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lundi 30 septembre 2013

Le Ventre de Paris d'Emile Zola - Les Rougon-Macquart, tome 3

Le Ventre de Paris d'Emile Zola - Les Rougon-Macquart, tome 3

 

Le Ventre de Paris d'Emile Zola - Les Rougon-Macquart, tome 3

Fiche détaillée

 Auteur > Emile Zola
Editeur > Le Grand Livre du mois
Collection > Les trésors de la littérature
Série > Les Rougon-Macquart, tome 3
Genre > classique, roman naturaliste
Date de parution > 1874 dans l'édition originale, 1999 dans la présente édition
Nombre de pages > 290 (614)

La fortune des Rougon de Zola - Les Rougon-Macquart, tome 1
(sources : Evene, Bac de français & L'internaute)

Zola

Né en 1840, après une scolarité moyenne et trois ans de galère, Emile Zola trouve un emploi dans une librairie grâce auquel il rencontre nombre d'écrivains et se lance dans le journalisme. Mais depuis son adolescence il n'a cessé d'écrire et, en 1867, sort son premier roman, Thérèse Raquin. C'est grâce au cycle romanesque des Rougon-Macquart, grande fresque sociale et familiale, qu'il obtient le succès et le confort matériel. La fin de sa vie est marquée par son engagement républicain et par sa lutte pour la justice. Il a en effet soutenu le Capitaine Dreyfus, victime d'un complot antisémite ; en témoigne l'article célèbre publié dans l'AuroreJ'accuse !. Condamné à un an d’emprisonnement et à 3 000 francs d’amende, il doit quitter la France le 18 juillet 1898. A son retour, en 1899, injurié, radié de l’ordre de la Légion d’honneur, abandonné par une grande partie de ses lecteurs, il meurt asphyxié par le poêle de son bureau en 1902. Une foule rendit hommage pendant ses obsèques à celui qui avait osé mettre en jeu sa notoriété au nom de la morale; parmi eux des mineurs venus spécialement du nord .Grand observateur du sujet humain, Zola développe dans ses romans une analyse "naturaliste" de ses personnages. Citons parmi ses romans les plus connus, L'Assommoir, Nana ou Germinal.

quatrieme de couverture

C'est dans les Halles centrales de Paris récemment construites par Baltard que Zola situe le troisième épisode des Rougon Macquart.
Après " la course aux millions " décrite dans la Curée, ce sera la fête breughelienne du Ventre de Paris, sa foule fiévreuse, tourbillonnante et bigarrée, ses amoncellements de victuailles, ses flamboiements de couleurs, ses odeurs puissantes de fermes, de jardins et de marées. Florent, arrêté par erreur après le coup d'Etat du 2 décembre 1851, s'est évadé du bagne de Cayenne après 7 ans d'épreuves.
Il retrouve à Paris son demi-frère qui, marié à la belle Lisa Macquart fait prospérer l'opulente charcuterie Quenu Gradelle. Mais la place de Florent est-elle à leurs côtés ? A-t-il renoncé à ses rêves de justice ? Car si l'Empire a su procurer au " ventre boutiquier, au ventre de l'honnête moyenne,... le consentement large et solide de la bête broyant le foin au râtelier ", il n'a guère contenté les affamés. 

première phrase

 "Au milieu du grand silence, et dans le désert de l'avenue, les voitures de maraîchers montaient vers Paris, avec les cahots rythmés de leurs roues, dont les échos battaient les façades des maisons, endormies aux deux bords, derrière les lignes confuses des ormes."

avis personnel

Publié fin 1873, Le Ventre de Paris est le 3ème tome de la fresque sociale Les Rougon-Macquart et met en scène Florent, un idéaliste républicain, arrêté par erreur après le coup d'état du 2 décembre 1851 et qui s'évade du bagne de Cayenne sept ans plus tard pour se réfugier chez son demi-frère, Quenu, qui tient un commerce de charcuterie prospère.
Comme pour La Curée, l'histoire se déroule à Paris, mais cette fois, l'auteur décrit la vie des petits-bourgeois boutiquiers avides d'aisance et de bonne chair après celle de la haute bourgeoisie travaillée par ses appétits de luxe et de pouvoir.
Le titre est une double métaphore faisant d'abord référence aux Halles de Paris où la nourriture est abondante, ensuite à l'absence de coeur des commerçants qui ne sont intéressés que par la satisfaction de leur appétit.

