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mardi 30 juin 2026

Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet

Notre-Dame-des-Fleurs fait ici son entrée solennelle par la porte du crime, porte dérobée, qui donne sur un escalier noir mais somptueux. Notre-Dame monte l'escalier, comme l'ont monté bien des assassins, n'importe lequel. Il a seize ans quand il arrive au palier. Il frappe à la porte, puis il attend. Son coeur bat, car il est résolu. Il sait que son destin s'accomplit...

Editions : Galimard
Collection : Folio
1ère parution : 1948
Présente édition : 1976
Genre : Drame, classique
Pages : 377

Mon avis :

Je dois avouer que la lecture a été très compliquée, accentuée par l'absence de chapitres, beaucoup de digressions et de nombreux retours dans le passé. J'ai eu du mal à comprendre ce que nous racontait l'auteur. On a l'impression de lire les divagations d'un camé. Pour info, le narrateur n'est autre que l'auteur lui-même qui écrit dans la prison de Fresnes ce qui deviendra son 1er roman. C'est peut-être pour cette raison que Jean y parle beaucoup de verges (et de pets). J'imagine que c'est l'effet logique d'incarcérations répétées. 

Il y a malgré toute cette verve scatologique et pornographique, quelques passages étonnamment poétiques (oui, même quand ça parle de bites !), quand d'autres semblent totalement décousus. 

Le narrateur fait vivre des personnages imaginaires pour l'aider à alimenter ses rêveries obscènes.

Trois personnages fictifs se détachent du récit :

  1. Divine (Louis Culafroy de son nom de naissance), environ 30 ans, travelo mort de phtisie : "Ses yeux chantent malgré leur désespoir et leur mélodie passe des yeux aux dents qu'elle rend vivante, et des dents à tous ses gestes, à ses moindres actes, et sorti des yeux, c'est ce charme qui, de vague en vague, se déplie jusqu'à ses pieds nus."
  2. Mignon-les-Petits-Pieds, voleur, indic, mac et amant de Divine, possiblement le père de Notre Dame : "Encore que gouape, Mignon avait un visage de clarté. C'était le beau mâle, violent et doux..."
  3. Notre Dame des Fleurs, qui donne son nom au roman, assassin de 16 ans et amant de Divine
Le style est tellement alambiqué par moments que j'ai lu certains passages en diagonale, complètement démotivée. Heureusement que mon intérêt était parfois ravivé par la description du monde travesti et prostitué de Montmartre avec ses "tantes", leurs discussions et leurs rivalités, ou par l'évocation des prisons d'enfants. Sinon, je pense que j'aurais abandonné le livre depuis longtemps...

L'auteur nous avoue également sa fascination pour les criminels ainsi que son envie de tuer. D'ailleurs, j'ai été déçue qu'il fasse de Divine, seul personnage attachant de ce roman, un assassin de petite fille vers la fin...

Cette lecture n'a donc pas été convaincante, la faute à une narration tellement confuse par moment que j'oubliais certaines informations. J'ai bien envie de laisser le mot de la fin à Jean Cocteau : "La bombe Genet. Le livre est là, terrible, obscène, impubliable, inévitable. On ne sait par où le prendre. Il est, il sera. Obligera-t-il le monde à devenir tel qu'il puisse y paraître ? pour moi, c'est le grand événement de l'époque. Il me révolte, me répugne et m'émerveille."


