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jeudi 10 septembre 2026

Wuthering Heights d'Emily Brontë

 Hantez-moi alors ! (...) Soyez avec moi toujours...prenez n'importe quelle forme...rendez-moi fou ! mais ne m'abandonnez pas dans cet abîme où je ne peux vous trouver ! Oh! Dieu! c'est inexprimable ! Je ne peux pas vivre sans ma vie ! Je ne peux pas vivre sans mon âme!


Editions : La compagnie du livre
Collection : La Bibliothèque Essentielle
Parution VO : 1847
Titre VO : Wuthering Heights
Parution VF dans la présente édition : 1968
Traduction : Henriette Guex-Rolle
Genre : Classique, Drame, un chouia de fantastique
Pages : 370
Relecture

Résumé (éditions Callidor) : 


Au cœur des landes du Yorkshire, la passion dévastatrice qui unit Heathcliff, orphelin abandonné, et Catherine, jeune femme libre et indomptable, défie toutes les conventions. Mais lorsque l’orgueil, la vengeance et les blessures du passé s’en mêlent, leur amour se transforme en malédiction, emportant deux générations dans une spirale tragique. Roman unique d’Emily Brontë, Les Hauts de Hurle-Vent est un chef-d’œuvre inclassable, où la violence des sentiments résonne comme une tempête sur la lande.

Mon avis : 

éditions Callidor©Aurélien Police

Quand j'ai vu que la maison d'édition Callidor avait sorti en novembre 2025 cette magnifique édition, illustrée par le talentueux Aurélien Police, je m'étais dit que c'est dans cette édition que je la lirais pour Les 12 thèmes de Jellydragon, mais au moment de valider mon achat, j'ai préféré lire un extrait, qui m'a perturbée : c'était la traduction de 1925 de Frédéric Delebecque, celui qui a trouvé le fameux titre Les Hauts de Hurlevent (qui a d'ailleurs été interdit de réemploi par ses héritiers). Or, j'étais tellement habituée à la traduction fluide et élégante qui m'avait fait découvrir ce roman pour la première fois à l'adolescence (et que j'ai relu chaque année jusqu'à la fin de mes études), que celle de Delebecque m'a franchement décontenancée ! Il n'y a finalement que son titre que je trouve très bien trouvé... Donc, me revoilà avec la si belle traduction de Henriette Guex-Rolle.

L'histoire débute en 1801. Nous suivons Mr Lockwood, locataire de Trushcross Grange fraîchement arrivé de Londres, aux Wuthering Heights où il souhaite rencontrer le propriétaire, un certain Mr Heathcliff dont les manières brutales et l'air revêche tranchent avec ceux du raffiné Londonien. C'est donc avec lui que nous découvrons, médusés, les lieux et leurs étranges habitants : Heathcliff, homme sombre mais charismatique, Catherine Heathcliff, jolie veuve de 17 ans à l'air renfrogné, Hareton Earnshaw, jeune paysan fruste et grossier et  Joseph, vieux valet à l'accent campagnard, aussi désagréable que son maître. Bon, soyons honnêtes, ces 4 personnages se montrent tous très désagréables, la palme revenant tout de même au maître et à son valet ! 
Quant au manoir en lui-même, il est austère, sombre, isolé au sommet d'une lande sauvage et continuellement battu par les vents. L'intérieur est aussi sombre que l'extérieur, avec des fenêtres profondément enfoncées dans les murs et de larges cheminées de pierre. L'atmosphère sinistre de la maison est renforcée par l'étrangeté des habitants. On a l'impression qu'habitants et bâtisse se confondent en terme de sauvagerie et d'inhospitalité, laissant une impression profonde sur le narrateur, et, par ricochet, sur les lecteurs eux-mêmes. Lockwood, obligé de passer la nuit chez son propriétaire, va y vivre une expérience traumatisante en rencontrant dans un cauchemar le fantôme de l'ancienne hôtesse de la chambre où il a dormi et dont il a lu une partie du journal. Mais n'est-ce vraiment qu'un rêve ?  
Rentré à la Grange, il découvre que sa gouvernante, Mrs Dean a vécu aux Heights et connu cette mystérieuse Catherine Earnshaw, la visiteuse de son sommeil. Il lui demande alors de lui raconter son histoire.

Tout commence en 1770 quand Mr Earnshaw, le père de Catherine, ramène de son voyage d'affaires un jeune orphelin ressemblant à un bohémien et qu'il appelle Heathcliff. Des origines ou du statut du gamin, nous ne saurons jamais rien. Lui et la fille de la maison vont devenir inséparables et nouer une profonde amitié qui va se transformer à l'adolescence en un attachement violent et passionnel. Le bonheur de la famille vole en éclats après la mort du bienfaiteur d'Heathcliff. En effet, l'héritier, Hindley, n'a plus besoin de se cacher pour maltraiter celui qu'il considère comme un intrus ! 
Au début, on prend Heathcliff en pitié. Il subit ces brimades sans s'apitoyer sur lui-même mais on aurait dû garder en mémoire la réflexion de Mrs Dean : "Il se plaignait si rarement (...) que, sincèrement, je ne le croyais pas vindicatif. Je me trompais du tout au tout." (page 63). On ressent encore de la peine pour lui quand il est délaissé par Catherine pour leur voisin, le beau, raffiné et blond Edgar Linton, à qui il voudrait désespérément ressembler. C'est à cette occasion que Mrs Dean tente de lui arranger la mise, tout en lui donnant des conseils sur la manière de se comporter : "Et maintenant que nous en avons terminé avec la toilette, la coiffure et la bouderie, dites-moi si vous ne vous trouvez pas presque beau ? (...) Vous avez la tournure d'un prince déguisé." (page 81). L'adolescent s'enfuit en entendant Catherine affirmer qu'elle s'avilirait en l'épousant. Il revient au bout de 3 ans, transformé et riche mais guidé par un désir obsessionnel de revanche qui va tout détruire autour de lui ! En effet, il va exercer une vengeance méthodique sur les enfants de son ennemi Hindley et de son rival Edgar, n'hésitant pas à utiliser son propre enfant Linton pour arriver à ses fins et les spolier de leurs biens. 
The Reader’s Guide to Emily Brontë’s “Wuthering Heights”
D'ailleurs, les prénoms des protagonistes entraînent parfois une certaine confusion tant ils se répètent d'un personnage à l'autre : Catherine, l'héroïne centrale, s'appelle Catherine Earnshaw de son nom de jeune fille puis Catherine Linton de son nom d'épouse et enfin Catherine Heathcliff quand elle écrit dans son journal intime ; sa fille s'appelle Catherine Linton ; son neveu, Linton Heathcliff, a pris comme prénom le nom de son oncle Edgar, rival d'Heathcliff ! Un bel imbroglio, n'est-ce pas ?