Les Halles, un personnage à part entière :

C'est à travers les yeux d'un Florent abasourdi et perdu que le lecteur découvre les Halles, présentées comme "une machine moderne, hors de toute mesure, quelque machine à vapeur, quelque chaudière destinée à la digestion d'un peuple, gigantesque ventre de métal, boulonné, rivé, fait de bois, de verre, de fonte, d'une élégance et d'une puissance de moteur mécanique" (page 29) et d'où se dégage un sentiment de puissance et de rigidité.
Ces Halles, dont la construction, confiée à Baltard, a débuté en 1854 et s'étale sur 20 ans (donc, inachevée au moment où Zola écrit ce volume), symbolise la modernité. On ressent à travers les descriptions de l'auteur la fascination qu'elles ont exercée sur son esprit puisqu'il consacre un bon quart de son livre sur l'activité foisonnante du marché.

Le Ventre de Paris d'Emile Zola - Les Rougon-Macquart, tome 3

Habilement, Zola nous épargne l'ennui de cette abondance de descriptions en alternant les points de vue. En effet, l'environnement des Halles reflète les émotions ou la personnalité du personnage qui nous guide à travers elles. Ainsi, cet environnement apparaît dès le début hostile à Florent qui ressent en son sein une impression de saturation, amplifiée par les relents de pourriture ou de puanteur qui l'étouffent et l'écoeurent.
Tandis qu'à travers Claude Lantier, le peintre, nous avons une vision extrêmement vivante et colorée de l'endroit, qu'il nous dépeint d'une manière très picturale et où les senteurs des fleurs ou des fruits embaument l'air.
Les Halles apparaissent donc comme un endroit ambivalent, fascinant ou mortifère selon le tempérament de qui les regarde.

Mais les Halles, en dehors de leur structure métallique et de leur animation, apparaissent également comme un être doué d'une vie propre qui avale, digère puis expulse tout corps étranger : "[Florent] poussa violemment la fenêtre, laissa [les Halles] vautrées au fond de l'ombre, toutes nues, en sueur encore, dépoitraillées, montrant leur ventre ballonné et se soulageant sous les étoiles." (page 264)

Florent, une victime sacrificielle :

Dès le premier chapitre, on pressent le destin tragique de Florent. Tout d'abord, le fait qu'il se retrouve rue Montorgueil, là où "une bande de sergents de ville l'avait pris, dans la nuit du 4 décembre" (page 14)  sept ans plus tôt, laisse planer un sentiment de malaise et paraît de mauvais augure pour la suite. Cette allusion est l'occasion pour l'auteur de nous dresser un premier flash-back sur le passé de Florent où il est arrêté et condamné de manière arbitraire, échappant de justesse à une exécution sommaire, et de nous faire prendre conscience de la férocité de la répression qui a suivi le coup d'état de 1851.

Le Ventre de Paris d'Emile Zola - Les Rougon-Macquart, tome 3
Florent et la répression de  1851

Ensuite, comme dit précédemment, le quartier des Halles, dans lequel il erre, affolé et perdu, semble le rejeter, préfigurant le sort qu'il lui réserve à la fin du roman. En effet, Florent est perçu par les habitants comme un étranger, dont les traits de caractère (frugalité, timidité, rêve utopiste) si différents des leurs l'excluent d'entrée de jeu.
Et pire que tout, Florent est un maigre, tare physique provoquant suspicion et rejet chez ces commerçants repus de graisse.

