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vendredi 10 juillet 2026

Rébellion de Cynthia Harrod-Eagles – Les saisons d'Ashmore Castle, tome 3

Il semblait irradier, stature imposante dans la modeste pièce, un personnage extraordinairement réel et charnel, d'une présence tellement plus forte que toutes les autres personnes de sa connaissance. 



Parution V.O : 2023
Titre V.O : The Affairs of Ashmore Castle
Parution V.F : 15 octobre 2025
Traduction : Frédéric Grellier
Editions : Hachette
Collection : La Belle Etoile
Genre : Saga familiale et historique
Pages : 412
Prix : 22,90 euros


Quatrième de couverture:

Angleterre, 1903. Giles, le duc de Stainton, fuyant les contraintes de la vie à Ashmore, est reparti en Egypte pour achever ses fouilles, laissant derrière lui son épouse Kitty et son jeune fils. Kitty tente de reprendre les rênes du domaine et d’imposer son autorité à la famille, tâche presque impossible tant chacun dissimule des secrets.
Rachel et Alice, les jeunes sœurs du duc poursuivent des amours clandestines et son frère Richard s’est lancé dans les affaires. A cela s’ajoute une affaire criminelle qui rompt la confiance parmi les domestiques.
Kitty aura-t-elle la force suffisante pour prendre enfin sa place de duchesse, pour maintenir la Maison à flot et empêcher son mariage de se déliter ?

Mon avis :

En Egypte, un personnage rencontré lors du 1er tome refait surface, menaçant peut-être le couple formé par Kitty et Giles : il s'agit de la jeune et belle Italienne Giulia dont la complicité avec son mari avait fortement blessé la jeune Anglaise timide et peu sûre d'elle. Par bonheur, Minnie Antrobus, la femme d'un riche Américain passionné d'archéologie, le met face à ses responsabilités vis-à-vis de Giulia et son comportement ambigu qui encourage la jeune fille. Et comme si la situation n'était pas assez critique, voilà que le sage Giles se met à faire des rêves "érotiques" (autant que peuvent l'être des rêves à cette époque !^^) sans jamais voir le visage de la femme. Qui est-elle ? Nina ou Giulia ? Je n'ose espérer que ce soit Kitty...

Justement, en parlant de Kitty... Celle-ci, restée en Angleterre avec son bébé, se transforme lentement mais sûrement. Suite à l'absence prolongée de son époux, elle envisage de s'occuper elle-même de la gestion des confitures Harvey (son héritage) et de suivre pour cela une formation. Mais n'est-ce pas plutôt la simple rêverie d'une femme qui s'ennuie ? Par contre, ses projets horticoles avancent à grands pas et l'aident à prendre confiance en elle !

L'auteure délaisse un peu Alice (snif) mais passe plus de temps en compagnie de Richard, qui se découvre des prédispositions pour la gestion du domaine et de l'inspiration pour l'améliorer de manière moderne. Lui aussi, en l'absence de son frère qui l'a chargé de s'occuper du domaine à sa place, se transforme peu à peu en un homme plus responsable et occupé à de saines activités ! Et ça fait plaisir à voir !

Par contre, mon antipathie à l'égard de Hook, de la mère et  de la soeur aînée de Giles, n'a cessé de grandir.
Je n'en peux vraiment plus du valet de pied, qui ressemble en outre trop au Barrow de Downtown Abbey (que je ne pouvais pas non plus saquer...), surtout quand il postule à un certain emploi !
Quant à Maud et Linda, je les trouve détestables au possible ! Elles sont totalement autocentrées et manquent de l'empathie la plus élémentaire (je pense plus particulièrement à la mort d'un certain personnage...)
La matriarche se montre menaçante à plusieurs reprises :

  • envers sa fille Rachel : "Tu ne dois pas avoir de penchant pour un jeune homme sans mon autorisation. Suis-je claire ?" Comme si on contrôlait ses sentiments ! 😮‍💨
  • envers sa fille Linda : "Conduis-toi dignement sinon je te ferai enfermer comme déséquilibrée" 🫣
  • pour le comique de la réflexion :"... un titre anglais ne manquait jamais d'impressionner les aristocrates européens" Really, Maud ? 😅
Mais quelle jubilation quand Giles, de retour de ses fouilles archéologiques, s'oppose à sa mère au sujet de l'emploi de Moss, la menaçant de l'envoyer dans la maison douairière ! 😁🤭
C'est bien l'un des seuls moments où le comte remonte un peu dans notre estime, sans rattraper vraiment son attitude phallocentrique : les deux fois où Giles a éprouvé réellement du désir pour sa femme, c'est quand elle lui tient tête ! Lors de leur voyage de noces au moment où elle exige de lui d'être traitée avec respect puis quand elle s'oppose avec force à sa décision de se débarrasser de Moss malade. Ma petite Kitty, tu sais désormais ce qu'il te reste à faire... 😤



 
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mercredi 1 juillet 2026

Mariages de Cynthia Harrod-Eagles – Les saisons d'Ashmore Castle, tome 2

Elle repensait à ses illusions d’écolière, quand elle et ses camarades rêvaient de mariage, cette porte magique à franchir pour quitter le confinement de l’enfance et goûter à la liberté de la « vraie vie ». Avec le recul, elle prenait conscience que cette liberté n’avait duré que le temps de la saison des débutantes. Cela avait pris fin avec son mariage.


