais son opinion ou ses intentions) ! Après la mort de Catherine, Heathcliff verse dans la monstruosité la plus abjecte et les avis qu'ils donnent sur les personnes qu'il utilise tout en les méprisant sont véritablement effrayants :
  • à propos d'Isabella, son épouse : "Elle a vu en moi un héros de roman et elle attendait une indulgence illimitée de mon dévouement chevaleresque. J'ai peine à la considérer comme une créature douée de sens commun tant elle a mis d'obstination à se forger une légende autour de mon caractère et à agir selon les chimères qu'elle berçait. Mais je crois qu'elle commence enfin à me connaître : je ne vois plus trace des sourires imbéciles et des singeries qui m'exaspéraient au début, ni de cette incapacité déraisonnable de comprendre que j'étais sérieux lorsque je lui disais ce que je pensais d'elle et de son engouement. (...) Elle ne peut pas m'accuser d'avoir fait montre de la moindre douceur trompeuse. La première chose qu'elle m'a vu faire, en sortant de la Grange, a été de pendre son petit chien. (...) Et dites-moi, n'était-ce pas le comble de l'absurdité, la plus authentique idiotie de la part de cette chienne pitoyable, servile et méprisable, de rêver que je pourrais l'aimer ? Dites à votre maître, Nelly, que jamais de ma vie je n'ai rencontré une chose aussi abjecte qu'elle." (page 178/179)
  • à propos de Hareton et de son fils Linton : "Il [Hareton] répond à mon attente. S'il était né idiot, ma satisfaction aurait été moitié moindre, mais il est loin d'être sot et je ne peux éprouver que de la sympathie pour tous ses sentiments car je les ai vécus moi-même. Je sais exactement, par exemple, ce qu'il souffre en ce moment, et ce n'est qu'un aperçu de ce qu'il va souffrir. Et il ne sera jamais capable de sortir de son ridicule, ni de sa grossièreté et de son ignorance. Je l'ai mené plus rapidement au fond que son scélérat de père n'y est parvenu avec moi, et plus sûrement, car il tire vanité de son abrutissement. Je lui ai appris comme une sottise et une faiblesse tout ce qui ne relève pas de l'animalité. (...) Mais la différence est là : l'un [Hareton] est de l'or employé comme pierre à paver, l'autre [Linton] du fer-blanc poli pour singer l'argent. Le mien n'a aucune valeur quelconque, pourtant j'aurai le mérite de le mener aussi loin qu'un si piètre personnage peut aller. Le sien avait des qualités de premier ordre, et elles sont perdues." (page 248/249)
  • à propos de Cathy et de son fils Linton : "Si j'étais né dans un pays où les lois étaient moins sévères et les goûts moins délicats, je m'offrirais le plaisir d'une lente vivisection sur ces deux-là pour passer mes soirées." (page 300)

On ne peut qu'être surpris que ce livre, parlant de passion destructrice et de monstrueuse vengeance, ait pu être écrit par une jeune femme ayant vécu à la 1ère moitié du XIXème siècle, tant cela ressemble peu aux Anglais compassés de la bonne société. Le couple central du roman n'hésite pas à transgresser les conventions sociales de l'époque, et ce, même après la mort. Il y a des scènes très fortes et marquantes, voire extrêmement dérangeantes : la scène du rêve de Mr Lockwood tellement bien décrite qu'on en ressent l'ambiance cauchemardesque ; la scène du cimetière où Heathcliff fait creuser la tombe de Catherine pour la voir une dernière fois et sa volonté d'être enterré à côté d'elle à sa mort, leurs deux cercueils réunis sur un côté ! 