D'autres avis : Babelio ♦ Booknode ♦ Livraddict
Challenge : Les 12 thèmes de Jellydragon


lundi 15 juin 2026

Du Guesclin - Au coeur de la guerre de Cent Ans de Clervie Quelven

 


Editions : Plein Vent
Collection : Grandes Figures de l'Histoire
Parution : 11 mars 2026
Genre : Aventure historique, Biographie romancée
Pages : 226
Partenariat

Quatrième de couverture:

Raillé pour son physique déplaisant, Bertrand du Guesclin est sans aucun doute l'un des plus brillants chevaliers de l'histoire de France. En pleine guerre de Cent Ans, il saura prouver que le courage ne dépend ni de la naissance ni de l'apparence. Mais ce fidèle serviteur du roi de France devra aussi faire preuve de toute son habileté et de toute son intelligence dans les conflits de son temps. Des forêts bretonnes aux champs de bataille de France et d'Espagne, entre querelles dynastiques et invasion anglaise, Du Guesclin devra lutter jusqu'au bout pour savoir où placer sa loyauté...
Une épopée pleine d'aventure, d'amitié et d'honneur, pour découvrir la véritable histoire du « Dogue noir de Brocéliande » !

Mon avis :


J'ai hésité avant de participer à cette Masse critique consacrée à la littérature jeunesse parce que j'ai généralement été déçue par mes participations concernant ce genre mais le contexte de la Guerre de Cent Ans (que j'ai étudiée à la fac) m'a finalement décidé à retenter l'aventure.
Au début, je m'attendais à un roman mais il s'agit davantage d'une biographie romancée tant la vie de Bertrand du Guesclin est ici détaillée. On sent que l'auteure s'est appuyée sur une solide et rigoureuse documentation mais cela ne pèse pas à la lecture tant la plume sait se montrer entraînante ! D'ailleurs, je salue l'ambition de cette collection en espérant que la jeunesse s'y intéresse car je me demande si la figure de Du Guesclin est toujours connue de nos jours.  
Seule petite réserve : ça aurait été mieux selon moi que le contexte historique dans lequel évolue le héros (la Guerre de 100 ans et les camps en présence) intervienne dès le début au lieu de la page 20.

Je remercie Babelio et les éditions Plein Vent pour ce partenariat !

D'autres avis : BabelioBooknode ♦ Livraddict ♦

samedi 23 mai 2026

François le Champi de George Sand

Elle n'avait point de préjugés, et quand elle entendait dire : " C'est dommage qu'un si beau gars soit un champi ", elle répondait : " Les champis ont moyen d'être beaux, puisque c'est l'amour qui les a mis dans le monde."

Editions : Hachette
Collection : Grandes Oeuvres
Illustrations : Tony Johannot
1ère parution : 1848
Présente édition : 1985
Genre : roman champêtre, classique
Pages : 200 (440)

Résumé :

Un champi, c'est un enfant abandonné dans un champ. Un champi suscite la crainte et la méfiance des paysans. Un champi a mauvaise réputation. François est un champi élevé par sa nourrice Zabelle. Mais Cadet Blanchet, le meunier chez qui elle loge, l'oblige à s'en séparer. Le jeune garçon est alors recueilli par Madeleine, une femme au grand coeur qui n'est autre que l'épouse de... Cadet Blanchet. Avec l'aide de Zabelle, elle le nourrit et l'instruit en cachette. Petit à petit, une relation particulière va unir François à sa mère adoptive.

Mon avis :


Ce livre, c'est ma mère qui me l'avait offert quand j'étais adolescente. J'avais mis du temps à lire François le Champi, lui préférant La petite Fadette. Peut-être aussi le fait que le personnage principal soit un garçon avait joué dans mes réticences à l'époque. Et puis, finalement je m'étais laissée happer par la plume pleine de délicatesse et de simplicité de l'auteure. Lors de cette relecture, le charme agit toujours, même si je suis aujourd'hui plus sensible au caractère scandaleux de la relation liant le jeune François à Madeleine, sa bienfaitrice. Mais j'y reviendrai plus tard.

François le Champi est donc un enfant que ses parents ont abandonné quelques mois après sa naissance

et que l'Hospice a confié aux soins d'une mère de substitution qui reçoit un peu d'argent pour l'élever. La Zabelle, qui vit dans une grande précarité, n'est pas forcément très fiable malgré la tendresse sincère qu'elle éprouve pour le malheureux enfant, en butte à la méfiance et aux préjugés des paysans, précédé par sa mauvaise réputation de Champi. Et je me dis que les choses n'ont guère évolué tant je me souviens que les enfants de la DDASS à l'époque de ma jeunesse souffraient du même discrédit de paresse et de vol. 

