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jeudi 10 septembre 2026

Wuthering Heights d'Emily Brontë

 Hantez-moi alors ! (...) Soyez avec moi toujours...prenez n'importe quelle forme...rendez-moi fou ! mais ne m'abandonnez pas dans cet abîme où je ne peux vous trouver ! Oh! Dieu! c'est inexprimable ! Je ne peux pas vivre sans ma vie ! Je ne peux pas vivre sans mon âme!


Editions : La compagnie du livre
Collection : La Bibliothèque Essentielle
Parution VO : 1847
Titre VO : Wuthering Heights
Parution VF dans la présente édition : 1968
Traduction : Henriette Guex-Rolle
Genre : Classique, Drame, un chouia de fantastique
Pages : 370
Relecture

Résumé (éditions Callidor) : 


Au cœur des landes du Yorkshire, la passion dévastatrice qui unit Heathcliff, orphelin abandonné, et Catherine, jeune femme libre et indomptable, défie toutes les conventions. Mais lorsque l’orgueil, la vengeance et les blessures du passé s’en mêlent, leur amour se transforme en malédiction, emportant deux générations dans une spirale tragique. Roman unique d’Emily Brontë, Les Hauts de Hurle-Vent est un chef-d’œuvre inclassable, où la violence des sentiments résonne comme une tempête sur la lande.

Mon avis : 

éditions Callidor©Aurélien Police

Quand j'ai vu que la maison d'édition Callidor avait sorti en novembre 2025 cette magnifique édition, illustrée par le talentueux Aurélien Police, je m'étais dit que c'est dans cette édition que je la lirais pour Les 12 thèmes de Jellydragon, mais au moment de valider mon achat, j'ai préféré lire un extrait, qui m'a perturbée : c'était la traduction de 1925 de Frédéric Delebecque, celui qui a trouvé le fameux titre Les Hauts de Hurlevent (qui a d'ailleurs été interdit de réemploi par ses héritiers). Or, j'étais tellement habituée à la traduction fluide et élégante qui m'avait fait découvrir ce roman pour la première fois à l'adolescence (et que j'ai relu chaque année jusqu'à la fin de mes études), que celle de Delebecque m'a franchement décontenancée ! Il n'y a finalement que son titre que je trouve très bien trouvé... Donc, me revoilà avec la si belle traduction de Henriette Guex-Rolle.

L'histoire débute en 1801. Nous suivons Mr Lockwood, locataire de Trushcross Grange fraîchement arrivé de Londres, aux Wuthering Heights où il souhaite rencontrer le propriétaire, un certain Mr Heathcliff dont les manières brutales et l'air revêche tranchent avec ceux du raffiné Londonien. C'est donc avec lui que nous découvrons, médusés, les lieux et leurs étranges habitants : Heathcliff, homme sombre mais charismatique, Catherine Heathcliff, jolie veuve de 17 ans à l'air renfrogné, Hareton Earnshaw, jeune paysan fruste et grossier et  Joseph, vieux valet à l'accent campagnard, aussi désagréable que son maître. Bon, soyons honnêtes, ces 4 personnages se montrent tous très désagréables, la palme revenant tout de même au maître et à son valet ! 
Quant au manoir en lui-même, il est austère, sombre, isolé au sommet d'une lande sauvage et continuellement battu par les vents. L'intérieur est aussi sombre que l'extérieur, avec des fenêtres profondément enfoncées dans les murs et de larges cheminées de pierre. L'atmosphère sinistre de la maison est renforcée par l'étrangeté des habitants. On a l'impression qu'habitants et bâtisse se confondent en terme de sauvagerie et d'inhospitalité, laissant une impression profonde sur le narrateur, et, par ricochet, sur les lecteurs eux-mêmes. Lockwood, obligé de passer la nuit chez son propriétaire, va y vivre une expérience traumatisante en rencontrant dans un cauchemar le fantôme de l'ancienne hôtesse de la chambre où il a dormi et dont il a lu une partie du journal. Mais n'est-ce vraiment qu'un rêve ?  
Rentré à la Grange, il découvre que sa gouvernante, Mrs Dean a vécu aux Heights et connu cette mystérieuse Catherine Earnshaw, la visiteuse de son sommeil. Il lui demande alors de lui raconter son histoire.

Tout commence en 1770 quand Mr Earnshaw, le père de Catherine, ramène de son voyage d'affaires un jeune orphelin ressemblant à un bohémien et qu'il appelle Heathcliff. Des origines ou du statut du gamin, nous ne saurons jamais rien. Lui et la fille de la maison vont devenir inséparables et nouer une profonde amitié qui va se transformer à l'adolescence en un attachement violent et passionnel. Le bonheur de la famille vole en éclats après la mort du bienfaiteur d'Heathcliff. En effet, l'héritier, Hindley, n'a plus besoin de se cacher pour maltraiter celui qu'il considère comme un intrus ! 
Au début, on prend Heathcliff en pitié. Il subit ces brimades sans s'apitoyer sur lui-même mais on aurait dû garder en mémoire la réflexion de Mrs Dean : "Il se plaignait si rarement (...) que, sincèrement, je ne le croyais pas vindicatif. Je me trompais du tout au tout." (page 63). On ressent encore de la peine pour lui quand il est délaissé par Catherine pour leur voisin, le beau, raffiné et blond Edgar Linton, à qui il voudrait désespérément ressembler. C'est à cette occasion que Mrs Dean tente de lui arranger la mise, tout en lui donnant des conseils sur la manière de se comporter : "Et maintenant que nous en avons terminé avec la toilette, la coiffure et la bouderie, dites-moi si vous ne vous trouvez pas presque beau ? (...) Vous avez la tournure d'un prince déguisé." (page 81). L'adolescent s'enfuit en entendant Catherine affirmer qu'elle s'avilirait en l'épousant. Il revient au bout de 3 ans, transformé et riche mais guidé par un désir obsessionnel de revanche qui va tout détruire autour de lui ! En effet, il va exercer une vengeance méthodique sur les enfants de son ennemi Hindley et de son rival Edgar, n'hésitant pas à utiliser son propre enfant Linton pour arriver à ses fins et les spolier de leurs biens. 
The Reader’s Guide to Emily Brontë’s “Wuthering Heights”
D'ailleurs, les prénoms des protagonistes entraînent parfois une certaine confusion tant ils se répètent d'un personnage à l'autre : Catherine, l'héroïne centrale, s'appelle Catherine Earnshaw de son nom de jeune fille puis Catherine Linton de son nom d'épouse et enfin Catherine Heathcliff quand elle écrit dans son journal intime ; sa fille s'appelle Catherine Linton ; son neveu, Linton Heathcliff, a pris comme prénom le nom de son oncle Edgar, rival d'Heathcliff ! Un bel imbroglio, n'est-ce pas ?

