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mardi 13 octobre 2026

En l'absence des hommes de Philippe Besson

 ”Je ne suis plus un enfant. Il ne faut pas se fier aux yeux verts, à la peau de fille, à cette fragilité de l'apparence, à la gracilité. Il ne faut pas croire que les yeux baissés, c'est forcément de la timidité. Je sais ce que je fais. Seize ans, c'est l'âge des possibles. Je ne m'interdis rien. Pourquoi m'interdirais-je quoi que ce soit ?


Editions : Julliard
Parution : 2001
Genre : Roman historique, épistolaire
Pages : 194
Emprunté

Quatrième de couverture : 

Eté 1916. Vincent découvre la passion dans les bras d'Arthur, jeune soldat qui tente d'échapper pour quelques jours à l'horreur des tranchées et, dans le même temps, ébauche une amitié amoureuse avec Marcel Proust... C'est le point de départ de ce surprenant roman, le premier écrit par Philippe Besson.

Mon avis : 

C'est après avoir vu à la télévision, l'adaptation d'un roman de l'écrivain Philippe Besson, Arrête avec tes mensonges, que j'ai eu envie de découvrir son oeuvre. Comme le livre éponyme avait déjà été emprunté à ma médiathèque, je me suis rabattue sur celui-ci, attirée par l'époque où était censée se dérouler l'intrigue, à savoir la Première Guerre mondiale. En outre, en apprenant que le livre portait sur l'amour entre deux hommes (un ado et un jeune homme pour être plus précise), je m'attendais à tout autre chose. Je pensais que l'histoire serait plus ancrée dans l'Histoire ! Là, ça aurait pu se passer à n'importe quelle époque. Je m'attendais à une description de la vie à l'arrière, en l'absence des hommes justement, et à découvrir la vie d'un jeune garçon de 16 ans parmi les femmes, avec les réflexions et les rêves que l'on peut avoir à cet âge-là. Or, j'ai trouvé Vincent trop mature pour son âge et l'époque, et surtout, un peu trop prédisposé au verbiage (c'est lui le narrateur du roman). En effet, j'ai eu l'impression que l'auteur s'appliquait surtout à bien écrire, se souciant plus du style que de nous transmettre des émotions, car malheureusement, je n'ai jamais ressenti cette passion censée embraser nos deux jeunes amants.

La faute, je pense, au style qui m'a gênée tout le long de ma lecture, tant il semblait copié sur celui de Marguerite Duras ! C'était déstabilisant... et lassant à la longue tous ces "Je dis : (...) Tu dis : (...)" qui s'enchaînent ad nauseam. D'autant que la compréhension devient confuse avec des dialogues qui se suivent dans un même paragraphe et se mélangent avec le récit lui-même si bien que parfois je ne savais plus quel personnage parlait ni quel personnage agissait !

La 1ère partie du livre couvre les 7 jours de permission d'Arthur pendant lesquels Vincent alterne ses après-midis avec Marcel (Proust) et ses nuits avec son amant.

La 2ème partie est constituée de la correspondance entre Vincent et Arthur, reparti au combat, et de Vincent et Marcel parti en Normandie régler des affaires.

Pour la 3ème partie, je ne peux en parler sous peine de spoiler !

Malheureusement, rien ne m'a convaincue dans ce livre, et je ressens beaucoup de frustration en tant que lectrice. On ne saura jamais comment Vincent et Arthur sont tombés amoureux. On passe sans transition du 1er rendez-vous avec Marcel à sa nuit d'amour avec Arthur. Qu'est-ce qui les a poussés dans les bras l'un de l'autre ? Mystère... Il n'y a pas vraiment d'histoire, on a surtout l'impression que Vincent s'écoute beaucoup parler ! C'est dommage, parce que ses pensées sont parfois joliment transcrites. 

C'est comme pour le contexte historique, on a le sentiment qu'il n'est qu'un prétexte et que l'auteur voulait surtout se faire rencontrer le narrateur et Marcel Proust. En outre, j'ai trouvé le traitement de certaines situations assez anachroniques : je veux bien que dans le milieu artistique, la tolérance était plus développée vis-à-vis de l'homosexualité mais Vincent se confie très vite à son tout nouvel ami, et par lettre de surcroît ! Idem pour sa correspondance avec Arthur où il lui parle sans fard de la nature de leurs liens alors que les lettres étaient ouvertes, lues (et censurées au besoin) par l'Armée... Tout sonne donc un peu faux dans ce récit ! Il faut dire que le livre ne fait que 194 pages écrites en gros caractère. Un peu trop court pour développer de manière satisfaisante l'intrigue et donner de la consistance aux personnages...

