jeudi 25 juillet 2013

Challenge "Les soeurs Brontë" organisé par Missycornish

Challenge "Les soeurs Brontë" organisé par Missycornish
Missycornish nous emmène dans le monde des soeurs Brontë.
Pour participer à ce challenge, c'est très simple : il suffit de lire les livres ou de visionner les films se rapportant à leur univers.
Pour s'inscrire, c'est ici !


Agnès Grey d'Anne Brontë ♦


Agnès Grey d'Anne Brontë

Agnès Grey d'Anne Brontë

 

Fiche détaillée

 Auteur > Anne Brontë
Editeur > Ebooks libres et gratuits
Genre > roman classique
Date de parution > 1847 pour l'édition originale , 2011 pour la présente édition
Titre original > Agnes Grey
Format > ePub
Poids du fichier > 200 Kb (199 pages)
Traduction > de l'anglais par MM. Ch. Romey & A. Rolet

auteur
(sources : Larousse)

Anne Brontë
Née en 1820, Anne publie des poèmes, en même temsp que ses soeurs, en 1846 sous le pseudonyme d'Acton Bell. Son premier roman, Agnes Grey (1847), histoire autobiographique d'une gouvernante, n'a guère suscité l'enthousiasme des critiques. En juin 1848, elle publie son second et dernier roman, la Locataire de Wildfell Hall. On retrouve dans ce manifeste féministe l'atmosphère violente des Hauts de Hurlevent ; les mésaventures de Branwell, le frère d'Anne, soupçonné de relations adultères avec la femme de son employeur, ont pu inspirer le parcours de l'héroïne qui fuit avec son fils la brutalité d'un mari alcoolique. Après une longue maladie, Anne Brontë meurt en mai 1849. 

 

quatrieme de couverture

Agnès Grey est la fille cadette d'un pasteur. Sa famille se retrouve dans une mauvaise passe financière et pour l'aider, Agnès décide de devenir gouvernante. Son passage dans deux familles va lui révéler que la situation de gouvernante n'est pas des plus faciles. Anne, la plus jeune des soeurs Bronte, s'est appuyée sur sa propre expérience de gouvernante pour écrire ce premier roman dans lequel elle dénonce les carences éducatives des enfants dans certaines familles riches.

première phrase

 "Toutes les histoires vraies portent avec elles une instruction, bien que dans quelques-unes le trésor soit difficile à trouver, et si mince en quantité, que le noyau sec et ridé ne vaut souvent pas la peine que l'on a eue de casser la noix."

avis personnel

 Anne Brontë est la seule des soeurs Brontë que je n'avais pas lue, j'étais donc très curieuse de découvrir son oeuvre, et même si le ton est moins passionné que dans Jane Eyre ou Les Hauts-de-Hurlevent, je l'ai littéralement dévorée tant le style de l'auteure est plaisant et fluide...

L'histoire est racontée à la 1ère personne du singulier par Agnès Grey, la seconde fille d'un pasteur ruiné par de mauvais placements et qui décide d'aider financièrement sa famille en recherchant une place de gouvernante. Un poste lui est offert chez les Bloomfield, famille de bourgeois enrichis, chez lesquels elle se rend, enchantée à l'idée de transmettre ses connaissances. Hélas, la jeune fille n'ira que de désillusions en désillusions, confrontée à des enfants tyranniques et irrespectueux ainsi qu'à des parents méprisants et abusés sur les qualités supposées de leur insupportable progéniture.
Renvoyée au bout de quelques mois, elle est engagée par les Murray, famille appartenant à la petite noblesse terrienne, et qui la traitent un peu mieux, mais on pouvait difficilement faire pire que les Bloomfield...