Pour en revenir à Heathcliff, malgré la cruauté profonde dont il fait preuve, on ne peut s'empêcher d'être fasciné par ce personnage complexe et tourmenté, guidé uniquement par sa rage et sa colère,   et d'espérer qu'il connaisse une sorte de rédemption. Personnellement, je ne relis le roman que pour retrouver le couple de la 3ème génération, qui est le seul véritablement attachant, malgré des débuts chaotiques. Hareton Earnshaw a une trajectoire à la fois cruelle et lumineuse. Son enfance a été brisée et instrumentalisée par Heathcliff, qui le prive peu à peu, non seulement de ses droits, mais aussi d'éducation et de manières et lui fait vivre ce qu'il a vécu lui-même de la part d'Hindley, par pur esprit de vengeance.  Le petit garçon régresse et perd son humanité. On le comprend lors d'une scène frappante quand Mrs Dean, de passage aux Heights, se rend compte que le domaine, dominé par Heathcliff, est devenu l'antre de l'Enfer : les chiens de garde sont hargneux, le maître démoniaque et insensible, le vieux toqué encore plus détestable ; puis elle aperçoit un jeune garçon en train de pendre une portée de chiots, et cet enfant n'est autre que le jeune Hareton ! C'est une scène véritablement glaçante ! Malgré la maltraitance psychologique que l'enfant subit de la part d'Heathcliff, il restera profondément attaché à son bourreau, qu'il considère comme son véritable père et dont il pleurera la mort ! C'est sa rencontre avec sa cousine Cathy qui va provoquer le début de son désenténèbrement. Moqué et humilié par la jeune fille pour son illettrisme et ses manières grossières, il va prendre conscience de l'étendue de son ignorance et tenter d'y remédier en s'élevant intellectuellement.
Le couple de Hareton et de Cathy, en choisissant l'amour et le pardon, brise le cercle de la vengeance et met fin à la malédiction.

Cette relecture n'a pas été aussi transcendante que ce que j'en escomptais. J'ai eu en effet une baisse de motivation après le mariage de Catherine avec Edgar Linton et le retour de Heathcliff, tellement les caprices et les accès de folie de la jeune femme me la rendaient antipathique. J'ai été cette fois plus sensible à la toxicité de leur amour. Ce qu'ils éprouvent l'un envers l'autre est une passion destructrice, fusionnelle et malsaine, qui les pousse à la violence dès qu'ils sont séparés. Catherine et Heathcliff sont deux démons égoïstes qui n'hésitent pas à humilier quiconque se met en travers de leur chemin, ni à se montrer manipulateurs ou simulateurs pour arriver à leurs fins (enfin, la simulation est pour Catherine, car Heathcliff ne cache jamais son opinion ou ses intentions) ! Après la mort de Catherine, Heathcliff verse dans la monstruosité la plus abjecte et les avis qu'ils donnent sur les personnes qu'il utilise tout en les méprisant sont véritablement effrayants :
  • à propos d'Isabella, son épouse : "Elle a vu en moi un héros de roman et elle attendait une indulgence illimitée de mon dévouement chevaleresque. J'ai peine à la considérer comme une créature douée de sens commun tant elle a mis d'obstination à se forger une légende autour de mon caractère et à agir selon les chimères qu'elle berçait. Mais je crois qu'elle commence enfin à me connaître : je ne vois plus trace des sourires imbéciles et des singeries qui m'exaspéraient au début, ni de cette incapacité déraisonnable de comprendre que j'étais sérieux lorsque je lui disais ce que je pensais d'elle et de son engouement. (...) Elle ne peut pas m'accuser d'avoir fait montre de la moindre douceur trompeuse. La première chose qu'elle m'a vu faire, en sortant de la Grange, a été de pendre son petit chien. (...) Et dites-moi, n'était-ce pas le comble de l'absurdité, la plus authentique idiotie de la part de cette chienne pitoyable, servile et méprisable, de rêver que je pourrais l'aimer ? Dites à votre maître, Nelly, que jamais de ma vie je n'ai rencontré une chose aussi abjecte qu'elle." (page 178/179)
  • à propos de Hareton et de son fils Linton : "Il [Hareton] répond à mon attente. S'il était né idiot, ma satisfaction aurait été moitié moindre, mais il est loin d'être sot et je ne peux éprouver que de la sympathie pour tous ses sentiments car je les ai vécus moi-même. Je sais exactement, par exemple, ce qu'il souffre en ce moment, et ce n'est qu'un aperçu de ce qu'il va souffrir. Et il ne sera jamais capable de sortir de son ridicule, ni de sa grossièreté et de son ignorance. Je l'ai mené plus rapidement au fond que son scélérat de père n'y est parvenu avec moi, et plus sûrement, car il tire vanité de son abrutissement. Je lui ai appris comme une sottise et une faiblesse tout ce qui ne relève pas de l'animalité. (...) Mais la différence est là : l'un [Hareton] est de l'or employé comme pierre à paver, l'autre [Linton] du fer-blanc poli pour singer l'argent. Le mien n'a aucune valeur quelconque, pourtant j'aurai le mérite de le mener aussi loin qu'un si piètre personnage peut aller. Le sien avait des qualités de premier ordre, et elles sont perdues." (page 248/249)
  • à propos de Cathy et de son fils Linton : "Si j'étais né dans un pays où les lois étaient moins sévères et les goûts moins délicats, je m'offrirais le plaisir d'une lente vivisection sur ces deux-là pour passer mes soirées." (page 300)

