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lundi 26 janvier 2015

Le jeu de la tentation de Jeanne Bourin

Le jeu de la tentation de Jeanne Bourin

 Auteur > Jeanne Bourin
Editeur > France Loisirs
Genre > Historique (Moyen-Age)
Date de parution > 1984
Nombre de pages > 445


(source : Evene)

Jeanne Bourin

Née en 1922, Jeanne Bourin passe une double licence d'histoire et de lettres, après des études au lycée Victor-Duruy. Romancière et historienne médiéviste, elle publie en 1963 son premier livre qui raconte les amours respectives de Pierre de Ronsard et d'Agrippa d'Aubigné. Sa deuxième parution est une biographie d'Agnès Sorel intitulée La dame de beauté et pour laquelle Jeanne Bourin a renoué avec une méthode historique. Mais c'est en 1979 qu'elle connaît son plus grand succès : elle a consacré sept ans de recherche à ce roman qui rassemble critique et public. La chambre des dames, préfacée par Régine Pernoud, met en scènes des marchands et artisans du siècle de Saint-Louis. Le livre obtient plusieurs prix et est traduit en sept langues. Elle écrit en outre la suite de son roman à succès sous le titre du Jeu de la Tentation. Le genre romanesque devient alors sa source fétiche : elle étudie la passion de Pierre de Ronsard pour Cassandre dans Les Amours blessées en 1987 avant de consacrer le début des années 1990 à une histoire des jardins français. Jeanne Bourin a de même organisé plusieurs conférences et écrit de nombreux articles de presse.
Elle meurt en 2003.

 

Après La Chambre des dames, Le jeu de la tentation est le second volet de la chronique familiale des Brunel, marchands et artisans, vivant en Ile-de-France, en ce XIIIe siècle rayonnant que Jeanne Bourin a su merveilleusement ressusciter.
Nous sommes en juin 1266, le dernier bel été du règne de saint Louis. Marie, la plus jeune fille des Brunel, est veuve depuis deux ans et mère attentionnée de deux enfants, Vivien et Aude. Elle a vingt-sept ans, un métier qu'elle adore, enlumineresse, et un amant fougueux, Côme Perrin, maître mercier.
Mais Marie est déchirée entre son amour maternel et son penchant pour Côme. De plus, trois Lombards, truands et criminels, font peser sur sa famille une terrible menace. Dans cette période encore paisible, le destin des Brunel préfigure les malheurs qui vont s'abattre sur le royaume.
Sous le regard d'Aude, la propre fille de Marie, commence alors le jeu de la tentation : argent, luxure, violence, désespoir, mort, et jusqu'à la sainteté et au martyre.

Le matin d'été foisonnait de promesses.

 L'histoire se déroule onze après la fin de La Chambre des dames. Mathilde, la mère, est morte peu de temps après le mariage de sa fille Jeanne avec un drapier de Blois, laissant ses enfants et son mari désemparés. Celui-ci ne vit plus que dans le souvenir de sa femme, et la petite dernière, Marie, qui n'était qu'une enfant dans le tome 1, s'est mariée par dépit à Robert Leclerc, un enlumineur comme elle, décédé depuis 2 ans dans des circonstances troubles.
Au début du roman, une partie de la famille et quelques amis sont réunis pour fêter la St Jean dans la maison campagnarde de son beau-père à Gentilly, située à quelques lieues de la capitale. Malheureusement, drames et scandales s'apprêtent à frapper durement les Brunel...

 Pour les lecteurs qui espéraient retrouver Florie dans cette suite, autant les prévenir tout de suite : l'inoubliable héroïne de La Chambre des dames n'y fait qu'une brève apparition en compagnie de son mari Philippe, et n'est plus que l'ombre d'elle-même, "beauté fanée [paraissant] rongée de l'intérieur.(...) [considérant] sa stérilité comme un châtiment mérité." (page 269)
Arnault et sa femme Djounia ne sont évoqués que par le frère de cette dernière, Djamal, étudiant égyptien qui est tombé amoureux d'Agnès, la coquette fille adoptive de Florie.
Ce sont donc surtout les petits-enfants de Mathilde et d'Étienne qui sont mis en avant ici : les adolescents Blanche et Thomas, enfants de Bertrand et Laudine, et leur cousine Agnès, ainsi que Vivien et Aude, les jeunes enfants de Marie.