Parution V.O : 2022
Titre V.O : The Affairs of Ashmore Castle
Parution V.F : 11 juin 2025
Traduction : Frédéric Grellier
Editions : Hachette
Collection : La Belle Etoile
Genre : Saga familiale et historique
Pages : 351
Prix : 22,90 euros

Quatrième de couverture:

Angleterre, 1903. Giles, le nouveau duc de Stainton, gère le domaine familial d’Ashmore et délaisse Kitty, son épouse. Enceinte, celle-ci n’ose pas s’opposer à Maud, sa belle-mère, qui continue à prendre toutes les décisions concernant la vie au château. Pendant ce temps, les deux jeunes sœurs de Giles connaissent leurs premiers émois. Nina, la grande amie de Kitty, fréquente quant à elle des femmes aux idées féministes, ce qui met à mal la relation avec son mari.

Mon avis :

Dans ce tome, Kitty et Nina découvrent la triste réalité du mariage avec son lot de déceptions et son état de sujétion.
"Giles s'énervait dès qu'elle donnait l'impression de s'accrocher à lui" (page 40)
Ca fend le coeur de voir à quel point Kitty et Giles se sont éloignés depuis leur voyage de noces et qu'ils ne partagent plus rien, à part leur amour pour Louis, leur enfant. Contrairement aux autres pères, Giles s'intéresse vraiment à son fils et a pour lui des gestes de tendresse qui contrarient les usages de l'époque. Malheureusement, cela ne suffit pas à rapprocher les deux époux. Giles remonte tout de même dans notre estime quand il oblige la sage-femme à amener le bébé auprès de sa femme dont elle voulait l'en priver durant 3 jours selon l'usage en cours chez les grandes familles.
On attend un sursaut de révolte de la part de Kitty, qu'elle s'affirme enfin face à son mari et sa belle-mère qui la terrorise. Heureusement, la comtesse douairière a la bonne idée de partir plusieurs mois en Allemagne chez une de ses soeurs, emmenant avec elle Rachel, la plus jolie de ses filles qu'elle destine à un mariage prestigieux. Sans surprise, Maud Stainton se montre aussi insupportable que dans le 1er tome, allant  même jusqu'à penser, vexée, que Kitty a fait exprès d'accoucher en son absence, juste pour l'ennuyer !  😮‍💨

On apprend que feu le comte utilisait son droit de cuissage sur la domesticité, ce qui sera à l'origine d'un drame à retardement, mais certaines décisions ou comportements que la comtesse-douairière avaient eus dans le tome 1 prennent ici tout leur sens ! 

Pour mon plus grand plaisir, l'auteure nous fait passer un peu plus de temps en compagnie de l'oncle Sebastian et de la cadette Alice, dont le caractère se dessine de plus en plus. La jeune fille de 17 ans fait montre d'un bel humour avec, par exemple, l'épisode des deux femmes de l'Egypte antique qu'elle a croquées brandissant une pancarte avec l'inscription "le droit de vote aux femmes !" 😁En outre, elle fait preuve de curiosité et d'ouverture d'esprit. Quelle stupéfaction ressent son frère le comte quand, venu aider ses métayers à rentrer le foin avant l'orage, il se rend compte que sa petite soeur a pris la même initiative bien avant lui ! On sent chez elle les prémices de la rébellion et on espère que son esprit d'indépendance ne se retournera pas contre elle ! 

Du côté de Nina, celle-ci se rend compte qu'il est finalement très difficile de se laisser aimer par un homme qu'on n'aime pas ! Joseph Cowling, que j'avais apprécié dans le tome précédent, m'a ici beaucoup crispée ! Il a une attitude assez oppressante envers sa très jeune femme (ils ont environ 30 ans d'écart), qu'il ne cesse de scruter ou de vouloir contrôler ; même s'il a véritablement à coeur son bonheur, on sent bien qu'il est de la vieille garde, incapable de comprendre les aspirations émancipatoires de sa femme. En outre, il m'a beaucoup fait penser à Donald Trump avec   ses tocades de nouveau riche, étalant sa richesse avec une profusion de parvenu, de manière très ostentatoire frôlant très souvent le mauvais goût.

L'auteure s'attarde davantage ici que dans le 1er tome sur les domestiques, qui cachent eux aussi bien des secrets. On voit combien le manque d'éducation sexuelle peut s'avérer problématique, je pense plus particulièrement au valet William qui n'est guère surpris quand on lui affirme qu'une grossesse dure entre 6 et 5 mois ! 
Comme pour la belle doche du château, James Hood m'insupporte au plus haut point, tant il se montre malveillant et fauteur de troubles. A ce moment de l'histoire, on ne sait pas encore dans quelle mesure une de ses indiscrétions aura des répercussions dramatiques...

 
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mardi 16 juin 2026

Héritage de Cynthia Harrod-Eagles – Les saisons d'Ashmore Castle, tome 1

    Abasourdi, il releva les yeux pour découvrir un visage de dieu grec. Une épaisse toison de boucles cuivrées, des sourcils d’or, des yeux d’un bleu céruléen, des lèvres ciselées et un menton décidé. Le teint était légèrement hâlé et les pommettes luisaient avec l’éclat de la jeunesse.