Pour en revenir à Heathcliff, malgré la cruauté profonde dont il fait preuve, on ne peut s'empêcher d'être fasciné par ce personnage complexe et tourmenté, guidé uniquement par sa rage et sa colère,   et d'espérer qu'il connaisse une sorte de rédemption. Personnellement, je ne relis le roman que pour retrouver le couple de la 3ème génération, qui est le seul véritablement attachant, malgré des débuts chaotiques. Hareton Earnshaw a une trajectoire à la fois cruelle et lumineuse. Son enfance a été brisée et instrumentalisée par Heathcliff, qui le prive peu à peu, non seulement de ses droits, mais aussi d'éducation et de manières et lui fait vivre ce qu'il a vécu lui-même de la part d'Hindley, par pur esprit de vengeance.  Le petit garçon régresse et perd son humanité. On le comprend lors d'une scène frappante quand Mrs Dean, de passage aux Heights, se rend compte que le domaine, dominé par Heathcliff, est devenu l'antre de l'Enfer : les chiens de garde sont hargneux, le maître démoniaque et insensible, le vieux toqué encore plus détestable ; puis elle aperçoit un jeune garçon en train de pendre une portée de chiots, et cet enfant n'est autre que le jeune Hareton ! C'est une scène véritablement glaçante ! Malgré la maltraitance psychologique que l'enfant subit de la part d'Heathcliff, il restera profondément attaché à son bourreau, qu'il considère comme son véritable père et dont il pleurera la mort ! C'est sa rencontre avec sa cousine Cathy qui va provoquer le début de son désenténèbrement. Moqué et humilié par la jeune fille pour son illettrisme et ses manières grossières, il va prendre conscience de l'étendue de son ignorance et tenter d'y remédier en s'élevant intellectuellement.
Le couple de Hareton et de Cathy, en choisissant l'amour et le pardon, brise le cercle de la vengeance et met fin à la malédiction.

Cette relecture n'a pas été aussi transcendante que ce que j'en escomptais. J'ai eu en effet une baisse de motivation après le mariage de Catherine avec Edgar Linton et le retour de Heathcliff, tellement les caprices et les accès de folie de la jeune femme me la rendaient antipathique. J'ai été cette fois plus sensible à la toxicité de leur amour. Ce qu'ils éprouvent l'un envers l'autre est une passion destructrice, fusionnelle et malsaine, qui les pousse à la violence dès qu'ils sont séparés. Catherine et Heathcliff sont deux démons égoïstes qui n'hésitent pas à humilier quiconque se met en travers de leur chemin, ni à se montrer manipulateurs ou simulateurs pour arriver à leurs fins (enfin, la simulation est pour Catherine, car Heathcliff ne cache jamais son opinion ou ses intentions) ! Après la mort de Catherine, Heathcliff verse dans la monstruosité la plus abjecte et les avis qu'ils donnent sur les personnes qu'il utilise tout en les méprisant sont véritablement effrayants :
  • à propos d'Isabella, son épouse : "Elle a vu en moi un héros de roman et elle attendait une indulgence illimitée de mon dévouement chevaleresque. J'ai peine à la considérer comme une créature douée de sens commun tant elle a mis d'obstination à se forger une légende autour de mon caractère et à agir selon les chimères qu'elle berçait. Mais je crois qu'elle commence enfin à me connaître : je ne vois plus trace des sourires imbéciles et des singeries qui m'exaspéraient au début, ni de cette incapacité déraisonnable de comprendre que j'étais sérieux lorsque je lui disais ce que je pensais d'elle et de son engouement. (...) Elle ne peut pas m'accuser d'avoir fait montre de la moindre douceur trompeuse. La première chose qu'elle m'a vu faire, en sortant de la Grange, a été de pendre son petit chien. (...) Et dites-moi, n'était-ce pas le comble de l'absurdité, la plus authentique idiotie de la part de cette chienne pitoyable, servile et méprisable, de rêver que je pourrais l'aimer ? Dites à votre maître, Nelly, que jamais de ma vie je n'ai rencontré une chose aussi abjecte qu'elle." (page 178/179)
  • à propos de Hareton et de son fils Linton : "Il [Hareton] répond à mon attente. S'il était né idiot, ma satisfaction aurait été moitié moindre, mais il est loin d'être sot et je ne peux éprouver que de la sympathie pour tous ses sentiments car je les ai vécus moi-même. Je sais exactement, par exemple, ce qu'il souffre en ce moment, et ce n'est qu'un aperçu de ce qu'il va souffrir. Et il ne sera jamais capable de sortir de son ridicule, ni de sa grossièreté et de son ignorance. Je l'ai mené plus rapidement au fond que son scélérat de père n'y est parvenu avec moi, et plus sûrement, car il tire vanité de son abrutissement. Je lui ai appris comme une sottise et une faiblesse tout ce qui ne relève pas de l'animalité. (...) Mais la différence est là : l'un [Hareton] est de l'or employé comme pierre à paver, l'autre [Linton] du fer-blanc poli pour singer l'argent. Le mien n'a aucune valeur quelconque, pourtant j'aurai le mérite de le mener aussi loin qu'un si piètre personnage peut aller. Le sien avait des qualités de premier ordre, et elles sont perdues." (page 248/249)
  • à propos de Cathy et de son fils Linton : "Si j'étais né dans un pays où les lois étaient moins sévères et les goûts moins délicats, je m'offrirais le plaisir d'une lente vivisection sur ces deux-là pour passer mes soirées." (page 300)

On ne peut qu'être surpris que ce livre, parlant de passion destructrice et de monstrueuse vengeance, ait pu être écrit par une jeune femme ayant vécu à la 1ère moitié du XIXème siècle, tant cela ressemble peu aux Anglais compassés de la bonne société. Le couple central du roman n'hésite pas à transgresser les conventions sociales de l'époque, et ce, même après la mort. Il y a des scènes très fortes et marquantes, voire extrêmement dérangeantes : la scène du rêve de Mr Lockwood tellement bien décrite qu'on en ressent l'ambiance cauchemardesque ; la scène du cimetière où Heathcliff fait creuser la tombe de Catherine pour la voir une dernière fois et sa volonté d'être enterré à côté d'elle à sa mort, leurs deux cercueils réunis sur un côté ! 