L'histoire est vue alternativement à travers les yeux de Marie, accaparée par sa liaison toute fraîche avec Côme Perrin, et à travers ceux d'Aude, sa fille, possessive et exigeante.

Si le récit est tout à fait plaisant, je dois avouer qu'aucune des deux narratrices n'a trouvé grâce à mes yeux. Les tergiversations continuelles de la jeune veuve m'ont profondément agacée d'autant que l'on a droit de sa part à des introspections plus que complètes et redondantes qui, pour un paragraphe, en comptent cinq ! Les états d'âme de Marie ont d'ailleurs failli m'être fatale puisque c'est à l'un deux que ma lecture s'est brutalement arrêtée il y a deux ans et que je ne l'ai reprise qu'au mois de décembre dernier...
Quant à Aude, elle est dotée d'une nature tellement excessive, passionnée, moralisatrice, capricieuse et intransigeante qu'il est bien difficile de s'attacher à elle.

Encore heureux que le jeune couple d'amoureux platonique formé par Agnès et Thomas est là pour apporter un peu de fraîcheur et provoquer chez le lecteur un élan de sympathie !

Malgré quelques personnages exaspérants et la plume très bavarde de l'auteure, ce fut un réel plaisir de s'immerger à nouveau dans le quotidien de la famille Brunel ! Cette fois, l'atelier d'enluminure et l'échoppe de mercerie ont remplacé la boutique d'orfèvrerie, et les truands Lombards les étudiants Goliards. De plus, nous passons plus de temps à la campagne au temps des moissons et des fêtes de village que dans les rues encombrées de Paris, si bien que l'intérêt du lecteur est vraiment renouvelé. Car l'auteure excelle toujours autant à retranscrire l'atmosphère et les coutumes de la fin de règne de Saint Louis, dans un style moins lourd que dans le 1er tome, même si elle cède parfois à quelques facilités narratives...

Bref, malgré quelques réserves, cette relecture ne m'a procuré que du bonheur !

Appréciation :

La chambre des Dames de Jeanne Bourin

Dans un fracas de cris, d'appels, d'interjection, de hennissements, de discussions, de braiments, de jurons, parmi les odeurs, les senteurs, les relents, les bouquets, les remugles, les fumets, les exhalaisons de la marée, de la boucherie, des épices, de la crémerie, du crottin, des jardins, des eaux salies, de la vinaille, et des fortes transpirations, il fallait se faufiler en essayant de ne se faire ni bousculer, ni peloter, ni écraser les orteils. Ce n'était pas facile.
Marie réussit cependant à s'extraire de l'agitation qui tourbillonnait principalement devant les portes de l'enceinte à l'intérieur de laquelle s'engouffrait le gros du public, et à prendre pied sur le sol plus calme entourant le chevet de Saint-Eustache.
Comme elle y parvenait, elle se trouva en face d'un homme dont le regard insolent croisa un instant le sien. Etait-ce parce qu'il était jeune, beau, bien bâti, élégant, ou parce que ses prunelles pers lui parurent luisantes et cruelles comme celles d'un félin ? Une sorte de secousse la traversa, lui serra le ventre, lui fit sauter le cœur. Pourquoi ? Était-ce peur ou trouble ? Qui était cet homme ? Et que lui importait ce qu'il pouvait être ? Elle ne le connaissait pas, était certaine de ne l'avoir jamais rencontré... Le temps qu'elle se reprenne, il avait disparu.

(page 243-244)

La Chambre des Dames : ici

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"Au moment où la promeneuse nocturne parvenait au bas de l'escalier à vis qu'elle avait déjà emprunté pour descendre, elle entendit des chuchotements qui provenaient de la chambre attribuée à Côme lors de son arrivée. Située dans un renfoncement, à droite des premières marches, la porte s'entrouvrait avec lenteur. Reculant sans bruit jusqu'à la courtine qui fermait le passage qu'elle venait de franchir, Aude se dissimula derrière la lourde tapisserie, tout en prenant soin d'en tenir un pan écraté du mur, afin de découvrir qui allait sortir de la pièce. Le battant de bois sculpté s'ouvrit enfin et Marie, en simple chemise de toile safranée, nu-tête, ses lourdes nattes blondes sur le dos, apparut. Nul autre que ses enfants ne la voyait d'ordinaire dans cette simple tenue, sans rien pour dissimuler ses cheveux, avec cette coiffure du coucher qui la rajeunissait tellement !"

