Affichage des articles dont le libellé est Guerre. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Guerre. Afficher tous les articles

lundi 15 juin 2026

Du Guesclin - Au coeur de la guerre de Cent Ans de Clervie Quelven

 


Editions : Plein Vent
Collection : Grandes Figures de l'Histoire
Parution : 11 mars 2026
Genre : Aventure historique, Biographie romancée
Pages : 226
Partenariat

Quatrième de couverture:

Raillé pour son physique déplaisant, Bertrand du Guesclin est sans aucun doute l'un des plus brillants chevaliers de l'histoire de France. En pleine guerre de Cent Ans, il saura prouver que le courage ne dépend ni de la naissance ni de l'apparence. Mais ce fidèle serviteur du roi de France devra aussi faire preuve de toute son habileté et de toute son intelligence dans les conflits de son temps. Des forêts bretonnes aux champs de bataille de France et d'Espagne, entre querelles dynastiques et invasion anglaise, Du Guesclin devra lutter jusqu'au bout pour savoir où placer sa loyauté...
Une épopée pleine d'aventure, d'amitié et d'honneur, pour découvrir la véritable histoire du « Dogue noir de Brocéliande » !

Mon avis :


J'ai hésité avant de participer à cette Masse critique consacrée à la littérature jeunesse parce que j'ai généralement été déçue par mes participations concernant ce genre mais le contexte de la Guerre de Cent Ans (que j'ai étudiée à la fac) m'a finalement décidé à retenter l'aventure.
Au début, je m'attendais à un roman mais il s'agit davantage d'une biographie romancée tant la vie de Bertrand du Guesclin est ici détaillée. On sent que l'auteure s'est appuyée sur une solide et rigoureuse documentation mais cela ne pèse pas à la lecture tant la plume sait se montrer entraînante ! D'ailleurs, je salue l'ambition de cette collection en espérant que la jeunesse s'y intéresse car je me demande si la figure de Du Guesclin est toujours connue de nos jours.  
Seule petite réserve : ça aurait été mieux selon moi que le contexte historique dans lequel évolue le héros (la Guerre de 100 ans et les camps en présence) intervienne dès le début au lieu de la page 20.

Je remercie Babelio et les éditions Plein Vent pour ce partenariat !

D'autres avis : BabelioBooknode ♦ Livraddict ♦

mardi 25 juillet 2023

André Bollier Vélin : Artisan héroïque des journaux clandestins de Vianney Bollier

 


Editions
: Le Félin
Parution : 17 mars 2023
Genre : Biographie
Pages : 216
Partenariat


Résumé :

André BOLLIER n'a pas 21 ans quand en juin 1941, il s'engage au côté d'Henri Frenay qui ne tarde pas à le charger de la fabrication et de la diffusion du journal de son mouvement Combat et bientôt de tous ceux des mouvements de zone Sud. En quelques années seulement, après avoir créé une imprimerie clandestine de toute pièce et grâce des trésors d'ingéniosité, celui qui s'appelle désormais "Vélin", fournit avec son équipe plus d'un million de journaux par mois à la Résistance.
Arrêté et torturé à plusieurs reprises, il parvient à s'évader et à reprendre son activité. Le 17 juin 1944, encerclé dans son imprimerie par plus de 150 soldats et miliciens allemands, il livre héroïquement un ultime combat. Blessé, il se tire une balle en plein coeur plutôt que de tomber aux mains de l'ennemi. 


Mon avis :

Le dernier résistant étant mort en 2021, nous n'aurons plus jamais de témoignages de compatriotes ayant vécu à cette époque très sombre de notre histoire. Ici, c'est Vianney Bollier, né quelques mois après la mort de son père résistant, qui entreprend, à presque 80 ans, de dresser le portrait du héros que fut « Vélin ». Il s'appuie pour ce faire sur des archives personnelles, sur celles d'autres familles de résistants, sur leurs témoignages... Comme l'a souligné enjie77 dans sa chronique, Vianney ne nomme jamais André Bollier « papa » pour garder un maximum de recul.

Avant de commencer vraiment, je voudrais vous faire un petit résumé vertigineux de la courte vie d'André Bollier : il a 20 ans quand il est grièvement blessé au combat lors de la campagne de France, 21 ans quand il entre en résistance, prend la direction de la « propagande » de Combat puis se fiance à Noëlle, 22 ans quand il se marie, est arrêté puis s'évade et devient clandestin, 23 ans quand naît sa fille , et 24 ans quand son imprimerie est attaquée et qu'il se donne la mort pour échapper une deuxième fois à la torture.

Au-delà de la tristesse que l'on ressent à la destinée tragique et au sacrifice d'André, c'était absolument passionnant de voir abordé le thème de la propagande côté Résistance, qui est selon moi peu connue (on connaît davantage les actes de sabotage et la répression qui en découle). Or, la diffusion de tracts et de journaux est essentielle pour réveiller les consciences contre l'occupation allemande.
Les dangers sont multiples : il faut imprimer, trouver les fournitures (matériel encombrant, papier en pleine période de restriction etc), stocker sans attirer l'attention, diffuser sans se faire prendre...
Quand André entre dans la clandestinité, il adopte un nouveau nom de guerre : « Vélin » et s'occupe à temps plein de l'impression du journal Combat dont le tirage augmente de plus en plus.
Fin décembre 1943, il fait un coup d'éclat en copiant les caractères du journal collaborationniste le Nouvelliste pour diffuser un faux aux accents gaullistes qui remplace les vrais journaux.
Le danger devient de plus en plus pressant à partir de 44 avec la pression des contrôles de la Gestapo et de la Milice ainsi que des primes de plus en plus élevées encourageant l'infiltration de futurs délateurs.
Tout au long de son combat, « Vélin » fait preuve d'une grande ingéniosité. Il invente, entre autre, des sociétés fantômes avec un dossier convaincant pour avoir des marchandises indispensables au fonctionnement de l'imprimerie clandestine ou un approvisionnement conséquent d'électricité sans attirer l'attention.
Malgré les précautions qu'il prend, la maison où il se cache avec d'autres résistants est attaquée le 17 juin 44 (11 jours après le débarquement allié en Normandie). On ne saura jamais si ce fut le fait d'une dénonciation ; le pire, c'est que peu avant, André avait fait un voyage à Paris pour demander à ce que l'imprimerie change de mode de fonctionnement et soit à nouveau décentralisée face à la gravité croissante du danger, mais la direction du mouvement s'y était opposée.