La bataille entre les «Gras» et les «Maigres» :

La nourriture est dans ce livre un signe distinctif de richesse. Les Gras, représentés par les commerçants des Halles, n'éprouvent donc que méfiance envers les Maigres, personnalisés par Florent ou Claude Lantier, dont la maigreur est perçue comme la conséquences de leur vices et de leur fourberie supposée. "Il ne peut pas seulement engraisser le malheureux, tant il est rongé de méchanceté." pense Lisa de son beau-frère (page 159).

Le Ventre de Paris d'Emile Zola - Les Rougon-Macquart, tome 3
Lisa sur le pas de sa boutique

Zola utilise cette métaphore des «Gras» et des «Maigres» pour critiquer l'absence totale de fraternité ou d'empathie de cette bourgeoisie favorable à la dictature de Napoléon III juste parce que l'empire garantit la prospérité du commerce. Lisa Quenu explique d'ailleurs fort bien cette philosophie, celle des "honnêtes gens... Je suis reconnaissante au gouvernement, quand mon commerce va bien, quand je mange ma soupe tranquille, et que je dors sans être réveillée par des coups de fusil..." (page 155).
En dehors de ces considérations, ces "honnêtes gens" sont indifférents à l'injustice qui frappe les prolétaires, et plus particulièrement Florent. Le passage où celui-ci raconte ses souffrances et ses humiliations de forçat est d'ailleurs édifiant. Le récit poignant qu'il en fait : "On vivait en bête, avec le fouet éternellement levé sur les épaules. Ces misérables voulaient tuer l'homme..." (page 89) laisse Lisa complètement insensible, provoque au contraire chez elle dégoût et mépris. Progressivement, elle en vient à haïr son beau-frère de peur qu'il ne compromette leur situation et n'apporte la ruine de leur maison. Et pour préserver son confort, Lisa avoue à son mari qu'elle est prête à tout : "je t'avertis que je me débarrasserai de lui carrément... Je t'avertis, tu comprends !" (page 159).
Car dans cette lutte des «Gras» contre les «Maigres», des bien nourris contre les mal nourris,  les «Gras» l'emportent toujours sur les «Maigres».

Un monde clos dominé par les femmes :

Deux groupes de femmes apparaissent prépondérants dans ce roman.

Le Ventre de Paris d'Emile Zola - Les Rougon-Macquart, tome 3
Louise et Lisa

D'un côté, nous avons le duo rival formé par Lisa Quenu, surnommée la belle Lisa ou la belle charcutière et par Louise Méhudin surnommée la belle Normande.
De l'autre, le trio friand de commérages formé par mademoiselle Saget, une vieille fille qui orchestre la campagne contre Florent, la Sarriette et sa tante Mme Lecoeur (dont le nom lui sied si mal !) !
Mademoiselle Saget, enragée de curiosité, attise la rivalité entre la belle Lisa et la belle Normande dans le but de découvrir le secret qui entoure l'arrivée mystérieuse de Florent, allant jusqu'à répandre la rumeur que non seulement Florent est l'amant de Lisa mais qu'il l'est également des deux soeurs Méhudin.
Lorsque Florent est entraîné par Gavard, un parent de la Sariette et de Mme Lecoeur, dans une conspiration (inoffensive car il s'avère que les conspirateurs ne sont en fait que des fantoches) contre l'empire, elle n'hésite pas à grossir de mensonges ses médisances, affirmant que Florent aurait tué 6 gendarmes avant d'être envoyé au bagne.
Ce sont ses révélations sur le projet d'insurrection de Florent qui vont précipiter la chute du forçat évadé, entraînant du même coup celle de Gavard dont les 3 commères convoitent le magot.
Une scène m'a particulièrement marquée : celle où les odeurs incommodantes des fromages viennent souligner la nature abjecte des 3 femmes et de leurs propos malveillants. "C'était une cacophonie de souffles infects, depuis les lourdeurs molles des pâtes cuites, du gruyère et du hollande, jusqu'aux pointes alaclines de l'olivet. (...) Cependant, il semblait que c'étaient les paroles mauvaises de madame Lecoeur et de mademoiselle Saget qui puaient si fort." (page 230)

Le Ventre de Paris d'Emile Zola - Les Rougon-Macquart, tome 3
La symphonie des fromages

Comble de l'ironie, la réconciliation finale des deux rivales que sont Lisa et Louise condamne Florent à une nouvelle déportation...
C'est Claude qui commentera, désabusé, le dénouement de l'histoire en s'exclamant : "Quels gredins que les honnêtes gens !"