le jeu de la tentation

Ma chronique

dimanche 27 janvier 2013

La chambre des Dames de Jeanne Bourin



Auteur > Jeanne Bourin
Editeur > France Loisirs
Genre > Historique (Moyen-Age)
Date de parution > 1984
Nombre de pages > 429
Préface > Régine Pernoud


(source : Evene)

Jeanne Bourin

Née en 1922, Jeanne Bourin passe une double licence d'histoire et de lettres, après des études au lycée Victor-Duruy. Romancière et historienne médiéviste, elle publie en 1963 son premier livre qui raconte les amours respectives de Pierre de Ronsard et d'Agrippa d'Aubigné. Sa deuxième parution est une biographie d'Agnès Sorel intitulée La dame de beauté et pour laquelle Jeanne Bourin a renoué avec une méthode historique. Mais c'est en 1979 qu'elle connaît son plus grand succès : elle a consacré sept ans de recherche à ce roman qui rassemble critique et public. La chambre des dames, préfacée par Régine Pernoud, met en scènes des marchands et artisans du siècle de Saint-Louis. Le livre obtient plusieurs prix et est traduit en sept langues. Elle écrit en outre la suite de son roman à succès sous le titre du Jeu de la Tentation. Le genre romanesque devient alors sa source fétiche : elle étudie la passion de Pierre de Ronsard pour Cassandre dans Les Amours blessées en 1987 avant de consacrer le début des années 1990 à une histoire des jardins français. Jeanne Bourin a de même organisé plusieurs conférences et écrit de nombreux articles de presse.
Elle meurt en 2003. 

Jamais le Moyen Age n'avait encore inspiré un tel roman, chronique chaude et familière d'une famille vivant au XIIIème siècle, dans le royaume de Saint Louis.
Ce roman n'est pas un roman historique au sens habituel du terme. C'est un roman dans l'histoire. Jeanne Bourin y conte l'existence quotidienne des Brunel, orfèvres à Paris, surtout celle des femmes et, tout particulièrement, de deux d'entre elles : Mathilde, la mère, trente-quatre ans, et Florie, sa fille, quinze ans, qui se marie. Tout semble tranquille, assuré. Rien ne l'est car une folle passion et des événements dramatiques vont ravager la vie des Brunel.
Si l'intrigue est imaginaire, le cadre historique, lui, ne l'est pas. Une documentation rigoureuse donne au moindre détail une authenticité que Régine Pernoud, éminente médiéviste, s'est plus à confirmer dans sa préface : les Brunel vivent sous nos yeux comme on vivait en XIIIème siècle rayonnant où l'on mêlait gaillardement vie charnelle et vie spirituelle, quête du corps et quête de l'âme, sans déchirement. A travers La Chambre des dames, tout un temps ressuscite dans sa verdeur, son naturel et son originalité. Nous épousons sa mentalité, tout à la fois voisine et différente de celle d'aujourd'hui. Mathilde, Florie, chaque personnage nous devient familier, nous les aimons comme s'ils étaient des nôtres. C'est ainsi que bien des idées reçues se voient battues en brèche.

Déchirant la nuit qui déclinait, le cor, soudain, sonnait le jour.

J'avais lu ce livre, adolescente, et il m'avait laissé une forte impression. Je le relis longtemps après dans le cadre d'une lecture commune, et je lui trouve toujours autant de charme, même si ce charme me paraît désormais un peu suranné et que certains défauts sont plus visibles à mes yeux.

Or donc, ce qui m'avait séduite et qui continue à me séduire, c'est cette immersion totale dans ce Paris du XIIIè siècle où l'on suit le quotidien d'une famille d'orfèvres, les Brunel. L'auteure décrit avec beaucoup de précision les décors, les costumes, les bijoux, les fêtes, les repas et même les odeurs... On suit certains membres de la famille dans leur visite aux malades de l'Hôtel-Dieu, dans la procession du saint patron de leur guilde, dans les caroles fêtant le mois de mai, dans leurs déplacements d'une région à l'autre... bref, dans les mille et un gestes qui émaillent leur quotidien ! Car c'est un Moyen-Age vivant, coloré, érudit, que nous dépeint l'auteure, loin des clichés habituels sur la noirceur crasse des temps... peut-être même un peu trop idéalisé parfois !
Il y a un détail qui pourra peut-être surprendre les lecteurs(trices) du XXIème siècle mais qui participe au réalisme du livre et c'est l'omniprésence de Dieu dans leurs moindres gestes, dans leurs moindres pensées !

