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lundi 2 juin 2014

La Chronique de Travnik d'Ivo Andrić

La Chronique de Travnik d'Ivo Andrić

Fiche détaillée

  Auteur > Ivo Andrić
Editeur > Belfond
Genre > Classique, historique
Date de parution > 1942 pour l'édition originale , 1997 pour la présente édition
Préface > Paul Garde
Titre original > Travnička hronika
Nombre de pages > 511
Traduction > du serbo-croate par Pascale Delpech

auteur

 

Ivo Andrić
photographie©Stevan Kragujević
Ivo Andrić est né à Travnik en 1892 .
Il prit une part active au mouvement national yougoslave, connut la prison et l'exil. Après une carrière de diplomate, il se consacra à son oeuvre. Avec La Demoiselle et Le Pont sur la Drina, La Chronique de Travnik est considérée comme l'un des romans majeurs des littératures slaves contemporaines. Prix Nobel de littérature en 1961, Andrić fut l'un des personnages clés de son époque et de son pays.
Il est mort à Belgrade en 1975.

quatrieme de couverture

Travnik : une petite bourgade perdue dans les montagnes de Bosnie, que rien ne destinait à entrer dans l'Histoire. Un coin de terre oublié, sous domination ottomane depuis trois siècles, où cohabitent tant bien que mal musulmans, catholiques, juifs et orthodoxes. A la faveur de l'épopée napoléonienne, un diplomate français, Jean Daville, est envoyé à Travnik pour y ouvrir un consulat. Voici le récit de son séjour là-bas - de 1806 à 1814 - l'occasion pour Andric de nous offrir un somptueux tableau de sa terre d'origine au moment où, pour la première fois, elle s'ouvre à l'Occident.
Comment évoquer mieux que lui le "silence bosniaque", "l'indolence turque", le "virus oriental", la rencontre des cultures et des religions, la sensualité et le raffinement alliés à la cruauté et à la violence ? Un monde où tradition et modernité s'affrontent dans une extraordinaire galerie de portraits : les personnages locaux - le vizir et sa cour, les notables bosniaques, le crieur public, le distillateur de rakia; les étrangers, comme la femme du consul d'Autriche, hystérique et fantasque, ou celle du consul de France, travailleuse et posée; les "déclassés", ces Européens vivant dans le Levant, personnages pathétiques et hauts en couleur. Et surtout, le consul solitaire et vieillissant, abandonné par sa capitale, dont les doutes et les désillusions ne sont peut-être pas si étrangers à Andrić, qui écrivit cette chronique, en 1942, dans Belgrade occupé.

Au carrefour du roman historique, du récit intimiste et de la description ethnographique, La Chronique de Travnik est aussi une réflexion - d'une brûlante actualité - sur les méfaits de l'intolérance et des rivalités entre communautés.

première phrase

"Tout au bout du bazar Turc de Travnik, en contrebas de la source ombragée et bruyante du Šumeć, depuis toujours existe le petit café de «Lutva»."

avis personnel

La Chronique de Travnik retrace  la vie quotidienne et les déboires diplomatiques du consul français Daville envoyé en 1806 à Travnik, petite ville de Bosnie alors sous domination ottomane. Il vit son arrivée comme un véritable choc des cultures :  effaré par la brutalité du pouvoir en place et par l'état d'arriération du pays, il se sent complètement dépassé par la complexité des codes protocolaires, et isolé dans ce pays hostile à toute présence étrangère. D'ailleurs, le trajet qui le mène de son ambassade au Konak pour y être présenté au vizir Mehmet pacha s'effectue sous les jurons et les crachats.
C'est donc avec soulagement qu'il apprend l'arrivée prochaine d'un secrétaire, le jeune des Fossés, pour le seconder dans sa mission. Malheureusement, leur caractère se révélant incompatible, Daville devra renoncer au réconfort moral qu'il escomptait de leur collaboration.
En effet, le jeune des Fossés, parfaite incarnation de l'esprit de la Révolution, est toujours parti par monts et par vaux, à se mêler à la population et à s'imprégner de son histoire. Contrairement à Daville, il fait montre d'ouverture d'esprit, ne condamne pas l'immobilisme du pays mais cherche à en comprendre les raisons :

L'inébranlable des Fossés affirmait que ces régions, bien qu'endormies et coupées du monde, n'étaient pas un désert, mais constituaient au contraire un monde varié, intéressant de tous points de vue et pittoresques à sa façon; le peuple était, certes, partagé entre trois confessions, terriblement superstitieux, soumis à la pire administration au monde et de ce fait très en retard et malheureux, mais il était en même temps riche de trésors spirituels, de particularités intéressantes et de coutumes insolites ; en tout cas, cela valait la peine de faire un petit effort... (page 148)

 Daville, désabusé, considère le peuple bosniaque comme arriéré et animé d'une malveillance innée, et se réfugie dans l'écriture d'un  poème épique dédié à Alexandre le Grand pour oublier les nombreux tracas de sa fonction et l'inutilité de ses rapports.