La diffusion de ce journal résistant a été primordial. Non seulement pour informer les Français sur les événements que la propagande allemande censurait mais également pour apporter un certain réconfort moral. Je finirai en disant que l'importance d'une presse libre est plus que jamais d'actualité en me permettant de citer l'auteur : « Les médias d'aujourd'hui sont beaucoup plus divers et puissants que ceux que Vélin mettait en oeuvre, mais les pouvoirs autoritaires continuent à redouter la vérité et à faire taire ceux dont les messages les contrarient. »

Je remercie Babelio et les éditions du félin pour ce partenariat.

D'autres avis : LivraddictBabelioBooknode

 



samedi 25 février 2023

L'Hispano de Jose Angel Manas

Mais tu sais également que le sage domine ses passions quand l'idiot en est l'esclave.


Editions
: Anarchis
Parution VO : 2020
Parution VF dans la présente édition : 19 mai 2022
Genre : Roman historique
Titre VO : El Hispano
Traduction : Aurélio Diaz
Pages : 315
Partenariat


Résumé :

Numance, cité celtibère de la péninsule Ibérique, IIe siècle av. J.-C. Face à Rome, Carthage, déjà, est tombée.
Idris, le fils du chef de la ville, vient au jour sous les pires auspices, sa mère décédant en couches ; son père ne le lui pardonnera jamais.
Au seuil de l'âge adulte, il sera banni. Mais Numance la revêche doit bientôt faire face à son tour à l'ogre impérial. Les légions de Scipion, renforcées par les éléphants du prince numide Jugurtha, encerclent la ville. Idris l'Hispano réapparaît, venu se battre aux côtés des siens. Ainsi commence la légende, lors d'un des sièges les plus cruels que l'Antiquité ait connus.
Sur la trame de cet épisode devenu mythique, tel un Alésia espagnol, José Ángel Mañas orchestre un roman historique de vaste ampleur. Les haines couvées, les amours trahis, les fidélités reniées dessinent au fil des pages un récit déchirant qui se clôt sur un inéluctable et stupéfiant dénouement.

Mon avis :

Ce qui m'a attiré dans le choix de ce livre, ce sont l'époque historique (IIe siècle avant notre ère) et le lieu de l'intrigue, que je n'avais jamais encore vu traiter en littérature : le siège de Numance, mené par Scipion Émilien, le héros de la 3e guerre punique, aidé par son frère Fabius Maximus et par son allié numide, le prince Jugurtha.
J'ai été complètement happée par les cent premières pages et la découverte du site celtibère ainsi que des différents protagonistes. On sent que l'auteur s'est documenté car la description des lieux, de l'organisation militaire est vraiment très immersive. La partie historique est donc le point fort de ce livre.
Par contre, je suis restée sur ma faim concernant les personnages, qui manquent, à mes yeux, de chair et de développement, si bien que je n'ai réussi à m'attacher à aucun d'eux malgré leur destinée tragique.
Apparemment, la résistance opiniâtre des Numantins, qui ont tenu tête aux Romains durant plusieurs décennies, a beaucoup impressionné leurs conquérants si bien que les auteurs romains n'ont eu de cesse d'exalter leur courage dans leurs écrits. D'ailleurs, chaque partie et chaque chapitre commencent par la citation d'un auteur, la plupart antique, comme Appien, Diodore de Sicile, Florus, Plutarque...
Pour conclure, malgré quelques réserves, cette lecture fut vraiment très agréable et très intéressante.

Je remercie Babelio et les éditions Anacharsis pour ce partenariat.

D'autres avis : LivraddictBabelioBooknode

mercredi 31 juillet 2019

Emportés par la guerre de Bruno Mayorgas

 


Editions : Morel
Parution : 18 décembre 2016
Genre : Essai historique
Pages : 161
Partenariat


Résumé :

A la veille de la Grande Guerre, Villeneuve-de-Marc est une modeste commune rurale de l’Isère. La vie de ses habitants bascule le 1er août 1914 : la majorité des hommes sont mobilisés et doivent partir. Les Villeneuvois sont brusquement précipités dans le cauchemar de la Première Guerre Mondiale. Le conflit qui ne devait pas durer s’est éternisé pendant quatre ans. Ceux qui sont restés au village se sont organisés pour survivre. Ils ont été séparés de leurs maris, de leurs fils, de leurs pères. Ils ont guetté leurs lettres et espéré leur retour.
Certains ne sont jamais revenus. Ils ont été tués sur les champs de bataille. Ils sont morts en captivité loin de leur terre natale. Ils sont décédés dans des hôpitaux de l’arrière. Certains ne se sont jamais remis de l’horreur qu’ils avaient vécu et se sont suicidés. D’autres sont morts après l’armistice des conséquences de la guerre. La plupart sont revenus malades, blessés ou estropiés, au mieux changés pour toujours. Beaucoup sont demeurés mutiques et ont eu peine à raconter leur histoire.
Civils ou militaires, adultes ou enfants, tous ont été d’une manière ou d’une autre emportés par la guerre. 