Pour finir, j'ai retrouvé la fiche de lecture que j'avais écrite à 14 ans pour mon cours de français au collège (désolée pour les fautes de conjugaison !^^) :





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samedi 25 juillet 2026

Parcelles d’histoire. Paris au Moyen Âge de Hélène Noizet



Editions : Presses universitaires de Vincennes (PUV)
Parution : 12 mars 2026
Genre : Essai historique
Pages : 3
48
Partenariat

Quatrième de couverture :

Comment le Moyen Âge a dessiné la forme de la ville de Paris ? Les églises, la trame des rues, les lotissements, la poésie urbaine montrent comment les pratiques des habitants médiévaux ont durablement structuré l’espace urbain parisien.

Que reste-t-il du Moyen Âge dans la forme de la ville de Paris ? Malgré les apparences, presque tout: car les immeubles haussmanniens et les toits en zinc ne sont que la surcouche récente d’un espace urbain profondément structuré à l’époque médiévale. En croisant les plans, les textes et les vestiges archéologiques du 9e s. au 14e s., cette étude met en valeur les éléments moteurs de la fabrique urbaine, tels que les polarités ecclésiastiques, l’armature viaire, les lotissements, ce dont témoigne la déambulation du poète Guillot de Paris vers 1300.


Mon avis :

La quatrième de couverture résume parfaitement le contenu de ce livre qui n'a pas pour vocation de vulgariser les connaissances à ce sujet mais s'adresse essentiellement aux étudiants et chercheurs. Il est tiré du mémoire inédit d'une habilitation à diriger des recherches. C'est donc très pointu et assez aride, les démonstrations de l'auteure reposant sur des méthodes scientifiques, statistiques et cartographiques très poussées. 

Malgré tout, j'ai apprécié certains passages : le tableau 1 de la page 31 qui compare les spécificités entre chanoines et moines par rapport à l'urbanisation, l'origine possible de la dénomination de la rue des Rosiers qui faisait partie du lotissement cédé au début du 13ème siècle aux Templiers qui cultivaient... des rosiers !, l'annexe 2 qui liste les établissements de soins et d'assistance parisiens du 12ème siècle au 15ème siècle (les 4 léproseries sont extra muros, bien sûr !) et puis cette dernière partie portant sur un poème de Guillot qui écrit vers 1300 Le Dit des rues à Paris énumérant 300 rues en 554 vers et qui coorobore les résultats des recherches de l'historienne.
J'ai beaucoup aimé également l'idée de l'auteure de vouloir sonoriser la récitation de ce poème pour reconstituer les bruits qu'on entendait dans les rues au Moyen-Âge, comme Mylène Pardoen l'a fait pour le Paris du 18ème siècle.

Par contre, j'ai un peu tiqué quand elle mentionne Richer, moine à St Remi de Reims en écrivant Remi avec un accent aigu (on a en fait gardé jusqu'à nos jours l'usage du Moyen-Âge de l'écrire sans accent ; d'ailleurs, on le prononce Reumi). Bref, c'est anecdotique mais ça m'a crispée...

Merci à Babelio et aux éditions PUV pour ce partenariat !

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vendredi 10 juillet 2026

Rébellion de Cynthia Harrod-Eagles – Les saisons d'Ashmore Castle, tome 3

Il semblait irradier, stature imposante dans la modeste pièce, un personnage extraordinairement réel et charnel, d'une présence tellement plus forte que toutes les autres personnes de sa connaissance. 



Parution V.O : 2023
Titre V.O : The Affairs of Ashmore Castle
Parution V.F : 15 octobre 2025
Traduction : Frédéric Grellier
Editions : Hachette
Collection : La Belle Etoile
Genre : Saga familiale et historique
Pages : 412
Prix : 22,90 euros


Quatrième de couverture:

Angleterre, 1903. Giles, le duc de Stainton, fuyant les contraintes de la vie à Ashmore, est reparti en Egypte pour achever ses fouilles, laissant derrière lui son épouse Kitty et son jeune fils. Kitty tente de reprendre les rênes du domaine et d’imposer son autorité à la famille, tâche presque impossible tant chacun dissimule des secrets.
Rachel et Alice, les jeunes sœurs du duc poursuivent des amours clandestines et son frère Richard s’est lancé dans les affaires. A cela s’ajoute une affaire criminelle qui rompt la confiance parmi les domestiques.
Kitty aura-t-elle la force suffisante pour prendre enfin sa place de duchesse, pour maintenir la Maison à flot et empêcher son mariage de se déliter ?

