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dimanche 30 avril 2017

Thyia de Sparte de Cristina Rodríguez



"- Ils arrivent, murmura Delphie en repoussant une mèche brune derrière son oreille."
Le désir de venger la mort de son frère tendrement aimé conduit Thyia, jeune citoyenne spartiate, à rejoindre l'armée sous les traits du serviteur d'Anaxagore, guerrier flamboyant, quelle hait de tout son cœur parce quelle le pense coupable de ce meurtre. Son travestissement lui ouvre les portes des quartiers des hommes et lui permet de comprendre mieux qui est son " maître ". Elle participe à la bataille des Thermopyles et part ensuite à la recherche de cet homme, qu'elle a appris à aimer, après qu'il eut été enlevé et réduit en esclavage.
J'avais découvert Thyia de Sparte à sa sortie, en 2004. La première et la quatrième de couverture m'avaient enthousiasmée, aussi, avais-je aussitôt acheté le bouquin que j'avais dévoré en deux jours. Quand on est fan d'histoire ancienne, difficile de résister à une telle tentation, surtout quand l'intrigue se déroule dans la Grèce ancienne du Vème siècle avant notre ère, période pas très souvent abordée en littérature à l'époque de mon achat... L'immersion avait été totale et le personnage d'Anaxagore juste "Rhââ lovely" !!!( En plus c'est un chevelu, que demander de plus ?...).
Du coup, quand ma binômette Cassie m'a proposée une lecture commune ai-je accepté avec un immense plaisir... d'autant que cela faisait des années que je ne l'avais pas relu (oui, j'adore lire et relire et re-relire les livres qui m'ont marquée, et celui-ci faisait parti de mes livres-doudou, avec Les Enfants de la Terre d' Auel).
J'ai donc savouré cette relecture. J'adore toujours autant le foisonnement de détails historiques qui s'intègrent parfaitement à l'histoire, nous immergeant complètement à cette époque lointaine, et ce, sans aucune lourdeur... 
Et j'ai bien sûr à nouveau succombé pour la belle brute blonde ! Comment résister à ce personnage fascinant et mystérieux ? Et pourtant, au début, le portrait qu'en donne l'héroïne n'est pas vraiment flatteur. Le lecteur est en effet tributaire de la vision toute personnelle que Thyia porte sur l'orgueilleux guerrier spartiate, qu'elle juge arriviste, violent et auquel elle ne pardonne pas l'influence néfaste qu'il semble exercer sur Brasidas, son frère chéri.
Des circonstances dramatiques vont pousser la jeune fille à entrer sous une fausse identité au service d'Anaxagore pour mieux l'approcher et s'en venger. Or, au contact de son nouveau maître et de ses familiers, elle va aller de cruelles désillusions en révélations fracassantes, qui vont ébranler profondément ses préjugés.
C'était absolument passionnant de découvrir la personnalité du Spartiate en même temps que sa plus fervente ennemie. Des pans de son passé et de ses rêves brisés nous sont révélés, le rendant terriblement attachant. 
Par contre, j'ai trouvé quelques longueurs dans la deuxième partie du roman, quand Anaxagore est enlevé et que ses amis se lancent à sa recherche. J'avais l'impression que tout s'enchaînait trop vite, rendant invraisemblables certaines situations ! 

Pour conclure, un roman palpitant qui nous transporte littéralement dans cette Sparte de l'Antiquité. A condition d'accepter le postulat de départ : une jeune fille travestie en homme arrive à vivre parmi des guerriers en jupette sans se faire démasquer (cela aurait été plus logique, vu l'époque et l'éducation spartiate, que le rôle de Thyia soit tenu par un jeune homme !). Personnellement, j'y ai adhéré sans conteste. Les personnages principaux comme secondaires ont tous quelque chose d'intéressant à montrer. J'ai d'ailleurs beaucoup apprécié Herpys et Méandre, deux protagonistes atypiques et attachants. 
Bref, une relecture délicieuse. Et franchement, cet Anaxagore, quel homme ! 💕