D'autres avis :  Babelio ♦ Booknode ♦ Livraddict

mercredi 31 juillet 2019

Emportés par la guerre de Bruno Mayorgas

 


Editions : Morel
Parution : 18 décembre 2016
Genre : Essai historique
Pages : 161
Partenariat


Résumé :

A la veille de la Grande Guerre, Villeneuve-de-Marc est une modeste commune rurale de l’Isère. La vie de ses habitants bascule le 1er août 1914 : la majorité des hommes sont mobilisés et doivent partir. Les Villeneuvois sont brusquement précipités dans le cauchemar de la Première Guerre Mondiale. Le conflit qui ne devait pas durer s’est éternisé pendant quatre ans. Ceux qui sont restés au village se sont organisés pour survivre. Ils ont été séparés de leurs maris, de leurs fils, de leurs pères. Ils ont guetté leurs lettres et espéré leur retour.
Certains ne sont jamais revenus. Ils ont été tués sur les champs de bataille. Ils sont morts en captivité loin de leur terre natale. Ils sont décédés dans des hôpitaux de l’arrière. Certains ne se sont jamais remis de l’horreur qu’ils avaient vécu et se sont suicidés. D’autres sont morts après l’armistice des conséquences de la guerre. La plupart sont revenus malades, blessés ou estropiés, au mieux changés pour toujours. Beaucoup sont demeurés mutiques et ont eu peine à raconter leur histoire.
Civils ou militaires, adultes ou enfants, tous ont été d’une manière ou d’une autre emportés par la guerre. 

 
Mon avis :


Je trouve merveilleuse l'idée que c'est le travail de recherche d'élèves du CM2 qui a été le point de départ de l'écriture de cet ouvrage.

Villeneuve-de-Marc est un village isérois de moins de 1000 habitants à la veille de la Première Guerre mondiale. Les auteurs retracent d'abord la vie du bourg à la veille de la guerre, puis la mobilisation générale suivie du quotidien des habitants durant le conflit (accueil de réfugiés belfortins, gestion de la commune par les membres du conseil non mobilisés, création d'hôpitaux militaires bénévoles...). Les 2/3 restant du livre sont consacrés à la biographie succincte des Villeneuvois mobilisés et qui pour la plupart ne sont jamais revenus ou sont décédés des suites de leurs blessures.

C'était à la fois très émouvant et très instructif. J'ai appris plein de choses que je ne connaissais pas. L'ouvrage est en outre émaillé de documents de l'époque : photos, extraits d'articles de journaux ou des journaux des marches et des opérations, lettres, avis officiel de disparition, extrait de registre militaire... etc.

C'est un bel hommage aux jeunes sacrifiés de ce village qui leur est rendu ainsi qu'un beau travail de mémoire. 
 
Je remercie Babelio et les éditions Morel pour cette très belle découverte !

D'autres avis : Livraddict ♦ Babelio ♦ Booknode ♦


 


mercredi 22 août 2018

Mémoires d'espions en guerre d'Yvonnick Denoël


 


Editions : Nouveau Monde
Parution : 27 février 2018
Genre : Essai
Pages : 457
Partenariat


Résumé :

Quel rôle ont joué Les espions dans les deux guerres mondiales ? Voici pour la première fois réunis les témoignages d'hommes et de femmes qui ont contribué à façonner cette histoire. Les historiens ont souvent ignoré ou minoré l'importance du renseignement dans le fait militaire contemporain. Il est vrai que les témoignages doivent être recoupés par Les archives, ce qui requiert le recul du temps. Cette anthologie sans équivalent propose donc une histoire parallèle des deux guerres mondiales, telle qu'il est enfin possible de l'écrire. Des "coups tordus" entre belligérants de la Grande Guerre aux décryptages décisifs de La Seconde Guerre, des agents doubles (voire triples) aux saboteurs infiltrés en territoire ennemi, des simples informateurs aux "seigneurs" de l'espionnage, des anciens des services allemands, russes, français, britanniques, américains, etc. dévoilent ici des épisodes marquants, et souvent stupéfiants, de Leur carrière. On croisera des noms connus des historiens du renseignement, comme Marthe McKenna, Walter Schellenberg, Le colonel Rémy ou Pavel Soudopla-tov.. Mais on découvrira aussi nombre de personnages dont nous publions le témoignage inédit. Ces récits sont éclairés par la recherche la plus récente. La sélection présentée écarte ceux, parmi les plus célèbres, dont on sait aujourd'hui qu'il s'agissait de pures inventions ou d'exagérations.