On ne peut qu'être surpris que ce livre, parlant de passion destructrice et de monstrueuse vengeance, ait pu être écrit par une jeune femme ayant vécu à la 1ère moitié du XIXème siècle, tant cela ressemble peu aux Anglais compassés de la bonne société. Le couple central du roman n'hésite pas à transgresser les conventions sociales de l'époque, et ce, même après la mort. Il y a des scènes très fortes et marquantes, voire extrêmement dérangeantes : la scène du rêve de Mr Lockwood tellement bien décrite qu'on en ressent l'ambiance cauchemardesque ; la scène du cimetière où Heathcliff fait creuser la tombe de Catherine pour la voir une dernière fois et sa volonté d'être enterré à côté d'elle à sa mort, leurs deux cercueils réunis sur un côté ! 


Pour finir, j'ai retrouvé la fiche de lecture que j'avais écrite à 14 ans pour mon cours de français au collège (désolée pour les fautes de conjugaison !^^) :





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mardi 30 juin 2026

Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet

Notre-Dame-des-Fleurs fait ici son entrée solennelle par la porte du crime, porte dérobée, qui donne sur un escalier noir mais somptueux. Notre-Dame monte l'escalier, comme l'ont monté bien des assassins, n'importe lequel. Il a seize ans quand il arrive au palier. Il frappe à la porte, puis il attend. Son coeur bat, car il est résolu. Il sait que son destin s'accomplit...

Editions : Galimard
Collection : Folio
1ère parution : 1948
Présente édition : 1976
Genre : Drame, classique
Pages : 377

Mon avis :

Je dois avouer que la lecture a été très compliquée, accentuée par l'absence de chapitres, beaucoup de digressions et de nombreux retours dans le passé. J'ai eu du mal à comprendre ce que nous racontait l'auteur. On a l'impression de lire les divagations d'un camé. Pour info, le narrateur n'est autre que l'auteur lui-même qui écrit dans la prison de Fresnes ce qui deviendra son 1er roman. C'est peut-être pour cette raison que Jean y parle beaucoup de verges (et de pets). J'imagine que c'est l'effet logique d'incarcérations répétées. 

Il y a malgré toute cette verve scatologique et pornographique, quelques passages étonnamment poétiques (oui, même quand ça parle de bites !), quand d'autres semblent totalement décousus. 

Le narrateur fait vivre des personnages imaginaires pour l'aider à alimenter ses rêveries obscènes.

Trois personnages fictifs se détachent du récit :

  1. Divine (Louis Culafroy de son nom de naissance), environ 30 ans, travelo mort de phtisie : "Ses yeux chantent malgré leur désespoir et leur mélodie passe des yeux aux dents qu'elle rend vivante, et des dents à tous ses gestes, à ses moindres actes, et sorti des yeux, c'est ce charme qui, de vague en vague, se déplie jusqu'à ses pieds nus."
  2. Mignon-les-Petits-Pieds, voleur, indic, mac et amant de Divine, possiblement le père de Notre Dame : "Encore que gouape, Mignon avait un visage de clarté. C'était le beau mâle, violent et doux..."
  3. Notre Dame des Fleurs, qui donne son nom au roman, assassin de 16 ans et amant de Divine
Le style est tellement alambiqué par moments que j'ai lu certains passages en diagonale, complètement démotivée. Heureusement que mon intérêt était parfois ravivé par la description du monde travesti et prostitué de Montmartre avec ses "tantes", leurs discussions et leurs rivalités, ou par l'évocation des prisons d'enfants. Sinon, je pense que j'aurais abandonné le livre depuis longtemps...

L'auteur nous avoue également sa fascination pour les criminels ainsi que son envie de tuer. D'ailleurs, j'ai été déçue qu'il fasse de Divine, seul personnage attachant de ce roman, un assassin de petite fille vers la fin...

Cette lecture n'a donc pas été convaincante, la faute à une narration tellement confuse par moment que j'oubliais certaines informations. J'ai bien envie de laisser le mot de la fin à Jean Cocteau : "La bombe Genet. Le livre est là, terrible, obscène, impubliable, inévitable. On ne sait par où le prendre. Il est, il sera. Obligera-t-il le monde à devenir tel qu'il puisse y paraître ? pour moi, c'est le grand événement de l'époque. Il me révolte, me répugne et m'émerveille."


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samedi 23 mai 2026

François le Champi de George Sand

Elle n'avait point de préjugés, et quand elle entendait dire : " C'est dommage qu'un si beau gars soit un champi ", elle répondait : " Les champis ont moyen d'être beaux, puisque c'est l'amour qui les a mis dans le monde."

Editions : Hachette
Collection : Grandes Oeuvres
Illustrations : Tony Johannot
1ère parution : 1848
Présente édition : 1985
Genre : roman champêtre, classique
Pages : 200 (440)

Résumé :

Un champi, c'est un enfant abandonné dans un champ. Un champi suscite la crainte et la méfiance des paysans. Un champi a mauvaise réputation. François est un champi élevé par sa nourrice Zabelle. Mais Cadet Blanchet, le meunier chez qui elle loge, l'oblige à s'en séparer. Le jeune garçon est alors recueilli par Madeleine, une femme au grand coeur qui n'est autre que l'épouse de... Cadet Blanchet. Avec l'aide de Zabelle, elle le nourrit et l'instruit en cachette. Petit à petit, une relation particulière va unir François à sa mère adoptive.