Parution V.O : 2021
Titre V.O : The Secrets of Ashmore Castle
Parution V.F : 15 mai 2024
Traduction : Frédéric Grellier
Editions : Hachette
Collection : La Belle Etoile
Genre : Saga familiale et historique
Pages : 415
Ebook
Prix : 8,49 euros

Quatrième de couverture:


« L’imposante demeure blanche au sommet de la colline surplombait la vallée de l’Ash et l’on ne voyait qu’elle depuis le village de Canons Ashmore. Pompeusement baptisée Ashmore Castle, sans que la jeune femme sût pourquoi, tout le monde la désignait comme le Château. Il était prestigieux d’y travailler et, quand vous quittiez cette maison, une lettre de référence à son nom valait de l’or. Elle suivit l’étroite allée vers l’arrière, conformément aux instructions, et atteignit la cour de la cuisine où deux valets de pied en livrée fumaient sous l’avant-toit, à l’abri du crachin.»

1901. Lorsque le duc de Stainton meurt dans un accident de chasse, son fils aîné Giles est appelé à lui succéder. Le jeune homme qui s’est toujours tenu à l’écart de sa famille et d’Ashmore Castle, privilégiant ses ambitions personnelles, doit assumer son devoir. Il réalise alors que la charge du domaine s’accompagne d’innombrables dettes qui mettent en péril la sécurité de tous. Un mariage d’argent s’impose à lui, alors que son cœur bat pour une jeune femme sans fortune.

Mon avis :


J'avoue que j'avais acheté ce livre sans grande conviction, vu mes précédents déboires concernant les romans inspirés de l'univers de Downtown Abbey, mais cette fois, j'ai réussi à aller jusqu'au bout de ma lecture. 
J'ai trouvé que l'auteure abordait de manière convaincante les thèmes sociétaux de ce début de XXème siècle dans le monde de l'aristocratie (et de la domesticité) : mariage d'intérêt, poids du devoir, respect des convenances, usage rétrograde, aspirations personnelles, condition des femmes...

Il y a une foultitude de personnages, mais quatre se détachent vraiment dans ce premier tome : Giles Tallant, le nouveau comte de Stainton, son frère cadet Richard, le préféré de leur mère malgré ses frasques mettant en danger la respectabilité de leur nom, Kitty Bayfield, jeune et riche héritière issue de la noblesse, et son amie de pension Nina Sanderton, orpheline vive et cultivée mais ne pouvant prétendre à un beau mariage à cause de ses origines roturières.

C'était passionnant de découvrir le caractère et les aspirations de tous ces personnages, leurs occupations et les tracas qui émaillent leur quotidien.
Par contre, vu le très grand nombre de personnages secondaires, je trouve dommage que l'auteure ne s'attarde pas davantage sur eux, car le lecteur n'a pas vraiment le temps de s'attacher à eux malgré leur potentiel, en plus d'avoir l'impression que les épreuves ou les chagrins qu'ils rencontrent sont traités de manière superficielle. Quelques-uns ont réussi tout de même à m'intriguer ou me toucher : l'oncle Sebastian, la grand-mère française Victoire et Axe Brandom, l'apprenti du maréchal-ferrant.

Par contre, je ne peux m'empêcher d'éprouver des sentiments mitigés quant à Giles, le personnage central. Alors que je le trouvais sympathique au début, à cause du sacrifice qu'exigeait son nouveau statut, avec l'abandon de ses rêves, l'obligeant à endosser de très lourdes responsabilités,  j'ai changé d'avis à son sujet au fur et à mesure de ma lecture. On a parfois l'impression qu'il se sert vraiment de sa femme. Pour son argent. Pour son plaisir. Mais il la néglige et la méprise, intellectuellement parlant : elle est cultivée mais affreusement peu sûre d'elle et elle ne partage pas les mêmes centres d'intérêt que lui. Il tente de l'y intéresser mais se lasse assez vite de ses efforts. Je plains cette pauvre épouse qui n'y est pour rien. Il a pourtant parfois des gestes et attitudes prévenants mais très vite effacés par des pensées  assez cruelles. Quoi ? Le piège se referme sur lui parce qu'elle lui annonce sa grossesse ? C'est horrible, non ? On n'arrête pas de passer d'un extrême à l'autre avec lui : il a le sens du devoir chevillé au corps tout en se montrant parfois très égoïste.
Par contre, j'ai eu le cheminement inverse avec son frère, qui m'agaçait fortement au début mais qui se révèle finalement plus humain.
Autre petite réserve : parfois, c'est quand même un peu trop pompé sur Downtown Abbey ; je pense plus particulièrement aux relations entre James, le premier valet de pied et Crooks, le valet de chambre du comte...

Pour conclure, un livre que j'ai dévoré, malgré ces quelques réserves, et dont je compte bien lire la suite...


 
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samedi 23 mai 2026

François le Champi de George Sand

Elle n'avait point de préjugés, et quand elle entendait dire : " C'est dommage qu'un si beau gars soit un champi ", elle répondait : " Les champis ont moyen d'être beaux, puisque c'est l'amour qui les a mis dans le monde."