 
Mon avis :


Je trouve merveilleuse l'idée que c'est le travail de recherche d'élèves du CM2 qui a été le point de départ de l'écriture de cet ouvrage.

Villeneuve-de-Marc est un village isérois de moins de 1000 habitants à la veille de la Première Guerre mondiale. Les auteurs retracent d'abord la vie du bourg à la veille de la guerre, puis la mobilisation générale suivie du quotidien des habitants durant le conflit (accueil de réfugiés belfortins, gestion de la commune par les membres du conseil non mobilisés, création d'hôpitaux militaires bénévoles...). Les 2/3 restant du livre sont consacrés à la biographie succincte des Villeneuvois mobilisés et qui pour la plupart ne sont jamais revenus ou sont décédés des suites de leurs blessures.

C'était à la fois très émouvant et très instructif. J'ai appris plein de choses que je ne connaissais pas. L'ouvrage est en outre émaillé de documents de l'époque : photos, extraits d'articles de journaux ou des journaux des marches et des opérations, lettres, avis officiel de disparition, extrait de registre militaire... etc.

C'est un bel hommage aux jeunes sacrifiés de ce village qui leur est rendu ainsi qu'un beau travail de mémoire. 
 
Je remercie Babelio et les éditions Morel pour cette très belle découverte !

D'autres avis : LivraddictBabelioBooknode


 


mercredi 22 août 2018

Mémoires d'espions en guerre d'Yvonnick Denoël


 


Editions : Nouveau Monde
Parution : 27 février 2018
Genre : Essai
Pages : 457
Partenariat


Résumé :

Quel rôle ont joué Les espions dans les deux guerres mondiales ? Voici pour la première fois réunis les témoignages d'hommes et de femmes qui ont contribué à façonner cette histoire. Les historiens ont souvent ignoré ou minoré l'importance du renseignement dans le fait militaire contemporain. Il est vrai que les témoignages doivent être recoupés par Les archives, ce qui requiert le recul du temps. Cette anthologie sans équivalent propose donc une histoire parallèle des deux guerres mondiales, telle qu'il est enfin possible de l'écrire. Des "coups tordus" entre belligérants de la Grande Guerre aux décryptages décisifs de La Seconde Guerre, des agents doubles (voire triples) aux saboteurs infiltrés en territoire ennemi, des simples informateurs aux "seigneurs" de l'espionnage, des anciens des services allemands, russes, français, britanniques, américains, etc. dévoilent ici des épisodes marquants, et souvent stupéfiants, de Leur carrière. On croisera des noms connus des historiens du renseignement, comme Marthe McKenna, Walter Schellenberg, Le colonel Rémy ou Pavel Soudopla-tov.. Mais on découvrira aussi nombre de personnages dont nous publions le témoignage inédit. Ces récits sont éclairés par la recherche la plus récente. La sélection présentée écarte ceux, parmi les plus célèbres, dont on sait aujourd'hui qu'il s'agissait de pures inventions ou d'exagérations.

 

Mon avis :

Mémoires d'espion en guerre offrent les témoignages d'espions ayant oeuvré durant les Première et Deuxième Guerres mondiales. Dans l'introduction, Yvonnick Denoël nous explique l'évolution de l'espionnage, majoritairement exercé par des amateurs en 1914-1918, avant de donner naissance à l'espionnage moderne en 1939-1945.
L'auteur a choisi avec soin les mémorialistes, éliminant ceux qui livraient des récits trop fantaisistes ou mensongers. Chaque chapitre du livre est composé du témoignage d'un espion sur un événement précis, précédé d'une note explicative avec quelques brefs renseignements biographiques.
Ce qui était intéressant, c'est que l'on a le point de vue des différents camps, et pas seulement de celui des vainqueurs. Ainsi, nous pouvons lire le témoignage d'espions de diverses nationalités (belge, française, allemande, autrichienne, tchèque, hongroise, russe, américaine, anglaise...)
J'ai trouvé ce livre passionnant et très instructif. Ainsi, je ne pensais pas que les femmes étaient aussi nombreuses à espionner durant la Première Guerre mondiale ! Et c'est toujours intéressant de voir la guerre à travers les yeux des espions eux-mêmes, qui n'agissent pas forcément pour les mêmes motivations (patriotisme, idéologie, matérialisme...). En tout cas, ll faut faire preuve d'astuce, de sang-froid, et savoir souvent s'adapter ou parfois suivre son instinct, car c'est un métier extrêmement risqué.
C'est une guerre totale : tous les moyens sont bons pour désinformer, déstabiliser le camp adverse (y compris par l'usage de la fausse monnaie) et c'étaient intéressant de constater que certains mémoires en recoupaient d'autres.


Merci Babelio et aux éditions du Nouveau Monde pour ce partenariat.

.
D'autres avis : LivraddictBabelioBooknode



vendredi 23 juin 2017

Owen Glendower, tome 1 : Les tours de Mathrafal de John Cowper Powys

 


Parution V.O : 1941
Titre V.O : Owen Glendower
Parution VF : 6 avril 2017
Editions : Libretto
Traduction : Patrick Reumaux
Genre : Roman historique
Pages : 592
Partenariat


Résumé :

Nous sommes à la fin du XIVe siècle, en pleine guerre de Cent Ans. Profitant de ce que la couronne d’Angleterre se trouve disputée entre plusieurs factions, le baron gallois Owen Glendower prend les armes, se proclame prince de Galles et fait flotter l’oriflamme au dragon rouge sur les châteaux de la « frontière ». Dans le sillage du prince celte révolté, le jeune Rhisiart va s’initier à la vie, qui est elle-même une guerre de tous les instants. On brandit l’épée, on échange avec la même conviction horions et arguments théologiques, on invoque les génies – bienfaisants ou malfaisants – qui se cachent sous la robe de Dame Nature. On cherche la sainteté. On assassine. On fornique. Tout cela tissé de fils violemment colorés, nimbé de lumières étranges, éclaboussé de métaphores renversantes, de considérations songeuses ou provocantes, nourri de foi autant que d’hérésie.