Dans ce roman, Anne Brontë brosse un tableau sans concession sur la dure condition des gouvernantes, et des femmes en général. Seul emploi autorisé pour des femmes pauvres mais respectables, les gouvernantes se retrouvent en butte à la condescendance, voire au mépris de leurs patrons (qui leur sont souvent inférieurs par l'éducation et l'instruction), ignorés par les domestiques qui copient leur comportement sur leurs maîtres, tyrannisées par des enfants pourris gâtés, parfois cruels, paresseux, désobéissants, menteurs... bref, le concept d'enfant-roi n'a pas été inventé au XXIème siècle, croyez-moi,  et j'admire la patience dont fait preuve l'héroïne face à ces têtes-à-claques ! Personnellement, j'en aurais bien pris un pour taper sur l'autre... Bref...
Les préceptrices sont donc livrées à la tyrannie des enfants sur lesquels les mères leur ont enlevé toute autorité alors qu'elles exigent de leurs employées des résultats scolaires probants. Autant dire que les objectifs sont impossibles à atteindre !
De plus, les gouvernantes sont vouées à la solitude, ne pouvant espérer se lier socialement avec l'entourage de leurs employeurs, car jugés d'un rang inférieur, ni avec les domestiques; Agnès Grey trouve pourtant de la consolation à côtoyer les pauvres rattachés aux terres de Mr Murray en leur apportant son secours, quand son temps libre lui permet de s'échapper du manoir.; elle goûte également les sermons du nouveau vicaire, Mr Weston, homme plein de bontés et de générosité.

Mais les femmes de la noblesse n'ont guère un sort plus enviable, condamnées à se marier sans amour afin de conserver leur rang. Certaines mêmes apparaissent comme des mères dénaturées : ainsi, mistress Murray sacrifie sciemment sa fille aînée Rosalie à un noble, débauché notoire, afin de préserver son statut social; cette même Rosalie, devenue mère à son tour, avoue à son ancienne gouvernante qu'elle ne saurait passer son si précieux temps avec sa fille car "elle n'est qu'une enfant, et je ne puis concentrer toutes mes espérances sur une enfant; c'est seulement un peu mieux que de mettre toutes ses affections sur un chien." (page 182)

 La pauvre Agnès Grey supporte son sort avec un stoïcisme admirable !
Discrète, effacée, timide, dévote, généreuse, dévouée, pudique dans ses sentiments, l'héroïne possède toutes les qualités que la société victorienne attend des jeunes filles, et même si son côté moralisateur et sa passivité nous agacent parfois, elle se montre véritablement attachante, touchante même dans sa volonté de maîtriser ses émotions alors que certaines situations la touchent profondément...

Pour conclure, une lecture très agréable en compagnie d'une héroïne, peut-être un peu trop parfaite ou trop lisse, mais dont la destinée nous captive d'un bout à l'autre du livre ! Je suis curieuse de découvrir le second et dernier livre de l'auteure...

Appréciation :

note : 4 sur 5

extrait

page 139 :
"Elle saisissait toute occasion de le rencontrer, mettait tout en oeuvre pour le fasciner, et le poursuivant avec autant de persévérance que si elle l'eût réellement aimé et si le bonher de sa vie eût dépendu d'une marque d'affection de sa part. Une telle conduite était complètement au-dessus de mon intelligence. Si je l'avais vue tracée dans un roman, elle m'eût paru contre nature; si je l'avais entendu décrite par d'autres, je l'eusse prise pour une erreur ou une exagération; mais, quand je la vis de mes yeux, et que j'en souffris aussi, je ne pus conclure autre chose que ceci : que l'excessive vanité, comme l'ivrognerie, endurcit le coeur, enchaîne les facultés et pervertit les sentiments, et que les chiens ne sont pas les seules créatures qui, gorgés jusqu'au gosier, peuvent s'attacher à ce qu'ils ne peuvent dévorer, et en disputer le plus petit morceau à un frère affamé."

divers

Challenge "Les soeurs Brontë" organisé par Missycornish

Ma 1ère participation au challenge de Missycornish;

Challenge "Un classique par mois"

Le 3è classique du mois de juillet pour le challenge organisé par Stephie.

Challenge "United Kingdom"

Ma 4ème participation au challenge de Vashta Nerada (Angleterre)

Rendez-vous "La 99è page"

 

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mardi 23 juillet 2013

La 99ème page... du mardi 23 juillet 2013

La 99ème page du mardi 11 décembre...