Les membres de la dynastie au second plan :

Le Ventre de Paris d'Emile Zola - Les Rougon-Macquart, tome 3

Avant d'en finir avec ma chronique, quelques mots sur la place des représentants des Rougon-Macquart. Cette fois, ils passent au second plan, même si Lisa Macquart, épouse Quenu, a un rôle important. Pour rappel, Lisa est la fille de Fine Gavaudan de qui elle tient son goût pour le travail, et d'Antoine Macquart dont elle a hérité le "besoin de bien-être très arrêté", ainsi que la soeur de Gervaise et de Jean, évoqués brièvement dans La fortune des Rougon.
Sa fille Pauline, âgé ici de 7 ans, sera l'héroïne de La joie de vivre, et Claude, l'artiste peintre qui guide Florent à travers les Halles, reviendra dans L'Oeuvre.

Un petit clin d'oeil est fait à Saccard lorsque Lisa critique sa manière de vivre et d'amasser sa fortune : "Tenez, j'ai un cousin à Paris... Je ne le vois pas, les deux familles sont brouillées. Il a pris le nom de Saccard, pour faire oublier certaines choses... Eh bien, ce cousin, m'a-t-on dit, gagne des millions. Ca ne vit pas, ça se brûle le sang, c'est toujours par voies et par chemins, au milieu de trafics d'enfer. (...) Je l'ai aperçu, l'autre jour, en voiture; il était tout jaune, il avait l'air joliment sournois. Un homme qui gagne de l'argent n'a pas une mine de cette couleur-là. Enfin, ça le regarde... Nous préférons ne gagner que cent sous, et profiter des cent sous." (page 57)
Cette diatribe est à elle seule une véritable profession de foi et résume la personnalité de Lisa : économe, honnête (elle va jusqu'à proposer à Florent sa part d'héritage), chaste, convenable, ses qualités cachent en fait une hypocrisie doucereuse, un égoïsme et une lâcheté confondants qui en font un personnage terrifiant sous son apparente placidité.

La cruauté dont elle et une poignée de Gras font preuve à l'égard de Florent est à ce titre glaçante... La scène à la Préfecture de Police est d'ailleurs saisissante, où l'on apprend que Florent a été dénoncé par presque tous les habitants du quartier !

J'ai trouvé ce 3ème tome particulièrement pessismiste et désespérant sur la nature humaine : Zola atteint des sommets dans la peinture au vitriol de cette petite-bourgeoisie uniquement préoccupée de son bien-être et de son goût pour la médisance, n'hésitant pas à faire condamner à la déportation deux êtres inoffensifs...
Encore heureux que Claude Lantier et Madame François sont là pour compenser la médiocrité et la pourriture morale de cette classe sociale faussement honnête !

Le Ventre de Paris d'Emile Zola - Les Rougon-Macquart, tome 3
Florent et Claude dans la charette de madame François

Appréciation :