Editions : Hachette
Collection : Grandes Oeuvres
Illustrations : Tony Johannot
1ère parution : 1848
Présente édition : 1985
Genre : roman champêtre, classique
Pages : 200 (440)

Résumé :

Un champi, c'est un enfant abandonné dans un champ. Un champi suscite la crainte et la méfiance des paysans. Un champi a mauvaise réputation. François est un champi élevé par sa nourrice Zabelle. Mais Cadet Blanchet, le meunier chez qui elle loge, l'oblige à s'en séparer. Le jeune garçon est alors recueilli par Madeleine, une femme au grand coeur qui n'est autre que l'épouse de... Cadet Blanchet. Avec l'aide de Zabelle, elle le nourrit et l'instruit en cachette. Petit à petit, une relation particulière va unir François à sa mère adoptive.

Mon avis :


Ce livre, c'est ma mère qui me l'avait offert quand j'étais adolescente. J'avais mis du temps à lire François le Champi, lui préférant La petite Fadette. Peut-être aussi le fait que le personnage principal soit un garçon avait joué dans mes réticences à l'époque. Et puis, finalement je m'étais laissée happer par la plume pleine de délicatesse et de simplicité de l'auteure. Lors de cette relecture, le charme agit toujours, même si je suis aujourd'hui plus sensible au caractère scandaleux de la relation liant le jeune François à Madeleine, sa bienfaitrice. Mais j'y reviendrai plus tard.

François le Champi est donc un enfant que ses parents ont abandonné quelques mois après sa naissance et que l'Hospice a confié aux soins d'une mère de substitution qui reçoit un peu d'argent pour l'élever. La Zabelle, qui vit dans une grande précarité, n'est pas forcément très fiable malgré la tendresse sincère qu'elle éprouve pour le malheureux enfant, en butte à la méfiance et aux préjugés des paysans, précédé par sa mauvaise réputation de Champi. Et je me dis que les choses n'ont guère évolué tant je me souviens que les enfants de la DDASS à l'époque de ma jeunesse souffraient du même discrédit de paresse et de vol. 

Par chance, sa route va croiser celle de Madeleine, l'épouse du meunier, jeune femme bienveillante et généreuse, qui va prendre soin de lui, mais en cachette à cause des tracasseries de sa belle-mère.

Ce roman met donc en évidence à la fois la dure condition des enfants trouvés et celle des femmes mal mariées, chacun soumis aux injustices et aux contraintes sociales de l'époque.

Car ils y étaient encore à minuit.

Mais ce qui est au coeur du roman est la relation entre François et Madeleine. A leur première rencontre, Madeleine a 20 ans et François 6 ans. Le petit garçon la considère pendant des années comme une mère. C'est d'ailleurs répété à de nombreuses reprises dans le roman. Par ailleurs, cet écart d'âge se retrouve réduit à 10 ans un peu plus loin dans le livre. Je ne sais pas si ce changement est dû à une erreur de l'écrivaine ou à sa volonté de mieux faire passer ensuite l'évolution des sentiments entre les deux protagonistes. Car François est tombé amoureux de celle qui a longtemps personnalisé pour lui la figure maternelle. Je n'ai pas trop compris le choix de George Sand de faire naître cette relation amoureuse quasi incestueuse alors que l'histoire d'amour aurait pu exister sans avoir créé ce lien quasi filial. C'est dommage parce que les deux personnages sont extrêmement touchants et attachants. François est un jeune homme certes un peu naïf mais droit, honnête, travailleur et compatissant. Et comme dit plus haut, Madeleine est une jeune femme généreuse, dévouée, douce et charitable. Un couple on ne peut mieux assorti...

Malgré tout, j'ai éprouvé beaucoup de plaisir à cette relecture pleine de bons sentiments. Ca fait du bien, parfois...

 
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mercredi 12 octobre 2016

Volontaires pour l'inconnu de Philippe Ebly - Les Evadés du temps, tome3

Volontaires pour l'inconnu de Philippe Ebly - Les Evadés du temps, tome 3
Auteur > Philippe Ebly
Editeur > Hachette
Collection > Bibliothèque verte
Série > Les Évadés du temps, tome 3
Genre > Science-fiction, jeunesse
Date de parution > 1980
Nombre de pages > 184
Illustrations > Yvon Le Gall
"C'était à Tours, à deux pas du quai d'Orléans, dans l'ancien archevêché du XVIIIè siècle transformé en musée - un musée vaste et riche, avec de très belles collections."
« On ne bouge plus, dit Noïm. On reste ici, même s'il faut passer la nuit dans la rue...»
Noïm et Didier sont devant une habitation modeste, dans le quartier pauvre de Thèbes-aux-Cent-Portes, et, à première vue, rien ne distingue cette maison de celles qui l'entourent.
Les deux garçons ont accepté de plonger dans le passé pour retrouver une lampe aux pouvoirs mystérieux et leur long voyage les a conduits dans l'Egypte ancienne.
«Je suis sûr que la lampe est ici», dit encore Noïm.
Mais l'obscurité descend sur la ville, la rue est déserte à présent et le silence paraît lourd de mena-ces.
D'une minute à l'autre la porte de la maison va s'ouvrir...« ON ne bouge plus, dit Noïm. On reste ici, même s'il faut passer la nuit dans la rue...»
Noïm et Didier sont devant une habitation modeste, dans le quartier pauvre de Thèbes-aux-Cent-Portes, et, à première vue, rien ne distingue cette maison de celles qui l'entourent.
Les deux garçons ont accepté de plonger dans le passé pour retrouver une lampe aux pouvoirs mystérieux et leur long voyage les a conduits dans l'Egypte ancienne.
«Je suis sûr que la lampe est ici», dit encore Noïm.
Mais l'obscurité descend sur la ville, la rue est déserte à présent et le silence paraît lourd de mena-ces.
D'une minute à l'autre la porte de la maison va s'ouvrir…
Volontaires pour l'inconnu est le 3è tome de la série "Les évadés du temps" de Philippe Ebly. Il n'est pas indispensable d'avoir lu les deux premiers pour comprendre cette suite (d'ailleurs, je ne les ai moi-même pas lus), d'autant que l'auteur présente les héros en avant-propos : Thierry et Didier sont deux adolescents de seize et dix-sept ans, débrouillards et curieux. Ils rencontrent Kouroun, un autre humain prisonnier d'un monde parallèle qu'ils ramènent avec eux dans leur monde ; Kouroun, animé d'un esprit aventureux, est souple et robuste. Noïm, quant à lui, est une créature magique dotée de pouvoirs surnaturels ; sosie de Didier, il a la voix de Thierry et la souplesse de Kouroun.

