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mercredi 15 janvier 2020

Haïculs (Collectif)


Éditions : Actes Sud
1ère parution : 16 octobre2019
Genre : Haïku
Pages : 80
Partenariat


Résumé :

Quand des superbes photos de culs de l'Antiquité romaine croisent le regard d'auteurs facétieux, ces derniers leur dédient des haïkus. Une étrange et nouvelle, mais cohérente, cohabitation naît alors. Ces superbes images issues des collections du Musée départemental Arles antique sont de douces invitations à la rêverie érotique.
Cet ouvrage fait un pont entre deux cultures, dont l'érotisme est un pilier. Découvrez ces petits poèmes d'origine japonaise joliment troussés, qui saluent ici avec malice le désir naturel qui s'émeut d'un joli derrière. L'aspect frivole et parfois grivois de ces textes renoue avec l'origine légère de ces poésies, avant que le maître du genre, Basho Matsuo, ne lui donne une orientation plus sensible.

Mon avis :


Le livre marie photos callipyges de quelques oeuvres antiques exposées au Musée départemental Arles antique (statues, vases, lampes à huile...) et haïkus rédigés par quelques contemporains espiègles (à part Jules César lui-même qui s'invite deux fois entre ces pages!)...
C'était plutôt rigolo de découvrir ces statues côté pile pour une fois, cela donne même une perspective nouvelle non dénuée de charme (un peu voyeur). Certains haïkus sont vraiment poétiques et évocateurs.
Bref, une jolie réussite pour ces accordailles anachroniques et décalées.
Seul petit bémol : j'aurais bien aimé avoir la référence de l'oeuvre sur la même page (il faut attendre la fin pour avoir une liste détaillée des oeuvres)...


Je remercie Babelio et les éditions Actes Sud pour cette découverte !
D'autres avis : LivraddictBabelioBooknode




dimanche 31 mai 2015

Les Métamorphoses d'Ovide

Les Métamorphoses d'Ovide

Fiche détaillée

Auteur > Ovide
Editeur > Ebooks libres et gratuits
Genre > classique, mythes et mythologie, poésie
Date de parution > Ier siècle, 2005 pour la présente édition
Titre original > Metamorphoseon
Poids du fichier > 350Ko (330 pages)
Traduction > du latin par G.T. Villenave (1806) 

quatrieme de couverture
Dans son œuvre majeure, poème en quinze livres, Ovide reprend les légendes grecques et décrit avec force détails les transformations des dieux et des hommes en animaux, plantes ou pierres.

première phrase

"Inspiré par mon génie, je vais chanter les êtres et les corps qui ont été revêtus de formes nouvelles, et qui ont subi des changements divers."

avis personnel

Les Métamorphoses est un poème en 15 chants, qui part de la création du monde pour finir à l'époque d'Auguste, en s'appuyant sur 250 métamorphoses environ et en retraçant les grands mythes fondateurs, comme le déluge qui est un thème commun à plusieurs cultures.

Ici, Deucalion et Pyrrha sont les deux seuls survivants, choisis par Zeus pour remplacer la race humaine de bronze, jugée trop impie...

 Le genre humain périra sous les eaux, qui, de toutes les parties du ciel, tomberont en torrents sur la terre.
(page 9)

La mythologie explique également certains autres événements naturels, comme le désert de Libye ou la couleur de peau des Éthiopiens.
 
J'ai souri en lisant certains vers, qui ont certainement inspiré Lavoisier (sa maxime est la seule chose que j'ai retenue de mes cours de chimie au collège !!^^) :

Tout change, rien ne meurt.
(page 309)

et plus loin :

La nature, qui renouvelle sans cesse les choses, ne fait que substituer des formes à d'autres formes. Croyez-moi, rien ne périt dans ce vaste univers ; mais tout varie et change de figure.
(page 311)

Bref, ce qui marque surtout dans cette œuvre, c'est l'omniprésence du désir amoureux, qu'il soit partagé ou pas...
Philémon et Baucis (Chant VIII) représentent l'amour conjugal (mais également l'hospitalité et la piété), Pyrame et Thisbé (chant IV) l'amour malheureux (d'ailleurs, leur mythe a sûrement inspiré Shakespeare pour Roméo et Juliette).
L'inceste est également abordé et symbolise l'amour anormal avec les mythes de Myrrha (Chant X), Nyctimène (Chant II), Byblis et Caunus (Chant IX).
Enfin, les amours impossibles rendent les filles, qui veulent rester vierges, victimes du désir impérieux des garçons (Daphné et Apollon, Chant I) ou sont condamnées d'avance par la vanité (Narcisse et Echo, Chant III)

Les métamorphoses interviennent soit par punition (Lycaon est puni pour sa cruauté, Chant I) soit par récompense ou pitié (Philémon et Baucis pour leur hospitalité, Chant VIII).