note : 5 sur 5

Mes autres avis sur la saga : tome 1 ♦  tome 2

Crédits images : édition Fasquelle de 1906

extrait

page 76 :
"Une grande brune poussait la porte de la boutique. C'était la belle poissonnière, Louise Méhudin, dite la Normande. Elle avait une beauté hardie, très blanche et délicate de peau, presque aussi forte que Lisa, mais d'oeil plus effronté et de poitrine plus vivante. Elle entra, cavalière, avec sa chaîne d'or sonnant sur son tablier, ses cheveux nus peignés à la mode, son noeud de gorge, un noeud de dentelle qui faisait d'elle une des reines coquettes des Halles. Elle portait une vague odeur de marée; et, sur une de ses mains, près du petit doigt, il y avait une écaille de hareng, qui mettait là une mouche de nacre. Les deux femmes, ayant habité la même maison, rue Pirouette, étaient des amies intimes, très liées par une pointe de rivalité qui les faisait s'occuper l'une de l'autre, continuellement. Dans le quartier, on disait la belle Normande, comme on disait la belle Lisa. Cela les opposait, les comparait, les forçait à soutenir chacune sa renommée de beauté. En se penchant un peu, la charcutière, de son comptoir, apercevait dans le pavillon, en face, la poissonnière, au milieu de ses saumons et de ses turbots. Elles se surveillaient toutes deux.  La belle Lisa se serrait davantage dans ses corsets. La belle Normande ajoutait des bagues  ses doigts et des noeuds à ses épaules. Quand elles se rencontraient, elles étaient très douces, très complimenteuses, l'oeil furtif sous la paupière à demi close, cherchant les défauts. Elles affectaient de se servir l'une chez l'autre et de s'aimer beaucoup."

divers

 

Lecture commune

Lecture commune organisée par Nadou_971.
D'autres billets : Nadou_971 ♦ LeaDelphine ♦ Pampoune ♦ Bibliophile ♦ 

Challenge "Relisons les Rougon-Macquart" organisé par Galipette, George & MissBouquinaix

Ma 3ème participation au challenge de Lili Galipette, George & MissBouquinaix.

Challenge "Rougon-Macquart" organisé par AnGee Ersatz

Ma 3ème participation au challenge d'AnGee Ersatz.

Challenge "Un classique par mois"

Le 2ème classique du mois de septembre pour le challenge organisé par Stephie.

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dimanche 22 septembre 2013

Challenge "Rougon-Macquart" organisé par AnGee Ersatz

Vous connaissez ma passion pour Zola (ou pas !^^)...

Eh bien, je n'ai pas pu m'empêcher de m'inscrire à un deuxième challenge organisé autour de sa saga Les Rougon-Macquart, cette fois proposé par AnGee Ersatz, une blogueuse dont j'aime lire les billets (même si je me rends compte en écrivant cet article que cela fait un moment que je ne me suis pas passée chez elle...😅)

Challenge "Rougon-Macquart" organisé par AnGee Ersatz

Bref, pour ce challenge illimité, AnGee propose plusieurs niveaux :

Palier 1- de 0 à 5 livres: l'Abbé Mouret.
Palier 2- de 6 à 10 livres: Nana.
Palier 3- de 11 à 15 livres: Gervaise.
Palier 4- de 16 à 20 livres: le Docteur Pascal.

Pour s'inscrire, c'est ici ou sur son blog...
J'ai choisi de m'inscrire au palier Docteur Pascal, tant qu'à faire...😤




dimanche 30 juin 2013

La Curée de Zola - Les Rougon-Macquart, tome 2

La Curée de Zola - Les Rougon-Macquart, tome 2

 

Lecture commune : La Curée organisée par nadou_971 

Fiche détaillée

 Auteur > Emile Zola
Editeur > Le Grand Livre du mois
Collection > Les trésors de la littérature
Série > Les Rougon-Macquart, tome 2
Genre > classique, roman naturaliste
Date de parution > 1871 dans l'édition originale, 1999 dans la présente édition
Nombre de pages > 264 (589)

La fortune des Rougon de Zola - Les Rougon-Macquart, tome 1
(sources : Evene, Bac de français & L'internaute)

Zola

Né en 1840, après une scolarité moyenne et trois ans de galère, Emile Zola trouve un emploi dans une librairie grâce auquel il rencontre nombre d'écrivains et se lance dans le journalisme. Mais depuis son adolescence il n'a cessé d'écrire et, en 1867, sort son premier roman, Thérèse Raquin. C'est grâce au cycle romanesque des Rougon-Macquart, grande fresque sociale et familiale, qu'il obtient le succès et le confort matériel. La fin de sa vie est marquée par son engagement républicain et par sa lutte pour la justice. Il a en effet soutenu le Capitaine Dreyfus, victime d'un complot antisémite ; en témoigne l'article célèbre publié dans l'AuroreJ'accuse !. Condamné à un an d’emprisonnement et à 3 000 francs d’amende, il doit quitter la France le 18 juillet 1898. A son retour, en 1899, injurié, radié de l’ordre de la Légion d’honneur, abandonné par une grande partie de ses lecteurs, il meurt asphyxié par le poêle de son bureau en 1902. Une foule rendit hommage pendant ses obsèques à celui qui avait osé mettre en jeu sa notoriété au nom de la morale; parmi eux des mineurs venus spécialement du nord .Grand observateur du sujet humain, Zola développe dans ses romans une analyse "naturaliste" de ses personnages. Citons parmi ses romans les plus connus, L'Assommoir, Nana ou Germinal.