Pour ceux qui connaissent l'autre série de Philippe Ebly, ces quatre personnages possèdent des traits de caractères relativement proches des "Conquérants de l'impossible".
Dans ce tome, alors que nos aventuriers visitent un musée de province à Tours, Noïm propose à ses compagnons de rester après la fermeture afin de répondre à l'invitation d'un esprit contenu dans une antique lampe à huile, en grès noir comme l'ébène. Ils se retrouvent transportés durant leur sommeil dans l'Egypte ancienne.
Séparés de Thierry et Kouroun, Noïm et Didier tombent sur Ptahmosé, un médecin des quartiers pauvres de Thèbes, victime d'un malaise. Témoins de la scène, ils aident le fils du médecin, Nekhti, à transporter le vieil homme chez lui où on leur propose l'hébergement pour la nuit. Le lendemain, la poterie noire contenant le remède pour soigner la jeune Neferouri, la fille du pécheur dont est amoureux Nekhti
, est brisée accidentellement par Taïa, la servante de Ptahmosé. Pour reconstituer l'antidote, il faut se rendre dans le désert à la recherche de la poudre de Memsou qui ne peut se conserver que dans une lampe de Thot sans défaut. La mission s'avère très dangereuse.

Avec ce roman, on s'embarque pour une grande aventure temporelle, ce qui ne pouvait que m'intéresser, d'autant que le récit se déroule au temps des pharaons, kif suprême ! Je ne sais pas pourquoi, mais ce livre m'a fait penser à Sinouhé l'Egyptien de Mika Waltari. Pourtant, les personnages égyptiens ne portent pas les mêmes noms mais je pense que c'est le fait que Ptahmosé exerce la médecine dans le quartier pauvre de Thèbes, ainsi que la façon de s'exprimer de la vieille servante qui me rappelait Kaptah ou les remarques de Nekti à propos des paroles de Taïa qui «[l]'importunent car elles font autant de bruit que mille guêpes à [ses] oreilles.» (page 61). En tout cas, le talent de conteur de Philippe Ebly a encore frappé car je me suis sentie complètement immergée à cette époque. C'est un roman sensoriel où on a l'impression de humer l'odeur de vase du Nil, de voir s'envoler les canards sauvages à ses rives, de palper les étoffes de lin, de sentir la brûlure du soleil sur sa peau...
Il y a en outre une touche de fantastique, en dehors de Kouroun, avec la traversée d'un tombeau royal et les statuettes ramenées à la vie...
Bref, Volontaires pour l'inconnu est une histoire captivante, aussi envoûtante que cette mystérieuse Egypte ancienne avec ses dieux, sa magie et ses lois...

Appréciation :
(source : éditions degliame)
Philippe Ebly

Philippe Ébly est né à Paris vers 1920, et est de nationalité belge. Cet ingénieur a commencé à écrire des livres pour la jeunesse en 1971 à travers trois séries : Les Conquérants de l’Impossible (1971-1986), Les Évadés du Temps (1977-1988), et Les Patrouilleurs de l’an 4003. Il a connu un très grand succès de librairie en France (plus d’un million d’exemplaires vendus en 1994 pour les Conquérants de l’Impossible ) et à l’étranger (traductions en allemand, espagnol, japonais, turc, indonésien, arabe et chinois). S’il a décidé d’écrire de la science-fiction, «c’est que tout récit de ce genre est nécessairement un mélange de réel et d’imaginaire et permet donc, tout en racontant une histoire accessible à des enfants et stimulante pour l’imagination, de leur apporter des éléments de connaissance et une idée de ce qui sera peut-être possible dans dix ou vingt ans.»
Philippe Ebly s'est éteint le 1er mars 2014 en Belgique.
Challenge "Virée littéraire européenne" organisé par BouQuiNeTTe 
Ma 1è participation à la 3è édition du challenge de BouQuiNeTTe - séjour en Belgique
Meurtres sur le Palatin de Cristina Rodríguez - Une enquête de Kaeso le prétorien, tome 2
Challenge organisé par ZinaLicorne - thème 2 : un livre de sa PAL
Challenge "ABC 2016 - Littératures de l'imaginaire..." de Mariejuliet
Ma 11ème participation au challenge de Mariejuliet.
Challenge "Voyage dans l'Egypte antique" proposé par Soukee
 Ma 13ème participation au challenge de Soukee -
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lundi 1 février 2016