Par chance, sa route va croiser celle de Madeleine, l'épouse du meunier, jeune femme bienveillante et généreuse, qui va prendre soin de lui, mais en cachette à cause des tracasseries de sa belle-mère.

Ce roman met donc en évidence à la fois la dure condition des enfants trouvés et celle des femmes mal mariées, soumis aux injustices et aux contraintes sociales de l'époque.

Car ils y étaient encore à minuit.

Mais ce qui est au coeur du roman est la relation entre François et Madeleine. A leur première rencontre, Madeleine a 20 ans et François 6 ans. Le petit garçon la considère pendant des années comme une mère. C'est d'ailleurs répété à de nombreuses reprises dans le roman. Par ailleurs, cet écart d'âge se retrouve réduit à 10 ans un peu plus loin dans le livre. Je ne sais pas si ce changement est dû à une erreur de l'écrivaine ou à sa volonté de mieux faire passer ensuite l'évolution des sentiments entre les deux protagonistes. Car François est tombé amoureux de celle qui a longtemps personnalisé pour lui la figure maternelle. Je n'ai pas trop compris le choix de George Sand de faire naître cette relation amoureuse quasi incestueuse alors que l'histoire d'amour aurait pu exister sans avoir créé ce lien quasi filial. C'est dommage parce que les deux personnages sont extrêmement touchants et attachants. François est un jeune homme certes un peu naïf mais droit, honnête, travailleur et compatissant. Et comme dit plus haut, Madeleine est une jeune femme généreuse, dévouée, douce et charitable. Un couple on ne peut mieux assorti...

Malgré tout, j'ai éprouvé beaucoup de plaisir à cette relecture pleine de bons sentiments. Ca fait du bien, parfois...

 
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jeudi 30 avril 2026

Le roi d'août de Michel Pagel

Étrange destin que celui des filles de rois, à qui nul ne demandait jamais leur avis sur l'homme qu'on leur donnait comme époux, qui quittaient leur famille, leur pays, souvent à l'âge le plus tendre, pour pénétrer d'un coup dans l'intimité d'un inconnu auquel elles devaient se soumettre.


Editions : Les Moutons électriques
Collection : La bibliothèque voltaïque
Parution : 2 octobre 2020
Genre : Fantasy historique
Pages : 538
Ebook

Résumé de l'éditeur :

A l'âge de quatorze ans, Philippe, promis aux plus hautes fonctions du royaume de France, s'égara lors d'une chasse en forêt. De la bouche d'un être que d'aucuns auraient cru légendaire, il apprit de quelle fantastique ascendance il était l'héritier, ainsi que la véritable nature des pouvoirs royaux des capétiens. Sa vie entière, le souverain resta hanté par cet événement qui modela à jamais sa personnalité et ses actes, d'alliances en conflits avec la papauté ou les Plantagenêts, et jusqu'à la stupéfiante répudiation de sa seconde femme, la belle Isambour de Danemark. Voici contée ici la destinée exceptionnelle du roi Philippe-Auguste : une chronique strictement fidèle aux faits relatés par les témoins de l'époque, mais qui révèle enfin ce dont l'histoire n'a gardé trace...

