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mardi 12 janvier 2016

Nord et Sud d'Elizabeth Gaskell

Nord et Sud d'Elizabeth Gaskell

fiche détaillée

 Auteur > Elizabeth Gaskell
Editeur > Fayard
Genre > classique, roman industriel
Date de parution > 1855 pour l'édition originale,  2005 pour la présente édition
Titre original > North and South
Nombre de pages > 510
Traduction > de l'anglais par Françoise du Sorbier

auteur

 

Elizabeth GaskellFille et femme de pasteur, Elizabeth Gaskell (1810-1865) connaissait intimement la vie provinciale et les milieux industriels. Sa sensibilité aux questions sociales la porta à peindre avec sympathie la condition des opprimés de son temps : les ouvriers et les femmes. Proche de Charles Dickens, George Eliot et Charlotte Brontë, elle a occupé une place importante sur la scène littéraire victorienne. Les éditions Fayard ont publié Nord et Sud en 2005 et Les Amoureux de Sylvia en 2012.
Une jolie édition de Nord et Sud  est parue chez Points Seuil en 2005, avec un certain succès (plusieurs réimpressions et "coup de coeur" de la Fnac, en particulier).

quatrième de couverture

 C’est le choc de deux Angleterre que le roman nous invite à découvrir : le Sud, paisible, rural et conservateur, et le Nord, industriel, énergique et âpre. Entre les deux, la figure de l’héroïne, la jeune et belle Margaret Hale. Après un long séjour à Londres chez sa tante, elle regagne le presbytère familial dans un village du sud de l’Angleterre. Peu après son retour, son père renonce à l’Église et déracine sa famille pour s’installer dans une ville du Nord. Margaret va devoir s’adapter à une nouvelle vie en découvrant le monde industriel avec ses grèves, sa brutalité et sa cruauté. Sa conscience sociale s’éveille à travers les liens qu’elle tisse avec certains ouvriers des filatures locales, et les rapports difficiles qui l’opposent à leur patron, John Thornton.

En même temps qu’un étonnant portrait de femme dans l’Angleterre du milieu du XIXe siècle, Elizabeth Gaskell brosse ici une de ces larges fresques dont les romanciers victoriens ont le secret.

première phrase

"«Edith ! murmura Margaret, Edith !"

avis personnel

J'avais tellement entendu de bien de ce livre que j'en attendais sûrement beaucoup. Trop même. Car j'espérais inconsciemment retrouver le même emballement que lors de ma découverte d'un Jane Austen, d'un Charlotte Brontë ou sa soeur Emily voire Ann, d'un Edith Wharton, d'un W.M. Thackeray. Or, il n'en fut rien, et je ressors mitigée de ma lecture, même si dans l'ensemble je suis heureuse de cette découverte.

 Vu le sujet traité, je m'attendais à un mélange de Zola, pour la description du milieu ouvrier, et d'Austen pour celle de la vie sociale de l'héroïne, mais je n'ai retrouvé ni la profondeur du premier ni la causticité de la deuxième.

Alors que le thème des revendications ouvrières m'intéressaient, j'ai trouvé que le livre manquait de descriptions du milieu industriel de l’époque. J'aurais vraiment aimé que l'auteure développe davantage cet aspect-là. En plus, nous ne voyons les grévistes qu'à travers les yeux de Margaret Hale, l'héroïne, qui est certes animée de bons sentiments, mais un peu trop "paternalistes" à mon goût. Les explications sur les relations entre patrons et ouvriers semblaient vraiment un peu creuses par moment.