"Miss Murray allait maintenant toujours deux fois à l'église, car elle aimait tant l'admiration qu'elle ne pouvait négliger aucune occasion de l'obtenir, et elle était si sûre de l'attirer, que partout où elle se montrait (que M. Harry Meltham et M. Green y fussent ou non) il y avait toujours quelqu'un qui n'était pas insensible à ses charmes, sans compter le recteur, que ses fonctions obligeaient tout naturellement à s'y trouver. Ordinairement aussi, quand le temps le permettait, elle et sa soeur préféraient revenir à pied : Mathilde, parce qu'elle détestait être emprisonnée dans la voiture; miss Murray, parce qu'elle aimait la compagnie, qui ordinairement égayait le premier mille de la route, de l'église aux portes du parc de M. Green, où commençait le chemin particulier conduisant à Horton-Lodge, situé dans une direction opposée, tandis que la grande route conduisait tout droit à la demeure plus éloignée de sir Hugues Meltham."

La 99ème page... du mardi 23 juillet 2013
ma chronique

lundi 22 juillet 2013

Taliesin de Stephen Lawhead - Cycle de Pendragon, tome 1

Taliesin de Stephen Lawhead - Cycle de Pendragon, tome 1

Fiche détaillée

 Auteur > Stephen Lawhead
Editeur > Le Livre de Poche
Série > Cycle de Pendragon, tome 1
Genre > roman fantasy
Date de parution > 1987 aux USA, 1997 en France, 2002 pour la présente édition
Titre original > Taliesin
Nombre de pages > 668
Traduction > de l'américain par Luc Carissimo

auteur
(source : Wikipédia)

Stephen Lawhead 

Stephen R. Lawhead est né en 1950 à Kearney dans le Nebraska. Il a commencé sa carrière dans le journalisme en dirigeant le Campus Life Magazine. Dans les années 1980, il entreprend la rédaction de La Saga du Roi Dragon, sujet d'entrainement pour constater s'il peut faire vivre sa famille de sa plume.

Par la suite, il se documente sur la mythologie et l'histoire celte de l'Angleterre, puis publie Le Cycle de Pendragon. Traduit dans de nombreuses langues, ce livre a été salué par la critique anglo-saxonne comme un renouvellement original du genre traditionnel de la fantasy à coloration médiévale. Stephen R. Lawhead est également l'auteur du Cycle du Chant d'Albion et des Croisades celtiques.

Il vit actuellement en Angleterre, à Oxford, avec sa femme, écrivain elle aussi.

 

quatrieme de couverture

« Je ne pleurerai plus les disparus, endormis dans leur tombe marine. Leurs voix s’élèvent : «Conte notre histoire, disent-elles. Elle mérite de rester dans les mémoires.» Je prends donc la plume… »
Ainsi commence la tragédie de l’Atlantide engloutie, à jamais disparue dans de terribles convulsions. Fuyant le cataclysme, trois navires désemparés emportent le roi Avallach et sa fille vers Ynys Prydein, une île noyée dans les brumes.
Dans ce nouveau monde, où les guerriers celtes luttent pour leur survie dans les derniers soubresauts d’un Empire romain agonisant, ils essaient tant bien que mal de refaire leur vie. De la rencontre de ces deux civilisations, et de l’union de la jeune princesse atlante avec le barde Taliesin, naîtra celui que chacun connaît désormais sous le nom de Merlin…

Le Cycle de Pendragon comprend :

1. Taliesin
2. Merlin
3. Arthur
4. Pendragon
5. Le Graal

première phrase

"Je ne pleurerai plus les disparus, endormis dans leur tombe marine."

avis personnel

Dans ce cycle, Lawhead revisite la légende arthurienne, mélangeant les débuts du christianisme à la mythologie celtique, tout en y intégrant le mythe de l'Atlantide.
Ce volume se situe avant Merlin et Arthur pour raconter l'histoire des parents de l'Enchanteur, de leur enfance jusqu'à leur rencontre et la naissance de Merlin.

Il nous propose pas moins de 3 mythes regroupés en une seule histoire :
♣ la chute de l'empire atlante ♣
♣ la vie de Taliesin inspirée de sa légende. Ici, Taliesin, barde et magicien, est supposé être le père de Merlin. Il assiste au retrait de la présence romaine dans l'île de Bretagne et aux débuts des Âges Sombres ♣
♣ dans une moindre mesure mais que l'on devine déterminante pour la suite de la saga, la légende de Joseph d'Arimathie qui se réfugia dans le sud de l'île bretonne pour y garder la coupe du St Graal, dans laquelle il avait recueilli le sang du Christ ♣

Le style de l'auteur est très évocateur et ses descriptions aussi réalistes et riches que vivantes nous immergent complètement dans l'univers celte ou atlante.