Mon avis :


Tout d'abord, je veux souligner le tour de force de l'auteur d'avoir écrit un roman historique aussi précis sur une personnalité ayant vécu 800 ans avant nous. J'ai étudié à la fac Philippe Auguste (qui est d'ailleurs un de mes personnages historiques préférés), et cela se voit que l'auteur s'est appuyé sur une documentation solide pour écrire ce livre. J'ai donc vraiment kiffé me replonger dans la vie de ce grand roi. En outre, on se sent vraiment immergé dans ce XIIème siècle finissant, avec la description des différents lieux, des conseils royaux, des enjeux politiques, des mariages diplomatiques. La partie historique est à la fois le point fort et le point faible du livre. Car j'aurais aimé que l'auteur arrive à se détacher de tous ces événements politiques pour m'aider à m'attacher aux personnages. C'est dommage parce que la relation compliquée entre Isambour de Danemark et son époux royal aurait pu faire naître de beaux moments d'émotions mais, même si j'ai été parfois touchée par leurs malheurs, je me suis sentie la plupart du temps détachée d'eux. 
En outre, je n'ai pas été convaincue par le parti pris de Michel Pagel d'expliquer les énigmes réelles de la vie de Philipe Auguste par une perspective fantastique, même si je trouve l'idée très intéressante, mais cette partie-là n'a pas été assez exploitée ni développée pour que j'y adhère vraiment !

Pour conclure, une lecture très plaisante à défaut d'être totalement convaincante... 






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samedi 28 mars 2026

Je voulais vivre d'Adélaïde de Clermont-Tonnerre


Anne de Breuil, comtesse de La Fère, Charlotte Backson, Milady de Winter, vos crimes ont lassé les hommes sur la terre et Dieu dans le ciel. Dépouillez-vous de vos mensonges, renoncez à vos masques, et si vous avez une prière, dites-la, car vous allez mourir. 



Editions : Grasset
Parution : 20 août 2025
Genre : Historique, classique revisité
Pages : 383
Ebook (prix : 16,99€)
Emprunté 

Résumé de l'éditeur :


Par une nuit glaciale, le père Lamandre recueille une fillette de six ans venue frapper avec insistance à sa porte. L’enfant aux yeux admirables tremble de froid et de faim. Elle a les pieds en sang dans ses souliers à boucles d’argent, mais refuse de répondre aux questions qui lui sont posées. Le vieux prêtre ne saura que son prénom : Anne. Vingt ans plus tard, Anne est devenue Lady Clarick. Richissime, courtisée, elle a l’oreille des grands et le cardinal de Richelieu ne jure que par elle. Pourtant, dans l’ombre, quatre hommes connaissent son vrai visage et sont prêts à tout pour la punir de ses forfaits. Manipulatrice sans foi ni loi, intrigante, traîtresse, empoisonneuse, cette criminelle au visage angélique a traversé les siècles et la littérature : elle se nomme Milady.
Voici venu le temps d’écarter la légende pour rencontrer la femme. Même un personnage de fiction peut réclamer justice. Ce roman inoubliable, écrit d’une voix puissamment contemporaine, rend vie à Milady et nous offre son histoire dont Dumas a semé les indices dans Les Trois Mousquetaires.
Magnifique portrait d’une femme libre menant, pour sa survie, un jeu dangereux. Dans une époque où trop d’hommes voudraient la contraindre et la posséder, elle se bat – jusqu’à la transgression ultime – pour son pays, pour son idéal et pour sa liberté.


Avis : 