 

Mon avis :

Mémoires d'espion en guerre offrent les témoignages d'espions ayant oeuvré durant les Première et Deuxième Guerres mondiales. Dans l'introduction, Yvonnick Denoël nous explique l'évolution de l'espionnage, majoritairement exercé par des amateurs en 1914-1918, avant de donner naissance à l'espionnage moderne en 1939-1945.
L'auteur a choisi avec soin les mémorialistes, éliminant ceux qui livraient des récits trop fantaisistes ou mensongers. Chaque chapitre du livre est composé du témoignage d'un espion sur un événement précis, précédé d'une note explicative avec quelques brefs renseignements biographiques.
Ce qui était intéressant, c'est que l'on a le point de vue des différents camps, et pas seulement de celui des vainqueurs. Ainsi, nous pouvons lire le témoignage d'espions de diverses nationalités (belge, française, allemande, autrichienne, tchèque, hongroise, russe, américaine, anglaise...)
J'ai trouvé ce livre passionnant et très instructif. Ainsi, je ne pensais pas que les femmes étaient aussi nombreuses à espionner durant la Première Guerre mondiale ! Et c'est toujours intéressant de voir la guerre à travers les yeux des espions eux-mêmes, qui n'agissent pas forcément pour les mêmes motivations (patriotisme, idéologie, matérialisme...). En tout cas, ll faut faire preuve d'astuce, de sang-froid, et savoir souvent s'adapter ou parfois suivre son instinct, car c'est un métier extrêmement risqué.
C'est une guerre totale : tous les moyens sont bons pour désinformer, déstabiliser le camp adverse (y compris par l'usage de la fausse monnaie) et c'étaient intéressant de constater que certains mémoires en recoupaient d'autres.


Merci Babelio et aux éditions du Nouveau Monde pour ce partenariat.

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D'autres avis : Livraddict ♦ Babelio ♦ Booknode ♦



lundi 27 février 2017

La guerre de Louise (1914-1921): Parcours de déportés civils en Allemagne de Sylvie Arnoux


Merci à 

Masse critique
et aux éditions  

https://www.entre-temps-editions.fr/
pour ce partenariat !

En découvrant les carnets de guerre de Louise, déportée dans un camp en Allemagne à 17 ans, Sylvie Arnoux a plongé dans le drame vécu par des milliers de civils lorrains en 1914.
Elle nous invite à suivre , de la Lorraine au sud de la France, en passant par l'Allemagne et la Suisse, les parcours croisés de ces femmes, ces hommes et ces enfants.
Loin des récits militaires, les textes et chansons de Louise révèlent la force de vie et l'humour avec lesquels cette jeune femme affronte sept années de guerre.
Je savais que les Allemands avaient occupé les villages français situés sur la ligne de front lors de la Première Guerre Mondiale, je me doutais que cette présence ennemie avait entraîné l'exode de centaines de personnes (c'est ce qu'ont vécu lors de la Seconde Guerre Mondiale mes arrières-grands-parents ardennais jetés sur les routes de l'exode avec leurs neuf enfants), mais ce que j'ai découvert avec stupeur par le biais de ce livre, c'est que certains villages ont été entièrement vidés de leur population, déportée en Allemagne dans des conditions inhumaines.
Louise voit l'arrivée des troupes allemandes dans son village début septembre 1914. Tous les habitants sont entassés dans l'église durant plusieurs jours tandis que les maisons sont livrées au pillage. Le manque d'aération, d'hygiène, de nourriture, entraîne la mort des plus faibles, vieillards et enfants en bas âge, ou encore la folie chez quelques personnes âgées.
Les occupants font régner la terreur, exige des otages et des rançons. Quand ils ne fusillent pas arbitrairement quelques villageois pour couvrir les bavures de leurs soldats.
Les femmes et les enfants sont ensuite séparés des hommes pour être envoyés dans des camps de concentration en Bavière. Ils sont parqués dans des wagons à bestiaux, sans bagages, sans eau, sans nourriture, pour être accueillis à Amberg sous les crachats et les insultes de la foule allemande, remontée contre les Français par les journaux de propagande. Seuls quelques Allemands leur montrent de la compassion.
Dans les camps, ils doivent à nouveau faire face à la promiscuité, à la malnutrition, au manque d'hygiène, à l'air vicié, qui favorisent les épidémies et emportent les plus âgés et les plus jeunes. Certaines femmes meurent en accouchant quand ce ne sont pas leurs bébés. 
Leur quotidien est parfois momentanément amélioré lors de visites officielles  afin de masquer les mauvaises conditions de détention. Quand des reproches sont tout de même adressés aux responsables des camps, ceux-ci se retranchent derrière la réputation de malpropreté des Français [réputation qui a survécu jusqu'à ma génération puisque ma correspondante allemande m'a un jour affirmé que nous les Français nous étions sales, sans aucune raison valable puisque nous nous douchons chez nous tous les jours, mais bon, bref, passons....].
En janvier 1915, la guerre perdurant, les femmes et les enfants valides sont renvoyés en France, mais comme la Lorraine est toujours le théâtre des combats, les déportés sont dirigés vers le sud du pays. Les Suisses, qui voient transiter par leur pays ces cortèges de réfugiés, sont effarés de leur extrême maigreur et de l'expression éteinte de leur regard.
Louise et sa mère  sont logées dans la Drôme. Les réfugiés ne peuvent se déplacer ou travailler sans autorisation. Louise devra attendre février 1916 avant de pouvoir trouver un emploi.
La cohabitation avec les autochtones se dégrade au fur et à mesure de l'afflux de réfugiés. Si au début, les Provençaux se sont montrés accueillants, ils essaient ensuite de s'y soustraire, et le préfet est obligé de recadrer certains maires en leur rappelant le devoir de solidarité de tous les Français, et en menaçant quelque fois de recourir à la réquisition des logements. Mais la cohabitation n'est pas forcément plus aisée entre les réfugiés eux-mêmes qui sont obligés de se partager les pièces d'une même maison.
Avec son travail, Louise et sa soeur aînée, qui est venue les rejoindre, s'intègrent à la population, se font des amis, goûtent aux plaisirs des jeunes de leur âge. Ces connaissances lui seront utiles quand, lors de la Seconde Guerre mondiale, elle vivra un deuxième exode.
La fin de la guerre n'entraîne pas pour autant le retour immédiat des réfugiés car il faut sécuriser les anciennes zones de combat, assurer leur déminage, reconstruire. Le village de Louise ne possède plus une seule maison debout. Louise et sa famille sont enfin autorisées à retourner dans leur village en 1921, dans une habitation provisoire... Mais le père de famille est mort dans le sud, des séquelles de sa déportation comme d'autres Français...