Les histoires dans l'histoire sont captivantes :
♣ les jeunes années de la princesse atlante Charis à pratiquer la danse taurine dans les arènes ♣
♣ la transformation d'Elphin (le père adoptif de Taliesin) d'héritier malchanceux en un roi respecté et un guerrier craint ♣
♣ l'amour contrarié de Taliesin et de Charis qui voit dans leurs différences une barrière insurmontable (d'ailleurs, la scène entre les deux amoureux près de la pierre levée est romantique et poétique à souhait ! ^^) ♣

Autre point positif : Lawhead donne de la profondeur à ses personnages, il prend le temps de leur inventer une vie et c'est véritablement passionnant.

Malgré toutes ces qualités, deux trois aspects m'ont gênée dans ma lecture.
Tout d'abord, le choix d'intégrer le mythe de l'Atlantide à la légende arthurienne.  Les longs passages sur l'Atlantide (qui m'a fait penser à la civilisation minoenne), sur ses villes, ses palais, son organisation sociale et politique, la guerre civile ainsi que sur la religion avec le dieu Bel, étaient en eux-mêmes passionnants mais je trouve qu'ils auraient été mieux exploités dans un livre ne traitant que de cette légende, et que cet ajout à la légende arthurienne paraît parfois factice. De plus, certaines explications de l'auteur pour intégrer cet univers sont simplistes et peu convaincantes à mes yeux : par exemple, le Roi Pêcheur de la légende s'appelle ainsi parce que le roi atlante Avallach aime pécher sur le lac; alors que l'auteur prend le temps de détailler les autres passages de son roman, ici, il expédie ce genre d'informations sans les développer. Idem pour l'explication de la Dame du Lac.
Ensuite, le traitement des différentes religions. Je trouve que Lawhead fait preuve d'un certain manichéisme. D'un côté, les anciens dieux sont présentés comme cruels et sauvages, appréciant les sacrifices humains; de l'autre, les deux moines chrétiens sont des êtres parfaits qui convertissent ceux qui les approchent en un tournemain et on a parfois l'impression que l'auteur cherche également à nous convertir. L'intrusion de la religion chrétienne est compréhensible au regard des futures quêtes des chevaliers du roi Arthur mais je trouve la manière de procéder maladroite tant certains passages s'apparentent à des sermons, voire du prosélythisme... De plus, j'ai trouvé peu crédible le fait qu'un druide pouvait vouer un culte au dieu unique tout en usant de pouvoirs magiques découlant des dieux païens (même si je sais que le christianisme a fini par intégrer certains rituels païens à sa liturgie et ses fêtes pour éradiquer le paganisme).
Enfin, mon dernier reproche (anecdotique par rapport aux deux autres) porte sur les quelques longueurs que l'on peut ressentir à la lecture de certains passages...

Pour conclure, un livre qui m'a passionnée même si l'auteur n'est pas exempt de certaines maladresses ou lourdeurs. Sa plume est très agréable, voire parfois poétique. Je ne suis pas convaincue par le mélange légende arthurienne/légende atlante mais je suis curieuse de découvrir la suite !

Avis personnel :

note : 3 sur 5

Mes autres avis sur la série : tome 1 ♦ tome 2 ♦ tome 3 ♦ tome 4 ♦ tome 5
Résumé détaillé (dévoilant l'intrigue)

extrait

page 530 :
"Alors qu'elle se détournait de lui, il vit sur son visage les années de cruelle solitude, et quelque chose de plus : une souffrance profondément ancrée, une blessure ouverte dans son âme. Là se trouvait la source de sa colère, et aussi de sa fierté.
«Je te montrerai», dit-il tendrement.
Un instant, elle parut s'adoucir; elle se tourna à moitié vers lui. Mais la douleur était trop grande. Elle se raidit et partit vers son cheval."

divers

 

Challenge Légende arthurienne

Ma 4ème participation au challenge d'Auudrey.

Challenge "Mythologies du monde " proposé par Myrtille

Ma 11ème partcipation au challenge de Myrtille - légende arthurienne revisitée

Le Crépuscule des elfes de JL Fetjaine - La Trilogie des elfes,tome 1

Ma 6ème participation au challenge de Ptitetrolle.