Mon avis :

En Egypte, un personnage rencontré lors du 1er tome refait surface, menaçant peut-être le couple formé par Kitty et Giles : il s'agit de la jeune et belle Italienne Giulia dont la complicité avec son mari avait fortement blessé la jeune Anglaise timide et peu sûre d'elle. Par bonheur, Minnie Antrobus, la femme d'un riche Américain passionné d'archéologie, le met face à ses responsabilités vis-à-vis de Giulia et son comportement ambigu qui encourage la jeune fille. Et comme si la situation n'était pas assez critique, voilà que le sage Giles se met à faire des rêves "érotiques" (autant que peuvent l'être des rêves à cette époque !^^) sans jamais voir le visage de la femme. Qui est-elle ? Nina ou Giulia ? Je n'ose espérer que ce soit Kitty...

Justement, en parlant de Kitty... Celle-ci, restée en Angleterre avec son bébé, se transforme lentement mais sûrement. Suite à l'absence prolongée de son époux, elle envisage de s'occuper elle-même de la gestion des confitures Harvey (son héritage) et de suivre pour cela une formation. Mais n'est-ce pas plutôt la simple rêverie d'une femme qui s'ennuie ? Par contre, ses projets horticoles avancent à grands pas et l'aident à prendre confiance en elle !

L'auteure délaisse un peu Alice (snif) mais passe plus de temps en compagnie de Richard, qui se découvre des prédispositions pour la gestion du domaine et de l'inspiration pour l'améliorer de manière moderne. Lui aussi, en l'absence de son frère qui l'a chargé de s'occuper du domaine à sa place, se transforme peu à peu en un homme plus responsable et occupé à de saines activités ! Et ça fait plaisir à voir !

Par contre, mon antipathie à l'égard de Hook, de la mère et  de la soeur aînée de Giles, n'a cessé de grandir.
Je n'en peux vraiment plus du valet de pied, qui ressemble en outre trop au Barrow de Downtown Abbey (que je ne pouvais pas non plus saquer...), surtout quand il postule à un certain emploi !
Quant à Maud et Linda, je les trouve détestables au possible ! Elles sont totalement autocentrées et manquent de l'empathie la plus élémentaire (je pense plus particulièrement à la mort d'un certain personnage...)
La matriarche se montre menaçante à plusieurs reprises :

  • envers sa fille Rachel : "Tu ne dois pas avoir de penchant pour un jeune homme sans mon autorisation. Suis-je claire ?" Comme si on contrôlait ses sentiments ! 😮‍💨
  • envers sa fille Linda : "Conduis-toi dignement sinon je te ferai enfermer comme déséquilibrée" 🫣
  • pour le comique de la réflexion :"... un titre anglais ne manquait jamais d'impressionner les aristocrates européens" Really, Maud ? 😅
Mais quelle jubilation quand Giles, de retour de ses fouilles archéologiques, s'oppose à sa mère au sujet de l'emploi de Moss, la menaçant de l'envoyer dans la maison douairière ! 😁🤭
C'est bien l'un des seuls moments où le comte remonte un peu dans notre estime, sans rattraper vraiment son attitude phallocentrique : les deux fois où Giles a éprouvé réellement du désir pour sa femme, c'est quand elle lui tient tête ! Lors de leur voyage de noces au moment où elle exige de lui d'être traitée avec respect puis quand elle s'oppose avec force à sa décision de se débarrasser de Moss malade. Ma petite Kitty, tu sais désormais ce qu'il te reste à faire... 😤



 
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mercredi 1 juillet 2026

Mariages de Cynthia Harrod-Eagles – Les saisons d'Ashmore Castle, tome 2

Elle repensait à ses illusions d’écolière, quand elle et ses camarades rêvaient de mariage, cette porte magique à franchir pour quitter le confinement de l’enfance et goûter à la liberté de la « vraie vie ». Avec le recul, elle prenait conscience que cette liberté n’avait duré que le temps de la saison des débutantes. Cela avait pris fin avec son mariage.