Les jours se suivent, monotones et ennuyeux, dans cette ville isolée du reste du monde de par la volonté même de ses habitants. Réfractaires à l'ouverture de leur pays à l'étranger, les autochtones, qu'ils soient chrétiens comme musulmans, ont sciemment négligé l'entretien des voies de communication : les chrétiens pour décourager les Turcs officiels de venir, les musulmans pour limiter toute influence occidentale.
Malgré tout, quelques échos des événements en Europe parviennent jusqu'aux oreilles des consuls français et autrichien (et par ricochet jusqu'à celles du lecteur) : là, une victoire militaire de Napoléon, là, une rébellion en Serbie, ici, l'assassinat de Selim III à Istanbul.

Durant 8 années, Daville voit défiler 2 consuls autrichiens, 1 secrétaire français, 3 vizirs dont le dernier fait régner la terreur parmi les fonctionnaires et la population, des aventuriers de tout poils qu'il soupçonne d'être des espions stipendiés par l'Autriche...
A chaque destitution de vizir, éclate une révolte de plusieurs jours, fermentant la haine envers les Français : leurs domestiques sont molestés, on refuse de leur vendre de la nourriture, puis tout finit par rentrer dans l'ordre, "comme au lendemain d'une beuverie" (page 191).

Les faits les plus banals de la vie quotidienne s'égrènent sans passion dans cette chronique, à peine dérangés par le tumulte de quelques émeutes, et pourtant, à aucun moment l'intérêt du lecteur ne faiblit, soutenu par les différents points de vue que dresse l'auteur sur cette contrée inhospitalière, aux hivers rudes et glacés, ou les portraits des divers protagonistes.

Le consul autrichien Von Mitterer, envoyé par son pays à Travnik, quelques mois après Daville pour y contrer l'influence de ce dernier, partage les mêmes sentiments que lui vis-à-vis de ce pays, la même mélancolie ; ils s'estiment sans pouvoir se l'avouer, s'épient pour le compte de leur patrie respective, se rendent malade des efforts mesquins qu'ils déploient pour se neutraliser l'un l'autre.
Mais finalement, la solidarité resurgit quand le deuil ou une naissance frappent l'une des familles.
Les scènes avec Anna-Maria, la femme du consul autrichien, sont également drôles : c'est une femme fantasque et nerveusement détraquée, qui se déclare pro-bonapartiste, mettant ainsi dans l'embarras son époux ; elle fait également tourner la tête du jeune des Fossés sans jamais lui céder, désespérée de découvrir chez lui "ses véritables intentions" au lieu de l'" élan platonique et spirituel" qu'elle avait fantasmé...(page 125)
Tandis que Mme Daville, femme pragmatique et dévouée à sa famille et ses 4 enfants, provoque au contraire l'admiration secrète des Bosniaques pour son courage et sa piété.
C'est donc à travers les yeux de ces expatriés que sont dépeints les rapports et la coexistence difficile des différentes communautés de la ville (musulmane, juive, orthodoxe, catholique), qui se vouent un mépris et une méfiance profonds, et s'excluent mutuellement.
Des Fossés donne d'ailleurs une vision prophétique de l'avenir de la Bosnie, dont les habitants sont incapables de construire leur vie commune sur la base de la tolérance, la compréhension et l'estime mutuelles:

 ... un jour ou l'autre la liberté devra bien venir aussi dans ces régions. On sait cependant depuis longtemps qu'il n'est pas suffisant d'acquérir la liberté, mais beaucoup plus important de devenir digne de cette liberté. Sans une éducation plus moderne et des conceptions plus libérales, vous ne gagnerez rien à être libérés du joug ottoman. Au cours des siècles, votre peuple, s'est tellement assimilé à ses oppresseurs que cela ne lui servira pas à grand-chose si les Turcs l'abandonnent vraiment un jour, en lui laissant, en plus de ses propres tares, tous leurs vices : la paresse, l'intolérance, l'esprit de violence et le culte de la force brutale. Ce ne serait pas une libération, en fait, car vous seriez indignes de la liberté et incapables d'en jouir, et, à l'instar des Turcs, vous ne sauriez qu'être asservis ou asservir les autres. Il n'y a pas de doute que votre pays, lui aussi, sera un jour intégré à l'Europe, mais il se pourrait bien qu'il y entre divisé et ployant sous l'héritage de conceptions, d'habitudes et d'instincts qui n'existent plus nulle part ailleurs et qui, tels des spectres, l'empêcheront de se développer normalement et en feront un monstre archaïque, la proie de tous comme il est aujourd'hui celle des Turcs. Pourtant ce peuple ne mérite pas cela.
(page 352)