 
Mon avis :

Je lis des classiques depuis que j'ai 14 ans, et c'est l'un de mes genres littéraires préférés. Si la lecture se révèle souvent ardue, elle offre également une gamme d'émotions très variée et intense... même si parfois il faut attendre la moitié du livre pour en ressentir les premiers effets ou un frémissement d'intérêt ! Lors de la Masse critique de mai, j'ai choisi ce roman parce que l'intrigue se déroule durant la Guerre de cent ans (et que j'adore cette période) et qu'il est publié par les éditions Phébus qui m'ont toujours procuré de très bons moments de lecture, voire m'ont permis de faire de belles découvertes !

Malheureusement, je dois avouer qu'avec Glowen Glendower, la magie n'a jamais opéré (il reste peut-être de l'espoir vu que je n'ai lu que le tome 1 !).
La lecture a été profondément fastidieuse pour moi ! J'ai été en effet assez déstabilisée par le roman, construit un peu à la manière d'un labyrinthe complexe où l'on se perd, entre les noms gallois (par exemple, je ne savais pas comment prononcer Glyn Dŵr), les querelles théologiques, le fanatisme ou la folie des différents moines ou lollards... et l'intrigue qui s'étire, s'étire, s'étire à l'infini !
Une foule de personnages, tant historiques que fictifs, et qui revêtent, obéissant en ce sens au style de l'épopée, de nombreux noms : par exemple, le personnage éponyme se nomme tour à tour Glyn Dŵr, Glendourdy, Owen ap Griffith Fychan, et le héros Rhisiart ab Glowen reçoit au cours de son aventure le nom de Gwion Bach...

L'intrigue se situe en 1400, peu après la mort du roi Richard dans des circonstances mystérieuses et la prise de pouvoir de Henri Bolingbroke (ou Henri IV), décrié pour son caractère trop anglais. Les deux tiers de ce premier tome se déroulent sur quelques jours seulement. Autant dire que les chapitres étaient longs... très très longs... le 7è atteint même presque la centaine de pages alors que le 1er une 30aine ! On a l'impression qu'ils s'allongent au fur et à mesure de la lecture ! Oui, je regardais avant de débuter chaque chapitre le nombre de pages qui m'attendait... pour me donner du courage, même si je me sentais de plus en plus découragée.

Désolée de ne pas donner un avis plus constructif sur ce livre, mais j'ai véritablement galéré pour en venir à bout et je n'en ai pas retenu grand chose... à part que je ne me suis jamais senti immergée à l'époque de la Guerre de cent ans (pour moi, cette époque fait référence au conflit franco-anglais alors qu'ici le conflit se concentre entre les Gallois et les Anglais !) ! Je n'ai jusqu'ici jamais eu de déception avec les classiques (à part Nord et Sud de Gaskell dans une moindre mesure) mais il fallait bien un début à tout !

D'autres avis : LivraddictBabelioBooknode ♦  

lundi 27 février 2017

La guerre de Louise (1914-1921): Parcours de déportés civils en Allemagne de Sylvie Arnoux


Merci à 

Masse critique
et aux éditions  

https://www.entre-temps-editions.fr/
pour ce partenariat !

En découvrant les carnets de guerre de Louise, déportée dans un camp en Allemagne à 17 ans, Sylvie Arnoux a plongé dans le drame vécu par des milliers de civils lorrains en 1914.
Elle nous invite à suivre , de la Lorraine au sud de la France, en passant par l'Allemagne et la Suisse, les parcours croisés de ces femmes, ces hommes et ces enfants.
Loin des récits militaires, les textes et chansons de Louise révèlent la force de vie et l'humour avec lesquels cette jeune femme affronte sept années de guerre.
Je savais que les Allemands avaient occupé les villages français situés sur la ligne de front lors de la Première Guerre Mondiale, je me doutais que cette présence ennemie avait entraîné l'exode de centaines de personnes (c'est ce qu'ont vécu lors de la Seconde Guerre Mondiale mes arrières-grands-parents ardennais jetés sur les routes de l'exode avec leurs neuf enfants), mais ce que j'ai découvert avec stupeur par le biais de ce livre, c'est que certains villages ont été entièrement vidés de leur population, déportée en Allemagne dans des conditions inhumaines.
Louise voit l'arrivée des troupes allemandes dans son village début septembre 1914. Tous les habitants sont entassés dans l'église durant plusieurs jours tandis que les maisons sont livrées au pillage. Le manque d'aération, d'hygiène, de nourriture, entraîne la mort des plus faibles, vieillards et enfants en bas âge, ou encore la folie chez quelques personnes âgées.
Les occupants font régner la terreur, exige des otages et des rançons. Quand ils ne fusillent pas arbitrairement quelques villageois pour couvrir les bavures de leurs soldats.
Les femmes et les enfants sont ensuite séparés des hommes pour être envoyés dans des camps de concentration en Bavière. Ils sont parqués dans des wagons à bestiaux, sans bagages, sans eau, sans nourriture, pour être accueillis à Amberg sous les crachats et les insultes de la foule allemande, remontée contre les Français par les journaux de propagande. Seuls quelques Allemands leur montrent de la compassion.
Dans les camps, ils doivent à nouveau faire face à la promiscuité, à la malnutrition, au manque d'hygiène, à l'air vicié, qui favorisent les épidémies et emportent les plus âgés et les plus jeunes. Certaines femmes meurent en accouchant quand ce ne sont pas leurs bébés. 
Leur quotidien est parfois momentanément amélioré lors de visites officielles  afin de masquer les mauvaises conditions de détention. Quand des reproches sont tout de même adressés aux responsables des camps, ceux-ci se retranchent derrière la réputation de malpropreté des Français [réputation qui a survécu jusqu'à ma génération puisque ma correspondante allemande m'a un jour affirmé que nous les Français nous étions sales, sans aucune raison valable puisque nous nous douchons chez nous tous les jours, mais bon, bref, passons....].
En janvier 1915, la guerre perdurant, les femmes et les enfants valides sont renvoyés en France, mais comme la Lorraine est toujours le théâtre des combats, les déportés sont dirigés vers le sud du pays. Les Suisses, qui voient transiter par leur pays ces cortèges de réfugiés, sont effarés de leur extrême maigreur et de l'expression éteinte de leur regard.
Louise et sa mère  sont logées dans la Drôme. Les réfugiés ne peuvent se déplacer ou travailler sans autorisation. Louise devra attendre février 1916 avant de pouvoir trouver un emploi.
La cohabitation avec les autochtones se dégrade au fur et à mesure de l'afflux de réfugiés. Si au début, les Provençaux se sont montrés accueillants, ils essaient ensuite de s'y soustraire, et le préfet est obligé de recadrer certains maires en leur rappelant le devoir de solidarité de tous les Français, et en menaçant quelque fois de recourir à la réquisition des logements. Mais la cohabitation n'est pas forcément plus aisée entre les réfugiés eux-mêmes qui sont obligés de se partager les pièces d'une même maison.
Avec son travail, Louise et sa soeur aînée, qui est venue les rejoindre, s'intègrent à la population, se font des amis, goûtent aux plaisirs des jeunes de leur âge. Ces connaissances lui seront utiles quand, lors de la Seconde Guerre mondiale, elle vivra un deuxième exode.
La fin de la guerre n'entraîne pas pour autant le retour immédiat des réfugiés car il faut sécuriser les anciennes zones de combat, assurer leur déminage, reconstruire. Le village de Louise ne possède plus une seule maison debout. Louise et sa famille sont enfin autorisées à retourner dans leur village en 1921, dans une habitation provisoire... Mais le père de famille est mort dans le sud, des séquelles de sa déportation comme d'autres Français...

