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vendredi 7 juillet 2017

Otoko Geisha d'Eva Justine

Sans prendre le temps de s’attarder devant les échoppes proposant des denrées alimentaires ou des articles de décoration traditionnels, Mikio se pressait au milieu de la chaussée tout en évitant des flaques d’eau, et en faisant bien attention que personne ne l’éclabousse. 
 
Un homme geisha a-t-il le droit d’être amoureux ?
Élevé dans une maison des plaisirs, Mikio est un otoko geisha. Rompu aux arts de la sensualité, de l’écriture, du chant et de la conversation, il aspire plus que tout à s’élever dans la société nippone. Entrer au service du seigneur Akana Fujiwara no Akimitsu lui ouvre le chemin vers la reconnaissance. Mais il lui faudra se soumettre à tous ses désirs, même les plus vicieux. Pris au jeu de la soumission, le jeune homme apprendra à aimer et respecter cet étrange maître… jusqu’à ce qu’il fasse la rencontre de Kaori, le frère jumeau de son seigneur. Troublé au plus profond de son âme, Mikio suivra ses sentiments en un tracé sinueux.
Entre l’art de la vie japonaise au XVIIIe siècle, les délices d’un voyage au palais impérial, et les ravages d’un tremblement de terre, il affrontera avec honneur toutes les épreuves mises sur le chemin de son bonheur.
Mais sera-t-il capable de décider quel homme emportera son cœur ?
Je dois dire que je ne connaissais pas du tout l'existence des geisha mâles, aussi étais-je curieuse de lever le voile sur ce mystère. Pari réussi pour l'auteure puisque je me suis laissée transporter dans ce Japon féodal du début du XVIIIème siècle, cela change agréablement des romances historiques se déroulant habituellement dans les Highlands ou dans l'Angleterre victorienne (dont l'époque n'est qu'un prétexte et pour laquelle le contexte historique est très souvent trahi - je parle surtout des romances anglo-saxonnes, car pour l'instant, je trouve les romances historiques écrites par les auteures françaises d'un niveau bien supérieur !!). Comme je ne connais rien (ou presque) au Japon ou à l'époque où est censé se dérouler le récit, je ne pourrai donc avoir un regard critique quant à cet aspect-là. La seule chose que je peux vous dire, c'est que la plupart des chapitres ont pour titres des proverbes japonais et que l'auteure fait régulièrement référence à certains rituels et titres spécifiques au Japon, nous donnant l'impression de vivre à cette époque. On sent que l'auteure s'est documentée sur l'histoire et la civilisation, même si on aurait aimé que le contexte historique et culturel soit davantage  fouillé et développé.

Les mots que l'on n'a pas dits sont les fleurs du silence.
(Chapitre 5)

Concernant l'intrigue amoureuse, j'avoue à un moment avoir eu peur que l'on s'achemine vers un énième triangle amoureux (et de plus, mettant en scène deux frères), mais finalement, l'auteure nous surprend en donnant à son histoire une direction presque inattendue. J'ai beaucoup aimé les personnages de l'histoire : bien qu'ils soient très stéréotypés (Mikio, l'amant docile et sentimental, Akana, le maître pervers et autoritaire, Ling, le serviteur loyal et sage, Kimi, la courtisane magnifique mais fourbe, Kaori, l'amoureux transi...), ces clichés ne m'ont pas du tout dérangée, au contraire, je trouve qu'ils donnaient au récit la touche onirique d'un conte

Fleur tombée ne retourne jamais à sa branche.
(Chapitre 19)

Quant aux scènes érotiques, elles sont très sensuelles et décrites de manière fort poétique : en effet, l'auteure utilise des métaphores japonisantes pour faire allusion à l'acte, si bien que les demandes parfois très inventives d'Akana, ne sont jamais  gênantes bien longtemps! ^^

Si tu veux commencer une chose, envisage d'abord sa fin.
(Chapitre 22)


En bref :

Les + : une écriture douce et poétique ; un dépaysement délicieux ; des personnages  attachants
Les - : une description trop superficielle de l'époque et de la culture japonaises malgré les références japonisantes ;
(sources : Milady)

Avant de devenir auteure, Eva Justine était artiste peintre. Désormais, c’est sur des pages blanches qu’elle laisse libre cours à son imagination et prend plaisir à écrire des histoires sensuelles et sensibles. Chacun de ses romans est une invitation au voyage. Mariée, elle a deux fils et vit dans le Sud-Ouest de la France.
https://parthenia27.blogspot.fr/2016/11/challenge-litterature-lgbt-2-organise.html 
Ma 1ère participation au challenge de Ichmagbücher -  romance homoérotique
 
Ma 80ème participation au challenge de Lynnae - évocation de l'empereur Higashiyama et du tremblement de terre de 1703
http://www.livraddict.com/biblio/livre/l-enchanteur-1.html
 babelio
https://booknode.com/l_enchanteur_015479

jeudi 28 février 2013

"Un mois, un thème" : février et le Japon #28

haïkus des 4 saisons

 

 J'ai choisi d'illustrer le thème de février à l'aide d'haïkus, ces courts poèmes japonais, à la métrique fixée, trois vers de cinq, sept, puis cinq syllabes, et apparus au VIIIème siècle.

Bâsho (1644-1694) leur redonna toute leur fraîcheur et renouvela le genre en s'appuyant sur la contemplation, la méditation et la fusion avec la nature.

J'aime ce genre de poèmes, qui ont le goût de l'éphémère et laissent affleurer une émotion, une sensation, une impression...

Je vous en laisse un petit florilège:

 Tombée de la branche
Une fleur y est retournée :
C'était un papillon !