Parution V.O : 2022
Titre V.O : The Affairs of Ashmore Castle
Parution V.F : 11 juin 2025
Traduction : Frédéric Grellier
Editions : Hachette
Collection : La Belle Etoile
Genre : Saga familiale et historique
Pages : 351
Prix : 22,90 euros

Quatrième de couverture:

Angleterre, 1903. Giles, le nouveau duc de Stainton, gère le domaine familial d’Ashmore et délaisse Kitty, son épouse. Enceinte, celle-ci n’ose pas s’opposer à Maud, sa belle-mère, qui continue à prendre toutes les décisions concernant la vie au château. Pendant ce temps, les deux jeunes sœurs de Giles connaissent leurs premiers émois. Nina, la grande amie de Kitty, fréquente quant à elle des femmes aux idées féministes, ce qui met à mal la relation avec son mari.

Mon avis :

Dans ce tome, Kitty et Nina découvrent la triste réalité du mariage avec son lot de déceptions et son état de sujétion.
"Giles s'énervait dès qu'elle donnait l'impression de s'accrocher à lui" (page 40)
Ca fend le coeur de voir à quel point Kitty et Giles se sont éloignés depuis leur voyage de noces et qu'ils ne partagent plus rien, à part leur amour pour Louis, leur enfant. Contrairement aux autres pères, Giles s'intéresse vraiment à son fils et a pour lui des gestes de tendresse qui contrarient les usages de l'époque. Malheureusement, cela ne suffit pas à rapprocher les deux époux. Giles remonte tout de même dans notre estime quand il oblige la sage-femme à amener le bébé auprès de sa femme dont elle voulait l'en priver durant 3 jours selon l'usage en cours chez les grandes familles.
On attend un sursaut de révolte de la part de Kitty, qu'elle s'affirme enfin face à son mari et sa belle-mère qui la terrorise. Heureusement, la comtesse douairière a la bonne idée de partir plusieurs mois en Allemagne chez une de ses soeurs, emmenant avec elle Rachel, la plus jolie de ses filles qu'elle destine à un mariage prestigieux. Sans surprise, Maud Stainton se montre aussi insupportable que dans le 1er tome, allant  même jusqu'à penser, vexée, que Kitty a fait exprès d'accoucher en son absence, juste pour l'ennuyer !  😮‍💨

On apprend que feu le comte utilisait son droit de cuissage sur la domesticité, ce qui sera à l'origine d'un drame à retardement, mais certaines décisions ou comportements que la comtesse-douairière avaient eus dans le tome 1 prennent ici tout leur sens ! 

Pour mon plus grand plaisir, l'auteure nous fait passer un peu plus de temps en compagnie de l'oncle Sebastian et de la cadette Alice, dont le caractère se dessine de plus en plus. La jeune fille de 17 ans fait montre d'un bel humour avec, par exemple, l'épisode des deux femmes de l'Egypte antique qu'elle a croquées brandissant une pancarte avec l'inscription "le droit de vote aux femmes !" 😁En outre, elle fait preuve de curiosité et d'ouverture d'esprit. Quelle stupéfaction ressent son frère le comte quand, venu aider ses métayers à rentrer le foin avant l'orage, il se rend compte que sa petite soeur a pris la même initiative bien avant lui ! On sent chez elle les prémices de la rébellion et on espère que son esprit d'indépendance ne se retournera pas contre elle ! 