Pour conclure, j'ai été effarée de découvrir ce pan de notre histoire, que je ne connaissais pas du tout, alors que je suis d'une région voisine. Pendant longtemps, jusqu'à il y a quelques années, peu d'historiens s'étaient penchés sur le sujet, plus intéressés par les souffrances des Poilus. C'est horrible de penser que tous ces civils déportés ont dû vivre avec ces souvenirs extrêmement douloureux sans pouvoir les partager avec le reste de leurs compatriotes. C'est un peu comme si l'Histoire niait ce qu'ils avaient vécu. Je suis choquée que les livres d'histoire de ma scolarité n'y aient jamais fait allusion ! Avec ce témoignage, l'auteure répare un peu cet oubli ! Dommage qu'il n'y ait désormais plus de survivants pour en prendre connaissance.
En tout cas, la lecture a été à la fois très instructive et très intéressante, mais également révoltante pour les traitements inhumains infligés à tous ces civils qui se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Les carnets et photos de Louise constituent le fil rouge de cet ouvrage, mais l'auteure s'appuie également sur d'autres témoignages lorrains ainsi que les lettres de fonctionnaires français ou allemands.
Et l'on se dit avec tristesse que l'Histoire ne fait que bégayer, car ce témoignage fait écho à d'autres réfugiés, lancés sur les routes à cause de la guerre, déracinés et indésirés, mais cette fois cela se déroule de nos jours...

Merci aux éditions Entre-Temps et à Babelio pour ce partenariat !
(sources : Babelio)

Sylvie Arnoux, née en 1962, est diplômée de l’École Supérieure de Commerce.
Elle a travaillé dans le tourisme et l’édition avant de se consacrer à l’écriture. Elle est auteur de romans et nouvelles, elle écrit également pour les enfants.
Paru aux éditions Kirographaires en octobre 2011, Mamy Grand est son premier roman.
La spécificité de ses publications jeunesse est d’être accessible aux lecteurs dyslexiques.
Sylvie Arnoux réside à Lyon.

- Son site -
- Sa page Facebook -

 
Ma 72ème participation au challenge de Lynnae -
https://www.entre-temps-editions.fr/

http://www.livraddict.com/biblio/livre/l-enchanteur-1.html
http://www.babelio.com/livres/Glasfurd-Les-mots-entre-mes-mains/848257
https://booknode.com/l_enchanteur_015479

dimanche 29 novembre 2015

Le Seigneur de l'Arc d'Argent de David Gemmel - Troie, tome 1

Le Seigneur de l'Arc d'argent de David Gemmel - Troie, tome 1

fiche détaillée

 Auteur > David Gemmel
Editeur > France Loisirs
Collection > Fantasy
Série > Troie
Genre > roman fantasy
Date de parution > 2005 pour l'édition originale,  2012 pour la présente édition
Titre original > Lord of the Silver Bow - Troy, book one
Nombre de pages > 680
Traduction > de l'anglais par Rosalie Guillaume

auteur
(sources : Bragelonne)

 

David GemmelDepuis Légende, son premier roman (prix Tour Eiffel 2002), David Gemmell n’a publié que des best-sellers. Reconnu comme le maître de l'Heroic Fantasy en Grande-Bretagne, cet ancien journaliste, grand gaillard de deux mètres, avait été videur dans les bars de Soho à Londres avant de prendre la plume. Sa gouaille naturelle lui avait toujours permis d'éviter de se servir de ses 120 kilos. Cette gouaille se retrouve dans ses ouvrages dont le rythme soutenu entraîne le lecteur dans des aventures épiques et riches en couleurs, où Gemmell savait mettre tout son cœur. Ce même cœur qui l’a abandonné en juillet 2006, à l’âge de 57 ans. 