Pour conclure, j'ai été effarée de découvrir ce pan de notre histoire, que je ne connaissais pas du tout, alors que je suis d'une région voisine. Pendant longtemps, jusqu'à il y a quelques années, peu d'historiens s'étaient penchés sur le sujet, plus intéressés par les souffrances des Poilus. C'est horrible de penser que tous ces civils déportés ont dû vivre avec ces souvenirs extrêmement douloureux sans pouvoir les partager avec le reste de leurs compatriotes. C'est un peu comme si l'Histoire niait ce qu'ils avaient vécu. Je suis choquée que les livres d'histoire de ma scolarité n'y aient jamais fait allusion ! Avec ce témoignage, l'auteure répare un peu cet oubli ! Dommage qu'il n'y ait désormais plus de survivants pour en prendre connaissance.
En tout cas, la lecture a été à la fois très instructive et très intéressante, mais également révoltante pour les traitements inhumains infligés à tous ces civils qui se sont retrouvés au mauvais endroit au mauvais moment. Les carnets et photos de Louise constituent le fil rouge de cet ouvrage, mais l'auteure s'appuie également sur d'autres témoignages lorrains ainsi que les lettres de fonctionnaires français ou allemands.
Et l'on se dit avec tristesse que l'Histoire ne fait que bégayer, car ce témoignage fait écho à d'autres réfugiés, lancés sur les routes à cause de la guerre, déracinés et indésirés, mais cette fois cela se déroule de nos jours...

Merci aux éditions Entre-Temps et à Babelio pour ce partenariat !
(sources : Babelio)

Sylvie Arnoux, née en 1962, est diplômée de l’École Supérieure de Commerce.
Elle a travaillé dans le tourisme et l’édition avant de se consacrer à l’écriture. Elle est auteur de romans et nouvelles, elle écrit également pour les enfants.
Paru aux éditions Kirographaires en octobre 2011, Mamy Grand est son premier roman.
La spécificité de ses publications jeunesse est d’être accessible aux lecteurs dyslexiques.
Sylvie Arnoux réside à Lyon.

- Son site -
- Sa page Facebook -

 
Ma 72ème participation au challenge de Lynnae -
https://www.entre-temps-editions.fr/

http://www.livraddict.com/biblio/livre/l-enchanteur-1.html
http://www.babelio.com/livres/Glasfurd-Les-mots-entre-mes-mains/848257
https://booknode.com/l_enchanteur_015479