(sources : Amazon)
 Cristina Rodríguez
Cristina Rodríguez est née le 25 mai 1972.
Journaliste, scénariste de manga et romancière, cette Espagnole d'expression française s'est fait une réputation de spécialiste du Haut-Empire romain au fil des années et des livres.
Biographe de Caligula et de Néron, célèbre pour ses romans historiques et ses nombreux articles sur la numismatique, Cristina Rodríguez est aussi, sous le pseudonyme de Claude Neix, une icône du YAOI dans le milieu du manga français.
sa page Facebook -


Ma 76ème participation au challenge de Lynnae - rencontre avec Léonidas et Artémise
Challenge "L'Odyssée grecque"
 Challenge "L'Odyssée grecque" : 21/100

https://parthenia27.blogspot.fr/2016/11/challenge-litterature-lgbt-2-organise.html 
Ma 8è participation au challenge de Ichmagbücher -  liaisons gays et lesbiennes

Meurtres sur le Palatin de Cristina Rodríguez - Une enquête de Kaeso le prétorien, tome 2
Challenge organisé par ZinaLicorne - Thème 2 : Lire un livre écrit par une femme (qui ne se cache pas sous un pseudo masculin) !

http://www.livraddict.com/biblio/livre/l-enchanteur-1.html
 babelio

https://booknode.com/l_enchanteur_015479






jeudi 31 mars 2016

Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier

Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier

fiche détaillée

Auteur > Théophile Gautier
Editeur > GF Flammarion
Introduction > Geneviève von den Bogaert
Genre > classique, roman épistolaire
Date de parution > 1835 dans l'édition originale, 1973 dans la présente édition
Nombre de pages > 375

auteur

 

Théophile Gautier Né à Tarbes en 1811, Théophile Gautier fait ses études aux lycées Louis-le-Grand et Charlemagne. Il se lie avec Gérard de Nerval, qui l'introduit dans les milieux littéraires. En 1829 il rencontre Victor Hugo qu'il reconnaît pour son maître et participe activement au mouvement romantique comme lors de la fameuse bataille d'Hernani, le 25 février 1830. Il évoquera avec humour cette période dans Les Jeunes-France. Optant pour la poésie, Gautier fonde le «Petit Cénacle» en 1830 et publie son premier recueil de Poésies. En 1833, un recueil de contes Les Jeune-France et la préface de son premier roman Mademoiselle de Maupin (1835) dénoncent avec esprit et véhémence les excès idéalistes du romantisme. Gautier est un fervent partisan des théories alors en vogue du culte de la beauté et de « l'art pour l'art ». Toute son oeuvre illustra ce manifeste : Comédie de la mort (1838), Émaux et Camées (1852), Le Roman de la momie (1857), Le Capitaine Fracasse (1863). Outre cette recherche esthétique, Gautier fut aussi journaliste, critique littéraire et voyagea beaucoup visitant l’Espagne, l'Algérie, l'Orient et la Russie. On lui doit de nombreux récits fantastiques ainsi que la
redécouverte de la poésie baroque du XVIIe siècle (Les Grotesques, 1844).
Il enrichit jusqu'en 1872 Émaux et Camées qui fait de son auteur un chef d'école : Baudelaire dédie Les Fleurs du mal au « poète impeccable » et Théodore de Banville salue le défenseur de « l'art pour l'art », précurseur des Parnassiens à la recherche du beau contre les épanchements lyriques des romantiques et valorisant le travail de la forme (« Sculpte, lime, cisèle » écrit Gautier dans son poème L’Art, dernier pèce de Émaux et Camées, édition de 1872).
Il continue à publier des articles ou des poèmes mais aussi une biographie d'Honoré de Balzac ou des œuvres de fiction comme son roman de cape et d'épée Le Capitaine Fracasse (1863). Il est nommé bibliothécaire de la princesse Mathilde et fréquente les salons littéraires du Second Empire mais aussi le milieu de l'art, s’intéressant aux musiciens (il écrit sur Berlioz, Gounod, Wagner… et élabore le livret du ballet Giselle) comme aux peintres (Eugène Delacroix, Édouard Manet, Gustave Doré…).
Il meurt en 1872 laissant l'image d'un témoin de la vie littéraire et artistique de son temps dont les conceptions artistiques ont compté et dont l'œuvre diverse est toujours reconnue.