Au milieu de ces quatre communautés en vit une autre, encore plus méprisée, celle des Levantins, ces Occidentaux déclassés, considérés comme des parias et traités comme tels, "poussière humaine" ballotée entre l'Orient et l'Occident dont ils constituent "le troisième monde où se sont retrouvées toutes les malédictions dues au partage de l'humanité en deux mondes".
Des Fossés est touché par la conversation qu'il a avec l'un de ses représentants, l'obscur médecin Cologna, plein de sagesse et de résignation :

 Oui, Monsieur, vous pouvez comprendre cette vie qui est la nôtre, mais pour vous elle n'est qu'un mauvais rêve. En effet, vous vivez ici, mais vous savez que cela est provisoire et qu'un jour ou l'autre vous retournerez dans votre pays pour y retrouver une vie plus facile et plus digne. Vous vous réveillerez de ce mauvais rêve et vous en libérerez, mais nous pas, jamais, car il est la seule vie que nous ayons.
(page 317-318)

Ce vieillard digne vit dans l'espoir et la conviction que "pas une pensée humaine ne se perd, pas un élan de l'esprit. Nous sommes tous sur le bon chemin, et nous serons surpris lorsque nous nous rencontrerons. Mais nous nous rencontrerons, et nous nous comprendrons tous, où que nous allions maintenant et aussi loin que nous nous égarions. Ce sera une joyeuse rencontre, une surprise grandiose et salvatrice."

Car La Chronique de Travnik n'est pas seulement la fresque d'un monde sombre, étouffant et cruel, c'est également une ode à la tolérance, dans laquelle, au-delà des différences culturelles et des clivages religieux, les hommes se souviennent, parfois, de l'humanité qu'ils ont en partage.
Quand Ibrahim pacha, le 2è vizir, est destitué, il laisse tomber le masque rigide du protocole pour exprimer toute l'amitié affectueuse qu'il ressent à l'égard d'un Daville éberlué.
De même, le consul français, lorsqu'il se retrouve démuni au moment de repartir pour la France, reçoit l'aide financière du vieux juif Salomon Atijas, dont la communauté vient pourtant d'être rudement mise à l'amende par le 3è vizir, Ali pacha, un homme cruel et brutal. Il faut dire que Daville a été le seul à s'inquiéter du sort des juifs emprisonnés lors de sa prise de fonction et à user de son influence pour les faire libérer ! D'ailleurs, le vieux Salomon lui exprime sa reconnaissance dans un discours véritablement poignant :

 Monsieur, vous avez vécu plus de sept ans ici parmi nous et vous avez pendant tout ce temps montré pour nous de l'attention comme ne l'avaient jamais fait ni les Turcs ni aucun autre étranger. Vous nous avez traités en êtres humains, sans nous distinguer des autres gens. Peut-être ne savez-vous pas vous-mêmes quelle bonté vous nous avez prodiguée. Maintenant, vous partez. Votre empereur a été contraint de céder devant des ennemis plus puissants. Votre pays connaît des événements tragiques et de grands bouleversements. Mais votre patrie est un pays noble et puissant pour lequel les choses ne peuvent que bien se terminer.  Vous aussi vous y trouverez votre chemin. C'est nous qui sommes à plaindre, nous qui restons ici, cette poignée de juifs séphardims de Travnik dont les deux tiers sont des Atijas, car vous avez été une source de lumière pour nos yeux. Vous avez vu la vie que nous menons, et vous nous avez fait tout le bien qu'un homme peut faire à un autre homme. Mais on attend de celui qui fait le bien qu'il en fasse toujours plus. Aussi, nous nous permettons de vous faire encore une demande : soyez notre témoin dans cet Occident d'où nous sommes nous aussi venus et qui devrait savoir ce que l'on a fait de nous. En effet, il me semble que si nous savions que quelqu'un n'ignore pas et admet que nous ne sommes ni tels que nous semblons être, ni faits pour la vie que nous menons ici, il nous serait plus facile de supporter tout ce que nous devons supporter.
(page 499-500)