Pour finir, j'ai retrouvé la fiche de lecture que j'avais écrite à 14 ans pour mon cours de français au collège (désolée pour les fautes de conjugaison !^^) :





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vendredi 10 juillet 2026

Rébellion de Cynthia Harrod-Eagles – Les saisons d'Ashmore Castle, tome 3

Il semblait irradier, stature imposante dans la modeste pièce, un personnage extraordinairement réel et charnel, d'une présence tellement plus forte que toutes les autres personnes de sa connaissance. 



Parution V.O : 2023
Titre V.O : The Affairs of Ashmore Castle
Parution V.F : 15 octobre 2025
Traduction : Frédéric Grellier
Editions : Hachette
Collection : La Belle Etoile
Genre : Saga familiale et historique
Pages : 412
Prix : 22,90 euros


Quatrième de couverture:

Angleterre, 1903. Giles, le duc de Stainton, fuyant les contraintes de la vie à Ashmore, est reparti en Egypte pour achever ses fouilles, laissant derrière lui son épouse Kitty et son jeune fils. Kitty tente de reprendre les rênes du domaine et d’imposer son autorité à la famille, tâche presque impossible tant chacun dissimule des secrets.
Rachel et Alice, les jeunes sœurs du duc poursuivent des amours clandestines et son frère Richard s’est lancé dans les affaires. A cela s’ajoute une affaire criminelle qui rompt la confiance parmi les domestiques.
Kitty aura-t-elle la force suffisante pour prendre enfin sa place de duchesse, pour maintenir la Maison à flot et empêcher son mariage de se déliter ?

Mon avis :

En Egypte, un personnage rencontré lors du 1er tome refait surface, menaçant peut-être le couple formé par Kitty et Giles : il s'agit de la jeune et belle Italienne Giulia dont la complicité avec son mari avait fortement blessé la jeune Anglaise timide et peu sûre d'elle. Par bonheur, Minnie Antrobus, la femme d'un riche Américain passionné d'archéologie, le met face à ses responsabilités vis-à-vis de Giulia et son comportement ambigu qui encourage la jeune fille. Et comme si la situation n'était pas assez critique, voilà que le sage Giles se met à faire des rêves "érotiques" (autant que peuvent l'être des rêves à cette époque !^^) sans jamais voir le visage de la femme. Qui est-elle ? Nina ou Giulia ? Je n'ose espérer que ce soit Kitty...

Justement, en parlant de Kitty... Celle-ci, restée en Angleterre avec son bébé, se transforme lentement mais sûrement. Suite à l'absence prolongée de son époux, elle envisage de s'occuper elle-même de la gestion des confitures Harvey (son héritage) et de suivre pour cela une formation. Mais n'est-ce pas plutôt la simple rêverie d'une femme qui s'ennuie ? Par contre, ses projets horticoles avancent à grands pas et l'aident à prendre confiance en elle !

L'auteure délaisse un peu Alice (snif) mais passe plus de temps en compagnie de Richard, qui se découvre des prédispositions pour la gestion du domaine et de l'inspiration pour l'améliorer de manière moderne. Lui aussi, en l'absence de son frère qui l'a chargé de s'occuper du domaine à sa place, se transforme peu à peu en un homme plus responsable et occupé à de saines activités ! Et ça fait plaisir à voir !

Par contre, mon antipathie à l'égard de Hook, de la mère et  de la soeur aînée de Giles, n'a cessé de grandir.
Je n'en peux vraiment plus du valet de pied, qui ressemble en outre trop au Barrow de Downtown Abbey (que je ne pouvais pas non plus saquer...), surtout quand il postule à un certain emploi !
Quant à Maud et Linda, je les trouve détestables au possible ! Elles sont totalement autocentrées et manquent de l'empathie la plus élémentaire (je pense plus particulièrement à la mort d'un certain personnage...)
La matriarche se montre menaçante à plusieurs reprises :

  • envers sa fille Rachel : "Tu ne dois pas avoir de penchant pour un jeune homme sans mon autorisation. Suis-je claire ?" Comme si on contrôlait ses sentiments ! 😮‍💨
  • envers sa fille Linda : "Conduis-toi dignement sinon je te ferai enfermer comme déséquilibrée" 🫣
  • pour le comique de la réflexion :"... un titre anglais ne manquait jamais d'impressionner les aristocrates européens" Really, Maud ? 😅
Mais quelle jubilation quand Giles, de retour de ses fouilles archéologiques, s'oppose à sa mère au sujet de l'emploi de Moss, la menaçant de l'envoyer dans la maison douairière ! 😁🤭
C'est bien l'un des seuls moments où le comte remonte un peu dans notre estime, sans rattraper vraiment son attitude phallocentrique : les deux fois où Giles a éprouvé réellement du désir pour sa femme, c'est quand elle lui tient tête ! Lors de leur voyage de noces au moment où elle exige de lui d'être traitée avec respect puis quand elle s'oppose avec force à sa décision de se débarrasser de Moss malade. Ma petite Kitty, tu sais désormais ce qu'il te reste à faire... 😤



 
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mercredi 1 juillet 2026

Mariages de Cynthia Harrod-Eagles – Les saisons d'Ashmore Castle, tome 2

Elle repensait à ses illusions d’écolière, quand elle et ses camarades rêvaient de mariage, cette porte magique à franchir pour quitter le confinement de l’enfance et goûter à la liberté de la « vraie vie ». Avec le recul, elle prenait conscience que cette liberté n’avait duré que le temps de la saison des débutantes. Cela avait pris fin avec son mariage.


Parution V.O : 2022
Titre V.O : The Affairs of Ashmore Castle
Parution V.F : 11 juin 2025
Traduction : Frédéric Grellier
Editions : Hachette
Collection : La Belle Etoile
Genre : Saga familiale et historique
Pages : 351
Prix : 22,90 euros

Quatrième de couverture:

Angleterre, 1903. Giles, le nouveau duc de Stainton, gère le domaine familial d’Ashmore et délaisse Kitty, son épouse. Enceinte, celle-ci n’ose pas s’opposer à Maud, sa belle-mère, qui continue à prendre toutes les décisions concernant la vie au château. Pendant ce temps, les deux jeunes sœurs de Giles connaissent leurs premiers émois. Nina, la grande amie de Kitty, fréquente quant à elle des femmes aux idées féministes, ce qui met à mal la relation avec son mari.