quatrième de couverture

«Avec Mademoiselle de Maupin apparaissait dans la littérature le Dilettantisme qui, par son caractère exquis et superlatif, est toujours la meilleure preuve des facultés indispensables en art. Ce roman, ce conte, ce tableau, cette rêverie continuée avec l'obstination d'un peintre, cette espèce d'hymne à la Beauté, avait surtout ce grand résultat d'établir définitivement la condition génératrice des oeuvres d'art, c'est-à-dire l'amour exclusif du Beau, l'Idée fixe.»
Baudelaire

première phrase

"Tu te plains, mon cher ami, de la rareté de mes lettres."

avis personnel

 Nous avons affaire ici à un roman épistolaire, où alternent les lettres du chevalier d'Albert, à la quête éperdue d'un idéal, celui de l'amour, qui ne peut cependant se satisfaire que de la beauté, et celles du chevalier Théodore de Savannes, jeune fille travestie en homme pour étudier leur comportement en dehors de la présence des femmes, percer à jour leurs motivations et mieux choisir ainsi l'élu de son cœur.

Je dois dire que, passé l'enthousiasme du début, j'ai trouvé assez rapidement beaucoup de longueurs au roman. Le chevalier d'Albert, qui s'avère en fait inapte au bonheur et assez goujat, se perd en vaticinations sur sa recherche de la perfection esthétique, d'interminables descriptions venant étayer ses propos. Alors bien sûr, l'écriture de Gautier est déjà à ses débuts fort belle, ciselée et recherchée, et certains passages sont délicieux à lire, mais les innombrables digressions m'ont parfois sortie de ma lecture, si bien qu'il m'est arrivée à maintes reprises de sauter plusieurs pages ! Le moment où Mademoiselle de Maupin alias Théodore entre en scène a ravivé mon intérêt, et même si l'auteur retombe dans ses travers, on ne peut que lui reconnaître beaucoup d'audaces et de modernité dans les thèmes qu'il aborde : la recherche du plaisir charnel comme un but ultime, que ce soit par les hommes comme par les femmes, la dénonciation de la condition féminine bridée par une sotte éducation, le désarroi moral de d'Albert croyant aimer un homme. D'ailleurs, les scènes décrivant les transports amoureux des protagonistes sont vraiment très sensuelles et poétiques...

Mais la liberté choisie par Madeleine de Maupin a un prix : dégoûtée par la grossièreté des hommes, elle abandonne sa condition de femme pour celle d'un homme qu'elle ne pourra jamais être totalement... et peut-être s'abandonner au lesbianisme...

Pour conclure, un roman à la lecture parfois fastidieuse, rattrapée par la magie enchanteresse et la sensualité de certains passages. N'oublions pas que Théophile y décrit ici sa théorie de l'art pour l'art, et l'essentiel n'est-il pas qu'il se soit fait plaisir, même s'il se complaît à certains moments dans une contemplation un peu trop complaisante ?

Appréciation :

note : 3 sur 5

 

extrait

J'ai demandé à l'amour autre chose que l'amour et ce qu'il ne pouvait pas donner. J'ai oublié que l'amour était nu, je n'ai pas compris le sens de ce magnifique symbole. - Je lui ai demandé des robes de brocart, des plumes, des diamants, un esprit sublime, la science, la poésie, la beauté, la jeunesse, la puissance suprême, - l'amour ne peut offrir que lui-même, et qui veut en tirer autre chose n'est pas digne d'être aimé.
page 80

 

divers

Challenge "Un classique par mois"

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Virée littéraire européenne 

Ma 5è participation à la 2è édition du challenge de BouQuiNeTTe - séjour en France
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babelio



dimanche 10 mai 2015

L'architecte du sultan d'Elif Shafak

L'architecte du sultan d'Elif Shafak

 Merci à
babelio

et aux éditions  

L'architecte du sultan d'Elif Shafak

pour ce partenariat !