Pour ce qui est de l'histoire d'amour entre les deux protagonistes, je l'ai trouvée vraiment très mal amenée. Il n'y a aucune progression narrative : Margaret et Thornton, affublés tous les deux d'un orgueil démesuré et mal placé qui les sépare un temps (ce thème vous rappelle un roman ? c'est normal mais j'ai le regret de vous informer qu'il est ici traité avec beaucoup moins de talent qu'Orgueil et Préjugés !!) se tournent autour pendant tout le roman sans arriver à susciter chez le lecteur qu'un intérêt poli. Les sentiments des deux protagonistes sont pourtant bien décrits, mais leur cheminement vers un amour partagé si peu approfondi que l'on ne comprend pas ce qui les amène finalement à se déclarer l'un à l'autre. En outre, l'auteure cède à certaines facilités narratives qui frôlent parfois le ridicule : la grande scène où Margaret vole à son corps défendant au secours de Thornton durant la grève  n'aurait pas déparé dans un mauvais Harlequin ; de même, elle se dépêtre un peu trop facilement de l'enquête policière qui menace de la compromettre, pirouette cacahuète et hop, disparus les soupçons qui pèsent sur elle...

Concernant les personnages principaux, je n'ai pas réussi à m'attacher à eux ni à comprendre leurs réactions. Margaret et Thornton avaient beaucoup de potentiel que l'auteure a gâché selon moi. Margaret, malgré une tendance à la prétention assez agaçante, frôle un peu trop la perfection physique et morale pour nous toucher vraiment. Thornton, bien que profondément honnête et intègre, incarne trop les valeurs petites-bourgeoises, et c'est rédhibitoire pour moi, désolée...

Je n'ai jamais compris les raisons (dont la nature n'est jamais précisée) qui poussent le père de Margaret, le pasteur Hale, à abandonner sa charge ecclésiastique ni surtout à partir dans un endroit aussi peu attrayant. En outre, je l'ai trouvé faible, inconsistant et geignard, il m'a tapée sur les nerfs une bonne partie du roman.

Je passe sur la cousine de Margaret, parfaitement frivole et insipide, sur la mère de Margaret, qui a tendance à se plaindre, au début du roman, à propos de pacotilles.

Par contre, j'ai beaucoup aimé l'ouvrier Higgins et sa fille Bessy, ainsi que Frederick, le frère de Margaret et Mr Bell, l'ami bienfaiteur de la famille.

Pour conclure, un livre qui m'a un peu déçue malgré le thème prometteur du milieu industriel et ouvrier. Je m'attendais à un grand choc des cultures entre le nord et le sud de l'Angleterre mais cela reste vraiment trop anecdotique pour être vraiment marquant.  J'aurais aimé que l'auteure aille plus loin dans sa réflexion sociale, qu'elle soit moins édulcorée. En outre, je n'ai pas du tout été convaincue par l'histoire d'amour dont les ressorts narratifs cèdent un peu trop à la facilité, la fin étant d'ailleurs un peu trop abrupte par rapport au reste du roman qui comporte beaucoup de longueurs sur des passages dispensables...

Appréciation :

note : 3 sur 5

extrait

 Lorsque Mr Thornton avait quitté la maison ce matin-là, il était presque aveuglé par sa passion frustrée. Il se sentait pris de vertige, comme si Margaret, au lieu d'être une femme douce et distinguée dans son allure, ses propos et ses gestes, lui eût répondu telle une robuste harengère par un solide coup de poing. Il éprouvait une authentique douleur physique : un violent mal de tête assorti d'un pouls irrégulier qui battait très fort. Le bruit, la lumière crue, le mouvement et le vacarme permanents de la rue lui étaient insupportables. Il se dit qu'il était un imbécile de souffrir pareillement ; pourtant, il était incapable pour l'instant de se souvenir de la cause de sa souffrance, de juger si elle était à la juste mesure des conséquences qu'elle avait provoquées. Il eût trouvé du soulagement à s'asseoir sur le pas d'une porte et à sangloter, tel un petit enfant éploré qui trépigne et s'insurge contre un mal qu'on lui a fait. Il se dit qu'il détestait Margaret, mais une bouffée d'amour, aiguë et violente, transperça comme l'éclair sa révolte sourde et menaçante cependant même qu'il formulait ses paroles de haine. Il trouvait surtout du réconfort à chérir on tourment, sachant, ainsi qu'il le lui avait dit, qu'elle aurait beau le mépriser, le rejeter, le traiter avec son indifférence souveraine, elle ne le ferait pas changer d'un iota. Elle n'en avait pas le pouvoir. Il l'aimait et continuerait de l'aimer, malgré elle et malgré cette misérable douleur physique.
(page 243)