Malgré la venimosité de Milady, j'ai toujours trouvé ce personnage très intrigant. Comment cette femme en était-elle arrivée à un tel degré de cruauté et de folie meurtrière? Avait-ce toujours été dans sa nature ?
J'étais donc très enthousiaste à l'idée de découvrir le point de vue de Milady, surtout au vu des nombreux avis élogieux (avec une moyenne de 4,36/5 sur Babelio et 17,6/20 sur Livraddict). Je m'attendais donc à une lecture vraiment envoûtante qui me révèlerait de manière fracassante une nouvelle Milady, pas tout à fait la même, ni tout à fait une autre mais que j'aimerais et comprendrais. Attention ! Je ne souhaitais pas vraiment qu'elle soit réhabilitée, hein, mais que son comportement de folle furieuse ait au moins une explication plausible et un peu moins condamnable que les apparences, tout en espérant un personnage aussi intense que l'original. Beaucoup d'attentes, donc. Un peu trop peut-être ?
Car j'ai vraiment été déçue par ma lecture. J'ai eu l'impression que l'histoire de Milady était survolée. Qu'il lui manquait de la profondeur. C'est dommage parce qu'un personnage aussi complexe et fascinant aurait mérité un meilleur développement.
La plume en elle-même n'est pas désagréable, les pages se tournent toutes seules, mais les personnages manquent cruellement de chair et de passion, ce qui fait que l'on ne se sent pas touché par eux, malgré les malheurs qui les accablent.
Concernant les allusions de Dumas sur le passé de Milady, ma lecture des Trois Mousquetaires remonte à trop loin  pour que je m'en souvienne avec précision mais les efforts de l'auteure pour combler ces blancs ne m'ont pas du tout convaincue tant ils me semblaient forcés ou peu naturels /!\Attention spoiler ! /!\ (par exemple : comment a-t-elle pu céder au prêtre alors qu'elle s'en méfie dès le début ? — lors de la pendaison, on se demande où sont passés les invités ! — en Angleterre, on ne comprend pas d'où sort la mission de M. de Marnay !) /!\Fin du spoiler/!\  Ces épisodes ont sûrement manqué de développement pour être crédibles, en plus de paraître parfois incohérents.

De plus, je n'ai pas trouvé la technique du POV très pertinente. Au début du roman, l'auteure alterne le point de vue de Milady dans les années 1620 et celui de d'Artagnan à la bataille de Maastricht en 1673. Puis d'autres POV (comme celui du comte de Rochefort) viennent s'ajouter. Mais cette technique narrative n'apporte rien à l'histoire selon moi.

Pour conclure, ma lecture a été mitigée et décevante. Je m'attendais vraiment à autre chose, surtout d'un roman récompensé par le prix Renaudot ! Je m'attendais à quelque chose de plus fort, de plus puissant, de plus intense. Il s'agit de Milady, palsambleu ! Un des personnages les plus marquants de Dumas, qui interpelle le lecteur par son manque total d'empathie et sa cruauté gratuite (quelle utilité de tuer Constance ?). Et quelle vie aventureuse elle a eue ! Or, ici, je n'ai jamais ressenti de surprise ni ne me suis sentie transportée par un quelconque souffle épique.
Peut-être Milady aurait-elle dû, finalement, garder sa part de mystère ?

Milady par Eva Green


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jeudi 22 janvier 2026

Le Démon de la colline aux loups de Dimitri Rouchon-Borie


 La Colline aux Loups c'est là que j'ai grandi et c'est ça que je vais vous raconter. Même si c'est pas une belle histoire c'est la mienne c'est comme ça.
La Colline aux Loups j'aime pas en parler d'habitude. Le Démon est né là et c'est là qu'il m'a pris.



Editions : Le Tripode
Parution : 7 janvier 2021
Genre : Drame contemporain
Pages : 237
Emprunté


Résumé de l'éditeur :

Les hommes sont
des choses vides
et des fois leur vie
se remplit de bien
et des fois de mal
et des fois c'est partagé
et ça fait une lutte.

Ces phrases extraites du Démon de la Colline aux Loups résument l'élan qui habite ce texte stupéfiant, et son désir de dire la condition humaine.

Ecrit dans une langue volcanique, le premier roman de Dimitri Rouchon-Borie nous livre avec force le destin d'un être enfermé en prison. Et c'est une révélation, une lumière dans les ténèbres.


Avis : 

De la prison où il est enfermé, un homme écrit ses souvenirs sur les conseils de son psy afin de déverrouiller ses blocages, mais également dans un souci de rédemption. On devine un homme peu instruit. Il écrit exactement comme il nous parlerait. C'est un style très oral. On a l'impression de lire en apnée tant il y a peu de ponctuation mais c'est ce qui donne aussi toute sa force au récit. C'est brut et sans fioriture, et ça nous prend aux tripes. 