Mon avis :


Ce livre, c'est ma mère qui me l'avait offert quand j'étais adolescente. J'avais mis du temps à lire François le Champi, lui préférant La petite Fadette. Peut-être aussi le fait que le personnage principal soit un garçon avait joué dans mes réticences à l'époque. Et puis, finalement je m'étais laissée happer par la plume pleine de délicatesse et de simplicité de l'auteure. Lors de cette relecture, le charme agit toujours, même si je suis aujourd'hui plus sensible au caractère scandaleux de la relation liant le jeune François à Madeleine, sa bienfaitrice. Mais j'y reviendrai plus tard.

François le Champi est donc un enfant que ses parents ont abandonné quelques mois après sa naissance et que l'Hospice a confié aux soins d'une mère de substitution qui reçoit un peu d'argent pour l'élever. La Zabelle, qui vit dans une grande précarité, n'est pas forcément très fiable malgré la tendresse sincère qu'elle éprouve pour le malheureux enfant, en butte à la méfiance et aux préjugés des paysans, précédé par sa mauvaise réputation de Champi. Et je me dis que les choses n'ont guère évolué tant je me souviens que les enfants de la DDASS à l'époque de ma jeunesse souffraient du même discrédit de paresse et de vol. 

Par chance, sa route va croiser celle de Madeleine, l'épouse du meunier, jeune femme bienveillante et généreuse, qui va prendre soin de lui, mais en cachette à cause des tracasseries de sa belle-mère.

Ce roman met donc en évidence à la fois la dure condition des enfants trouvés et celle des femmes mal mariées, chacun soumis aux injustices et aux contraintes sociales de l'époque.

Car ils y étaient encore à minuit.

Mais ce qui est au coeur du roman est la relation entre François et Madeleine. A leur première rencontre, Madeleine a 20 ans et François 6 ans. Le petit garçon la considère pendant des années comme une mère. C'est d'ailleurs répété à de nombreuses reprises dans le roman. Par ailleurs, cet écart d'âge se retrouve réduit à 10 ans un peu plus loin dans le livre. Je ne sais pas si ce changement est dû à une erreur de l'écrivaine ou à sa volonté de mieux faire passer ensuite l'évolution des sentiments entre les deux protagonistes. Car François est tombé amoureux de celle qui a longtemps personnalisé pour lui la figure maternelle. Je n'ai pas trop compris le choix de George Sand de faire naître cette relation amoureuse quasi incestueuse alors que l'histoire d'amour aurait pu exister sans avoir créé ce lien quasi filial. C'est dommage parce que les deux personnages sont extrêmement touchants et attachants. François est un jeune homme certes un peu naïf mais droit, honnête, travailleur et compatissant. Et comme dit plus haut, Madeleine est une jeune femme généreuse, dévouée, douce et charitable. Un couple on ne peut mieux assorti...

Malgré tout, j'ai éprouvé beaucoup de plaisir à cette relecture pleine de bons sentiments. Ca fait du bien, parfois...

 
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dimanche 15 novembre 2020

Anne de Green Gables (tome 1) de Lucy Maud Montgomery

Il y a tellement d’Anne différentes en moi. Parfois, je me dis que c’est pour ça que je suis si pénible. Si j’étais une seule et unique Anne, ce serait vraiment beaucoup plus simple – mais aussi bien moins intéressant.



Editions :
Monsieur Toussaint Louverture
Parution VO :
1908
Parution VF dans la présente édition : 2020
Genre : Classique, Jeunesse
Titre VO : Anne of Green Gables
Traduction : Hélène Charrier
Pages : 384
Partenariat

Résumé :

Cheveux désespérément roux, visage constellé de taches de rousseur, Anne Shirley est une petite fille curieuse, pleine d’énergie, souvent perdue dans ses pensées, parfois d’une gravité solennelle, sans aucun doute intemporelle.
Difficile de résister à ce petit bout d’humanité de onze ans parfaitement imparfait, héroïne d’une série de romans qui a su conquérir des millions de lecteurs à travers le monde, Anne de Green Gables, écrit par Lucy Maud Montgomery, et dont le premier tome parut en 1908.
Orpheline à l’esprit vif, à l’imagination sans bornes et qui adore employer de «:grands mots:», Anne se retrouve par erreur chez Marilla et Matthew Cuthbert qui attendaient un garçon pour les aider à la ferme.


Mon avis :

Tout d'abord, un grand merci à Babelio et aux éditions Monsieur Toussaint Louverture pour ce merveilleux partenariat !
Avant de parler de l'histoire elle-même, quelques mots sur l'envoi du livre et le livre en lui-même. Quelle ne fut pas ma surprise en ouvrant le colis de découvrir 4 pages d'un journal à la mode du XIXe siècle (The Charlottetown Guardian a-t-il réellement existé?) nous présentant le livre, ses personnages, quelques passages-clés du roman, en de malins et intéressants articles. On y trouve un Courrier des lecteurs ainsi que la recette du gâteau au liniment (vivivi ^^). Bref, une très agréable mise en bouche.
L'objet-livre est absolument magnifique : un livre cartonné, recouvert de papier nacré, somptueusement illustré !

Le roman nous invite à un merveilleux voyage où l'imagination est reine !
Anne Shirley est une pauvre orpheline de onze ans, « livrée » par erreur aux Cuthbert, frère et soeur célibataires, dont le coeur semble légèrement asséché et qui désiraient un garçon pour les aider à la ferme...
Mais, comme le lecteur, ils vont tomber sous le charme de l'inénarrable demoiselle jusqu'à s'attacher progressivement mais irrésistiblement à elle !
Anne est une enfant ultra sensible, un peu exaltée et dont l'imagination débordante ne laisse pas d'étourdir ceux qui l'écoutent... Très vite, elle va ensoleiller l'existence grise, tristounette et austère du vieux garçon et de la vieille fille qui ne peuvent plus imaginer leur existence sans elle.
Ce fut une lecture absolument délicieuse, avec des passages plein d'émotions ou de drôlerie.
Anne restera une héroïne inoubliable et je compte bien continuer la découverte de cette saga enlevée !