Pour conclure, cette lecture a été dense et ardue. J'ai avancé lentement dans cette histoire où il ne se passe grand chose, mais paradoxalement, je l'ai trouvée passionnante et très instructive. C'est une fresque chaotique et grandiose, préfigurant le destin tragique de ce pays où les 4 communautés condamnées à vivre ensemble semblent irréconciliables. Certains passages, où l'auteur laisse parler tout son humanisme, sont véritablement bouleversants.
Je me rends compte que j'avais encore plein de choses à dire sur ce roman, tant pis ! En tout cas, je remercie BouQuiNeTTe pour l'organisation de ce challenge sans lequel je n'aurais  jamais pensé à emprunter ce livre à ma médiathèque !   

                                                                              Appréciation :                                                                                

note : 4 sur 5                                                                                            

extrait

Les lèvres de la jeune fille - rouge pâle, étranges, puissantes et parfaitement identiques l'une à l'autre - s'étirèrent lentement à leurs extrémités en ébauchant un sourire implorant et chagrin, mais la jeune fille baissa aussitôt la tête et se serra contre lui, muette et docile comme l'herbe et la branche. «Végétale...», pensa-t-il encore une fois, mais ce qui ployait contre lui était une créature humaine, une femme attendrie jusqu'à la douleur, avec une âme qui hésitait encore, mais se résignait déjà à céder et à se perdre. Les bras pendants et impuissants, la bouche entrouverte et les yeux mi-clos, elle semblait défaillir. Au-dessus de lui, autour de lui, elle se pâmait d'amour, de la volupté que l'amour promet et de l'efroi qui l'accompagne ici comme une ombre. Ployée, fauchée, terrassée, elle offrait l'image de la soumission totale, de l'impuissance, de la défaite et du désespoir, mais aussi d'une grandeur insoupçonnée. Le jeune homme fut emporté par l'ardeur de son sang, par un sentiment de grand bonheur et d'un triomphe irrésistible. Des horizons infinis s'allumaient et s'éteignaient en lui, comme des étincelles. Oui, c'était cela ! Il avait toujours pressenti et si souvent affirmé que ce pays pauvre, austère et abandonné était en fait riche et somptueux. Voilà qu'une de ces splendeurs cachées se révélait.
(page 222)

divers

La pourpre et l'or - Murena T1 - de Dufaux et Delaby  

Ma 31ème participation au challenge de Lynnae -

Challenge "Un classique par mois"

Le  classique du mois de juin pour le challenge organisé par Stephie.

Challenge "Virée européenne" organisé par BouQuiNeTTe

Ma 1ère participation au challenge de BouQuiNeTTe - séjour en Bosnie
D'autres billets sur la Bosnie : livraline ♦ mistigris ♦ Helran ♦ Salhuna ♦ Nnyl ♦ Sharon ♦ Vepug ♦ delphinema09 ♦ klo ♦ BouQuiNeTTe

le tour du monde en 8 ans

Ce billet est ma 11è participation au challenge d'Helran - cette escale compte pour la Bosnie

 

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dimanche 7 avril 2013

L'heure des elfes de JL Fetjaine - La Trilogie des elfes, tome 3

Auteur > Jean-Louis Fetjaine
Editeur > Belfond
Série > La trilogie des elfes, tome 3
Genre > Fantasy
Date de parution > 2000
Nombre de pages > 276


(source : Wikipédia)

JL Fetjaine

Né en 1956, Jean-Louis Fetjaine est diplômé de philosophie et d'histoire médiévale. Il a été journaliste, puis traducteur et nègre littéraire aux Presses de la Cité. Le succès de sa Trilogie des elfes l’impose comme l'un des principaux représentants de la fantasy en France dès 1998. Il publie ensuite Le Pas de Merlin et Brocéliande, deux récits épiques entre la fantasy et le roman historique, puis s'oriente vers ce dernier genre avec la série Les Reines pourpres en deux tomes. Pour Le Pas de Merlin, il remporte le prix Imaginales du meilleur roman de fantasy en 2003. En 2008, il revient à la fantasy avec Lliane, préquelle de la Trilogie des elfes et premier tome des Chroniques des elfes. Il met en lumière les événements qui ont fait de Lliane une reine et une guerrière. Il a par ailleurs publié avec les photographes et infographistes Jean-Baptiste et Sandrine Rabouan, des albums illustrés sur le monde des fées et des elfes et des petits contes pour enfants.
Le monde, partagé entre les nains, les monstres, les elfes et les hommes, a perdu son équilibre depuis que ces derniers se sont approprié la légendaire épée Excalibur. Déchiré entre son épouse, la chrétienne Ygraine, et Lliane, la reine des elfes, le roi Uter a pris la décision de rendre l'épée sacrée et de restaurer ainsi l'ordre ancien. C'est alors que les monstres envahissent le royaume de Logres et anéantissent leurs adversaires désunis. Affaiblis et terrifiés, les hommes se tournent de nouveau vers les elfes, espérant que le peuple des arbres viendra à leur secours. Exilée sur l'île d'Avalon avec sa fille Morgane et accompagnée du mystérieux Merlin, la reine Lliane acceptera-t-elle, une fois encore, de tout risquer pour l'amour d'Uter ?