Fiche détaillée

  Auteur > Elif Shafak
Editeur > Flammarion
Collection > Littérature étrangère
Genre > historique
Date de parution > 2014 pour l'édition originale , 2015 pour la présente édition
Titre original > The Architect's Apprentice
Nombre de pages > 458
Traduction > de l'anglais (Turquie) par Dominique Goy-Blanquet

auteur

Elif ShafakElif Şafak, ou Elif Shafak, née le 25 octobre 1971 à Strasbourg de parents turcs, est une écrivaine turque. Femme écrivain primée et best-seller en Turquie, Şafak écrit ses romans aussi bien en turc qu'en anglais. La critique note qu’elle mêle en permanence avec talent les traditions romanesques occidentale et orientale, donnant naissance à une œuvre à la fois « locale » et universelle. Féministe engagée, cosmopolite, humaniste et profondément imprégnée par le soufisme et la culture ottomane, Şafak défie ainsi par son écriture toute forme de bigoterie et de xénophobie.
Diplômée en relations internationales de la Middle East Technical University d'Ankara, elle est aussi titulaire d'un master en genre et études féminines dont le mémoire portait sur la circulaire Compréhension des derviches hétérodoxes de l'islam. Elle a soutenu sa thèse en sciences politiques sur l'Analyse de la modernité turque à travers les discours des masculinités [titre exact : Male Gender Roles in Turkish Culture and Turkey's Modernization.]
En 1998, elle obtient pour son premier roman, Pinhan, le Prix Mevlana récompensant les œuvres littéraires mystiques en Turquie. Son second roman, Şehrin Aynaları, entremêle les mysticismes du Judaïsme et de l'Islam dans une Méditerranée historique du XVIIè siècle. Mahrem confirme par la suite le succès de Şafak, lui valant ainsi le Prix des écrivains turcs en 2000.
Son roman Bonbon Palace est un best-seller en Turquie. Elle publie ensuite Med-Cezir, un ouvrage rassemblant des essais sur le genre, la sexualité, les enfermements mentaux et la littérature.
The Saint Of Incipient Insanities est le premier roman que Şafak écrit en anglais. Elle y raconte les vies d'immigrants musulmans à Boston et visite le sentiment d'exclusion que ceux-ci peuvent ressentir aux États-Unis. Lorsqu'elle y met la touche finale en 2002, Şafak est chargée de cours au Mount Holyoke College (dans le Massachusetts) auprès de la chaire de Women's Studies.
Elle enseigne ensuite à l'université du Michigan dans la discipline “Gender and Women's Studies”. L'année suivante, elle devient professeur à temps plein au département des Études du Proche-Orient à l'université d'Arizona.
Son second roman en anglais, La bâtarde d'Istanbul, best-seller en Turquie en 2006, raconte l'histoire de deux familles, l'une turque, l'autre arménienne, à travers le regard des femmes. Le roman lui vaut d'être poursuivie en justice en vertu de l'article 301 du Code pénal turc1,2 (intitulé « Humiliation de l'identité turque, de la République, des institutions ou organes d'État »). Le procès se conclut par un non-lieu.

quatrieme de couverture

Istanbul, XVIe siècle. Le jeune Jahan débarque dans cette ville inconnue avec pour seul compagnon un magnifique éléphant blanc qu'il est chargé d'offrir au sultan Soliman le Magnifique.
En chemin, il rencontrera des courtisans trompeurs et des faux amis, des gitans, des dompteurs d'animaux ainsi que la belle et espiègle Mihrimah. Il attirera bientôt l'attention de l'architecte royal, Sinan : une rencontre fortuite qui va changer le cours de son existence.
Au cœur de l'Empire ottoman, quand Istanbul était le centre grouillant de la civilisation, L'architecte du sultan est un conte magique où l'on découvre le destin extraordinaire d'un garçon aux origines modestes qui se verra élevé au plus haut rang de la cour.