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mercredi 4 février 2015

Rivers of Babylon de Peter Pišt'anek

Fiche détaillée 

Auteur > Peter Pišt'anek
Editeur > Fayard
Genre > contemporain, roman de mœurs satirique
Date de parution > 1991 pour l'édition originale , 2010 pour la présente édition
Titre original > Rivers of Babylon
Nombre de pages > 417
Traduction > du slovaque par Michel Chasteau

auteur
(sources : Fayard)

Peter Pišt'anek


Né en 1960, l'écrivain slovaque Peter Pišt'anek a été musicien dans un groupe de rock, a travaillé dans la publicité et a mis en ligne un magazine sur Internet. Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages. Son roman Rivers of Babylon, le premier d'une trilogie, paru en 1991 en Slovaquie, a été loué pour son originalité, son inventivité et la maîtrise de son style.

Photo : © DR


quatrieme de couverture

Bratislava, hiver 1989-1990. Rácz, jeune paysan simple et costaud, débarque de sa province natale en vue d’amasser le petit pécule qui lui permettra d’épouser la grosse fille chaste du boucher de son village. Il se retrouve employé comme unique chauffeur d’un vieil hôtel de luxe, l’Ambassador, dont le système de chauffage repose sur d’antiques chaudières nécessitant un entretien particulier. Très vite, le jeune homme se rend compte de l’immense pouvoir que lui vaut désormais le rôle de «maître du feu». Allumant et éteignant le chauffage au gré de ses humeurs, il soumet rapidement la masse grouillante des habitants de cette nouvelle Babylone, constituée d’une faune cosmopolite et bigarrée : service administratif corrompu, personnel servile, escrocs à la petite semaine, prostituées aux dents longues, touristes libidineux, ex-membres de la Sécurité d’État reconvertis en policiers corruptibles... Commence alors l’inexorable ascension du fringant anti-héros Rácz qui, de despote violent, se mue bientôt en démiurge omnipotent.
Mélange de roman de mœurs satirique, fiction politique au vitriol, conte philosophique, cette œuvre crue et burlesque, au comique dévastateur, met le doigt sur le système perverti et corrompu qui a régné dans les pays satellites de l’URSS au lendemain de la chute du mur.

première phrase

" Au matin l'ouvrier-chauffeur se réveille avec une telle haine dans l'âme qu'il n'a même pas envie de manger."

avis personnel

Je dois avouer que le début du roman ne m'avait guère enthousiasmée, et m'avait fait craindre un long moment d'ennui, mais très vite, on se retrouve embarqué dans cette satire du régime totalitaire communiste et du rêve obsessionnel de certains Slovaques de devenir riches à l'instar des Européens de l'Ouest...

L'intrigue se déroule presque à huit-clos dans un vieil hôtel de luxe de Bratislava, L'Ambassador, dans les années 1989-1990, c-a-d entre la chute du mur de Berlin et la Révolution de velours.
D'entrée de jeu, la stupéfaction saisit le lecteur à la découverte du fonctionnement économique communiste complètement ubuesque : non seulement, Donáth, le chauffagiste, effectue le travail de ses 3 autres collègues partis depuis des années en touchant un double salaire - les 2 autres payes étant partagées entre les employés de bureau - mais il travaille dans les sous-sols de l'hôtel depuis 50 ans, sans en être sorti, se donnant sans compter pour son travail, et bien sûr cette situation semble tout à fait normale au directeur qui s'indigne même de l'ingratitude de son employé modèle quand celui-ci souhaite prendre une retraite bien méritée !!  Donáth, consciencieux jusqu'au bout, promet de trouver et former son remplaçant. Le hasard le place sur le chemin de Rácz, jeune paysan fruste et buté, monté en ville en vue d'amasser assez d'argent pour marier la fille du riche boucher de son village...