Le monde avait basculé dans le chaos.

Je n'ai pas été captivée comme pour le deuxième tome; je trouve que Fetjaine commet à nouveau certaines erreurs du premier, à savoir que toute l'intrigue se déroule un peu trop rapidement à mon goût ! J'aurais aimé qu'il développe certains passages, particulièrement ceux sur les trolls et le porteur de la lance, le mystérieux humain dénommé Maheloas...
Par ailleurs, certaines questions restent en supens : nous ne saurons jamais pourquoi le Seigneur Noir enlève des enfants de chaque race ! D'autre part, certaines idées sont lancées sans jamais aboutir, donnant l'impression que l'auteur les a abandonnées en cours d'écriture...

Par contre, le mystère autour du visage du Seigneur Noir est très bien rendu et tient en haleine jusqu'à la fin où le secret se dévoile enfin ! J'ai trouvé cela très original et très surprenant...

Il y a une sorte de fatalisme dans cette trilogie : quoique les personnages entreprennent pour restaurer l'ordre ancien, quelque soit leur volonté ou les sacrifices qu'ils consentent pour rétablir l'équilibre initial, on pressent d'un bout à l'autre que cette quête est vouée à l'échec !
De plus, Merlin montre une certaine naïveté quand il est persuadé que les intentions de la déesse sont la fusion de chaque race en une seule pour mettre fin aux querelles qui opposent sporadiquement les tribus entre elles... Nous les humains savons ce qu'il en est de l'utopie d'une paix universelle, n'est-il pas ?!? 

Pour conclure, je reste un peu sur ma faim. J'aurais aimé en apprendre davantage sur la tribu des monstres, certains passages me semblent un peu bâclés alors que d'autres sont tout à fait palpitants et captivants. De plus, certains personnages manquent de consistance, ce qui est dommage car leur psychologie aurait gagné à être davantage développée.
Malgré cela, je continuerai ma découverte de l'univers de Fetjaine avec Les Chroniques des Elfes !

Appréciation :

note : 3 sur 5

Mes autres avis sur la trilogie : tome 1 ♦ tome 2
Résumé détaillé (contenant donc des spoilers)

page 37 :
Derrière ses yeux clos, l'image de ce qu'il avait vu dans le chemin creux restait intacte, toujours aussi précise, plus effrayante encore que la mort elle-même. Alignés sur une seule piste, marchant dans les mêmes traces, les monstres avaient quitté les Terres noires. Il y avait des gobelins en armure, des orcs et des trolls à demi sauvages, de ces hommes-chiens qu'on nommait kobolds, des goules hâves d'une maigreur effroyable et d'hideuses créatures auxquelles nul n'aurait pu donner un nom. Freïhr contemplait, muet d'horreur, ce fleuve sombre qui coulait sans bruit vers la plaine, aussi lent que de la glace fondue, lorsqu'il l'avait vu. Une vision fugace, trop insupportable pour qu'il n'ait pas aussitôt détourné les yeux, pour qu'il ne se soit pas aussitôt enfui, ravagé de terreur, de dégoût et de honte, oubliant Galaad ainsi que toute prudence, les veines empoisonnées et les membres cloués par l'horreur. Là, au milieu de ces légions effroyables, perché sur un cheval noir aux côtés d'un cavalier d'apparence humaine brandissant une haute lance de métal sombre et entouré d'une escorte de guerriers barbus, il avait vu l'Innommable, l'Indicible, Celui-qui-ne-peut-être-nommé. L'être s'était tourné vers lui, comme s'il avait flairé sa peur, et Freïhr avait aperçu son visage... Vision insoutenable. Son visage était exactement... 