première phrase

"De tous les êtres que Dieu a créés et Shaitan dévoyés, seuls quelques-uns ont su découvrir le Centre de l'Univers - là où n'existe ni bien ni mal, ni passé ni futur, ni Moi ni Toi, ni guerre ni raison de guerroyer, seulement une mer infinie de calme."

avis personnel

Quand Babelio m'a proposé cette Masse critique, j'étais sur le point de refuser (vu que depuis mars j'ai de grosses baisses de motivation), mais la très jolie couverture et la 4è de couverture m'ont finalement fait changer d'avis, et je ne le regrette absolument pas !

Or donc, le prologue fait intervenir un vieillard, le narrateur de l'histoire, arrivé à la fin de sa vie, en 1632 en Inde, et qui se remémore ses anciens compagnons de vie à Istanbul. Il a enfoui sous une de ses pierres un secret. Quel est-il ? Bien évidemment, nous ne le saurons qu'à la fin du roman...

Le 1er chapitre fait un bon en arrière de 60 ans, Sinan, l'architecte en chef de l'empire ottoman, âgé de 85 ans, est appelé en pleine nuit auprès du sultan, Mourad III, qui lui montre les corps sans vie de ses 4 frères assassinés pour lesquels il lui commandite une mosquée.

Puis nouveau bond dans le passé, sous le règne de Soliman, cette fois. Nous assistons à l'arrivée rocambolesque de Jahan et de son éléphant blanc, don du shah indien pour le sultan. Nous nous rendons compte au fil de notre lecture que ce jeune homme débrouillard est en fait le narrateur du prologue, et que ses mensonges successifs vont le conduire à faire des rencontres surprenantes, et parfois le mettre dans des situations délicates, en conditionnant toujours son destin.

L'auteure nous invite à une plongée fascinante et multi-sensorielle dans cet Istanbul du XVIème siècle : ville cosmopolite où se côtoient pacifiquement 72 tribus 1/2, toutes de confession différente, ville de premier plan pour l'importance donnée au développement culturel et artistique, le narrateur nous fait visiter les chantiers (mosquées, ponts, palais, aqueducs...), entrer dans les librairies ou l'Observatoire d'Istanbul... On voyage en Italie pour rencontrer Michel-Ange... On s'occupe des animaux de la ménagerie...

Bref, le dépaysement est au rendez-vous, et on apprend une foultitude de choses très intéressantes sur l'architecture ou les superstitions quotidiennes. Ainsi, Sinan laisse délibérément sur les monuments qu'il construit un défaut, visible uniquement pour l'œil expérimenté, car seul Dieu est parfait !
Pour ce qui est des superstitions, il est important d'entrer dans une maison en posant d'abord le pied droit à l'intérieur. Le boulanger grec du quartier fait le meilleur pain de la ville mais mieux vaut ne pas en manger car "ils font un signe de croix sur chaque miche. Une bouchée et tu deviens comme eux." (page 39).

En outre, on rencontre une multitude de personnages, certains très attachants, d'autres intrigants : Sinan, bien sûr, un homme bon et humble, ses apprentis, Nikola, doux et timide, Davoud, sérieux mais impatient, Youssouf, muet et secret, le chef des gitans Balaban truculent et généreux qui sauve la vie de Jahan à plusieurs reprises, la princesse Mirhimah espiègle et délaissée... Mais surtout Chota, l'éléphant, qui partage avec son cornac improvisé une amitié aussi profonde que touchante.

Par contre, arrivée aux trois quarts du livre environ, j'ai ressenti une légère baisse d'intérêt, ayant un peu perdu de vue le secret annoncé par le prologue ainsi que mes repères temporels. Malgré l'indéniable talent de conteur de l'auteure, je n'ai pas été très convaincue par l'explication finale des différents mystères qui jalonnent l'histoire : j'ai trouvé qu'Elif Sharaf cédait à quelques facilités narratives et que les coïncidences étaient un peu trop grosses pour être crédibles !