Dès le début, on se demande ce qui a amené le narrateur derrière les barreaux. Apparemment, il a fait des choses terribles. Il parle également beaucoup du Démon sans que l'on sache de qui ou de quoi il s'agit. On apprend aussi qu'il est le 3ème né d'une fratrie de 6 enfants. La "portée" est élevée comme des animaux, dormant les uns contre les autres à même le sol sur une vieille couverture et se soulageant à l'autre bout de la pièce. Ils vivent en outre dans un noir permanent durant plusieurs années. Quelque fois, on dépose une gamelle pour eux. Comme on le voit, ils sont élevés dans des conditions d'hygiène épouvantables, mais le pire c'est qu'ils ne reçoivent aucune marque d'affection de la part de leurs parents, qui, au contraire, prennent plaisir à les maltraiter. 

C'est en allant à l'école que le narrateur (et le lecteur) apprend son prénom : Duke. Ses débuts y sont très chaotiques : Duke sait à peine parler et ne connaît rien aux codes ou rapports qui régissent les humains. Il est en outre considéré comme un abruti par ses camarades qui ne cessent de se moquer de lui.

La seule douceur réconfortante qui illumine sa vie est ce lien très fort qui l'unit à ses petits frères et soeurs (ses 2 frères aînés ont quitté le nid et l'on ne saura jamais ce qu'il est advenu d'eux). C'est d'ailleurs pour les protéger qu'il va se sacrifier ! 

La langue de Duke, qui s'exprime avec une candeur enfantine, ne fait que souligner l'horreur absolue que lui font vivre ses monstres de parents. Il y a des passages véritablement insoutenables. Dans ces moments-là, on a la désagréable impression que quelqu'un nous maintient le visage dans la boue mais Duke dégage une telle lumière, une telle sincérité, que l'on s'accroche à elles pour continuer la lecture. Son parler est parfois très imagé, conférant au récit une sorte de poésie désespérée. C'est un style sensoriel, presque primitif qui nous emporte et nous déchire.

La courte histoire de Duke, enfant massacré, puis ado brisé, est d'une tristesse infinie !

Ca faisait longtemps que  je n'avais lu un livre aussi bien écrit, aussi beau, aussi bouleversant, malgré les thématiques extrêmement dures abordées.

Duke commet des actes horribles mais ça n'est jamais gratuit et on sent toujours le bon en lui, si bien que l'on ne peut s'empêcher de penser à la vie qu'il aurait pu avoir s'il était né dans une famille saine et aimante...

A la fin, je n'ai pu empêcher les larmes de couler, et pourtant je ne pleure pas facilement. Je dis cela sans forfanterie aucune, juste pour souligner à quel point ce livre remue ce qu'il y a de plus humain en  nous ! 

Une lecture coup de poing, donc, à réserver à un lectorat averti ! 

D'autres avis :  BabelioBooknodeLivraddict
Challenge : Les 12 thèmes de Jellydragon


vendredi 5 décembre 2025

Les deux Royaumes, tome 1 : Il était une fois de Camille Jedel

 Le vent se leva et agita les feuilles des arbres avec la même férocité que la satisfaction bousculant son corps. Il n'avait jamais rien ressenti d'équivalent. Jusque là, il avait cru connaître l'expérience de la joie, mais il se trompait. Ce baiser était au-delà du bonheur simple d'une sieste au soleil, d'une herbe grasse sous ses pieds ou d'une course au clair de lune.


Editions : Autopublié 
Parution : septembre 2021
Genre : Romance érotique, Fantasy
Pages : 276
Illustrations (couverture & autre) : Yaya Chang
Crowdfunding
Prix : 17 euros 

 

Résumé :


Depuis mille ans, Damon ne vit que pour elle et par elle : la Forêt. Il la protège du monde des hommes. Solitaire et caché, il en est le cœur car il est la licorne.