Je remercie Babelio et les éditions Monsieur Toussaint Louverture pour cette découverte ! 

D'autres avis : Livraddict ♦ Babelio ♦ Booknode ♦
 



dimanche 9 juillet 2017

Vie des douze Césars de Suétone


Caïus Julius César avait seize ans lorsqu'il perdit son père.
Avalon organisant sur Livraddict des lectures communes sur la littérature antique grecque et romaine, je ne pouvais passer à côté d'une telle promesse de douce félicité, moi qui suis passionnée par tout ce qui touche à l'histoire ancienne ! ^^
La lecture de la 3è session portait sur la Vie des douze Césars et bien que j'aie déjà lu cette commère de Suétone, je n'ai pas résisté au plaisir de replonger dans sa Vie des 12.

Avant toute chose, il faut replacer cet ouvrage dans son contexte : Suétone écrit sur la dynastie des Julio-Claudiens puis des Flaviens à destination de l'empereur Hadrien, de la dynastie des Antonins. C'est donc une œuvre de propagande, destinée à louer la sagesse et la tempérance des membres de cette nouvelle dynastie, par contraste avec ceux qui les ont précédés, présentés comme un ramassis de fous, d'assassins, de névrosés morbides, de crétins congénitaux, d'êtres titillés par l'envie d'inceste, de fratricide, de matricide, de parricide, bref des gens fort peu fréquentables et fort cruels ! ^^ Ces caricatures outrées servent également de repoussoir afin de prévenir Hadrien des dangers de la tyrannie.
Même si de nos jours, les historiens ont tendance à réhabiliter certains de ces premiers empereurs, Suétone a contribué à associer à leur image cette légende noire et sulfureuse qui a traversé les siècles. A la lecture, on sent combien Suétone se complaît, bien qu'il s'en défende, à rapporter tous ces ragots sur leurs mœurs scandaleuses («Il [Tibère] poussa la turpitude encore plus loin, et jusqu'à des excès qu'il est aussi difficile de croire que de rapporter», page 149 ; et pourtant, ce bon vieux Suétone ne peut s'empêcher d'en dresser la liste !^^). Et quand il ne s'étale pas sur leurs débauches, il ne nous épargne aucun détail sur leurs soucis de santé, même très intimes (ainsi, on apprend qu'Auguste rendait «de petits cailloux en urinant», page 112). Suétone atteint le sommet du mauvais goût en faisant allusion à la relation incestueuse de Néron avec sa mère : «toutes les fois qu'il se promenait en litière avec sa mère, il satisfaisait sa passion incestueuse ; ce que prouvaient assez les taches de ses vêtements», page 245 (seriously Susu, était-ce bien nécessaire ?!? C'est grave dégueu !).
Bien que l'accès de Suétone aux archives impériales  est censé donner de la crédibilité à ses propos, on sent que ses biographies sont truquées, car, d'une part, les faits sont éparpillés, et d'autre part, certains passages d'une même biographie, voire d'une biographie à une autre, sont contradictoires entre eux ! D'ailleurs, les faits scandaleux qu'il rapporte sont parfois tellement outranciers que l'on ne peut s'empêcher de s'interroger sur la véracité de telles scènes !
Parfois, une touche d'humour (involontaire ?) vient alléger la noirceur du récit : telle cette anecdote sur Claude qui faillit émettre un édit permettant de «lâcher des vents à sa table parce qu'il avait appris qu'un de ses convives avait pensé mourir pour s'être  retenu devant lui», page 222. Et moi j'ai failli mourir de rire en lisant ce passage, même si après coup, cette touche d'humour n'en est pas une mais la volonté affichée de ridiculiser toujours un peu plus ces empereurs.

Néanmoins l'ouvrage fourmille d'informations extrêmement intéressantes sur les différentes pratiques sociales, politiques, cultuelles... On se rend compte par exemple à quel point les Romains accordaient  une très grande importance aux signes, annonciateurs de bonnes ou mauvaises nouvelles ; en effet, ces signes prennent une grand place dans chaque biographie, pour annoncer la naissance puis la mort de chaque empereur.
D'ailleurs, les biographies sont construites exactement sur le même schéma : Suétone ne suit pas une trame chronologique mais une succession de thématiques écrites toujours dans le même ordre : description des origines familiales, carrière avant l'ascension au pouvoir, actions publiques, vie privée, apparence physique, mort, divers prodiges.



En bref :

Les + : une mine de renseignements sur la vie des Romains ; des détails croustillants sur les mœurs supposées des empereurs
Les - : des portraits orientés ; une certaine complaisance pour des détails d'un goût douteux ; quelques longueurs

  Domitien lui-même rêva, dit-on, qu'il lui poussait derrière le cou une bosse d'or, et il en conclut que l'empire serait après lui dans un état plus heureux et plus florissant ; ce qui ne tarda pas à se vérifier, grâce au désintéressement et à la modération des princes qui lui succédèrent.
(source : Wikipédia)
      