quatrieme de couverture
(source : éditions Pocket)

Aristide Saccard est le spéculateur véreux par excellence, l'enrichi impudent né des bouleversements du Baron Haussmann, lancé à la curée du Paris du second Empire. Renée, sa femme, est la parvenue dans toute sa splendeur, affolée de luxe, protectrice et amante de son gendre Maxime, incarnation du vice. Le mari ferme les yeux... un scandale peut toujours s'avérer bon à monnayer.
Le second volet des terribles « Rougon-Macquart » est le roman-reportage de « l'or et de la chair » selon Zola, que la justice menaçait alors d'interdiction pour pornographie.

première phrase

"Au retour, dans l'encombrement des voitures qui rentraient par le bord du lac, la calèche dut marcher au pas."

avis personnel

 Publié la même année que la Fortune des Rougon, en 1871, ce deuxième volume s'attache à suivre la destinée d'Aristide Rougon, le fils de Pierre et Félicité, et à travers lui décrit le monde de la spéculation et des parvenus. Le titre est une métaphore liée à la vénerie particulièrement violente puisque la curée désigne la portion de la bête donnée aux chiens après la mise à mort pour dominer cette meute et symbolise l'avidité féroce dont font preuve Aristide et ses complices pour démembrer les vieux quartiers de Paris.

Une famille de parvenus :

La Curée de Zola - Les Rougon-Macquart, tome 2

A la fin du 1er tome, nous avions laissé Aristide à Plassans où il s'était rallié au dernier moment au coup d'Etat de Louis-Napoléon et où il avait assisté à l'exécution sommaire de son jeune cousin Silvère sans intervenir.
Ici, nous le retrouvons en 1852, quelques mois après le coup d'Etat, à Paris où il est monté avec sa femme Angèle et leur petite fille Clotilde dans l'espoir de faire fortune. Leur fils Maxime est resté au collège de Plassans.
Son frère Eugène lui trouve une place de commissaire voyer adjoint à l'Hôtel de Ville, poste qu'Aristide trouve d'abord inadapté à ses ambitions mais qui va se révéler très utile par la suite en lui donnant accès aux dossiers de réaménagement de Paris.
Il change son nom en celui de Saccard dans le but de ne pas compromettre son ministre de frère. "Il y a de l'argent dans ce nom-là; on dirait que l'on compte des pièces de cent sous", se vante Aristide. "Un nom à aller au bagne ou à gagner des millions ", lui réplique moqueusement son frère Eugène (page 360).

La Curée de Zola - Les Rougon-Macquart, tome 2
Aristide et Angèle dans un restaurant de la
butte Montmartre


Mais Aristide rencontre un problème de taille : les fonds nécessaires pour lancer sa première spéculation.
Sa femme meurt opportunément, lui permettant, sur l'entremise de sa soeur Sidonie, d'épouser Renée Béraud Du Châtel, fille d'un magistrat mais enceinte de trois mois à la suite d'un viol et que sa tante dote de 200 000 francs ainsi que d'une propriété d'égale valeur pour la sauver du déshonneur.
Fort de l'argent de sa femme, qu'il dépouille progressivement, Aristide se lance dans une spéculation outrancière.