Malgré ces quelques réserves, j'ai dévoré presque entièrement ce roman foisonnant, généreux et immersif. Et je remercie Babelio et les éditions Flammarion pour cette belle découverte !

Appréciation :

note : 4 sur 5

extrait

Une heure plus tard, ils arrivaient au chantier, Jahan tirant Chota par ses rênes, les Gitans dans leur chariot chantant gaiement.
«Où étais-tu passé ? demanda Sinan, dont le regard allait de l'éléphant aux Gitans.
- Nous avons eu un accident en route. Ces hommes nous ont sauvé, dit Jahan.
- Est-ce que cet animal est ivre ? » dit Sinan en voyant l'éléphant tituber. Il se tourna vers les Gitans. «Eux aussi ?»
L'histoire du tonneau le fit glousser de rire. «Je ne peux pas laisser une bête sôule bâtir une sainte mosquée. Va-t-en et reviens quand il sera dégrisé.
- Oui, maître, dit Jahan, la gorge sèche. Tu es mécontent de moi ? »
Sinan soupira. «Tu as le don de t'accrocher à la vie. C'est une bonne chose. Mais la curiosité pourrait devenir un désavantage si elle n'est pas contrôlée. Nous allons devoir augmenter ton instruction.
(page 146/147)

divers

Challenge Histoire

Ma 51ème participation au challenge de Lynnae -

Challenge "Virée européenne" organisé par BouQuiNeTTe

Ma 11è participation au challenge de BouQuiNeTTe - séjour en Turquie
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L'architecte du sultan d'Elif Shafak

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lundi 28 janvier 2013

Frankenstein de Mary Shelley

Frankentsein de Mary Shelley

Auteur > Mary Shelley
Editeur > GF Flammarion
Genre > roman gothique
Date de parution > 1818 pour l'édition originale , 1979 pour l'édition Flammarion
Titre original > Frankenstein or the Modern Prometheus
Nombre de pages > 320
Traduction > de l'anglais par Germain d'Hangest


(source : Evene)

Mary Shelley


Née à Londres en 1787, fille de l'écrivaine féministe Mary Wollstonecraft et du philosophe William Godwin, elle grandit dans un milieu littéraire et anarchiste, et reçut une excellente education culturelle, connaissant le grec, le latin et le français. Elle épouse à l'âge de seize ans le poète et veuf Percy Bisshe Shelley. Elle fréquente avec lui Lord Byron et voyage en Suisse et en Italie. C'est au cours d'une nuit italienne, en 1818, qu'elle écrivit Frankenstein ou le Prométhée moderne, oeuvre fantastique intrigante et moderne. Par la suite, elle continue d'écrire des romans, Valperga en 1823, The Last Man en 1826, ainsi que quelques nouvelles comme Faulkner. A la fin de sa vie, elle s'occupe d'assurer la publication des oeuvres de Percy Shelley, tout en rédigeant des biographies d'auteurs italiens comme Boccace ou Machiavel. Elle meurt en 1851.

 

Au mois de juin 1816, sur les rives du lac de Genève, Mary Shelley et ses amis cherchent à tromper l'ennui dans le chalet où la pluie les contraint à rster enfermés. Jeux de société, romans "terrifiants" à la mode, tout y passe, jusqu'à ce que Lord Byron leur suggère d'écrire, à leur tour, une histoire de "fantômes". Ainsi naquit Frankenstein, l'histoire d'un savant trop audacieux, incapable de maîtriser le monstre qu'il avait créé : traduit dans des dizaines de langues, adapté plus de quarante fois au cinéma, ce roman écrit par une adolescente de dix-neuf ans allait connaître un succès mondial. A l'instar de Don Juan ou de Faust, le "hideux rejeton" de Mary Shelley s'est hissé au rang de mythe, donnant ainsi à la littérature d'épouvante ses lettres de noblesse.

Vous vous réjouirez d'apprendre que nul accident n'a marqué le commencement d'une entreprise que vous regardiez avec de si funestes pressentiments.