Elles sont parfois la conséquence du désir de vengeance (l'Amour inspire ce sentiment à Apollon pour Daphné dans le but de se venger des moqueries de ce dieu à son égard : "Soudain Apollon aime ; soudain Daphné fuit l'amour" page 15 ; pour se venger de la trahison d'Apollon - encore lui ! - Vénus le fait tomber éperdument amoureux de la mortelle Leucothoe) ou la conséquence de remords (Athéna changeant Arachné en araignée pour se faire pardonner, Chant VI).
Ou le moyen pour Jupiter d'échapper à la vigilance de Junon pour commettre plus commodément ses adultères !
C'est aussi parfois le seul moyen pour des mortelles ou des nymphes d'échapper aux désirs libidineux des dieux (métamorphose de Syrinx poursuivie par Pan, Chant I).

Entre les dieux et les hommes, il n'y en pas un pour rattraper l'autre : vengeance sanglante et implacable, violence, fureur, infanticide, inceste, parricide, viols, mutilation, cannibalisme... franchement, la colonne des faits divers était bien alimentée à l'époque !

La mécanique des transformations est parfois un peu répétitive  : il arrive que l'on assiste aux mêmes selon un schéma identique, et les digressions nous sortent parfois de notre lecture avant que l'on n'en revienne au sujet initial, mais les passages intéressants relèvent l'intérêt du lecteur (par exemple, j'ai adoré la légende de Midas ainsi que l'histoire très touchante de Cénis, Chant VIII)

De plus, j'ai mesquinement apprécié le fait qu'Ulysse soit montré sous un jour peu favorable !

Bien que l'histoire se termine tragiquement, l'autoportrait du cyclope pour attirer Galatée dans ses rets frise vraiment le ridicule, et m'a fait sourire (Chant XIII) :

...en me voyant, ma beauté m'a plu. Regarde la hauteur de ma taille : Jupiter n'est point plus élevé dans les cieux (car vous avez coutume de parler du règne de je ne sais quel Jupiter). Une chevelure épaisse couvre mon front altier, et, comme une forêt, ombrage mes épaules. Que si mon corps est couvert de poils hérissés, ne pense pas que ce soit une difformité. L'arbre est sans beauté, s'il est sans feuillage. Le coursier ne plaît qu'autant qu'une longue crinière flotte sur son col. L'oiseau est embelli par son plumage, la brebis par sa toison : ainsi la barbe sied à l'homme, et un poil épais est pour son corps un ornement. ‘Je n'ai qu'un œil au milieu du front ; mais il égale un bouclier en grandeur. Eh quoi ! le soleil ne voit-il pas, du haut des cieux, ce vaste univers ? Et cependant il n'a qu'un œil comme moi.
(page 278)

Par contre, j'ai beaucoup moins aimé le dernier chant où Ovide passe un petit coup de brosse à reluire à Auguste (bon, OK, Ovide est alors en exil et aimerait sans doute rentrer dans les grâces de son prince) :

César, né dans Rome, est dieu dans sa patrie. Sans égal dans la guerre comme dans la paix, ce n'est pas plus à ses travaux guerriers achevés dans la victoire, au sage gouvernement de l'état, au cours rapide de ses conquêtes, qu'aux vertus de son fils, qu'il doit d'avoir été changé en comète, et de briller parmi les astres : car, dans tout ce que César a fait, sa gloire la plus éclatante est d'être père d'Auguste.
(page 324)

Mais ça fait quand même un peu too much, non ?

Pour conclure, j'ai beaucoup aimé retrouver certains mythes connus et en découvrir d'autres. Mais je dois avouer, que parfois, je me suis un peu ennuyée, j'ai en effet trouvé certaines légendes redondantes, mais il faut dire que j'ai lu ce livre en à peine deux jours. Par contre j'ai été un peu gênée par l'alternance de l'emploi de noms grecs ou romains pour désigner les mêmes dieux, et je ne sais pas si ce défaut existe déjà dans le texte original.