Mon avis :

Dans ce tome, Kitty et Nina découvrent la triste réalité du mariage avec son lot de déceptions et son état de sujétion.
"Giles s'énervait dès qu'elle donnait l'impression de s'accrocher à lui" (page 40)
Ca fend le coeur de voir à quel point Kitty et Giles se sont éloignés depuis leur voyage de noces et qu'ils ne partagent plus rien, à part leur amour pour Louis, leur enfant. Contrairement aux autres pères, Giles s'intéresse vraiment à son fils et a pour lui des gestes de tendresse qui contrarient les usages de l'époque. Malheureusement, cela ne suffit pas à rapprocher les deux époux. Giles remonte tout de même dans notre estime quand il oblige la sage-femme à amener le bébé auprès de sa femme dont elle voulait l'en priver durant 3 jours selon l'usage en cours chez les grandes familles.
On attend un sursaut de révolte de la part de Kitty, qu'elle s'affirme enfin face à son mari et sa belle-mère qui la terrorise. Heureusement, la comtesse douairière a la bonne idée de partir plusieurs mois en Allemagne chez une de ses soeurs, emmenant avec elle Rachel, la plus jolie de ses filles qu'elle destine à un mariage prestigieux. Sans surprise, Maud Stainton se montre aussi insupportable que dans le 1er tome, allant  même jusqu'à penser, vexée, que Kitty a fait exprès d'accoucher en son absence, juste pour l'ennuyer !  😮‍💨

On apprend que feu le comte utilisait son droit de cuissage sur la domesticité, ce qui sera à l'origine d'un drame à retardement, mais certaines décisions ou comportements que la comtesse-douairière avaient eus dans le tome 1 prennent ici tout leur sens ! 

Pour mon plus grand plaisir, l'auteure nous fait passer un peu plus de temps en compagnie de l'oncle Sebastian et de la cadette Alice, dont le caractère se dessine de plus en plus. La jeune fille de 17 ans fait montre d'un bel humour avec, par exemple, l'épisode des deux femmes de l'Egypte antique qu'elle a croquées brandissant une pancarte avec l'inscription "le droit de vote aux femmes !" 😁En outre, elle fait preuve de curiosité et d'ouverture d'esprit. Quelle stupéfaction ressent son frère le comte quand, venu aider ses métayers à rentrer le foin avant l'orage, il se rend compte que sa petite soeur a pris la même initiative bien avant lui ! On sent chez elle les prémices de la rébellion et on espère que son esprit d'indépendance ne se retournera pas contre elle ! 

Du côté de Nina, celle-ci se rend compte qu'il est finalement très difficile de se laisser aimer par un homme qu'on n'aime pas ! Joseph Cowling, que j'avais apprécié dans le tome précédent, m'a ici beaucoup crispée ! Il a une attitude assez oppressante envers sa très jeune femme (ils ont environ 30 ans d'écart), qu'il ne cesse de scruter ou de vouloir contrôler ; même s'il a véritablement à coeur son bonheur, on sent bien qu'il est de la vieille garde, incapable de comprendre les aspirations émancipatoires de sa femme. En outre, il m'a beaucoup fait penser à Donald Trump avec   ses tocades de nouveau riche, étalant sa richesse avec une profusion de parvenu, de manière très ostentatoire frôlant très souvent le mauvais goût.

L'auteure s'attarde davantage ici que dans le 1er tome sur les domestiques, qui cachent eux aussi bien des secrets. On voit combien le manque d'éducation sexuelle peut s'avérer problématique, je pense plus particulièrement au valet William qui n'est guère surpris quand on lui affirme qu'une grossesse dure entre 6 et 5 mois ! 
Comme pour la belle doche du château, James Hood m'insupporte au plus haut point, tant il se montre malveillant et fauteur de troubles. A ce moment de l'histoire, on ne sait pas encore dans quelle mesure une de ses indiscrétions aura des répercussions dramatiques...

 
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mardi 30 juin 2026

Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet

Notre-Dame-des-Fleurs fait ici son entrée solennelle par la porte du crime, porte dérobée, qui donne sur un escalier noir mais somptueux. Notre-Dame monte l'escalier, comme l'ont monté bien des assassins, n'importe lequel. Il a seize ans quand il arrive au palier. Il frappe à la porte, puis il attend. Son coeur bat, car il est résolu. Il sait que son destin s'accomplit...

Editions : Galimard
Collection : Folio
1ère parution : 1948
Présente édition : 1976
Genre : Drame, classique
Pages : 377

Mon avis :

Je dois avouer que la lecture a été très compliquée, accentuée par l'absence de chapitres, beaucoup de digressions et de nombreux retours dans le passé. J'ai eu du mal à comprendre ce que nous racontait l'auteur. On a l'impression de lire les divagations d'un camé. Pour info, le narrateur n'est autre que l'auteur lui-même qui écrit dans la prison de Fresnes ce qui deviendra son 1er roman. C'est peut-être pour cette raison que Jean y parle beaucoup de verges (et de pets). J'imagine que c'est l'effet logique d'incarcérations répétées. 

Il y a malgré toute cette verve scatologique et pornographique, quelques passages étonnamment poétiques (oui, même quand ça parle de bites !), quand d'autres semblent totalement décousus. 

Le narrateur fait vivre des personnages imaginaires pour l'aider à alimenter ses rêveries obscènes.

Trois personnages fictifs se détachent du récit :

  1. Divine (Louis Culafroy de son nom de naissance), environ 30 ans, travelo mort de phtisie : "Ses yeux chantent malgré leur désespoir et leur mélodie passe des yeux aux dents qu'elle rend vivante, et des dents à tous ses gestes, à ses moindres actes, et sorti des yeux, c'est ce charme qui, de vague en vague, se déplie jusqu'à ses pieds nus."
  2. Mignon-les-Petits-Pieds, voleur, indic, mac et amant de Divine, possiblement le père de Notre Dame : "Encore que gouape, Mignon avait un visage de clarté. C'était le beau mâle, violent et doux..."
  3. Notre Dame des Fleurs, qui donne son nom au roman, assassin de 16 ans et amant de Divine
Le style est tellement alambiqué par moments que j'ai lu certains passages en diagonale, complètement démotivée. Heureusement que mon intérêt était parfois ravivé par la description du monde travesti et prostitué de Montmartre avec ses "tantes", leurs discussions et leurs rivalités, ou par l'évocation des prisons d'enfants. Sinon, je pense que j'aurais abandonné le livre depuis longtemps...

L'auteur nous avoue également sa fascination pour les criminels ainsi que son envie de tuer. D'ailleurs, j'ai été déçue qu'il fasse de Divine, seul personnage attachant de ce roman, un assassin de petite fille vers la fin...

Cette lecture n'a donc pas été convaincante, la faute à une narration tellement confuse par moment que j'oubliais certaines informations. J'ai bien envie de laisser le mot de la fin à Jean Cocteau : "La bombe Genet. Le livre est là, terrible, obscène, impubliable, inévitable. On ne sait par où le prendre. Il est, il sera. Obligera-t-il le monde à devenir tel qu'il puisse y paraître ? pour moi, c'est le grand événement de l'époque. Il me révolte, me répugne et m'émerveille."