Le Manoir des Sortilèges de Serge Brussolo

Ce billet est ma 14è participation au challenge de Miyuki. -

Challenge Légende arthurienne

Ma 3ème participation au challenge d'Auudrey.

Challenge "Mythologies du monde " proposé par Myrtille

Ma 6ème participation au challenge de Myrtille - (légende arthurienne revisitée)

 

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lundi 1 avril 2013

La Nuit des elfes de JL Fetjaine - La Trilogie des elfes, tome 2

La nuit des elfes de JL Fetjaine - La trilogie des elfes, tome 2 

Auteur > Jean-Louis Fetjaine
Editeur > Belfond
Série > La trilogie des elfes, tome 2
Genre >  Fantasy
Date de parution > 1999
Nombre de pages > 278

(source : Wikipédia)

JL Fetjaine


Né en 1956, Jean-Louis Fetjaine est diplômé de philosophie et d'histoire médiévale. Il a été journaliste, puis traducteur et nègre littéraire aux Presses de la Cité. Le succès de sa Trilogie des elfes l’impose comme l'un des principaux représentants de la fantasy en France dès 1998. Il publie ensuite Le Pas de Merlin et Brocéliande, deux récits épiques entre la fantasy et le roman historique, puis s'oriente vers ce dernier genre avec la série Les Reines pourpres en deux tomes. Pour Le Pas de Merlin, il remporte le prix Imaginales du meilleur roman de fantasy en 2003. En 2008, il revient à la fantasy avec Lliane, préquelle de la Trilogie des elfes et premier tome des Chroniques des elfes. Il met en lumière les événements qui ont fait de Lliane une reine et une guerrière. Il a par ailleurs publié avec les photographes et infographistes Jean-Baptiste et Sandrine Rabouan, des albums illustrés sur le monde des fées et des elfes et des petits contes pour enfants.

Le monde a sombré dans le chaos lorsque les hommes ont exterminé les derniers royaumes nains. Seuls les elfes pourraient s'opposer à eux, mais ils se sont retranchés dans leurs immenses forêts, inconscients du danger qui les menace à leur tour.

Pour empêcher le duc Gorlois d'étendre la domination des hommes sur la terre, au nom de Dieu, le druide Merlin s'attache aux pas du chevalier Uter, l'amant de Lliane, la reine des elfes. Investi du pouvoir de Lliane, Uter devient le Pendragon, chef de guerre de tous les peuples libres, et tient désormais entre ses mains le pouvoir de restaurer l'ordre ancien. Mais il lui reste à choisir entre l'amour de deux reines : Lliane, l'inaccessible, réfugiée dans son île d'Avalon ; ou Ygraine, si réelle, si humaine ...

Récit flamboyant du combat entre deux mondes, deux religions, deux femmes, La Nuit des elfes apporte une dimension violente et sensuelle à la genèse du cycle arthurien.

La Nuit des elfes est le deuxième volet de la saga entreprise avec Le Crépuscule des elfes.

 

"Le monde, jusqu'alors, était en paix."

 Je craignais de lire ce deuxième tome car le premier m'avait laissée sur une note mitigée mais cette fois, la magie a totalement opéré sur moi.

Tout d'abord, j'ai retrouvé avec délice la plume envoûtante de Fetjaine, dont j'avais déjà apprécié la poésie dans le tome 1. Son style très agréable, très évocateur, très précis, nous emporte littéralement dans le fracas des combats ou dans les méandres brumeux, oniriques, de la forêt de Brocéliande...

Ensuite, l'auteur, contrairement au précédent tome, prend le temps de décrire cet univers (j'ai adoré les scènes de combats très réalistes ainsi que celle du tournoi, et bien d'autres encore !) ainsi que les sentiments animant ses personnages qui gagnent ainsi en épaisseur (même s'il reste quelques personnages sacrifiés à l'histoire et peu développés : par exemple, je n'ai pas compris à quoi servaient vraiment Bran ou Ulfin qui sont presque transparents...) !

Je dois avouer que le personnage qui m'a le plus touchée est Llandon, le roi des hauts-elfes, qui découvre qu'il peut ressentir des sentiments humains, comme la haine et la jalousie ou même l'amour, jusqu'ici étrangers à la nature elfique... Il incarne à mes yeux une figure tragique confrontée à un destin que l'on pressent inéluctable ! Si bien que j'attendais avec impatience les passages où il apparaissait...

Ce tome est beaucoup plus sombre, beaucoup plus sanglant, beaucoup plus mystique que le premier !