Le règne des apparences :

Grâce à ses premiers succès, Aristide fait bâtir un hôtel particulier au parc Monceau, "sur un terrain volé à la Ville" (page 429). Zola dépeint longuement cette demeure, de l'intérieur comme de l'extérieur : Saccard étale sa richesse avec une profusion de parvenu, de manière très ostentatoire frôlant parfois le mauvais goût.

De même, il pousse sa femme Renée dans des dépenses vestimentaires folles, lui achète des bijoux coûteux alors même qu'il connaît de graves problèmes d'argent, l'important pour lui étant de donner l'illusion de la richesse. D'ailleurs, sa fortune n'est bâtie sur rien de solide, sur aucun capital mais dépend entièrement de ses talents d'équilibriste et de prestidigitateur, la ruine menaçant constamment de l'engloutir.

On se montre en fin d'après-midi lors de promenades en voiture au bois de Boulogne qui ressemblent davantage à une parade narcissique où l'on s'observe et se jauge.

La Curée de Zola - Les Rougon-Macquart, tome 2
Retour d'une promenade au bois de Boulogne

C'est d'ailleurs dans ce souci des apparences qu'Eugène, alors ministre, réduit au maximum ses apparitions auprès de son frère, qu'un scandale menace sans cesse d'éclabousser.

Le poids de l'hérédité :

Zola continue son exploration naturaliste.
Aristide, par les lois de l'héridité, est soumis à "cet appétit d'argent, ce besoin de l'intrigue qui caractérisait la famille" Rougon, et  qu'il partage avec sa soeur Sidonie (page 368). Mais le frère et la soeur les expriment de manière différente.
Alors que Sidonie, aussi intelligente qu'Aristide, trempant également dans des affaires louches, se montre effacée et discrète dans son rôle de courtière et d'entremetteuse, Aristide ne se sent pleinement heureux qu'en montant des combinaisons compliquées où lui-même se perd. Il adore manipuler les gens qu'il dupe, "rouler les autres dans la farine" autant, si ce n'est plus, qu'amasser une immense fortune !
Le milieu dans lequel il évolue conditionne également son caractère : c'est celui des spéculateurs immobiliers et des agioteurs qui répondent à son besoin "de brasser des millions" !

Quant à Maxime, le fils qu'Aristide appelle près de lui lorsqu'il a treize ans, il possède les mêmes appétits de jouissance et d'argent que son père mais il a hérité de la mollesse de sa mère si bien que ce mélange donne naissance à un être lâche et inconsistant, incapable d'assumer ses actes, dépendant sur le plan financier entièrement de son père. D'ailleurs, il se soumet aux décisions des autres : celle de son père qui lui arrange un mariage avec Louise de Mareuil, celle de sa belle-mère qui lui impose son désir amoureux.

Une société décadente :

Une impression de flou et de confusion se dégage de cette société, tant au niveau des relations familiales que des barrières sociales, politiques, vestimentaires ou sexuelles.

Une grande liberté règne au sein de l'hôtel Saccard. Le père, le fils et la belle-mère font plus figure de co-locataires que membres d'une même famille. Aristide est un mari et un père absent : lui et sa femme ne partagent aucune intimité conjugale et se livrent chacun de leur côté à une vie d'adultères et de jouissances sans que cela ne les dérange; à aucun moment, Aristide n'éduque son fils, jeune homme égoïste, indifférent et déjà blasé, qui mène la vie de la jeunesse dorée, faite de luxe et de débauches; d'ailleurs, il arrive au père et au fils de partager les mêmes maîtresses.

Sur le plan politique, Zola dénonce la collusion entre les milieux d'affaires et les hommes politiques qui se laissent corrompre pour un enrichissement personnel ou une place de député.

Socialement, "les mêmes financiers, les mêmes politiques, les mêmes viveurs" fréquentent les mêmes lieux, soupers mondains ou endroits tendancieux à la mode. Hommes politiques se mêlent aux hommes d'affaires véreux, femmes du monde se confondent avec les demi-mondaines.