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samedi 28 mars 2026

Je voulais vivre d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre


Anne de Breuil, comtesse de La Fère, Charlotte Backson, Milady de Winter, vos crimes ont lassé les hommes sur la terre et Dieu dans le ciel. Dépouillez-vous de vos mensonges, renoncez à vos masques, et si vous avez une prière, dites-la, car vous allez mourir. 



Editions : Grasset
Parution : 20 août 2025
Genre : Historique, classique revisité
Pages : 383
Ebook (prix : 16,99€)
Emprunté 

Résumé de l'éditeur :


Par une nuit glaciale, le père Lamandre recueille une fillette de six ans venue frapper avec insistance à sa porte. L’enfant aux yeux admirables tremble de froid et de faim. Elle a les pieds en sang dans ses souliers à boucles d’argent, mais refuse de répondre aux questions qui lui sont posées. Le vieux prêtre ne saura que son prénom : Anne. Vingt ans plus tard, Anne est devenue Lady Clarick. Richissime, courtisée, elle a l’oreille des grands et le cardinal de Richelieu ne jure que par elle. Pourtant, dans l’ombre, quatre hommes connaissent son vrai visage et sont prêts à tout pour la punir de ses forfaits. Manipulatrice sans foi ni loi, intrigante, traîtresse, empoisonneuse, cette criminelle au visage angélique a traversé les siècles et la littérature : elle se nomme Milady.
Voici venu le temps d’écarter la légende pour rencontrer la femme. Même un personnage de fiction peut réclamer justice. Ce roman inoubliable, écrit d’une voix puissamment contemporaine, rend vie à Milady et nous offre son histoire dont Dumas a semé les indices dans Les Trois Mousquetaires.
Magnifique portrait d’une femme libre menant, pour sa survie, un jeu dangereux. Dans une époque où trop d’hommes voudraient la contraindre et la posséder, elle se bat – jusqu’à la transgression ultime – pour son pays, pour son idéal et pour sa liberté.


Avis : 


Malgré la venimosité de Milady, j'ai toujours trouvé ce personnage très intrigant. Comment cette femme en était-elle arrivée à un tel degré de cruauté et de folie meurtrière? Avait-ce toujours été dans sa nature ?
J'étais donc très enthousiaste à l'idée de découvrir le point de vue de Milady, surtout au vu des nombreux avis élogieux (avec une moyenne de 4,36/5 sur Babelio et 17,6/20 sur Livraddict). Je m'attendais donc à une lecture vraiment envoûtante qui me révèlerait de manière fracassante une nouvelle Milady, pas tout à fait la même, ni tout à fait une autre mais que j'aimerais et comprendrais. Attention ! Je ne souhaitais pas vraiment qu'elle soit réhabilitée, hein, mais que son comportement de folle furieuse ait au moins une explication plausible et un peu moins condamnable que les apparences, tout en espérant un personnage aussi intense que l'original. Beaucoup d'attentes, donc. Un peu trop peut-être ?
Car j'ai vraiment été déçue par ma lecture. J'ai eu l'impression que l'histoire de Milady était survolée. Qu'il lui manquait de la profondeur. C'est dommage parce qu'un personnage aussi complexe et fascinant aurait mérité un meilleur développement.
La plume en elle-même n'est pas désagréable, les pages se tournent toutes seules, mais les personnages manquent cruellement de chair et de passion, ce qui fait que l'on ne se sent pas touché par eux, malgré les malheurs qui les accablent.
Concernant les allusions de Dumas sur le passé de Milady, ma lecture des Trois Mousquetaires remonte à trop loin  pour que je m'en souvienne avec précision mais les efforts de l'auteure pour combler ces blancs ne m'ont pas du tout convaincue tant ils me semblaient forcés ou peu naturels /!\Attention spoiler ! /!\ (par exemple : comment a-t-elle pu céder au prêtre alors qu'elle s'en méfie dès le début ? — lors de la pendaison, on se demande où sont passés les invités ! — en Angleterre, on ne comprend pas d'où sort la mission de M. de Marnay !) /!\Fin du spoiler/!\  Ces épisodes ont sûrement manqué de développement pour être crédibles, en plus de paraître parfois incohérents.

De plus, je n'ai pas trouvé la technique du POV très pertinente. Au début du roman, l'auteure alterne le point de vue de Milady dans les années 1620 et celui de d'Artagnan à la bataille de Maastricht en 1673. Puis d'autres POV (comme celui du comte de Rochefort) viennent s'ajouter. Mais cette technique narrative n'apporte rien à l'histoire selon moi.

Pour conclure, ma lecture a été mitigée et décevante. Je m'attendais vraiment à autre chose, surtout d'un roman récompensé par le prix Renaudot ! Je m'attendais à quelque chose de plus fort, de plus puissant, de plus intense. Il s'agit de Milady, palsambleu ! Un des personnages les plus marquants de Dumas, qui interpelle le lecteur par son manque total d'empathie et sa cruauté gratuite (quelle utilité de tuer Constance ?). Et quelle vie aventureuse elle a eue ! Or, ici, je n'ai jamais ressenti de surprise ni ne me suis sentie transportée par un quelconque souffle épique.
Peut-être Milady aurait-elle dû, finalement, garder sa part de mystère ?

Milady par Eva Green


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jeudi 22 janvier 2026

Le Démon de la colline aux loups de Dimitri Rouchon-Borie


 La Colline aux Loups c'est là que j'ai grandi et c'est ça que je vais vous raconter. Même si c'est pas une belle histoire c'est la mienne c'est comme ça.
La Colline aux Loups j'aime pas en parler d'habitude. Le Démon est né là et c'est là qu'il m'a pris.



Editions : Le Tripode
Parution : 7 janvier 2021
Genre : Drame contemporain
Pages : 237
Emprunté


Résumé de l'éditeur :

Les hommes sont
des choses vides
et des fois leur vie
se remplit de bien
et des fois de mal
et des fois c'est partagé
et ça fait une lutte.

Ces phrases extraites du Démon de la Colline aux Loups résument l'élan qui habite ce texte stupéfiant, et son désir de dire la condition humaine.

Ecrit dans une langue volcanique, le premier roman de Dimitri Rouchon-Borie nous livre avec force le destin d'un être enfermé en prison. Et c'est une révélation, une lumière dans les ténèbres.


Avis : 

De la prison où il est enfermé, un homme écrit ses souvenirs sur les conseils de son psy afin de déverrouiller ses blocages, mais également dans un souci de rédemption. On devine un homme peu instruit. Il écrit exactement comme il nous parlerait. C'est un style très oral. On a l'impression de lire en apnée tant il y a peu de ponctuation mais c'est ce qui donne aussi toute sa force au récit. C'est brut et sans fioriture, et ça nous prend aux tripes. 