Mais ce livre a également les défauts de ses qualités car dans son souci du détail réaliste, l'auteure ne nous épargne aucun adjectif, aucun substantif dans des phrases à rallonge, si bien que l'on a parfois l'impression qu'elle nous dresse le catalogue d'un marchand médiéval tenant boutique !
Cette lourdeur se ressent dans certains des dialogues où l'auteure enferme des informations qui n'y ont pas leur place et qui donnent l'impression qu'ils sonnent faux...

Concernant l'histoire en elle-même, l'intrigue tourne surtout autour de Mathilde, la mère, et de Florie, la fille aînée, qui vont toutes deux éprouver une passion coupable pour le cousin par alliance de la deuxième, Guillaume Dubourg.
On assiste donc à leur combat intérieur pour résister à cette tentation redoutable et respecter leur devoir envers leurs époux respectifs.
Personnellement, je ne me suis attachée à aucun des personnages de ce triangle amoureux (le seul qui trouve grâce à mes yeux dans le roman est Arnauld, le frère aîné).
Mathilde m'agace par ses lamentations incessantes sur l'impuissance de son époux (le pauvre !).
Florie, si elle m'avait émue lors de ma première lecture, me laisse dans l'incompréhension la plus totale... /!\Attention spoiler/!\Si on lui pardonne sa faiblesse dans la première partie du livre eu égard à sa jeunesse, à son inexpérience et au machiavélisme de Guillaume, on a bien du mal à comprendre sa rechute 6 ans plus tard. Idem, pour Guillaume. Je dois avouer qu'au début, j'éprouvais de la pitié pour lui car il semblait malheureux de ses sentiments envers Florie et qu'il éprouvait de la culpabilité vis-à-vis de son cousin, mais ensuite,son manque flagrant de scrupules, son chantage honteux n'ont attiré que mon mépris. Il fait preuve d'un égoïsme aussi délirant que sa passion est destructrice, ce qui fait de lui un être totalement méprisable./!\Fin du spoiler/!\
Mais c'est justement cela qui fait la force du roman selon moi : des personnages aux prises avec leur conscience et qui se débattent avec leurs contradictions, leurs doutes, leurs faiblesses et leur noirceur.

Bref, malgré quelques défauts, je trouve cette plongée dans l'univers des Brunel passionnante avec des passages très forts, et les drames vécus par cette famille ne peuvent nous laisser indifférent.

Appréciation :

La chambre des Dames de Jeanne Bourin 

page 61 :
Le soir était venu. Avec lui, la fête battait les murs de Paris. Au milieu des chaussées, aux carrefours, sur les places, on dansait, on chantait, on applaudissait, on buvait, on riait. Le long des rues tendues d'étoffes aux couleurs vibrantes, courtines et tapisseries ornaient les fenêtres. Des guirlandes de fleurs, de feuillages décoraient les façades de chaque maison.
Ménestrels, musiciens, jongleurs, conteurs, s'étaient établis un peu partout, jouaient de tous les instruments, apostrophaient les passants, débitaient mille farces, étourdissaient les Parisiens dont les vêtements, tant ils étaient colorés, semblaient tout flambant neufs.
Autour des arbres de Mai, enrubannés, plantés en des endroits choisis, filles et garçons faisaient des rondes. Sur les plus grandes places, on se livrait aux joies de la danse robardoise, à celles de la Belle Aélis, et, bien entendu, à la ballerie de la Reine de Printemps.
Sans hâte, en cadence, une chaîne de jeunes femmes et filles oscillait, place de la Grève, au rythme de la carole.

La suite de La Chambre des Dames : ici

Lecture commune

Lecture commune organisée par A Little Bit Dramatic...
D'autres billets : Aaliz ♦ A Little Bit Dramatic ♦ Jelydragon ♦ Lynn

Challenge "Histoire"

 Ma 3è participation au challenge de Lynnae - avec une brève apparition de Saint Louis.

 

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mercredi 19 décembre 2012