 

 

quatrième de couverture

Trois individus vont changer la destinée de plusieurs nations.
Hélicon, le jeune prince de Dardanie, hanté par une enfance traumatisante; la prêtresse Andromaque, dont le caractère de feu et l'indépendance forcenée se dressent contre la volonté des rois; et le légendaire guerrier Argurios, emmuré dans la solitude, uniquement motiver par son besoin de vengeance.
A Troie, ils découvrent une cité déchirée par des rivalité impitoyable -un maelström de jalousie, de tromperie et de traitrise meurtrières. En dehors des mirs de la cité mythique, des ennemis assoiffés de sang convoitent ses richesses et conspirent à sa chute. C'est une époque de bravoure et de trahison. Une époque de bain de sang et de terreur.
Une époque pour les héros!

première phrase

"Si je m'endors, je meurs."

avis personnel

 Je me souviens que j'avais acquis cette saga sur les conseils de Sylly, suite à ma chronique sur L'Odyssée d'Homère il y a un an et demi, et que cet empoussiérage où Troie s'enlisait n'avait pas échappé à la grande fan de Gemmel devant l'éternel qu'est Cassie qui a donc profité du Destockage de PAL en duo, dont la session portait cette fois sur le thème de la Fantasy, pour m'en proposer la lecture... * Pour de vrai, elle m'a subtilement prise par les sentiments pour que je choisisse Gemmel et pas Cerutti, et dans ma grande faiblesse, j'ai cédé à sa douce pression... he... ce qui maintenant lui met la pression à elle, héhéhé, car ai-je aimé ? n'ai-je pas aimé ? verdict immédiatement*

Ceux qui me suivent sur ce blog savent à quel pont je suis raide dingue d'Hector, le héros troyen ! Aussi trépignais-je d'impatience à l'idée de le retrouver (en espérant naïvement, puisque Gemmel revisitait le mythe troyen, qu'il nous offrirait peut-être une fin différente ! * oui, on peut toujours rêver  he !!*) Sauf que... sauf que... ce premier tome porte sur Hélicon, un prince dardanien renié par son père. Les scènes où il apparaît le montrent comme un homme généreux et compatissant, contredites par le point de vue des adversaires qu'il a rencontrés et qui le dépeignent comme un homme cruel et sanguinaire. Le lecteur se demande pendant une partie du roman où se situe la vérité et quelle est la personnalité réelle d'Hélicon. Est-il victime de l'exagération et de la mauvaise foi de ses ennemis ? ou la terreur qu'il inspire est-elle fondée ? J'ai bien aimé que l'auteur laisse planer ce doute autour du héros, qui apparaît comme un être tourmenté et complexe.

J'ai bien aimé également sa manière de se ré-approprier la légende troyenne et de ré-inventer une personnalité aux héros connus, si bien que, même en connaissant l'histoire, nous sommes souvent surpris par le parti pris de l'auteur. Par exemple, Priam ne bénéficie guère d'une image très flatteuse. Il est en effet dépeint comme un homme cupide, dépourvu d'amour et se servant de ses enfants au gré de ses intérêts politiques. Au début du roman, il a d'ailleurs fait exécuter 5 de  fils qui complotaient contre lui. Sa cour bruit de complots visant à le destituer (ou le tuer tout court), et seul Hector arrive à maintenir l'unité familiale.

D'ailleurs, Hector, Hector, où es-tu ? On ne parle que de lui durant la majorité du roman sans jamais le voir ! Tout simplement parce qu'il a été envoyé en Égypte combattre aux côtés des Hittites, auxquels les Troyens sont inféodés, le puissant pharaon Ramsès à la bataille de Qadesh. C'est aussi un autre aspect que j'ai apprécié dans cette œuvre : intégrer les autres grandes puissances étrangères (hittite, égyptienne) à l'intrigue et ne pas se focaliser sur les seuls peuples intervenant dans l'Iliade. En outre, concernant les intrigues politiques et les descriptions de la vie quotidienne ou militaire, le roman penche plus vers un récit historique que de fantasy, ce que j'ai bien aimé.

D'autres changements ont été effectués par rapport au mythe original : Anchise est mort avant la guerre de Troie, la mère d'Énée n'est pas la déesse Aphrodite, Mycènes s'apprête à faire la guerre à Sparte...

J'ai été très surprise de trouver Ulysse attachant (personnage que je ne peux pas sacquer dans L'Odyssée). Par contre, comme d'habitude, j'ai adoré Andromaque, qui se démarque tout de même de l'originale par un caractère indépendant et un comportement de virago (sans aucune connotation péjorative de ma part, hein !)...

Mon bémol portera sur la rapidité avec laquelle l'auteur passe sur certains passages, ne donnant pas assez d'épaisseur à l'intrigue. J'aurais également aimé qu'il s'attarde sur les personnages pour leur donner plus de profondeur et étoffer leur potentiel psychologique (qui est de ce fait un peu gâché). D'ailleurs, les personnages foisonnent tellement qu'il m'est arrivé d'oublier à quel moment certains étaient déjà apparus (je ne me souvenais plus par exemple pour quelle circonstance Attalus avait été introduit !). Et pour finir, même si le style est efficace, je déplore sa trop grande simplicité. Je trouve que Gemmel donne parfois trop d'importance à l'action pure au détriment de l'intrigue...

Pour conclure, malgré quelques réserves, j'ai été captivée par l'histoire d'Hélicon (même en l'absence de mon bien-aimé Hector). Gemmel revisite la légende troyenne avec beaucoup de talent, modifiant la personnalité de certains protagonistes connus, inventant d'autres personnages, ce qui nous occasionne quelques belles surprises narratives ! Je lirai la suite avec beaucoup de plaisir...