C'est à la 1ère journée d'hiver que Rácz officie seul à la chaufferie, et c'est sur une parole humiliante du directeur qu'il décide de soigner son orgueil froissé en coupant le chauffage dans tout l'hôtel. Les employés, et les clients, à tour de rôle, vont descendre dans les sous-sols offrir des cadeaux à l'ouvrier afin de l'amadouer, et lui faire ainsi prendre conscience du pouvoir qu'il détient. Peu à peu, Rácz va prendre le contrôle de l'hôtel tandis que tous lui lèchent les bottes... Tous ? non, le directeur résiste toujours et encore... mais pour combien de temps ?

Peter Pišt'anek nous dépeint une faune hétéroclite, avide d'enrichissement personnel par n'importe quel moyen : menaces, prostitution, chantage, escroquerie, extorsion... tout est bon pourvu que l'argent se gagne facilement et rapidement... au risque de tout perdre ensuite en ayant été trop gourmand !

Il faut dire que le tourisme sexuel, pratiqué par des Européens de l'Ouest sans vergogne, ou tout simplement le désir de passer des vacances bon marché à Bratislava, constituent une manne pour les profiteurs de tous poils !

 L'auteur aborde des thématiques sombres mais son humour dévastateur emporte tout sur son passage, tant les situations sont parfois grotesques et "hénaurmes" ; elles contribuent d'ailleurs à dédramatiser la gravité de certains sujets, même si j'ai eu un pincement au cœur pour le destin sordide qui attend Silvia et Edita dans un bordel autrichien.

Rácz, l'anti-héros du roman, est hallucinant. Son futur associé, Vidéo-Urban (peut-être le personnage le moins antipathique) le décrit en ces termes peu flatteurs :

 C'est le type le plus stupide et le plus borné que j'aie jamais rencontré. Pour l'intelligence, il en a encore moins que [ma] chaussure droite. Mais une faculté d'adaptation inimaginable. Et un prédateur. Rácz, c'est une catastrophe naturelle. Une machine à faire du fric.
(page 244-245)

En plus de cela, Rácz est, au niveau de l'habillement, top ringard. C'est aussi un rustre, complètement inculte (il est persuadé que Puccini est un peintre !!^^), mais son ascension est irrésistible, et il finit par se faire baiser la main comme le Parrain de Coppola...

Pour conclure, l'auteur nous offre une peinture complètement déjantée et cynique de cette micro-société avide de richesse et prête à tout pour l'obtenir. J'ai  ri à plusieurs reprises, bien que certains passages soient vraiment noirs. Rácz est vraiment un anti-héros incroyable, détestable au possible mais tellement stupide, tyrannique et irréfrénable qu'il en devient fascinant...

Appréciation :

note : 4 sur 5

extrait

 Au bar de l'Ambassador, Hurensson attend un café. Ce petit pays, rempli d'un orgueil hypertrophié, artificiel et incompréhensible, est une nation de génies incompris et ignorés du reste du monde, se dit-il. Chacun ici croit valoir mieux qu'il n'en a l'air. un petit escroc qui fait le taxi au noir est persuadé d'être un artiste. Une blonde qui fait la pute n'oublie jamais de rappeler qu'elle est d'abord ballerine. Un groom contrefait aux doigts crochus cache un ex-assistant de l'ex-faculté de marxisme-léninisme. Un philosophe, comme il s'empresse de le préciser. Tout ce qu'ils font, ils ne le font que provisoirement, par nécessité. La serveuse du bar est d'humeur maussade : aucun doute, c'est qu'elle voulait être actrice autrefois. Et en être réduite à servir un café à Hurensson, quoi de plus dégradant ? Comme si Hurensson portait sa part de responsabilité dans le fait qu'elle n'ait pu monter sur les planches. Ce peuple est un peuple de sous-estimés, conclut Hurensson. Il aurait pu donner au monde les plus brillants artistes, les plus grands danseurs ou savants - c'est du moins ce qu'il prétend. Pourquoi ne l'a-t-il jamais fait ? - voilà la question.
(page 136-137)

divers

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Ma 8è participation au challenge de BouQuiNeTTe - séjour en Slovaquie
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