Suétone (en latin Caius Suetonius Tranquillus) est un polygraphe et un érudit romain ayant vécu entre le Ier et le IIe siècle. Il est principalement connu pour sa Vie des douze Césars, qui comprend les biographies de Jules César à Domitien.
Nous savons très peu de choses de la vie de Suétone. Il naît probablement à Rome vers 69-70 après notre ère, d'une famille appartenant à l'ordre équestre. Son père, Suetonius Laetus, était tribun angusticlave de la treizième légion et combattit dans l'armée d'Othon à la bataille de Bedriacum en 69 après notre ère, où Vitellius triompha. Il semble que Suétone réussit à se faire dispenser du service militaire. Par ailleurs, son ami Pline le Jeune lui fit obtenir de l'empereur Trajan en 112 le privilège accordé aux pères de trois enfants, bien qu'il n'en eût aucun.
À la mort de Pline le Jeune, en 113, Suétone s'attache à un nouveau protecteur, Caius Septicius Clarus, qui lui obtient sous Hadrien l'importante fonction de secrétaire ab epistulis latinis (c'est-à-dire responsable de la correspondance de l'empereur en langue latine). Cette charge permit notamment à Suétone d'avoir accès aux archives impériales. Il rédige alors son premier livre, le De viris illustribus (paru vers 113). Entre 119 et 122, paraît la Vie des douze Césars, point culminant de sa carrière.
Un passage du pseudo-Spartien nous apprend que Suétone, malgré les relations amicales qu'il avait toujours entretenues avec Hadrien, subit en 121-122 une disgrâce brutale et définitive en même temps que son protecteur le préfet du prétoire Caius Septicius Clarus. Selon Spartien, cette disgrâce serait due à un manquement à l'étiquette de la cour vis-à-vis de l'impératrice Sabine. Toujours est-il que nous ne savons plus rien de Suétone après cette date ; sans doute a-t-il vécu dès lors dans la retraite, en se consacrant tout entier à ses travaux de grammaire, de littérature et d'histoire. Il meurt après 122, sans que l'on sache l'année, vraisemblablement autour de 130, mais peut-être jusqu'à 160.
Il est à sa manière un historien, même s'il n'affirme aucune ambition morale, mais dans sa volonté de procéder à l'inventaire le plus complet de tout ce qui touche à l'empereur, de ses vertus comme de ses vices, il procède à une certaine démystification des Césars.
LC organisée par Avalon - 3è session


 
Ma 81ème participation au challenge de Lynnae - biographie des empereurs de César à Domitien

Challenge "Un classique par mois"
Challenge organisé par Pr Platypus (4/12)



https://parthenia27.blogspot.fr/2017/01/challenge-un-genre-par-mois-2017_8.html
Challenge Un genre par mois organisé par Iluze (5/12)
 
http://www.livraddict.com/biblio/livre/l-enchanteur-1.html

http://www.babelio.com/livres/Barjavel-LEnchanteur/6684

https://booknode.com/l_enchanteur_015479

vendredi 30 juin 2017

Le Roi de Fer de Maurice Druon - Les Rois Maudits, tome 1


"Un tronc entier, couché sur un lit de braises incandescentes, flambait dans la cheminée."
Le Roi de fer, premier volume du cycle, a pour figure centrale Philippe IV le Bel, roi d'une beauté légendaire qui régnait sur la France en maître absolu. Tout devait s'incliner, plier ou rompre devant l'autorité royale. Mais l'idée nationale logeait dans la tête de ce prince calme et cruel pour qui la raison d'Etat dominait toutes les autres.
Sous son règne, la France était grande et les Français malheureux.
Les Rois Maudits est l'une des fresques historiques les plus enthousiasmantes, les mieux écrites, que j'ai lues jusqu'ici, avec Fortune de France de Robert Merle ! Le Roi de Fer, qui jette les bases de la saga, est un roman brillantissime, qui nous immerge totalement au temps du roi Philippe le Bel, durant la dernière année de son règne, en 1314, laquelle clôt sept années passées à abattre le puissant Ordre des Chevaliers du Temple, dernier pouvoir à lui tenir tête. Jacques de Molay, le Grand Maître, vient enfin d'avouer sous la torture toutes les infamies imputées à sa milice.
Maurice Druon prend pour point de départ à son heptalogie la légende selon laquelle Jacques de Molay aurait lancé une malédiction au moment de son exécution à l'encontre de ceux qui ont œuvré à sa chute, ainsi qu'à l'encontre de leurs héritiers. On ne peut oublier la fameuse scène du bûcher d'où le vieil homme, possédé par une colère enragée, prononce à travers les flammes qui le ravagent ces paroles saisissantes :

« Pape Clément !… Chevalier Guillaume !… Roi Philippe !… Avant un an, je vous cite à paraître au tribunal de Dieu pour y recevoir votre juste jugement ! Maudits ! Maudits ! Maudits ! Tous maudits jusqu'à la treizième génération de vos races ! »
(page 113)

Deux autres fils conducteurs viennent interagir avec l'intrigue principale, voire l'influencer : la rivalité pour la succession d’Artois entre Mahaut d’Artois et son neveu Robert d’Artois et l’idylle amoureuse entre le banquier Guccio Baglioni et la noble Marie de Cressay (même si pour l'instant, cette dernière intrigue ne semble pas interférer avec l'Histoire, mais patience, les pièces du puzzle se mettent doucement en place !^^).

L'auteur réussit l'exploit de brosser toute une galerie de personnages historiques au caractère varié très crédibles : le roi Philippe, majestueux et implacable, son frère Valois vaniteux et brouillon, ses fils aînés et puînés fades et médiocres, les serviteurs de la Couronne Marigny et Nogaret loyaux mais plus royalistes que le roi lui-même, son cousin Artois truculent et revanchard, sa tante Artois calculatrice et autoritaire, Tolomei le banquier siennois rusé et opportuniste... D'ailleurs, peut-être que cette profusion de protagonistes pourra gêner au début le lecteur qui découvre seulement ce pan de notre histoire, et qu'il aura besoin d'un certain temps avant d'assimiler les identités et les intérêts privés de chacun. Car deux clans gravitent, complotent et intriguent autour du roi : d'un côté le parti des légistes et des tenants d'un état réformateur regroupant Marigny, Nogaret, Philippe de Poitiers, fils cadet du roi, Louis d'Evreux demi-frère du roi ; et de l'autre côté le parti des barons, favorables au retour d'un système politique traditionnel et féodal réuni autour de Charles de Valois, Louis de Navarre et Charles de Bigorre fils du roi, et Robert d'Artois.