Appréciation :

note : 4 sur 5

Mes autres avis sur la trilogie : tome 1 ♦ tome 2 ♦ tome 3 ♦

 

extrait

 - Tu iras à Théra, et tu suivras la formation d'une prêtresse du Minotaure, avait dit Ection. Je sais que ce sera une tâche difficile, mais tu es une fille forte.
Elle était restée assise sans répondre, regardant l'homme dans les yeux. Son silence avait attisé la colère de son père.
- Tu n'as que toi à blâmer. Beaucoup d'hommes préfèrent les femmes ordinaires. Mais tu n'as jamais fait le moindre effort pour plaire aux prétendants que je t'avais trouvés. Pas un sourire, pas un mot d'encouragement.
- C'étaient tous des hommes sans intérêt, avait-elle répondu.
- Des hommes de bonne famille!
- Eh bien, père, vous vous enrichirez quand même, en vendant mes sœurs.
- Voilà de quoi je parle! avait crié Ection. Tout ce qui sort de ta bouche est déformé, hideux. Tes sœurs trouveront le bonheur avec leurs enfants et la richesse de leur mari. La petite Paleste est déjà fiancée à Hector. Elle vivra dans la cité dorée de Troie, mariée au plus grand de ses héros. Il l'adorera et elle sera heureuse avec lui.
- Ce qui est, bien entendu, votre principal souci, père, avait-elle dit d'une voix douce. Que devrai-je faire, sur Théra?
- Comme si j'étais informé de ce que font les femmes du temple! Apaiser la colère des dieux, faire des sacrifices, chanter, que sais-je ! Il n'y a pas d'hommes sur l'île.
Elle avait remarqué la méchanceté de son ton quand il avait lancé cette pique.
- C'est une vrai bénédiction, avait-elle dit. J'ai hâte d'y être.
Ce n'était pas vrai, mais elle avait pris plaisir à la lueur de colère qui avait brillé dans les yeux de son père.  
(page 149-150)

divers

Challenge "Destockage de PAL en duo" organisé par Zina et Licorne #mission 4

Challenge organisé par LicorneZina -

ABC de l'Imaginaire 2015

Challenge ABC 2015 Littératures de l'Imaginaire de Ptitetrolle - 10/26

Challenge "L'Odyssée grecque"

Challenge "L'Odyssée grecque" : 15/100

Challenge "Mythologies du monde " proposé par Myrtille

Ma 33ème participation au challenge de Myrtille - légende de la guerre de Troie revisitée

Challenge "A l'abordage" organisé par Ivy-Read

Ma 4è participation au challenge d'Ivy-Read.

Challenge "Les filles de Mrs Bennet" (jusqu'au 31 août 2016)

Challenge organisé par  Deedee1310 (2/12)

Logo Livraddict

babelio

dimanche 6 septembre 2015

Les loups de Voïvodine de Miroslav Popović

Les loups de Voïvodine de Miroslav Popović

Fiche détaillée

  Auteur > Miroslav Popović
Editeur > Gaïa
Genre > Historique
Date de parution > 1983 pour l'édition originale , 2002 pour la présente édition
Titre original > Sudbine
Nombre de pages > 358
Traduction > du serbo-croate par Alain Cappon

auteur
(sources : éditions Gaïa)

Les loups de Voïvodine de Miroslav Popović
Miroslav Popović est né en 1926 en Yougoslavie et meurt en 1985. Son unique roman, publié à 57 ans, sera un grand succès public et médiatique, couronné de prix prestigieux. Les loups de Voïvodine vient rompre avec les tabous entourant la sombre période de la Seconde Guerre mondiale. Un livre destin à l'image de son propos et de son auteur qui connut les geôles de Tito.

 

quatrieme de couverture

À la veille de la Seconde Guerre mondiale, une ville de Yougoslavie, quelque part en Voïvodine.
Une ville haute et une ville basse, une population mêlée, aux origines variées, aux religions diverses. Dans cet équilibre, ni fragile ni séculaire, pénètre, un voyageur, venu par les chemins enneigés. Il ne perturbe rien, il vient simplement prendre sa place dans le tableau, comme dans une société qui l'attend, à l'image de Soko, la chienne du précédent gardien. Car Bogdan Žurajica vient d'être embauché par la fabrique de Monsieur Albrecht, comme gardien de l'entrepôt de meubles. Il y côtoiera David, l'apprenti, et Maître Franz, le responsable d'atelier. Une petite société à elle toute seule, cette fabrique, tant ce qui va s'y dérouler est le reflet exact de ce qui traumatisera la ville toute proche.
Le IIIe Reich envahit la Pologne et mobilise ses forces, les Souabes, ces Serbes de souche allemande. Et lorsque trois jours plus tard, l'armée allemande investit la ville, les équilibres se redessinent. On découvre tout à coup que son patron est juif, que sa jolie voisine est souabe, que son ennemi juré est de la même origine que soi... Tout se bouleverse et chacun cherche sa place dans ce grand chambardement.


Tout à la fois saga familiale, chronique sociale, fresque historique, Les loups de Voïvodine est surtout un roman d'une poésie flamboyante. Qui porte un regard très juste sur l'homme et sa société, et donne bien des clefs sur l'Histoire des Balkans.

première phrase

"La brève après-midi de novembre était entrée en agonie sitôt commencée."

avis personnel

 À travers ce livre, Popovic nous offre la chronique quotidienne d'une petite ville fictive de Voïvodine, qui débute 3 ans avant la guerre et se termine 1 ans après (c'est-à-dire que la période court de 1938 à 1942 car la Yougoslavie reste neutre jusqu'en 1941).