Dès le début, on se demande ce qui a amené le narrateur derrière les barreaux. Apparemment, il a fait des choses terribles. Il parle également beaucoup du Démon sans que l'on sache de qui ou de quoi il s'agit. On apprend aussi qu'il est le 3ème né d'une fratrie de 6 enfants. La "portée" est élevée comme des animaux, dormant les uns contre les autres à même le sol sur une vieille couverture et se soulageant à l'autre bout de la pièce. Ils vivent en outre dans un noir permanent durant plusieurs années. Quelque fois, on dépose une gamelle pour eux. Comme on le voit, ils sont élevés dans des conditions d'hygiène épouvantables, mais le pire c'est qu'ils ne reçoivent aucune marque d'affection de la part de leurs parents, qui, au contraire, prennent plaisir à les maltraiter. 

C'est en allant à l'école que le narrateur (et le lecteur) apprend son prénom : Duke. Ses débuts y sont très chaotiques : Duke sait à peine parler et ne connaît rien aux codes ou rapports qui régissent les humains. Il est en outre considéré comme un abruti par ses camarades qui ne cessent de se moquer de lui.

La seule douceur réconfortante qui illumine sa vie est ce lien très fort qui l'unit à ses petits frères et soeurs (ses 2 frères aînés ont quitté le nid et l'on ne saura jamais ce qu'il est advenu d'eux). C'est d'ailleurs pour les protéger qu'il va se sacrifier ! 

La langue de Duke, qui s'exprime avec une candeur enfantine, ne fait que souligner l'horreur absolue que lui font vivre ses monstres de parents. Il y a des passages véritablement insoutenables. Dans ces moments-là, on a la désagréable impression que quelqu'un nous maintient le visage dans la boue mais Duke dégage une telle lumière, une telle sincérité, que l'on s'accroche à elles pour continuer la lecture. Son parler est parfois très imagé, conférant au récit une sorte de poésie désespérée. C'est un style sensoriel, presque primitif qui nous emporte et nous déchire.

La courte histoire de Duke, enfant massacré, puis ado brisé, est d'une tristesse infinie !

Ca faisait longtemps que  je n'avais lu un livre aussi bien écrit, aussi beau, aussi bouleversant, malgré les thématiques extrêmement dures abordées.

Duke commet des actes horribles mais ça n'est jamais gratuit et on sent toujours le bon en lui, si bien que l'on ne peut s'empêcher de penser à la vie qu'il aurait pu avoir s'il était né dans une famille saine et aimante...

A la fin, je n'ai pu empêcher les larmes de couler, et pourtant je ne pleure pas facilement. Je dis cela sans forfanterie aucune, juste pour souligner à quel point ce livre remue ce qu'il y a de plus humain en  nous ! 

Une lecture coup de poing, donc, à réserver à un lectorat averti ! 

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Challenge : Les 12 thèmes de Jellydragon


lundi 24 novembre 2025

Ashes falling for the Sky, tome 1 de Nine Gorman et Mathieu Guibé

 



Editions : Albin Michel
Collection : Jeunesse
Parution : 2018
Genre : romance contemporaine
Pages :350
Ebook
Emprunté et lu en août 2023

Résumé de l'éditeur:


Sky rentre à l'université et, bien décidée à se défaire de sa réputation de fille sage, entame une relation sans lendemain avec Ash, un séduisant rebelle. Elle ne tarde pas à découvrir la part d'ombre de ce garçon qui a connu le pire.

Avis :


J'avais emprunté et lu ce roman à ma médiathèque il y a deux ans, et voilà seulement que je m'attelle à l'écriture de mon ressenti... Ashes falling for the Sky est un livre écrit à quatre mains alternant les chapitres d'après le point de vue de l'héroïne, Sky, et celui du protagoniste masculin, Ash, avec davantage de chapitres consacrés au personnage féminin. J'ai eu du mal à entrer dans l'histoire, la première partie m'ayant beaucoup crispée avec une héroïne très agaçante dont les réactions disproportionnées m'ont paru incohérentes : la meuf veut faire un esclandre auprès de l'épouse supposée du protagoniste avec lequel elle a failli coucher la veille et qu'elle connaît depuis... la veille !?! Tout semble un peu trop facile, tout va trop vite entre eux. Sky et Ash sont tout de suite très attirés l'un par l'autre mais leur relation n'est pas approfondie si bien que l'on ne comprend pas vraiment ce qui les pousse l'un vers l'autre, à part qu'Ash est un bad boy tourmenté et Sky une oie blanche qui a envie de se dévergonder. Et puis, elle est tellement belle, tellement combative, tellement surprenante (oui, Ash s'en est rendu compte rien qu'en posant les yeux sur elle !! 🙄), elle est tellement tout ce qu'il désire sans oser se l'avouer ! C'est un peu lassant ces héroïnes construites sur le modèle de la Mary-Sue... De plus, même si Ash et Sky se sont à peine parlés, le jeune homme n'arrive plus à se sortir la belle de la tête. De son côté, Sky devient de plus en plus insupportable avec ses crises de jalousie concernant la vie sexuelle débridée d'Ash et avec ses jugements hâtifs (Elias, le plan à 3, Jess et ses 16 ans...) alors qu'elle ne connait absolument rien de la situation.  Elle paraît totalement immature, même si à un moment, elle prend conscience qu'elle reproduit le comportement de ses parents, qui sont des freaks du contrôle !
Par contre, j'ai adoré la vieille Miss Parks !

Même Ash, à un moment, devient aussi agaçant que l'héroïne en portant un jugement hâtif sur certaines filles qui couchent  et qui selon lui, "ont perdu l'estime d'elles -mêmes". C'est quand même gonflé de la part d'un mec qui saute tout ce qui bouge !  🙄

Et puis... et puis, arrive la page 133 et l'horreur absolue nous rattrape. On ne peut qu'éprouver de la compassion pour Sky.  Malheureusement, les traumatismes qu'elle a vécus sont vraiment trop banalisés et rapidement évacués rendant certaines de ses réactions ou décisions complètement incohérentes, voire choquantes. 

La seconde partie devient  plus intéressante. En tout cas, ça m'a passionnée de les voir se découvrir peu à peu, apprendre à se faire confiance. Leurs conversations sont hilarantes, on voit leur complicité prendre forme, et c'est très agréable.