Arakida Moritake

Le voleur
m'a tout emporté, sauf
la lune qui était à ma fenêtre
Miyamori 

 

 Dans le vieil étang
Une grenouille saute
Un ploc dans l'eau
Bâsho

J'éternue
et perds de vue
l'alouette
Bâsho

 

Papillon qui bats des ailes
Je suis comme toi -
Poussière d'être !
Issa

 Des feuilles de lotus dans l'étang
Bougent sur l'eau.
 Pluie de juin.
Shiki

 

"Un mois, un thème" : décembre et la neige # 10

mercredi 20 février 2013

"Un mois, un thème" : février et le Japon #20

J'avais d'abord songé à des estampes japonaises, dont je trouve certaines magnifiques, pour illustrer ce thème de février.


Finalement, j'ai repensé à un artiste japonais qui a laissé son empreinte dans ma région : il s'agit de Tsuguharu Fujita.

Permettez-moi de vous présenter le personnage en quelques mots :

Fujita

Né à Tokyo en 1886, il s'installe à Paris en 1913 et devient l'une des célèbres figures de l'Ecole de Paris. A partir de 1931, il voyage sur tout le continent américain, en Allemagne et en Chine.
Il repart ensuite au Japon, 2nde Guerre Mondiale oblige.
En 1949, il fait une brève escale à New York avant de revenir définitivement à Paris où il obtient la nationalité française en 1955.

basilique St Remi
Basilique St Remi

C'est en visitant la basilique St Remi de Reims qu'il connaît une illumination mystique et décide de se convertir au catholicisme en 1959. A cette occasion, il change son nom de baptême en prenant celui de Léonard, en référence à Leonardo da Vinci.
Toujours dans cet élan mystique, il décide de bâtir une chapelle dans la ville qui l'a révélé au christianisme.

chapelle foujita
Chapelle Foujita

De son vrai nom Notre-Dame-de-la-Paix, la chapelle Foujita est construite à partir de 1965 dans le style néo-roman sous la direction de l'architecte Maurice Clauzier d'après des plans conçus par Foujita lui-même.

extérieur chapelle foujita
Extérieur

Alors âgé de 80 ans, l'artiste s'attelle à la décoration intérieure en choisissant la technique difficile et ancienne de la fresque. En effet, la peinture est appliquée directement sur l'enduit frais rendant toute correction impossible.
Il faut donc avoir la main sûre et rapide - à 80 ans, est-ce bien raisonnable ? ^^ !

La réponse en images :

intérieur chapelle foujita
Intérieur

chapelle foujita Notre Dame de la paix
Notre Dame de la Paix - Foujita y a représenté sa dernière femme à genoux.

Bien qu'exécutées dans le style classique des maîtres de la Renaissance italienne, ses fresques s'inspirent également de l'art oriental dans leur stylisation.

chapelle foujita les sept péchés capitaux
Les sept péchés capitaux, chapelle latérale gauche

chapelle foujita la passion
La Passion

chapelle foujita la descente de croix
La descente de croix

Léonard Foujita a également dessiné et peint les vitraux ornant la chapelle et dont la réalisation a été confiée au maître-verrier rémois Charles Marq.

 

chapelle foujita vitrail  chapelle foujita vitrail 2 

chapelle foujita vitrail 3

Les motifs de certaines scènes reprennent des moments de la vie en Champagne, d'autres les horreurs de la guerre et particulièrement Hiroshima.

Léonard Foujita meurt peu de temps après en Suisse et est inhumé dans cette Chapelle. Puis il est exhumé pour l'Essonne avant que ses cendres ne soient définitivement rapatriées en ce lieu en 2003.

 Voilà, la visite est terminée et j'espère qu'elle vous aura plu.

Si j'ai choisi, cette oeuvre complète (puisque Foujita dessina tout, des plans de la chapelle aux statues ornant le jardin, en passant par les pièces de ferronerie et les vitraux), c'est qu'elle est très peu connue, même des Champenois;  je l'avais découverte quand j'avais 10 ans environ. Ce thème a été l'occasion de m'en ressouvenir...

 Crédit :
photos de la Chapelle Foujita, intérieur et extérieur, de Christian Lantenois
               photo de la basilique St Remi de Guy Peinturier              

 

"Un mois, un thème" : décembre et la neige # 10

dimanche 10 février 2013

"Un mois, un thème" : février et le Japon #10

  

Amélie Nothomb

" Non : s’il faut admirer la Japonaise – et il le faut -, c’est parce qu’elle ne se suicide pas. On conspire contre son idéal depuis sa plus tendre enfance. On lui coule du plâtre à l’intérieur du cerveau : « Si à vingt-cinq ans tu n’es pas mariée, tu auras de bonnes raisons d’avoir honte », « si tu ris, tu ne seras pas distinguée », « si ton visage exprime un sentiment, tu es vulgaire », « si tu mentionnes l’existence d’un poil sur ton corps tu es immonde », « si un garçon t’embrasse sur la joue en public, tu es une putain », « si tu manges avec plaisir, tu es une truie », « si tu éprouves du plaisir à dormir, tu es une vache », etc. Ces préceptes seraient anecdotiques s’ils ne s’en prenaient pas a l’esprit"

d'Amélie Nothomb, extrait de Stupeur et Tremblement

Cet extrait m'avait marquée à la lecture du livre, me demandant quelle part de vérité, quelle part de fiction s'y renfermait.
Je le trouve tragico-comique. Comique par la manière dont les choses sont présentées, et tragique par ce qu'il sous-entend, moi qui suis allergique à tout carcan social...

 

"Un mois, un thème" : décembre et la neige # 10