 Le roman débute avec un personnage complètement extérieur à l'histoire : il s'agit de Robert Walton, jeune aventurier qui monte une expédition dans le nord polaire et qui entretient une relation épistolaire avec sa soeur bien-aimée. Lors de cette expédition, il sauve la vie à un certain Victor Frankenstein, avec lequel il se lie d'amitié. C'est au cours de leurs conversations que Victor finit par lui confier sa misérable histoire.

Rien dans la vie de Frankenstein ne laissait présager le drame qui allait le marquer à jamais. Il est élevé dans une famille heureuse, unie et généreuse, qui recueille Elizabeth, la cousine de Victor, aussi douce que belle. Malheureusement, la mère du héros meurt d'une scarlatine mal soignée, et c'est à partir de ce moment qu'il décide de se tourner vers les sciences afin de trouver un moyen de vaincre la mort en créant une espèce nouvelle d'hommes.
Frankenstein va se consacrer corps et âme à ce projet insensé, négligeant sa famille et ses amis, vivant en ermite, complètement obsédé par l'oeuvre de sa vie !
Seulement, juste après avoir insufflé la vie à sa création, Frankenstein est saisi d'horreur et abandonne la créature à son triste sort...

J'ai été agréablement surprise par le début du roman : il s'agit en fait d'un roman par lettre et les récits s'enchâssent les uns dans les autres. Nous avons d'abord le point de vue de Robert Walton, puis celui-ci rapporte à sa soeur la confession de Frankenstein qui donne vers le milieu du roman le point de vue de sa créature au moment de leur rencontre après plusieurs années d'absence, et enfin, à la mort de Frankenstein, Walton est à nouveau le spectateur direct.
Par ce procédé, on a l'impression d'être un témoin privilégié de ces confessions et de pénétrer dans l'intimité des différents intervenants.

 Mary Shelley aborde dans son roman divers thèmes qui se complètent ou s'opposent : la science et la religion, la nature, la paternité et le sens des responsabilités, les apparences et les préjugés, la vertu et le vice.

Ce qui m'a frappé de prime abord, c'est l'omniprésence de la nature dans l'ouvrage, comme si elle en était un des personnages principaux.
Mary Shelley nous dépeint longuement et avec lyrisme ces Alpes majestueuses.
Frankenstein y fait de longues balades dans l'espoir d'y puiser du réconfort; sa Créature s'y terre pour échapper à la méchanceté des hommes et y arracher sa subsistance. Cette nature, magnifique, ne fait que souligner la laideur qui accable la Créature et qui est la cause de tous ses maux. C'est également dans ces montagnes que se rencontrent pour la première fois Créateur et Créature après le rejet du premier.
La nature sera également le cadre de leur dernier affrontement, mais cette fois dans un lieu hostile à la vie humaine puisqu'il s'agit des glaces arctiques.

La paternité et le sens des responsabilités :
la Créature de Frankenstein n'a reçu aucun nom, et par cette absence de baptême connaît son premier rejet de la communauté des hommes. Frankenstein utilise à maintes reprises le terme de "monstre" pour la désigner. Et il faudra attendre le point de vue de la créature pour comprendre que Frankenstein porte sa part de responsabilité dans les malheurs qui lui adviennent.
En effet, d'une manière totalement incompréhensible, Frankenstein se détourne de sa création au moment même où il atteint son but après des mois et des mois de travail acharné. L'auteure ne nous fournira aucune explication à part que le savant est saisi d'horreur. La créature disparaît dans la nuit et elle ne réapparaîtra que bien plus tard !
Parce que la créature n'est pas conforme à ses voeux, Frankenstein la renie sans aucun scrupule et la condamne à la solitude et à l'errance. Il n'assume à aucun moment l'échec de son expérience ni ne cherche à réparer le mal qu'il cause à cet être inexpérimenté et inconscient des usages humains.