Du côté de Nina, celle-ci se rend compte qu'il est finalement très difficile de se laisser aimer par un homme qu'on n'aime pas ! Joseph Cowling, que j'avais apprécié dans le tome précédent, m'a ici beaucoup crispée ! Il a une attitude assez oppressante envers sa très jeune femme (ils ont environ 30 ans d'écart), qu'il ne cesse de scruter ou de vouloir contrôler ; même s'il a véritablement à coeur son bonheur, on sent bien qu'il est de la vieille garde, incapable de comprendre les aspirations émancipatoires de sa femme. En outre, il m'a beaucoup fait penser à Donald Trump avec   ses tocades de nouveau riche, étalant sa richesse avec une profusion de parvenu, de manière très ostentatoire frôlant très souvent le mauvais goût.

L'auteure s'attarde davantage ici que dans le 1er tome sur les domestiques, qui cachent eux aussi bien des secrets. On voit combien le manque d'éducation sexuelle peut s'avérer problématique, je pense plus particulièrement au valet William qui n'est guère surpris quand on lui affirme qu'une grossesse dure entre 6 et 5 mois ! 
Comme pour la belle doche du château, James Hood m'insupporte au plus haut point, tant il se montre malveillant et fauteur de troubles. A ce moment de l'histoire, on ne sait pas encore dans quelle mesure une de ses indiscrétions aura des répercussions dramatiques...

 
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mardi 30 juin 2026

Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet

Notre-Dame-des-Fleurs fait ici son entrée solennelle par la porte du crime, porte dérobée, qui donne sur un escalier noir mais somptueux. Notre-Dame monte l'escalier, comme l'ont monté bien des assassins, n'importe lequel. Il a seize ans quand il arrive au palier. Il frappe à la porte, puis il attend. Son coeur bat, car il est résolu. Il sait que son destin s'accomplit...

Editions : Galimard
Collection : Folio
1ère parution : 1948
Présente édition : 1976
Genre : Drame, classique
Pages : 377

Mon avis :

Je dois avouer que la lecture a été très compliquée, accentuée par l'absence de chapitres, beaucoup de digressions et de nombreux retours dans le passé. J'ai eu du mal à comprendre ce que nous racontait l'auteur. On a l'impression de lire les divagations d'un camé. Pour info, le narrateur n'est autre que l'auteur lui-même qui écrit dans la prison de Fresnes ce qui deviendra son 1er roman. C'est peut-être pour cette raison que Jean y parle beaucoup de verges (et de pets). J'imagine que c'est l'effet logique d'incarcérations répétées. 

Il y a malgré toute cette verve scatologique et pornographique, quelques passages étonnamment poétiques (oui, même quand ça parle de bites !), quand d'autres semblent totalement décousus. 

Le narrateur fait vivre des personnages imaginaires pour l'aider à alimenter ses rêveries obscènes.

Trois personnages fictifs se détachent du récit :

  1. Divine (Louis Culafroy de son nom de naissance), environ 30 ans, travelo mort de phtisie : "Ses yeux chantent malgré leur désespoir et leur mélodie passe des yeux aux dents qu'elle rend vivante, et des dents à tous ses gestes, à ses moindres actes, et sorti des yeux, c'est ce charme qui, de vague en vague, se déplie jusqu'à ses pieds nus."
  2. Mignon-les-Petits-Pieds, voleur, indic, mac et amant de Divine, possiblement le père de Notre Dame : "Encore que gouape, Mignon avait un visage de clarté. C'était le beau mâle, violent et doux..."
  3. Notre Dame des Fleurs, qui donne son nom au roman, assassin de 16 ans et amant de Divine
Le style est tellement alambiqué par moments que j'ai lu certains passages en diagonale, complètement démotivée. Heureusement que mon intérêt était parfois ravivé par la description du monde travesti et prostitué de Montmartre avec ses "tantes", leurs discussions et leurs rivalités, ou par l'évocation des prisons d'enfants. Sinon, je pense que j'aurais abandonné le livre depuis longtemps...

L'auteur nous avoue également sa fascination pour les criminels ainsi que son envie de tuer. D'ailleurs, j'ai été déçue qu'il fasse de Divine, seul personnage attachant de ce roman, un assassin de petite fille vers la fin...