Appréciation :

note : 3 sur 5

extrait

Morphée vole à travers les ténèbres. Son aile taciturne ne trouble point le silence de l'air. Dans un instant il arrive aux remparts de Trachine. Il dépose son plumage sombre, prend les traits de Céyx, et, sous cette forme, nu, livide, et glacé, il s'arrête devant le lit de la triste Alcyone. Sa barbe est humide, et l'onde a mouillé ses cheveux épars. Il se penche sur le lit, et le visage baigné de larmes :

« Malheureuse épouse, dit-il, reconnais-tu Céyx ? La mort a-t-elle pu changer mes traits ? Regarde : c'est ton époux, ou plutôt c'est son ombre. Tes vœux, chère Alcyone, ne m'ont été d'aucun secours. J'ai cessé de vivre. Cesse d'espérer que je puisse être rendu à ton amour. Au sein de la mer Égée, la tempête a surpris mon vaisseau ; bientôt submergé, les vents l'ont englouti dans les ondes.
J'appelais en vain Alcyone lorsque ma bouche a reçu le flot mortel. Tu ne vois point en moi l'auteur suspect d'une fausse nouvelle. Elle ne te parvient point par les bruits vagues de la renommée. C'est moi-même qui viens après mon naufrage te faire connaître mon triste destin. Éveille-toi, lève-toi, donne des larmes à ma mort. Revêts des voiles funèbres, et ne laisse point mon ombre descendre dans les enfers, sans avoir reçu le tribut de tes larmes. » Ainsi parle Morphée. Sa voix est celle de l'époux d'Alcyone. Il paraît verser des larmes véritables. Son geste est semblable au geste de Céyx. Alcyone gémit ; elle pleure, elle agite ses bras en dormant. Elle veut embrasser son époux, et c'est l'air qu'elle embrasse : « Demeure, s'écrie-t-elle, où fuis-tu ? Nous irons ensemble chez les morts. »
(page 234)

divers

La pourpre et l'or - Murena T1 - de Dufaux et Delaby

Ce billet est ma 18è participation au challenge de Soukee.

Challenge "Mythologies du monde " proposé par Myrtille

Ma 30ème participation au challenge de Myrtille -

Les Métamorphoses d'Ovide

Challenge organisé par Licorne & Zina -

Challenge "Un classique par mois"

Le 2è classique du mois de mai pour le challenge organisé par Stephie.

ABC de l'Imaginaire 2015

Challenge ABC 2015 Littératures de l'Imaginaire de Ptitetrolle - 4/26

 Challenge "L'Odyssée grecque"

Challenge "L'Odyssée grecque" : 14/100

 

Challenge "Virée européenne" organisé par BouQuiNeTTe

Ma 13è participation au challenge de BouQuiNeTTe - séjour en Italie
D'autres billets sur Malte/l'Italie : Sharon ♦ Julie ♦ Salhuna ♦

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mardi 9 avril 2013

César Borgia - poème de Verlaine

Portrait en pied

César Borgia

Sur fond sombre noyant un riche vestibule
Où le buste d’Horace et celui de Tibulle,
Lointains et de profil, rêvent en marbre blanc,
La main gauche au poignard et la main droite au flanc,
Tandis qu’un rire doux redresse la moustache,
Le duc César, en grand costume, se détache.
Les yeux noirs, les cheveux noirs et le velours noir
Vont contrastant, parmi l’or somptueux d’un soir,
Avec la pâleur mate et belle du visage
Vu de trois quarts et très ombré, suivant l’usage
Des Espagnols ainsi que des Vénitiens
Dans les portraits de rois et de patriciens.
Le nez palpite, fin et droit. La bouche, rouge,
Est mince, et l’on dirait que la tenture bouge
Au souffle véhément qui doit s’en exhaler.
Et le regard, errant avec laisser-aller
Devant lui, comme il sied aux anciennes peintures,
Fourmille de pensers énormes d’aventures.
Et le front, large et pur, sillonné d’un grand pli,
Sans doute de projets formidables rempli,
Médite sous la toque où frissonne une plume
S’élançant hors d’un nœud de rubis qui s’allume.