Les apparences et les préjugés :
l'auteure nous brosse longuement l'enfance et l'adolescence de Frankenstein en insistant sur la douceur, la beauté et la générosité de son entourage, surtout la beauté d'ailleurs, cette beauté dont la créature sera par contraste cruellement dépourvue.
Et pourtant, en voulant créer une race de surhommes, Frankenstein prend soin de ne prélever sur les morts des charniers que les plus beaux morceaux anatomiques qu'il assemble ensuite dans son laboratoire.
A cause de cette laideur et de cette difformité, la créature ne pourra jamais s'intégrer dans la communauté des hommes.
Le seul qui l'écoute et la réconforte est aveugle mais le monstre est ensuite chassé par les voyants.
Et c'est au nom de ces apparences que Frankenstein renonce finalement à accéder à la demande de sa créature de lui donner une compagne d'infortune car le risque existe que celle-ci ne soit saisie à son tour d'horreur à la vue de son partenaire...

Le vice et la vertu :
la créature était toute disposée à la vertu et à la bonté mais c'est la méchanceté des hommes qui détruit sa bienveillance en la jetant dans une vie de crimes et de destruction. Il n'y a pas de juste milieu avec le monstre et c'est ce qui m'a surprise. Car si ses malheurs et l'injustice dont il est victime provoquent notre compassion, son basculement brutal et définitif dans le mal nous interpelle : on a l'impression qu'il réagit comme un enfant capricieux et impatient, qui, incapable de gérer sa frustration, décide de se venger en cassant les jouets de son frère aîné (ce qui nous ramène au thème de la paternité et de l'irresponsabilité du créateur)...

La science et la religion :
au début, dans un but louable de progrès, Frankenstein utilise la science pour apporter un bienfait à l'humanité, mais à trop vouloir jouer à l'apprenti sorcier et en se substituant à Dieu, il provoque au contraire des effets néfastes !
Comme le sous-titre l'indique, Frankenstein est comparé à Prométhée qui, dans la mythologie grecque, créa les hommes à partir de la boue et s'attira le courroux de Zeus. Mais cette comparaison s'arrête là, car contrairement à l'illustre Titan, Frankenstein n'apporte jamais à sa création la connaissance dont il aurait pourtant si besoin. L'auto-instruction de la Créature fait d'ailleurs parti des invraisemblances du livre.

En conclusion, une lecture très agréable, riche en thèmes abordés; nos sentiments naviguent entre la compassion et l'indignation, que ce soit à l'encontre de la Créature comme du Créateur dont les destins sont si intimement et si tragiquement liés !

Appréciation :

note

 

Ce fut par une lugubre nuit de novembre que je contemplai mon oeuvre terminée. Dans une anxiété proche de l'agonie, je rassemblai autour de moi les instruments qui devaient me permettre de faire passer l'étincelle de la vie dans la créature inerte étendue à mes pieds. Il était déjà une heure du matin; une pluie funèbre martelait les vitres et ma bougie était presque consumée, lorsque à la lueur de cette lumière à demi éteinte, je vis s'ouvrir l'oeil jaune et terne de cet être; sa respiration pénible commença, et un mouvement convulsif agita ses membres.
Comment décrire mes émotions en présence de cette catastrophe, ou dessiner le malheureux qu'avec un labeur et des soins si infinis je m'étais efforcer de former ? Ses membres étaient proportionnés entre eux, et j'avais choisi ses traits pour leur beauté. Pour leur beauté ! Grand Dieu ! Sa peau jaune couvrait à peine le tissu des muscles et des artères; ses cheveux étaient d'un noir brillants et abondants; ses dents d'une blancheur de nacre; mais ces merveilles ne produisaient qu'un contraste plus horrible avec les yeux transparents, qui semblaient presque de la même couleur que les orbites d'un blanc terne qui les encadraient, et que son teint parcheminé et ses lèvres droites et noires.

Kafka sur le rivage de Haruki Murakami

Ce roman rentre dans le cadre du Challenge Mythologies du Monde organisé par Myrtille - mythe de Prométhée revisité.

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Le classique du mois de janvier pour le challenge organisé par Stephie.

Challenge "United Kingdom"

Ma 1ère participation au challenge de Vashta Nerada (Angleterre)

babelio

 

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