L'auteur nous brosse toute une galerie de portraits : Aleksandar Albrecht, le fabriquant juif de meubles, et sa femme Herta ; David Blanuša, le jeune apprenti d'Albrecht qui se laisse parfois aller à des propos malveillants ; maître Franz Teibel, le menuisier qui disparaît après la mobilisation ; Ignjat Stojša, le contre-maître ; Viktor Seibert, un Souabe, propriétaire du cinéma «Colosseum», fou amoureux de sa femme, Jelena, qui le trompe ; Jevrem, le charretier rustre, "prétentieux et bouffi d'orgueil" ; la veuve Burovac, qui ne peut vivre sans locataire enclin à réchauffer sa couche ; Emilija Blanuša, la soeur de David, jeune serveuse de la «Corne d'or» qui rêve d'épouser un homme riche ; Jorgovan, le patron du bar, mariée à une Turque ; l'untersturmführer Otto Klischke, homme qui symbolise toutes les ambivalences des officiers de la Gestapo, se montrant d'une exquise politesse envers ceux de la race aryenne mais torturant sans état d'âme les résistants yougoslaves ; et enfin Bogdan Žurajica, un bûcheron étranger embauché comme gardien de nuit au magasin d'Albrecht au tout début du roman.

C'est donc un peu ardu pour le lecteur de se familiariser avec tous ces protagonistes, d'autant que la 1ère partie est assez longue à se mettre en place. En effet, l'auteur décrit minutieusement et avec moult détails, jusqu'à leur insignifiance, le quotidien banal de ces gens, ce qui n'en rend que plus saisissant ensuite l'horreur de leur situation.

Le 6 avril 1941, la guerre éclate en Yougoslavie. Quelques jours plus tard, les Allemands occupent la ville de Nova Palanka, remettant en cause la coexistence harmonieuse de cette mosaïque d'ethnies et de religions. Chacun va se replier sur sa communauté. Les Souabes, allemands de souche,  collaborent "naturellement" avec les occupants nazis ; les Juifs sont regroupés pour être publiquement humiliés dans l'indifférence presque générale (à part la réaction indignée de quelques hommes encore sensibles à la dignité humaine), en fin de journée, ces mêmes Juifs se rencontrent secrètement pour gloser sur l'humanité ; le reste de la population est préoccupée par sa survie, passant parfois par le marché noir.

Chacun réagit donc différemment à l'arrivée des soldats allemands.


Les Juifs sont inconscients de la réalité de la guerre, refusant de croire aux atrocités commises :

 Que des hommes, des adultes, aient été fusillés ici ou là, je veux bien le croire. Des otages, sans doute... Mais fusiller des femmes et des enfants, non, c'est franchement ridicule ! Excusez-moi, mais nous vivons au vingtième siècle. Et ce sont quand même les Allemands qui nous ont donné Goethe et Schubert, ne l'oublions pas...
(page 240)

De leur côté, les Souabes acceptent de déposséder les Juifs. Maître Franz, homme dont la bonté ne peut être remise en cause, devient le nouveau patron du magasin d'ameublement d'Albrecht sans se rendre compte de ce que cela implique. Mais peu à peu, on assiste à la transformation de son caractère, perverti par l'idéologie nazie et sa mise en application : le magasin devient le lieu d'un drôle de trafic, où des meubles de très bonne facture arrivent en pièces détachées pour repartir ailleurs, tandis que l'usine d'Albrecht ne produit plus aucun meuble.

 ... en s'acquittant de leur petite besogne sans se préoccuper de son aboutissement, ils se sont tout bonnement exclus de l'humanité. L'homme est un être qui pense, un être responsable. Ces gens-là ont renoncé à leur titre d'homme.
(page 242)

Des dérapages, des exécutions sommaires éclatent soudainement alors que la banalité du quotidien ne laissait à aucun moment présager ces drames.
Ce qui est terrible, c'est la résignation des victimes qui ne se rebellent jamais contre leur sort ainsi que l'obéissance aveugle des Souabes à l'occupant allemand dont ils ne remettent jamais en question le comportement inhumain. Le lecteur assiste, impuissant et horrifié, au mécanisme de la banalité du mal
, que la phrase sans concession de Jelena, jetée à la figure d'un père sollicitant son intercession pour son fils, rend glaçante :

 Le grand Reich allemand ne châtie pas les innocents, et je ne saurais m'engager pour un coupable.
(page 250)

 Pour conclure, un livre prenant, que l'abondance des détails sans importance aurait pu rendre indigeste mais qui au final ne rend que plus saisissants les drames qui se jouent entre les différents protagonistes. L'émotion est palpable à certains passages, d'autant que le lecteur connait à l'avance le sort de certaines communautés. 

Appréciation :

note : 4 sur 5

extrait

  Et de cette horrible vieille souche, depuis longtemps rejetée hors du temps, malicieusement recourbée sur elle-même comme au terme d'une grave maladie qui l'aurait rendue infirme et à jamais maligne, montait alors une odeur inattendue de bois frais, un parfum de forêt, peut-être même cette senteur de feuillage jeune et plein de sève dans laquelle baignait cette souche monstrueuse au temps où elle n'était pas encore souche mais partie vivante d'un arbre qui la berçait de son bruissement.
(page 108)

divers

 La pourpre et l'or - Murena T1 - de Dufaux et Delaby

Ma 54ème participation au challenge de Lynnae -

Virée littéraire européenne 

Ma 1è participation à la 2è édition du challenge de BouQuiNeTTe - séjour en Serbie
D'autres billets sur le Kosovo/la Serbie/l'Albanie : Sharon ♦ Julie ♦ Salhuna ♦

le tour du monde en 8 ans

Ce billet est ma 21è participation au challenge d'Helran - cette escale compte pour la Serbie

Logo Livraddict

babelio