Pari entre amis, tome 1 de Pauline Libersart

Pari entre amis, tome 1 de Pauline Libersart

fiche détaillée

 Auteur > Pauline Libersart
Editeur > Hachette
Collection > Black Moon
Genre > romance contemporaine, érotisme
Date de parution >  2015
Format > ePub
Poids du fichier > 525 Ko (162 pages)

auteur

Pauline Libersart a toujours été passionnée de lecture. Adolescente plutôt timide, sa meilleure amie s’appelait « carte de bibliothèque municipale ». Elle a ensuite entamé des études sérieuses pour trouver un travail tout aussi sérieux. Ce qui n’a jamais empêché une partie de son cerveau de continuer à tricoter des scénarios.
Sa bibliographie : Pour un instant de vérité (16 juillet 2013), Pour un instant d'incompréhension (10 décembre 2013), L'Homme de la sierra (10 décembre 2013), Amelia la Scandaleuse (7 avril 2014), Dans la ligne de tir (26 mai 2014), la trilogie Le Club des A (à partir d'octobre 2014).
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quatrième de couverture

Après avoir rompu ses fiançailles, Ashley se réfugie chez ses parents où elle renoue le contact avec ses amis de lycée. C’est ainsi qu’elle retrouve celui qui avait été son meilleur ami : Joshua Forester. De l'adolescent petit, boutonneux et timide, elle ne reconnaît plus rien. Il est devenu un homme diablement sexy et entreprenant. Désespérée, humiliée par la trahison de son fiancé, elle se confie à lui. Plus que la tromperie, ce sont les paroles assassines de son ex qui l’ont meurtrie : « Tu es un glaçon. Tu es frigide. » Bien décidé à lui démontrer le contraire, Joshua lui propose un pari : lui prouver qu’elle peut prendre du plaisir avec un homme contre un dîner romantique. Commence entre eux une liaison secrète et passionnée : amis le jour, amants la nuit. Mais cette relation charnelle ne risque-t-elle pas de tout gâcher de leur amitié renaissante ?

première phrase

"Josh releva la tête avec une grimace, la nuque douloureuse."

avis personnel

J'avais adoré sa romance L'Homme de la Sierra se déroulant dans l'Ouest américain du XIXème siècle, si bien que j'avais par la suite acheté plusieurs autres de ses romans ou nouvelles sans jamais oser m'y plonger. La peur d'être déçue, après l'enchantement de la découverte, me retenait sûrement mais j'ai fini par me jeter à l'eau. Et j'ai bien eu raison.

J'étais en tout cas curieuse de découvrir de quelle manière l'auteure allait traiter le thème des sex-friends, qui a été souvent abordé au cinéma ces derniers temps.

Ashley Leister, professeur de mathématiques appliquées dans une prestigieuse université de New York, revient à San Francisco chez ses parents pour se remettre de la trahison de son fiancé qui l'a trompée un mois avant leur mariage en l'accusant de frigidité. On se rend compte peu à peu que ce fiancé est un homme éminemment toxique, qui pousse Ashley à suivre un régime dont elle n'a pas besoin et qui la culpabilise de ses propres manques. Ashley est donc une femme brisée psychologiquement.
Elle va renouer le temps d'un été avec ses anciens camarades de lycée, dont Joshua Foreste, l'ancien souffre-douleur du lycée, qui était secrètement amoureux d'elle. Pour lui redonner confiance en elle, il va lui proposer un pari audacieux en échange d'un dîner romantique.

Or, Josh a énormément changé physiquement. Il est devenu un superbe jeune homme athlétique qui attire tous les regards féminins. Néanmoins, on(mais surtout Ashley) oublie que ses anciens complexes d'ado ont laissé des séquelles en lui et qu'il est toujours aussi introverti. Il a appris à dissimuler et maîtriser ses émotions si bien que son apparente indifférence n'encourage pas à espérer une évolution de sa relation avec Ashley.

J'avoue m'être sentie déroutée par la personnalité changeante de Joshua, si bien que je ne comprenais parfois pas du tout son comportement, qui me paraissait en outre souvent incohérent, contradictoire. Jusqu'à ce que son secret soit révélé vers la fin, et là tout s'est éclairé... En outre, c'était intéressant de voir le personnage masculin souffrir de complexes, pour une fois... C'est aussi le personnage dont la personnalité est la plus fouillée et la plus mystérieuse, ce qui le rend terriblement attachant.

J'ai aussi beaucoup aimé Ashley, même si parfois elle m'a un peu agacée avec ses remarques sur les défauts présumés de son corps. Mais sa fragilité, sa douceur, son manque d'assurance et ses maladresses la rendent vraiment touchante. Contrairement à Josh, adolescente, elle était populaire et sûre d'elle, mais arrivée à l'âge adulte, elle a perdu toute cette belle assurance à cause d'un fiancé abusif. Encore heureux qu'il lui reste cette détermination qui l'empêche de sombrer, car malgré les apparences, elle fait montre d'un fort caractère.

L'auteure brosse également de beaux portrait des amis du couple, qui ont chacun leur personnalité. J'ai particulièrement apprécié l'évolution de Stacy qui paie le prix fort de ses commérages.

Mais je dois dire que le personnage de la Tante Barbara est absolument irrésistible, malgré ses propos crus et son comportement de cougar écervelée. Elle se révèle en fait beaucoup moins superficielle que ses actes ou paroles ne le laissaient présager, et cache ses blessures derrière un comportement de fofolle.