 Là où le roi Pellehun était animé par la soif de conquête, tout en déplorant le carnage des soldats nains (page 34 : "Il n'y avait pas de joie dans l'anéantissement des nains. Juste un écoeurant dégoût"), Gorlois, lui, nourrit l'ambition d'éradiquer complètement les autres races en se servant de la religion pour mener cette croisade !
Car il est beaucoup question de foi dans ce tome.  Les nains ont disparu, non pas par ce qu'ils ont été militairement vaincus, mais parce qu'ils ne croyaient pas aux légendes de leur talisman. Tandis que les chrétiens, assez isolés pour l'instant, apparaissent comme la puissance montante grâce à leur foi indéfectible !

Malgré l'espoir, toujours fragile et menacé, se dégage du livre une espèce de désenchantement.
Alors même que le pouvoir magique de Lliane donne à Uter ses succès militaires, il le vide dans le même temps de toute âme, de toute substance, faisant de lui une coquille vide, n'éprouvant plus que le remords d'avoir trahi ses anciens frères d'armes.

Mais l'heure des choix, aussi douloureux soient-ils, est venu pour Uter !

Pour conclure, une lecture que j'ai énormément appréciée. Les personnages principaux gagnent enfin en profondeur, les détails réalistes fourmillent donnant une âme à l'histoire et l'écriture poétique de Fetjaine sait faire naître des moments de magie pure provoquant notre émerveillement. J'ai hâte de lire la suite...

Appréciation :

note : 4 sur 5

Mes autres avis sur la trilogie : tome 1tome 3
Résumé détaillé (contenant donc des spoilers)

"L'ennemi était là, derrière lui, à peine visible dans la brume blanche. Il n'entendit que sa voix.
-
Oferceald sar hael hlystan !
La malédiction de la glace... Un froid intense, perçant comme une flèche gelée, le frappa au coeur. Il tomba à genoux, puis à la renverse dans les fougères, le souffle coupé par la douleur. Mais, au-delà de la brume, il l'avait reconnue.
- Lliane...
Le froid s'étendait dans ses veines, frappait ses tempes, et la voix de sa soeur, répétant encore et encore son atroce incantation, ne lui parvenait plus qu'assourdie, lancinante. Déjà, la douleur s'était estompée, et l'engourdissement apaisait l'intolérable souffrance. Ses yeux épaissis par le gel voyaient les fougères se couvrir de givre, tout autour de lui, puis se briser comme du verre, sans un bruit. D'ailleurs, il n'y avait plus de bruit, pas même celui de son propre souffle. Pas même celui des pas de Lliane quand elle s'approcha. Il la vit ramasser son enfant et la couvrir de baisers, puis se pencher sur lui, les yeux brillants de haine, effrayante dans sa nudité zébrée d'écorchures. Il vit son expression changer quand elle le reconnut, passer de la haine à la stupeur, puis de la stupeur à l'horreur. Il voulut parler, mais sa langue gelée se brisa dans sa bouche. Et son dernier souffle forma une pellicule de givre sur ses lèvres."

Le Manoir des Sortilèges de Serge Brussolo

Ce billet est ma 9è participation au challenge de Miyuki. - Llandon, malgré le fait qu'il a basculé dans le côté sombre, incarne pour moi le prince charmant, je ne saurais m'expliquer ce craquage complet... 😍

Challenge Légende arthurienne

Ma 2ème participation au challenge d'Auudrey.

Challenge "Mythologies du monde " proposé par Myrtille

Ma 4ème participation au challenge de Myrtille - (légende arthurienne revisitée)
 

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mercredi 2 janvier 2013

Le Crépuscule des elfes de JL Fetjaine - La Trilogie des elfes,tome 1

Le Crépuscule des elfes de JL Fetjaine - Tome 1

Auteur > Jean-Louis Fetjaine
Editeur > Belfond
Série > La trilogie des elfes, tome 1
Genre >  Fantasy
Date de parution > 1998
Nombre de pages > 372


(source : Wikipédia)

JL Fetjaine


Né en 1956, Jean-Louis Fetjaine est diplômé de philosophie et d'histoire médiévale. Il a été journaliste, puis traducteur et nègre littéraire aux Presses de la Cité. Le succès de sa Trilogie des elfes l’impose comme l'un des principaux représentants de la fantasy en France dès 1998. Il publie ensuite Le Pas de Merlin et Brocéliande, deux récits épiques entre la fantasy et le roman historique, puis s'oriente vers ce dernier genre avec la série Les Reines pourpres en deux tomes. Pour Le Pas de Merlin, il remporte le prix Imaginales du meilleur roman de fantasy en 2003. En 2008, il revient à la fantasy avec Lliane, préquelle de la Trilogie des elfes et premier tome des Chroniques des elfes. Il met en lumière les événements qui ont fait de Lliane une reine et une guerrière. Il a par ailleurs publié avec les photographes et infographistes Jean-Baptiste et Sandrine Rabouan, des albums illustrés sur le monde des fées et des elfes et des petits contes pour enfants.