Challenge "50 états 50 billets" organisé par Sofynet

Ma 4ème participation au challenge de Sofynet - nuitée dans le Nebraska, cet état ayant vu naître l'auteur

Challenge "L'Odyssée grecque"

Challenge "L'Odyssée grecque" : 6/100

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samedi 13 juillet 2013

Eloge du voyage - Sur les traces d'Arthur Rimbaud de Sébastien de Courtois

Eloge du voyage - Sur les traces d'Arthur Rimbaud de Sébastien de Courtois

Merci à

Livraddict

et aux éditions

Eloge du voyage - Sur les traces d'Arthur Rimbaud de Sébastien de Courtois

pour ce partenariat !

 

Fiche détaillée

Auteur > Sébastien de Courtois
Editeur > Nil
Genre > carnet de voyage
Date de parution > 2013
Nombre de pages > 322

auteur

Sébastien de Courtois
Historien, doctorant à l'École Pratique des Hautes Études, auteur à La Table ronde de "Les derniers Araméens, le peuple oublié de Jésus (Tur Abdin)" en 2004, et de "Chrétiens d'Orient sur la route de la soie : dans les pas des nestoriens" (2007), aussi du "Périple en Turquie chrétienne" (Presses de la Renaissance 2009) et "Le nouveau défi des Chrétiens d'Orient" (JC Lattes 2010). Il est l'auteur de "Turquie biblique" en collaboration avec Damien Guillaume (Empreintes 2011). Sébastien de Courtois est correspondant de presse spécialisé sur la Turquie, le Proche-Orient, et les minorités chrétiennes. Il partage son temps entre Paris et Istanbul.

 

quatrieme de couverture

Un voyage dans l'espace et le temps, de Djibouti à Alexandrie, sous le patronage d'Arthur Rimbaud.

Sébastien de Courtois est né grand voyageur. À l'instar de son ami et compagnon de route Sylvain Tesson, le voyage est pour lui une longue plongée intérieure d'ou l'on n'est pas sûr de revenir... Certains, les « ensablés », y sont d'ailleurs restés.
Sébastien de Courtois est parti en Afrique sans aucune volonté de défi ou d'exploit. Il est même de ceux qui les fuient. Sa démarche ? Laisser surgir le choc du dépaysement. S'ouvrir au monde et à ses habitants, écouter, observer, rencontrer, retrouver le temps long, la fatigue physique provoquée par la marche, les nuits difficiles.
C'est ainsi ouvert au monde, à Djibouti, ce bout de désert au bord de la mer Rouge, que l'auteur a croisé le chemin d'Arthur Rimbaud l'Africain. Après une longue errance, le poète a passé ses dix dernières années en Afrique de l'Est. Il y a cherché la vie hors des livres, hors de sa propre littérature, pour continuer à « danser sa vie », selon ses mots. Il y a développé dans la solitude une activité commerciale entre le Yémen, Djibouti et le royaume d'Éthiopie, en vendant du café, de l'ivoire, de l'or, des produits manufacturés, et des armes.
Sébastien de Courtois a suivi ses traces, jusqu'à Alexandrie, retrouvé les vestiges de son passage, ressenti ses tourments. Il superpose avec beaucoup de talent l'Afrique d'alors et la nouvelle, celle qu'il vit et celle des livres, persuadé que les remèdes du moment sont autant à chercher dans l'expérience vécue que dans la littérature. Et il confirme ainsi cette certitude que chacun possède une histoire universelle.

première phrase

"J'ai croisé Rimbaud ce matin."

avis personnel

 A travers ce récit de voyage, l'auteur superpose l'Afrique telle que l'a connue Rimbaud à celle d'aujourd'hui, l'Afrique des gestes quotidiens immuables à celle de la littérature.
Pour mieux nous imprégner de cette vision polyphonique, Courtois alterne des extraits des lettres que Rimbaud a écrit à sa mère et des citations de Char, Kessel, Levi-Strauss, Cendrars ou ses propres impressions...
Il nous entraîne non seulement sur les traces de Rimbaud mais également sur celles de tous les aventuriers français ou anglais qui se sont risqués avant ou après le poète dans ces contrées arides et hostiles, tels Monfreid dans les années 1910, ou l'anglais Burton, ou bien encore Bardey...