L'auteure passe peut-être un peu trop rapidement sur le vécu des personnages en allant à l'essentiel, mais j'ai beaucoup aimé les passages sur l'art où Josh révèle sa véritable personnalité et une certaine réflexion philosophique.

Pour conclure, une petite romance très agréable à lire où les points forts sont la personnalité asociale de Josh et cette relation secrète, basée sur un pari malsain et les non-dits.

Par contre petites remarques sur l'édition : il reste encore quelques coquilles et fautes d'orthographe.

Appréciation :

note : 3 sur 5

extrait

 Pour la première fois de sa vie, emportée par l'ambiance, Ashley osa se lâcher. Se levant, elle se mit à marcher autour de la table en ondulant exagérément des fesses et simulant une démarche avec des talons très hauts, tout en faisant de grands moulinets de bras. Elle imita la voix haut perchée de sa tante pour répéter les conseils que celle-ci n'avait cessé de lui donner.
- Hier, dans les magasins, j'ai eu droit devant ma mère à : Ma chérieeeeeeeee, tu dois absolument arrêter de t'habiller comme une nonne.. Tu as l'air d'une vieille pomme desséchée. Tiens essaye cette jupe courte et ce haut transparent, tu seras divineeeeeeeee. Il faut que les mecs aient la trique quand ils te voient...
- Tu blagues ? s'étonna Jane, pourtant difficile à choquer, en écarquillant les yeux.
- Non ! Mais j'ai encore mieux ! Avant-hier, en plein milieu du club de gym, elle me dit : Ma chérieeeeeeeee,, tu dois absolument te remettre en selle avec un vrai mec. Tiens, regarde l'étalon là-bas ! Il est positivement canon ! Si tu veux, je l'essaie pour te dire ce qu'il vaut, mais je parie pour au moins dix-huit centimètres.
Josh faillit s'étouffer avec un morceau de pain alors que Thomas et Eddy roulaient des yeux effarés. Ashley leur adressa un regard amusé. Tante Barbara avait toujours cet effet sur les hommes : elle les laissait sans voix !
(page 76)

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mercredi 16 juillet 2014

Lady Susan de Jane Austen

Lady Susan de Jane Austen

Fiche détaillée

 Auteur > Jane Austen
Editeur > Hachette
Collection > Black Moon
Genre > nouvelle épistolaire classique
Date de parution > 1871 pour l'édition originale , 2013 pour la présente édition
Titre original > Lady Susan
Format > ePub
Poids du fichier > 473 Kb (116 pages)
Traduction > de l'anglais par Michel Laporte (2013)

auteur
(sources : Evene)

Catherine Morland de Jane Austen Née en 1775 au sein d'une famille appartenant à la bourgeoisie provinciale, Jane Austen a utilisé la cruauté du verbe et de sa langue subtilement pendue pour décrire le mode de vie de ses contemporains à travers ce qui semble être des histoires d’amour so british. La jeune Jane grandit dans une famille de pasteurs, entourée de huit frères et soeurs. Bien que vivant modestement, George et Cassandra Austen initient leurs enfants à l'amour de la lecture et la connaissance des arts. Dès l'âge de 11 ans, Jane écrit. Son éducation ainsi que celle de sa soeur Cassandra, dont elle restera très proche jusqu'à sa mort, se fera principalement dans le domaine familial. Elle se met à l'écriture de parodies sentimentales avant de se consacrer aux romans Northanger AbbeyRaison et sentiment et Orgueil et préjugés entre 1795 et 1798. En 1801, la famille Austen s'installe à Bath et quatre ans plus tard, le père de Jane décède : l'auteur ne se mariera pas, tout comme sa soeur Cassandra, et consacrera sa vie à l'éducation de ses neveux et nièces. Raison et sentiment, Orgueil et préjugés et Mansfield Park sont publiés successivement en 1811, 1813 et 1814. Elle laisse derrière elle un roman inachevé, Sanditon, emportée par la phtisie à l'âge de 41 ans (1817). L'auteur ne connut pas le succès en son temps et ne fut redécouvert qu'à la fin du XIXe siècle. Aujourd'hui, son talent de peintre des moeurs et de la province anglaise font d'elle un des auteurs pré-victoriens les plus connus et des plus mordants.

quatrieme de couverture

Lady Susan est veuve. Afin d’assurer son avenir, elle voudrait marier sa fille de seize ans à Sir James Martin, un homme riche et stupide. Mais à trente-cinq ans, Susan, brillante manipulatrice, est également une très jolie femme qui en paraît dix de moins. Pourquoi ne pas se chercher, elle aussi, un deuxième époux ? Et les prétendants ne manquent pas. Car Susan s’est forgé une réputation de séductrice sans vergogne, n’hésitant pas à entretenir une relation avec un homme marié tout en courtisant d’autres hommes, plus jeunes qu’elle…

première phrase

"Je ne peux pas me refuser plus longtemps le plaisir de profiter de la gentille invitation que vous m'avez faite lors de notre dernière séparation de passer quelques semaines avec vous à Churchhill."

 avis personnel

Lady Susan est une oeuvre de jeunesse de Jane Austen, écrite sous forme de roman épistolaire entre 1793 et 1795. Il ne fut publié qu'en 1871, soit 54 ans après la mort de l'auteure et est très différent de ses autres ouvrages, tant par la forme que par le ton qui est profondément cynique.