Il y a bien longtemps, avant même Merlin et le roi Arthur, le monde n'était qu'une sombre forêt de chênes et de hêtres, peuplée d'elfes et de races étranges dont nous avons aujourd'hui perdu jusqu'au souvenir. Dans ces temps anciens, les elfes étaient un peuple puissant et redouté des hommes, des êtres pleins de grâce à la peau d'un bleu très pâle, qui savaient encore maîtriser les forces obscures de la nature. Ce livre est le récit de leurs dernières heures, depuis la rencontre du chevalier Uter et de Lliane, la reine des elfes. L'histoire d'une trahison et de la chute de tout un monde, d'un combat désespéré et d'un amour impossible. Ce fabuleux roman établit un pont entre l'univers des légendes celtiques, la fantasy et le cycle arthurien.

 

"De nos jours, il n'y a plus d'elfes."

Quand j'ai lu les trois premières pages, je me suis dit que j'allais être transportée par le souffle épique du livre... mais j'ai peu à peu déchanté dès les chapitres suivants... Les scènes se succèdent rapidement sans que l'on ait le temps de s'attacher aux personnages dont la psychologie est survolée pour ne pas dire inexistente (et c'est plutôt gênant quand on sait qu'ils disparaissent les uns après les autres d'une manière encore plus rapide que leur description !^^), l'intrigue est prévisible, les dialogues sonnent faux (à part quelques-uns intéressants), la quête manque de rythme. De plus, je n'ai pas du tout cru un seul instant à l'histoire d'amour entre Lliane et Uter dont le rapprochement manque de subtilité je trouve.

J'aurais aimé que l'auteur prenne le temps de planter le décor et les personnages, qu'il nous décrive avec force détails l'univers qu'il avait imaginé avec ses légendes et ses coutumes. Hélas, il se contente d'aller à l'essentiel, toujours à l'essentiel, rien qu'à l'essentiel, et l'ouvrage s'en trouve ainsi bâclé. C'est dommage, car l'idée de mêler elfes et nains à la légende arthurienne était intéressante. Peut-être Fetjaine aurait-il dû borner son histoire à une nouvelle ? Ce qui aurait eu l'avantage de resserrer l'intrigue tout en n'en gardant que les bons moments.

Car il y a quelques points positifs : la description des elfes est très réussie et très évocatrice si bien que l'on ressent cette fascination et parfois cette horreur qu'ils inspirent aux hommes; j'ai adoré le prologue, le 1er chapitre et les deux dernières pages qui savent distiller une part certaine de mystère et de magie.

Pour conclure, une lecture en demi-teinte. Il manque un souffle épique au livre et de la profondeur aux personnages. Malgré tout, je lirai la suite, surtout qu'il s'agit du premier livre écrit par Fetjaine et que ses Reines pourpres m'avaient énormément plu.

Note :

Le Crépuscule des elfes de JL Fetjaine - La Trilogie des elfes,tome 1

 Mes autres avis sur la trilogie : tome 2tome 3
Résumé détaillé (contenant donc des spoilers)

"Je vous parle d'un âge où les hommes n'étaient que l'une des quatre tribus de la déesse Dana, les Tuatha Dê Danann, elfes, nains, monstres et hommes. Et à chaque peuple la déesse avait confié un talisman, symbole de chaque race et garant de sa survie. Les hommes reçurent le Fal Lia, la Pierre de Fal, principe même de souveraineté, qui gémissait dès qu'un roi légitime s'en approchait. Peut-être est-ce pour cela qu'ils crurent pouvoir dominer le monde... Aux elfes échut le Chaudron du Dagda, le Graal de la connaissance divine. Aux monstres la lance de Lug, le dieu que les moines appelèrent Lucifer, arme terrible qui ne pouvait étancher sa furie meurtrière qu'en étant plongée dans un chaudron empli de sang. Et les nains reçurent l'Epée de Nudd, qu'ils nommaient Caledfwch dans leur langue rocailleuse et qui devint, dans la bouche des hommes, Excalibur."

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Le Crépuscule des elfes de JL Fetjaine - La Trilogie des elfes,tome 1

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