La Curée de Zola - Les Rougon-Macquart, tome 2
Soirée chez les Saccard

Les frontières s'effacent entre hommes et femmes.
Renée (dont le prénom est mixte) porte le binocle, adopte un comportement masculin avec ses amants qu'elle domine de sa volonté.
Maxime est un androgyne qui a grandi dans les jupons des femmes (qui aiment le déguiser en femme) et qui se fait entretenir par son père et sa belle-mère.
Suzanne Haffner et Adeline d'Espanet entretiennent des relations saphiques.

La Curée de Zola - Les Rougon-Macquart, tome 2
Spectacle de Narcisse


Tous ces personnages représentant la haute société s'adonnent à la débauche ou profitent du régime en contradiction avec le nouvel ordre moral affiché par le second empire.

La nouvelle Phèdre :

Renée, qui possède tout, s'ennuie dans la vie et voudrait autre chose.

La Curée de Zola - Les Rougon-Macquart, tome 2
Essayage avec le grand couturier Worms

Elle s'étourdit dans un tourbillon superficiel de plaisirs et cherche par tous les moyens à pimenter sa vie (en ayant une aventure avec un inconnu rencontré dans la rue, en se rendant à un bal donné par une demi-mondaine).
"Tu n'as jamais fait le rêve, toi, d'aimer un homme auquel tu ne pourrais penser sans commettre un crime ?" lui demande un jour Maxime par boutade (page 326).
Or, cette idée chemine lentement dans son esprit jusqu'à ce qu'elle décide de commettre l'inceste avec Maxime, seule sensation capable de l'arracher au néant de son existence.
Ce désir germe pour la première fois dans la serre où Renée aime se réfugier : Zola dépeint plusieurs fois cette serre (pour laquelle il s'inspire de la grande serre du Jardin des plantes) en insistant sur les parfums voluptueux qu'elle distille, imprégnant Renée de sa moiteur vénéneuse et malsaine. C'est également là que les deux amants prennent le plus de plaisir à consommer leur union incestueuse.
Contrairement à la Phèdre de la mythologie, Renée n'ira pas jusqu'au suicide (même si on peut penser qu'elle commet un suicide social en multipliant les excentricités et en s'adonnant à la passion du jeu), peut-être parce qu'elle n'éprouve pas de remords de son inceste, ou alors seulement par intermittence.

Pour conclure, une lecture fascinante du monde de la haute bourgeoisie et des ressorts de la spéculation et des expropriations, même si l'on n'éprouve aucune empathie pour les personnages. Zola brosse une peinture sans concession de la déchéance physique et morale des riches parvenus. Et comme d'habitude, ses descriptions ont une puissance évocatrice non dénuée de poésie et ressemblant parfois à des tableaux impressionnistes...

Appréciation :

note : coup de coeur

Mes autres avis sur la saga : tome 1 ♦ tome 3

Crédits images : édition Fasquelle de 1906

extrait

 page 429 :
"Cependant la fortune des Saccard semblait à son apogée. Elle brûlait Paris comme un feu de joie colossal. C'était l'heure où la curée ardente emplit un coin de forêt de l'aboiement des chiens, du claquement des fouets, du flamboiement des torches. Les appétits lâchés se contentaient enfin, dans l'impudence du triomphe, au bruit des quartiers écroulés et des fortunes bâties en six mois. La ville n'était plus qu'une grande débauche de millions et de femmes. Le vice, venu de haut, coulait dans les ruisseaux, s'étalait dans les bassins, remontait dans les jets d'eau des jardins, pour retomber sur les toits, en pluie fine et pénétrante. Et il semblait, la nuit, lorsqu'on passait les ponts, que la Seine charriait, au milieu de la ville endormie, les ordures de la cité, miettes tombées de la table, noeuds de dentelle laissés sur les divans, chevelures oubliées dans les fiacres, billets de banque glissés des corsages, tout ce que la brutalité du désir et le contentement immédiat de l'instinct jette à la rue, après l'avoir brisé et souillé. Alors, dans le sommeil fiévreux de Paris, et mieux encore que dans sa quête haletante du grand jour, on sentait le détraquement cérébral, le cauchemar doré et voluptueux d'une ville folle de son or et de sa chair."

divers

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