 Verlaine, Poèmes saturniens (1866)

Moi qui aime Verlaine, j'avais complètement oublié qu'il avait écrit un poème sur César Borgia et c'est totalement par hasard que je suis retombée dessus ! Comme quoi le hasard... 

Bref, est-ce que comme moi vous sentez la menace qui point derrière certains mots ? 

Crédits image : AC Reload forum

 

Challenge "Borgia" proposé par A-Little-Bit-Dramatic

Un petit bonus pour le challenge d'A-Little-Bit-Dramatic.

 

jeudi 28 février 2013

"Un mois, un thème" : février et le Japon #28

haïkus des 4 saisons

 

 J'ai choisi d'illustrer le thème de février à l'aide d'haïkus, ces courts poèmes japonais, à la métrique fixée, trois vers de cinq, sept, puis cinq syllabes, et apparus au VIIIème siècle.

Bâsho (1644-1694) leur redonna toute leur fraîcheur et renouvela le genre en s'appuyant sur la contemplation, la méditation et la fusion avec la nature.

J'aime ce genre de poèmes, qui ont le goût de l'éphémère et laissent affleurer une émotion, une sensation, une impression...

Je vous en laisse un petit florilège:

 Tombée de la branche
Une fleur y est retournée :
C'était un papillon !

Arakida Moritake

Le voleur
m'a tout emporté, sauf
la lune qui était à ma fenêtre
Miyamori 

 

 Dans le vieil étang
Une grenouille saute
Un ploc dans l'eau
Bâsho

J'éternue
et perds de vue
l'alouette
Bâsho

 

Papillon qui bats des ailes
Je suis comme toi -
Poussière d'être !
Issa

 Des feuilles de lotus dans l'étang
Bougent sur l'eau.
 Pluie de juin.
Shiki

 

"Un mois, un thème" : décembre et la neige # 10

mercredi 30 janvier 2013

"Un mois, un thème" : janvier et la musique #30

Fantaisie

Gérard de Nerval

Il est un air pour qui je donnerais
Tout Rossini, tout Mozart et tout Weber,
Un air très-vieux, languissant et funèbre,
Qui pour moi seul a des charmes secrets.

Or, chaque fois que je viens à l'entendre,
De deux cents ans mon âme rajeunit :
C'est sous Louis treize; et je crois voir s'étendre
Un coteau vert, que le couchant jaunit,

Puis un château de brique à coins de pierre,
Aux vitraux teints de rougeâtres couleurs,
Ceint de grands parcs, avec une rivière
Baignant ses pieds, qui coule entre des fleurs ;

Puis une dame, à sa haute fenêtre,
Blonde aux yeux noirs, en ses habits anciens,
Que dans une autre existence peut-être,
J'ai déjà vue... et dont je me souviens !

Gérard de Nerval, Odelettes (1853)

Je suis tombée amoureuse de ce poème dès l'instant où je l'ai lu. Je ne sais pas, il provoque chez moi plein de sensations, mêlant mélodie et onirisme...
Ce sont les sensations que l'on peut éprouver en écoutant de la musique qui nous conduit parfois vers la rêverie.

Et je trouve que ce poème retransmet à merveille cet étrange état où notre esprit navigue entre deux rives !

 

"Un mois, un thème" : décembre et la neige # 10

dimanche 30 décembre 2012

"Un mois, un thème" : décembre et la neige #30

Dans l’interminable …

"Un mois, un thème" : décembre et la neige #30

 

Dans l’interminable
Ennui de la plaine,
La neige incertaine
Luit comme du sable.

Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune,
On croirait voir vivre
Et mourir la lune.

Comme des nuées
Flottent gris les chênes
Des forêts prochaines
Parmi les buées.

Le ciel est de cuivre
Sans lueur aucune.
On croirait voir vivre
Et mourir la lune.

Corneille poussive
Et vous, les loups maigres,
Par ces bises aigres
Quoi donc vous arrive ?

Dans l’interminable
Ennui de la plaine
La neige incertaine
Luit comme du sable.

Paul Verlaine, Romances sans paroles (1874)

Tout simplement parce que j'adore Verlaine, et que ce poème sonne comme une plainte hivernale qui sied à merveille à ce mois de décembre... Ne manque plus dans ma région que... la neige ! ^^

"Un mois, un thème" : décembre et la neige #30