L'intrigue tourne autour de la belle et spirituelle Lady Susan, veuve désargentée de fraîche date, obligée de se réfugier à la campagne chez son beau-frère après avoir semé la discorde chez la famille londonienne qui l'hébergeait. Car Lady Susan est une incorrigible coquette qui, non contente d'avoir séduit le mari de son hôtesse, M. Mainwaring, a également détaché le riche et sot Sir James Martin de sa fiancée, Miss Mainwaring, car elle le destine à sa fille de 16 ans, Frederica, terrorisée à cette perspective de mariage.

Lady Susan de Jane Austen
Clarissa, 1887 de John Everett Millais

Précédée de sa sulfureuse réputation et dans un esprit de revanche, elle se fait un jeu de séduire le jeune Reginald de Courcy, le frère de sa belle-soeur Mme Vernon, qu'elle sait tous les deux prévenus contre elle.

 ... notre compagnie s'est accrue du frère de Mme Vernon, un charmant jeune homme qui me promet un peu d'amusement. Il y a quelque chose en lui qui m'intéresse assez, une sorte d'impertinence et de familiarité dont je lui apprendrai à se corriger. Il est vivant et semble intelligent, et quand je lui inspirerai un respect plus grand que celui que les bons offices de sa soeur lui ont inspiré, il pourra faire un galant agréable. Il y a un plaisir exquis à soumettre un esprit insolent, à faire admettre sa supériorité par une personne résolue de prime abord à ne pas vous aimer.
Je l'ai déjà déconcerté par ma tranquille réserve, et je vais faire de mon mieux pour rabaisser encore l'orgueil de ces prétentieux de Courcy, démontrer à Mme Vernon que ses mises en garde fraternelles ont été dispensées en vain et convaincre Reginald qu'elle lui a outrageusement menti sur mon compte. Ce projet servira au moins à m'amuser.
Lettre VII. Lady Susan Vernon à Mme Johnson.

 Lady Susan est indéniablement la petite soeur de la marquise de Merteuil des Liaisons dangereuses dont le récit se rapproche par la forme et le thème abordé. Les Liaisons dangereuses ayant été publiées en 1782, je ne peux m'empêcher de penser que Jane Austen en a eu connaissance tant les deux héroïnes se ressemblent.  Femme d'une grande beauté, machiavélique, manipulatrice, séductrice, calculatrice, libertine, Lady Susan possède, comme son modèle français, les mêmes traits de caractère, en moins pervers, et s'efforce avec plus ou moins de succès d'offrir le visage de la vertu à la société qu'elle fréquente. Contrairement à Merteuil, sa réputation n'est pas inattaquable et elle est parfois obligée d'user de son éloquence pour faire taire les médisances à son encontre. Car si les hommes, peints comme des benêts faibles et influençables, succombent facilement à ses charmes, il n'en va pas de même des femmes qui ont percé à jour sa véritable nature.

Lady Susan de Jane Austen

Le lecteur assiste donc à travers la correspondance croisée de 41 lettres au bras de fer qui s'est engagé entre Lady Susan et Mme Vernon, déterminée à protéger sa famille des manigances de la belle intrigante.
Alors, Mme Vernon réussira-t-elle à contrecarrer l'influence néfaste de sa belle-soeur ? Frederica échappera-t-elle aux projets matrimoniaux de son abusive de mère ? Reginald de Courcy ouvrira-t-il enfin les yeux sur cette femme dénuée de tout scrupules dont il s'est follement épris ?

Les lettres donnent du rythme au récit et enfièvrent la curiosité du lecteur qui est littéralement médusé par l'aplomb dont fait preuve Lady Susan. Cette femme, jouissivement odieuse, triomphe à chaque fois de ses adversaires alors que sa situation semblait irrémédiablement compromise.

Dommage que le dénouement soit traité d'une manière un peu trop expéditive à mon goût (j'ai d'ailleurs l'impression que les conclusions ne sont pas le point fort de Jane Austen) car j'aurais aimé m'attarder à Churchhill, le domaine des Vernon. Lady Susan est une héroïne vraiment à part dans l'univers de Jane Austen, bien loin de la bienséance à laquelle on était habitués. Dès la deuxième lettre, elle apparaît comme une intrigante et une hypocrite, mais elle joue sa partition avec une telle habileté qu'elle en devient fascinante... Du coup, les autres personnages en comparaison semblent vraiment bien fades...

Appréciation :

note : 3 sur 5

extrait

 Quoi qu'il en soit, cependant, j'ai de nouveau Frederica sur les bras. Comme elle n'a rien d'autre à faire pour s'occuper, elle continue dans cette même veine sentimentale qu'elle a initiée à Langford : elle est en train de tomber réellement amoureuse de Reginald de Courcy. Désobéir à sa mère en refusant une proposition de mariage exceptionnelle n'est pas assez pour elle : il faut aussi qu'elle accorde son affection sans l'approbation de cette dernière. Je n'ai jamais vu fille de son âge promettre autant qu'elle de devenir le jouet de l'humanité. Ses sentiments sont assez vifs et elle les montre avec assez de charmante maladresse pour espérer raisonnablement se rendre ridicule et gagner le mépris de tout homme qui la voit.
Lettre XIX. Lady Susan Vernon à Mme Johnson

divers

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