Cette lecture n'a donc pas été convaincante, la faute à une narration tellement confuse par moment que j'oubliais certaines informations. J'ai bien envie de laisser le mot de la fin à Jean Cocteau : "La bombe Genet. Le livre est là, terrible, obscène, impubliable, inévitable. On ne sait par où le prendre. Il est, il sera. Obligera-t-il le monde à devenir tel qu'il puisse y paraître ? pour moi, c'est le grand événement de l'époque. Il me révolte, me répugne et m'émerveille."


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mardi 16 juin 2026

Héritage de Cynthia Harrod-Eagles – Les saisons d'Ashmore Castle, tome 1

    Abasourdi, il releva les yeux pour découvrir un visage de dieu grec. Une épaisse toison de boucles cuivrées, des sourcils d’or, des yeux d’un bleu céruléen, des lèvres ciselées et un menton décidé. Le teint était légèrement hâlé et les pommettes luisaient avec l’éclat de la jeunesse.


Parution V.O : 2021
Titre V.O : The Secrets of Ashmore Castle
Parution V.F : 15 mai 2024
Traduction : Frédéric Grellier
Editions : Hachette
Collection : La Belle Etoile
Genre : Saga familiale et historique
Pages : 415
Ebook
Prix : 8,49 euros

Quatrième de couverture:


« L’imposante demeure blanche au sommet de la colline surplombait la vallée de l’Ash et l’on ne voyait qu’elle depuis le village de Canons Ashmore. Pompeusement baptisée Ashmore Castle, sans que la jeune femme sût pourquoi, tout le monde la désignait comme le Château. Il était prestigieux d’y travailler et, quand vous quittiez cette maison, une lettre de référence à son nom valait de l’or. Elle suivit l’étroite allée vers l’arrière, conformément aux instructions, et atteignit la cour de la cuisine où deux valets de pied en livrée fumaient sous l’avant-toit, à l’abri du crachin.»

1901. Lorsque le duc de Stainton meurt dans un accident de chasse, son fils aîné Giles est appelé à lui succéder. Le jeune homme qui s’est toujours tenu à l’écart de sa famille et d’Ashmore Castle, privilégiant ses ambitions personnelles, doit assumer son devoir. Il réalise alors que la charge du domaine s’accompagne d’innombrables dettes qui mettent en péril la sécurité de tous. Un mariage d’argent s’impose à lui, alors que son cœur bat pour une jeune femme sans fortune.

Mon avis :


J'avoue que j'avais acheté ce livre sans grande conviction, vu mes précédents déboires concernant les romans inspirés de l'univers de Downtown Abbey, mais cette fois, j'ai réussi à aller jusqu'au bout de ma lecture. 
J'ai trouvé que l'auteure abordait de manière convaincante les thèmes sociétaux de ce début de XXème siècle dans le monde de l'aristocratie (et de la domesticité) : mariage d'intérêt, poids du devoir, respect des convenances, usage rétrograde, aspirations personnelles, condition des femmes...

Il y a une foultitude de personnages, mais quatre se détachent vraiment dans ce premier tome : Giles Tallant, le nouveau comte de Stainton, son frère cadet Richard, le préféré de leur mère malgré ses frasques mettant en danger la respectabilité de leur nom, Kitty Bayfield, jeune et riche héritière issue de la noblesse, et son amie de pension Nina Sanderton, orpheline vive et cultivée mais ne pouvant prétendre à un beau mariage à cause de ses origines roturières.

C'était passionnant de découvrir le caractère et les aspirations de tous ces personnages, leurs occupations et les tracas qui émaillent leur quotidien.
Par contre, vu le très grand nombre de personnages secondaires, je trouve dommage que l'auteure ne s'attarde pas davantage sur eux, car le lecteur n'a pas vraiment le temps de s'attacher à eux malgré leur potentiel, en plus d'avoir l'impression que les épreuves ou les chagrins qu'ils rencontrent sont traités de manière superficielle. Quelques-uns ont réussi tout de même à m'intriguer ou me toucher : l'oncle Sebastian, la grand-mère française Victoire et Axe Brandom, l'apprenti du maréchal-ferrant.