Malheureusement, alors que la lecture s'améliorait, j'ai été déçue par la fin que j'ai trouvé très cliché, too much (surtout en connaissant le passé de Sky) et surtout terriblement convenue. En lisant la dernière phrase du livre, j'ai été partagée entre déception et rire nerveux.
Pour conclure, je n'ai pas été vraiment touchée par les personnages (sauf Ash dans une moindre mesure). Les relations des deux protagonistes ne sont pas assez creusées, si bien que l'on ne croit pas vraiment à leur histoire. Et à la fin, ça ressemble trop à "je t'aime, moi non plus", comme si les auteurs avaient voulu nous quitter sur cette rupture pour pouvoir écrire une suite !
J'ai trouvé également très léger la façon dont les traumatismes de l'héroïne sont abordés : on a l'impression qu'ils ne font que l'effleurer alors qu'ils auraient dû laisser des traces ; là non plus, ça n'a pas été assez approfondi.
Selon moi, les auteurs auraient dû plus retravailler leur manuscrit. La plume est loin d'être désagréable mais elle ne transmet que rarement des émotions. Tout semble trop lisse, trop facile, malgré certaines thématiques abordées... Et puis, j'ai très vite deviné ce qu'il en était réellement de Zach...

A la toute fin, les auteurs expliquent qu'ils voulaient écrire un livre en jouant sur les codes de la romance et ses clichés. Cette note aurait peut-être dû figurer en début de roman, ce qui m'aurait sans doute aidé à mieux apprécier cette lecture... quoique !


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lundi 16 décembre 2024

Les loups du millénaire, tome 1 de Sapir A. Englard

Aucune personne saine d’esprit n’osait regarder l’Alpha dans les yeux. Cela ne pouvait signifier que deux choses : Tu défies la dominance de l’Alpha – c’est-à-dire un désir de mort. Ou bien tu invites l’Alpha à faire l’amour.



Parution V.O : 2019 
Titre V.OThe Millennium Wolves, book 1
Parution V.F : 12 avril 2023
Traduction : Anaïs Papillon
Editions : Hugo & Cie
Genre : Romantasy
Pages : 256
Prix : 18 euros
Emprunté et lu en mai 2024

Résumé :  
Sienna, une jeune loup-garou de dix-neuf ans, appartient à la meute de la côte Est. Elle aime peindre, sortir avec ses amies et profiter de la vie ! À un détail près: marquée par un triste souvenir, elle n’arrive pas à faire confiance aux hommes. La cérémonie de la Frénésie approche, pendant laquelle, chaque année, les loups-garous se mettent en couple. Sienna est bien décidée à trouver un partenaire pour la vie et ne compte pas se laisser approcher par n’importe qui. Mais lorsqu’elle rencontre Aiden, l’Alpha de la meute, Sienna a beaucoup plus de mal que prévu à respecter les limites qu’elle s’était fixées. D’autant plus qu’Aiden a besoin d’elle pour réaffirmer son pouvoir depuis que son autorité d’Alpha a été remise en question !

Avis :

Dès la première page, j'ai su que ça n'allait pas le faire. Il y a un manque flagrant de maturité pour l'écriture, le vocabulaire et la construction narrative. C'est cru et vulgaire. Je n'ai pas compté le nombre de fois où le mot "baiser" a été employé mais ça devient lourdingue à la longue... tout aussi lourdingue que les interventions pleines de gênance de la mère de l'héroïne. En parlant de l'héroïne, celle-ci est une véritable girouette, tête-à-claques et j'en passe, totalement immature qui ne cesse de changer d'avis à propos d'Aiden : Je te hais ! Non, je te veux ! Non, sale bâtard ! Si ! Il faut donc attendre la fin du livre pour voir les deux protagonistes enfin niquer. Sauf que je n'ai jamais rien lu d'aussi gênant que cette scène de la nuit de noce. *yeux levés au ciel*
On a l'impression que toutes les scènes de sexe (celles décrivant les ébats de la meute puisque l'héroïne réussira à garder sa virginité intacte jusqu'à sa nuit de noces) ont été écrites par un ado dont les hormones sont en perpétuelle ébullition ou sur ce qu'il pense qu'un roman érotique devrait être, alors qu'il n'a lui-même aucune expérience sur le sujet. 
Il y a un contraste entre la crudité de certains passages et le thème convenu du mariage. Et puis, cette fixette sur la virginité ! *relevée d'yeux au ciel* On a l'impression que l'auteure tentait de redonner un vernis de moralité à son roman truffé de vulgarité et d'appels au sexe...
L'écriture est sans émotion en plus d'être simpliste, on ne s'attache pas aux personnages (qui n'ont en outre aucun charisme). Et puis, la trahison de /!\Attention spoiler/!\  Joseph /!\ Fin du spoiler/!\, quoi ! Elle est expédiée à la va-vite !
Un élément aurait pu éveiller notre intérêt : celui de l'Alpha du millénaire dont l'existence mystérieuse attise notre curiosité. Malheureusement, son apparition tant attendue s'achève sur un simple pschiiit !!
Tout va trop vite à la fin, tout devient trop survolé (alors que ça n'était déjà pas trop dingue dingue dingue hein !) comme si l'auteure avait hâte d'en finir. La seule chose à laquelle j'ai souscrit sans barguigner est ce passage où l'héroïne affirme page 241 : "Je n'étais qu'une adolescente débile qui était tombée dans le panneau."
Bref, j'ai rarement lu un livre aussi claqué au sol avec des dialogues et des phrases ridicules...


"Pourquoi fuir lorsque personne ne vous poursuit ?".
Oui, pourquoi ? Et pourquoi lire ce livre quand personne ne vous y oblige ?
D'autant que j'ai appris plusieurs mois après, que cette saga était comparée à Twilight et 50 nuances de Grey. Je comprends mieux maintenant mon ressenti. Dommage que je ne l'aie pas su plus tôt, cela m'aurait épargné une lecture aussi indigeste et dont je n'ai retiré aucun plaisir. Dieu merci, l'ayant emprunté à ma médiathèque, il n'encombrera donc pas ma bibliothèque...
J'ai donc envie de conclure ce billet  par : Fuyez, pauvres fous !
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mardi 20 août 2024

Les Chroniques du don du loup, tome 1 : Le don du loup d'Anne Rice

Mordant profondément dans l'épaule de l'homme, il arracha d'un même élan le vêtement et la chair ; celle-ci avait un goût généreux, irrésistible, auquel se mêlait la pestilence du mal, du vice, de l'avilissement extrême."