En décembre 1886, Rimbaud est à Tadjoura : il monte une caravane pour amener des armes au roi Ménélik. Rimbaud est un nomade dans l'âme; il a abandonné la poésie à 21 ans pour se jeter dans une vie aventureuse à travers le monde; en Afrique, il apprend l'arabe et donne même des conférences sur le Coran.

Près d'Obock, les enfants d'aujourd'hui gardent le souvenir que c'est à cet endroit que "Rambo" (sic) venait cacher ses armes.
L'image que Rimbaud a laissé de lui auprès des indigènes n'est apparemment guère flatteuse. Nous en apprendrons le motif plus tard dans le livre.

En attendant, Courtois nous entraîne à sa suite à la rencontre des Africains ou des exilés européens, qui le guident à la recherche du poète, ou l'initient au rituel de leur vie.
En compagnie de l'auteur et d'Ali, nous apprenons à mâcher du qat, à boire du thé ou du café toute la journée, à lâcher prise !

Eloge du voyage - Sur les traces d'Arthur Rimbaud de Sébastien de Courtois

Nous rencontrons successivement Ali à Tadjoura, Yanit la belle jeune femme travaillant à Dire Dawa, Salomon le juif Rastafari d'Abadir ou Ahmed l'Egyptien et tant d'autres autochtones serviables...
A l'instar de Courtois (et de Rimbaud avant lui), nous comprenons que "le voyage permet de ralentir le temps". Nous vivons au même rythme lent, presque contemplatif de ces Africains de la Corne d'Afrique si mystérieuse où la chaleur est accablante : "chaque geste demande un effort surhumain, une patience sans limites..." (page 82).

On apprend mille et unes choses surprenantes sur les Ethiopiens : les habitants laissent de grandes ouvertures au niveau du sol pour laisser passer les hyènes qui nettoient leurs ordures ; le Bateau ivre a été traduit en éthiopien; le mot "ennui" n'existe pas dans cette langue...

A Harar, l'auteur rencontre le français Jean-Michel qui fait des recherches sur Rimbaud et lui apprend que celui-ci s'est fait graver un sceau au nom d'Abdallah Rimbo (page 143). Au fil des expériences qu'il vit durant son périple, des questions s'imposent à son esprit : Rimbaud s'est-il converti à l'islam ? a-t-il assisté comme lui à Harar à des soirées soufies ? avait-il une femme dans sa vie ? La seule chose sûre, c'est que le poète rebelle a été menacé de mort et d'expulsion après qu'il eut empoisonné des chiens; en effet, ce poison risquait de tuer également les hyènes, ces animaux sacrés pour les Ethiopiens...

En compagnie de Jean-Michel et de sa femme éthiopienne Sinédu, Courtois part en Toyota sur la piste d'Ogaden, à l'instar de Rimbaud. Or cette région est interdite, comme au temps du poète. Ils sont arrêtés, passent tous les trois plusieurs jours sous la garde de soldats qui les prennent pour des espions (page 162).

Courtois repart seul. Et à pied.
"La marche donne la mesure du voyage. Un tempo intérieur." (page 133)
Mais ce périple à pied peut s'avérer plein de périls : un matin, l'auteur se réveille dans le lit d'un hôtel à Awash sans se souvenir de la manière dont il y a atteri (il en conclut qu'il a dû s'effondrer en chemin); après l'épisode d'Ogaden, quand il chemine sur la route du Gondar, il est finalement recueilli par des moines alors que ses réserves en eau et en nourriture  sont épuisées !

Après encore bien des rencontres, l'auteur finit son voyage à Alexandrie, là où Rimbaud avait commencé le sien.

Pour conclure, j'ai beaucoup aimé découvrir ce récit de voyage, les introspections de l'auteur qui tente, en mettant ses traces dans celles de Rimbaud, de deviner les ressentis du poète parti avant lui à la découverte de ce pays aride. On est immergé dans cette civilisation dont les mille et un gestes du quotidien semblent immuables, on apprend à prendre notre temps, à laisser nos pensées vagabonder... C'était agréable et très dépaysant... même si parfois je me suis sentie un peu perdue par les aller-retours de Courtois entre le passé et le présent...

Merci aux éditions du NiL et à Livraddict pour cette découverte !

Appréciation :

note : 3 sur 5

 

divers

 

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Nil éditions

 

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