On sent que Maurice Druon s'est beaucoup documenté,  non seulement sur la situation géopolitique de la France médiévale mais également sur la vie quotidienne de ses habitants (armement, nourriture, hygiène, vêtements, éclairage, système de chauffage...), si bien que l'on se sent complètement immergé dans l'histoire. Cette documentation n'est jamais pesante mais se fond au contraire très naturellement au récit dans lequel aucun détail n'est négligé, jusqu'au vocabulaire médiévisant.

Malgré les drames humains qui se jouent (la chute des Templiers, la chute des trois brus du roi provoquée par Robert d'Artois pour récupérer son comté, les malheurs conjugaux de la reine d'Angleterre), certaines scènes et certains dialogues sont vraiment très drôles : par exemple, la scène du conseil où le roi ne cesse de rabrouer son héritier d'un sec «Taisez-vous, Louis !» suite à ses interventions toutes plus idiotes les unes que les autres ou la scène entre Mahaut et Robert d'Artois, accouru lui annoncer l'arrestation de ses filles et de sa nièce.

- ... je veux qu'elle [Mahaut] aide à sa ruine en allant braire devant le roi, et je veux qu'elle en crève de dépit.
Lormet baîlla un bon coup.
- Elle crèvera, Monseigneur, elle crèvera, soyez-en sûr, vous faites bien tout ce qu'il faut pour cela.
(page 201)

Chaque phrase, chaque mot fait mouche. L'auteur sait comme personne renvoyer ses personnages vers la médiocrité, la vanité ou la solitude de leur vie en une formule définitive.
Les portraits qu'il brosse sont criants de vérité. Ainsi, Philippe le Bel est décrit comme un roi dur et majestueux, insensible à l'amour, même filial ; et pourtant, il souffre parfois de cette distance qu'il a lui-même instaurée. Mais pour la grandeur de l'Etat, il a renoncé à tout bonheur personnel !
Les personnages échappent à tout manichéisme, et même parmi les plus cruels ou les plus retors, il y a quelque chose en eux qui nous touche ou nous empêche de totalement les vouer aux gémonies.
Ainsi, Marguerite de Navarre, qui tondue et revêtue de sa robe de bure, trouve encore la force de répondre crânement à sa belle-sœur :

«Moi, si je n'ai pas eu le bonheur, au moins j'ai eu le plaisir, qui vaut toutes les couronnes du monde, et je ne regrette rien !»
(page 226)
On ressent toutes les émotions, tous les doutes, toutes les envies rentrées ou sursauts d'orgueil des personnages, tant les mots utilisés par l'auteur sont justes et précis.
Bref, un véritable régal !

En bref :

Les + : un contexte historique extrêmement bien resitué et exploité ; des personnages réalistes et captivants ; un style efficace et des dialogues savoureux
Les - : aucun à mes yeux
 "Frère Renaud s'approcha pour lui fermer les yeux. Mais  les paupières qui n'avaient jamais battu se relevèrent d'elles-mêmes. Par deux fois, le grand inquisiteur essaya vainement de les abaisser. On dut couvrir d'un bandeau le regard de ce monarque qui entrait les yeux ouverts dans l'Eternité."
(sources : Wikipédia)

Maurice Druon, né le à Paris et mort le , est un écrivain et homme politique français. Maurice Druon s'engage dans la Résistance et rejoint Londres en janvier 1943. Attaché au programme « Honneur et Patrie » de la BBC, il écrit alors avec son oncle Joseph Kessel les paroles du Chant des Partisans, que met en musique Anna Marly.
Après la guerre, il devient un homme de lettres à succès avec Les Grandes Familles (Prix Goncourt 1948) et surtout la saga des Rois maudits, roman historique en sept tomes publiés entre 1955 et 1977 et que l'adaptation télévisée fera connaître à un très large public. Il est élu à l'Académie française en 1966 à quarante-huit ans, et en devient le secrétaire perpétuel de 1985 à 1999. Il a écrit d'autres œuvres — comme Tistou les pouces verts, en 1957, un conte pour la jeunesse —, mais aussi des pièces de théâtre et des essais.
Gaulliste et engagé dans l'action politique, Maurice Druon a été ministre des Affaires culturelles en 1973-74.

 
Ma 79ème participation au challenge de Lynnae - Philippe le Bel et ses fils et moult personnages historiques
Challenge Moyen-Âge par hérisson
Ma 22ème participation au challenge d'Hérisson -

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Challenge organisé par A-Little-Bit-Dramatic (5/12)
Challenge "Un classique par mois"
Challenge organisé par Pr Platypus (3/12)

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dimanche 25 juin 2017

Le Corsaire Rouge de James Fenimore Cooper


"Quiconque sait ce que c'est que le tumulte et l'activité d'une ville commerçante d'Amérique ne reconnaîtrait point, dans le repos qui règnent maintenant dans l'ancien marché de Rhode-Island, une place comptée dans ses jours de prospérité au nombre des ports les plus importants de toute la ligne de nos vastes côtes."
  
Voyageur et marin, James Fenimore Cooper retrace la rude épopée des coureurs de mer et l'aventure exaltante des pionniers du Nouveau Monde. Dans ce livre, il raconte l'histoire du Corsaire Rouge, terrible gentilhomme pirate, avec son orgueil de mauvais ange et son sublime amour pour la patrie.
Je me souviens que j'avais découvert ce roman dans mon enfance avec les éditions Del Duca pour la jeunesse dans uneLe Corsaire Rouge - édition Del Duca version abrégée et illustrée (déjà, mon goût pour les pirates !!^^), et je me suis dit que le challenge d'A-Little-Bit-Dramatic pour le mois d'avril (oui, je suis grave à la bourre !) était l'occasion de le redécouvrir dans son intégralité !! J'avais déjà lu un autre livre de Fenimore Cooper, Le Dernier des Mohicans, que j'avais beaucoup aimé, aussi espérè-je tirer le même plaisir de lecture avec ce fameux Corsaire rouge ! Malheureusement, si la (re-)lecture fut effectivement plaisante, elle ne m'a pas transportée autant que je l'attendais, loin de là ! Pour tout dire, je ne me souvenais plus que des moments forts du récit (que je ne peux développer sous peine de spoiler), or, avant d'en arriver là,  il faut en passer par une trèèèèèèèèèès longue mise en place de l'histoire, mettant en scène des personnages que l'on ne retrouvera plus du tout par la suite !