Parution VO : 2012
Titre VO :The Wolf Gift
Traduction : Philippe Mothe
Parution VF dans la présente édition : 2013
Editions : Michel Lafon
Genre : Roman fantastique
Pages : 475
Emprunté



Résumé :

Quand Reuben, 23 ans, est mandaté par le San Francisco Observer pour écrire un article sur la propriété de l’énigmatique Marchent Nideck, celui-ci est loin de se douter que sa vie va en être bouleversée. Dans la grande demeure perchée sur un balcon rocheux surplombant le Pacifique, une irrésistible alchimie s’opère entre Marchent et le jeune homme. Mais leur nuit idyllique tourne au cauchemar quand Reuben est violemment attaqué – et mordu – par une bête sauvage.
Commence alors pour lui un processus de transformation à la fois terrifiant et exaltant. Bientôt, Reuben se découvre des pouvoirs d’homme-loup : un terrible secret qui interroge son identité même et sa nature. Pourquoi a-t-il reçu le don du loup ?


Première phrase :

Reuben était grand, plus d’un mètre quatre-vingt-dix, avec des cheveux bruns bouclés et des yeux bleus renfoncés.


/!\Attention, ce billet contient des spoilers/!\


Avis :

D’Anne Rice, j’avais déjà lu Entretien avec un vampire dans les années 90,  en 2014 et La momie en 2015, mais là, je dois avouer que c’est le roman que j’ai le moins apprécié ! Le style littéraire est pourtant de qualité mais je trouve la structure très déséquilibrée : au début, l’auteure s’attarde beaucoup sur les détails alors que d’autres parties (surtout vers la fin) ne sont pas assez développées. Autant la description des lieux et des paysages est évocatrice, autant celle des personnages et de leurs motivations est bâclée, ce qui leur confère une personnalité assez fade au final.

Je n’ai, par exemple, pas du tout cru à la romance entre Reuben et Marchent, ni ensuite avec Laura, d’autant plus que la première disparaît dans des circonstances aussi tragiques que traumatisantes et que le héros retombe amoureux à peine quelques semaines après ce drame affreux, tout en étant toujours en couple avec une avocate, qui d'ailleurs prend avec beaucoup de philosophie l'annonce de son cocufiage (bon, elle l’a elle-même trompé à deux reprises dans le passé !^^). Les personnages sont pourtant sympathiques mais loin d’être marquants et donc inoubliables. Je trouve que leur psychologie n'a pas été assez travaillée et qu'ils sont presque soumis à leur destinée, sans jamais rien remettre en cause. Par ailleurs, j’attendais beaucoup de la transformation en loup-garou et si la description est très visuelle, tout se passe trop rapidement et trop facilement, tout comme l'acceptation du héros quant à sa nouvelle nature. De plus, la thématique est traitée de manière assez manichéenne : les loups-garous ne s’en prennent qu’à des êtres viles (violeurs et assassins) dont la disparition dans des conditions assez gores (têtes et membres arrachés) est cautionnée sans trop de considérations morales (ou alors d’une manière si survolée qu’elle paraît anecdotique).

En outre, je n’ai pas du tout trouvé crédible la scène de l’”assaut” : tout se règle à nouveau très facilement.

Pour finir, l’épilogue est mal amené : toutes les explications (ou du moins les principales) arrivent lors d’un dîner entre affiliés dont le premier Homme-loup raconte son histoire, donnant un côté assez artificiel à la scène.

Alors, tout n’était pas mauvais : il y avait de bonnes idées (la race d’hominidés qui a évolué sur une île isolée, le fait que la transformation ne soit pas soumise à la pleine lune etc), mais celles-ci ne sont pas assez développées pour qu’on y adhère vraiment. J’aurais également aimé que le héros soit plus tourmenté par ce qui lui arrive, plus inhabile à contrôler sa nouvelle nature.


Dernière phrase :

Enfin, Seigneur, je Te remercie pour le don du loup !



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vendredi 13 décembre 2019

Gri'im de Nicolas Jarry & Stéphane Créty - Orcs & Gobelins, tome 3



Scenario
 :  Nicolas Jarry
Dessin : Stéphane Créty
Couleur : J.Nanjan
Editeur : Soleil
Saga : Orcs & Gobelins, tome 3
Genre : Fantasy
Date de parution : avril 2018
Nombre de planches : 59

Quatrième de couverture :

Après trente années d'emprisonnement et de tortures, Gri'im est enfin libre. Le seigneur de guerre n'est plus qu'un vieil Orc brisé, animé par son seul désir de vengeance. Traqué comme une bête, blessé, il trouve refuge auprès d'une caravane d'humains qui se rend à Aspen. Mais depuis la guerre des Goules, la magie de l'elfe bleue Lanawyn a réveillé un prédateur aussi ancien que redouté.


Mon avis :

Gri'im n'a connu que la violence et la trahison dans sa vie. Il n'a survécu à ses années d'esclavage que pour se venger de son ancien maître. Blessé, il oblige une caravane humaine se rendant à Aspen pour exploiter les riches minerais du sous-sol à le recueillir et à le soigner. La gamine du chef, Syll, âgée de 12 ans, est très intriguée par cet orc impressionnant qui tente, par tous les moyens, de lui faire croire qu'il n'est qu'un monstre et un viandard ! Mais la gamine n'est pas dupe et elle a deviné que sous son aspect monstrueux, l'orc cachait une belle âme, faite d'honneur et de loyauté... et elle ne se montre que davantage collante envers Gri'im qui ne sait plus comment la décourager !
Ce tome
, malgré la blancheur immaculée de la neige et la beauté des paysages (nous retournons sur les ruines d'Aspen, la 1ère ville victime des goules et la faille créée par Lanawyn pour contenir leur avancée), n'est en fait que noirceur et désespérance. L'histoire bascule dans l'horreur à l'approche d'Aspen et dans une ambiance post-apocalyptique : les membres de la caravane tentent désespérément de survivre à une menace plus dangereuse encore que les goules... Le rythme est enlevé et oppressant. Gri'im est un personnage très attachant, mais les seconds rôles sont également très intéressants et ont leur propre vécu que l'on aurait aimé voir un peu plus développés. Mais cela ne gâche ne rien le plaisir de la lecture...

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Parutions :

Saison 1 :
Tome 1, oct. 2017 > Turuk (scénario > Jean-Luc Istin ; dessin > Diogo Saito)
Tome 2, janvier 2018 > Myth  (scénario > Sylvain Cordurié ; dessin > Giaovanni Lorusso)
Tome 3, avril 2018 > Gri'im (scénario > Nicolas Jarry ; dessin > Stéphane Créty)
Tome 4, août 2018 > Sa'ar (scénario > Nicolas Jarry ; dessin > Paolo Deplano & Bojan Vukic)
Tome 5, oct. 2018 > La Poisse (scénario > Oliver Peru ; dessin > Stefano Martino)