Par contre, je ne peux m'empêcher d'éprouver des sentiments mitigés quant à Giles, le personnage central. Alors que je le trouvais sympathique au début, à cause du sacrifice qu'exigeait son nouveau statut, avec l'abandon de ses rêves, l'obligeant à endosser de très lourdes responsabilités,  j'ai changé d'avis à son sujet au fur et à mesure de ma lecture. On a parfois l'impression qu'il se sert vraiment de sa femme. Pour son argent. Pour son plaisir. Mais il la néglige et la méprise, intellectuellement parlant : elle est cultivée mais affreusement peu sûre d'elle et elle ne partage pas les mêmes centres d'intérêt que lui. Il tente de l'y intéresser mais se lasse assez vite de ses efforts. Je plains cette pauvre épouse qui n'y est pour rien. Il a pourtant parfois des gestes et attitudes prévenants mais très vite effacés par des pensées  assez cruelles. Quoi ? Le piège se referme sur lui parce qu'elle lui annonce sa grossesse ? C'est horrible, non ? On n'arrête pas de passer d'un extrême à l'autre avec lui : il a le sens du devoir chevillé au corps tout en se montrant parfois très égoïste.
Par contre, j'ai eu le cheminement inverse avec son frère, qui m'agaçait fortement au début mais qui se révèle finalement plus humain.
Autre petite réserve : parfois, c'est quand même un peu trop pompé sur Downtown Abbey ; je pense plus particulièrement aux relations entre James, le premier valet de pied et Crooks, le valet de chambre du comte...

Pour conclure, un livre que j'ai dévoré, malgré ces quelques réserves, et dont je compte bien lire la suite...


 
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lundi 15 juin 2026

Du Guesclin - Au coeur de la guerre de Cent Ans de Clervie Quelven

 


Editions : Plein Vent
Collection : Grandes Figures de l'Histoire
Parution : 11 mars 2026
Genre : Aventure historique, Biographie romancée
Pages : 226
Partenariat

Quatrième de couverture:

Raillé pour son physique déplaisant, Bertrand du Guesclin est sans aucun doute l'un des plus brillants chevaliers de l'histoire de France. En pleine guerre de Cent Ans, il saura prouver que le courage ne dépend ni de la naissance ni de l'apparence. Mais ce fidèle serviteur du roi de France devra aussi faire preuve de toute son habileté et de toute son intelligence dans les conflits de son temps. Des forêts bretonnes aux champs de bataille de France et d'Espagne, entre querelles dynastiques et invasion anglaise, Du Guesclin devra lutter jusqu'au bout pour savoir où placer sa loyauté...
Une épopée pleine d'aventure, d'amitié et d'honneur, pour découvrir la véritable histoire du « Dogue noir de Brocéliande » !

Mon avis :


J'ai hésité avant de participer à cette Masse critique consacrée à la littérature jeunesse parce que j'ai généralement été déçue par mes participations concernant ce genre mais le contexte de la Guerre de Cent Ans (que j'ai étudiée à la fac) m'a finalement décidé à retenter l'aventure.
Au début, je m'attendais à un roman mais il s'agit davantage d'une biographie romancée tant la vie de Bertrand du Guesclin est ici détaillée. On sent que l'auteure s'est appuyée sur une solide et rigoureuse documentation mais cela ne pèse pas à la lecture tant la plume sait se montrer entraînante ! D'ailleurs, je salue l'ambition de cette collection en espérant que la jeunesse s'y intéresse car je me demande si la figure de Du Guesclin est toujours connue de nos jours.  
Seule petite réserve : ça aurait été mieux selon moi que le contexte historique dans lequel évolue le héros (la Guerre de 100 ans et les camps en présence) intervienne dès le début au lieu de la page 20.

Je remercie Babelio et les éditions Plein Vent pour ce partenariat !

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