L'auteur entretient longuement le mystère autour du Corsaire rouge en ne nous le présentant qu'à travers le regard des autres et le prisme déformant des rumeurs. Quelle part de vérité renferment-ils ?
Le Corsaire Rouge est mentionné pour la première fois par un vieil homme qui dit avoir beaucoup voyagé dans sa jeunesse et qui le décrit comme «un brigand altéré de sang et de rapine».
Et même ensuite, quand le Corsaire entrera véritablement en scène, il gardera sa part de mystères. Son comportement, pouvant basculer d'un extrême à l'autre, confirme certains dires à son propos ; en tout cas, il nous interpelle et nous fait nous perdre en conjectures. 

D'une manière générale, l'intrigue est construite sur un écheveau de faux-semblants, touchant la plupart des personnages. Le Corsaire Rouge se fait appeler capitaine Heidegger mais on sait que ce n'est pas son vrai nom. Le narrateur lui-même, Harry Wilder, ne semble pas être ce qu'il affirme ou tente de faire croire auprès des autres. Est-il d'ailleurs vraiment Harry Wilder ? Quel motif impérieux l'a poussé à accepter d'entrer au service du renégat ? Nos doutes descendent jusqu'à la gouvernante qui tressaille en voyant le Corsaire rouge, accréditant l'hypothèse qu'elle l'a déjà rencontré dans une vie antérieure ! Et que dire du serviteur d'Heidegger, Roderick, aux airs parfois si égarés et aux manières étonnamment délicates ? 
Comme on le voit, chacun cache un secret qui ne sera révélé qu'à la fin. Personnellement, j'ai trouvé la révélation de ces secrets assez convenue et/ou capillo-tractée ! Peut-être que pour les lecteurs de l'époque, ces coups de théâtre ne soient surprenants, mais j'ai eu l'impression de les avoir vu déjà traités cent fois !
Je dois dire qu'une histoire axée essentiellement sur le Corsaire rouge et les raisons qui l'ont poussé sur le chemin de la piraterie m'aurait davantage plu !

Par contre, l'auteur excelle dans la description de cet univers marin, l'utilisation des termes techniques. On voit qu'il maîtrise son sujet, et pour cause, il a été marin dans sa jeunesse ! Du coup, cela donne un côté très authentique et épique à ce voyage sur mer, aux sensations que l'on peut éprouver à contempler l'horizon ou essuyer une tempête, au fracas des combats...

Dommage que la lecture soit entachée par des clichés extrêmement agaçants sur les Noirs, qui sont désignés sous les mêmes termes répétitifs, comme par exemple «simplicité naïve». Nul doute qu'à l'époque ces affirmations ne devaient pas être choquantes mais pour un lecteur du XXIème siècle, cela est très crispant !

Dernière réserve : l'édition renferme beaucoup de coquilles ; de plus, des mots sont à maintes reprises accolés et il manque parfois des sauts de ligne entre les parties dialoguées et narratives.


En bref :

Les + : des connaissances sur le milieu maritime  très pointues ; un Corsaire rouge énigmatique et charismatique ; un style d'une très grande qualité littéraire
Les - : une mise en place de l'histoire très longue ;  quelques facilités narratives ; des révélations stéréotypées et prévisibles
(sources : Wikipédia)

James Fenimore Cooper, né le à Burlington dans le New Jersey, est le fils de William Cooper, juge et membre du Congrès pour le comté d'Otsego, issu d'une famille émigrée d'Angleterre en 1679.
Après une scolarité à Albany et New Haven, Fenimore Cooper entre à l'université Yale à treize ans, il reste ainsi le plus jeune étudiant jamais entré dans cette université. Trois ans après, il s'engage à 17 ans, dans la marine américaine. En 1811 il se marie avec Susan Augusta De Lancey, et met fin à sa carrière de marin, il s'installe alors dans le comté de Westchester (État de New York).
Son premier roman Precaution (1820) passe inaperçu, mais très rapidement, son deuxième roman The Spy (L'Espion, 1821), rencontre un grand succès. Le Dernier des Mohicans (1826), son roman le plus célèbre et deuxième des cinq ouvrages composant le cycle des Histoires de Bas-de-Cuir, a connu de nombreuses rééditions. Fenimore Cooper a écrit de nombreux romans sur la mer, tel The Waterwitch (1830). Mais son œuvre est de qualité inégale et son roman Le Démocrate américain (1835) lui vaut un procès.
De 1826 à 1833, il séjourne en Europe pour donner une meilleure éducation à ses enfants. À Paris, il publie des ouvrages, dont The Red Rover et The Water Witch et se lie au peintre Samuel Morse et au héros de l'Indépendance américaine, Gilbert du Motier de La Fayette. De retour aux États-Unis, il se réinstalle dans la maison familiale de Otsego Hall, à Cooperstown.
En mai 1839, Cooper publie son History of the Navy of the United States of America. Il meurt le à 62 ans d'hydropisie, sa femme Susan ne lui survit que de quelques mois ; ils sont inhumés au cimetière de Christ Churchyard, à Cooperstown, auprès de William Cooper.
Challenge "Un classique par mois"
Challenge organisé par Pr Platypus (2/12)
https://parthenia27.blogspot.fr/2016/12/challenge-des-12-themes-organise-par.html
Challenge organisé par A-Little-Bit-Dramatic (4/12)


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 babelio
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