Adrias, lui, est prince. Son père vient de mourir et pour accéder au trône il doit se marier, ainsi le veut la tradition. Hélas, il a visité tous les domaines de son Royaume sans trouver celle ou celui avec qui partager la couronne.

Mais une rencontre mystérieuse, un regard échangé, pourraient bien ébranler les destins de ces deux êtres que tout oppose. Car quand les cœurs prennent le pas sur la raison, le chaos s’abat sur les Deux royaumes.

Mon avis

Je ne sais plus comment j'ai découvert cette saga... je pense que c'était suite à la publicité d'un auteur que je suis sur facebook à propos d'une collecte lancée sur Ulule en mars 2022. J'avais flashé sur la couverture et avais participé à la campagne du tome 2 qui permettait également l'achat du tome 1. 

Bref. Autant vous le dire tout de suite, c'est la 1ère histoire avec une licorne que je lis ! Même quand j'étais enfant, je ne me souviens pas avoir jamais lu un livre avec une licorne !

Dans ce roman, la licorne est la gardienne et la protectrice de la forêt avec laquelle elle entretient un lien magique. Elle est aidée dans sa tâche par une harde de chevaux qui parcourent les bois et la préviennent  dès qu'un danger survient. 

La licorne est un être normalement immortel qui peut perdre la vie éternelle et ses pouvoirs magiques en tombant amoureuse d'un être mortel. Dans le prologue, la licorne, Shanaelle, malheureuse après avoir perdu son amant humain, décide de préserver son fils Damon des chagrins de l'amour en lui mentant sur les interdits qui doivent régir la vie de la licorne.

illustration©Camille Jedel & Yaya Chang

Du côté des hommes, leur royaume est divisé en 8 domaines dirigés par des hauts nobles rendant compte à un roi. La forêt les protège et a parfois joué lors de famines un rôle nourricier, sauvant les hommes de la mort. En échange de sa sécurité, les hommes ne doivent jamais tirer une épée en son sein.

Mille ans ont passé depuis la naissance de Damon qui, depuis quelque temps, suit les incursions d'un humain qui tente d'attraper Juna, l'étalon-chef de la harde. Il est fasciné par cet homme mais ensuite  déstabilisé quand il se rend compte que l'étranger est capable de le voir sous sa forme humaine alors qu'il est censé demeurer invisible à ses yeux...
Cet homme, c'est Adrias, le prince du royaume, âgé de 34 ans, et qui doit rapidement faire le choix d'un compagnon ou d'une compagne de règne pour valider son accession au trône.
Evidemment, dès le premier contact, Damon et Adrias sont irrésistiblement attirés l'un vers l'autre, allant jusqu'à délaisser les devoirs de leurs charges.

Comme précédemment avec les deux autres livres que j'ai lus de cette auteure, je me suis laissée complètement happer par sa plume entraînante. J'ai beaucoup aimé l'idée de faire réagir la forêt aux moindres émotions de la licorne pour souligner leur lien. Les mots, très évocateurs, dépeignent à merveille la nature et ses frémissements en réponse au ressenti de Damon (colère, désir, joie, plaisir). Du coup, je trouve dommage que les scènes érotiques ne soient pas retranscrites de cette manière sensorielle, versant de plus en plus dans la description anatomique voire pornographique. Et puis, à partir du moment où Adrias et Damon se connaissent intimement, ils n'arrêtent plus de forniquer. Vous me direz, normal pour un livre rangé dans la catégorie érotique sauf que, au moment de l'acheter, je n'avais pas remarqué ce détail tellement mon cerveau avait fondu à la vue de la sublime illustration de couverture ! 

Autre petit bémol : l'univers de fantasy n'est pas assez détaillé selon moi, le récit se focalisant davantage sur la relation entre Damon et Adrias. Qui est quand même le gros point fort du livre, hein ! Car malgré ces quelques réserves, j'ai passé un excellent moment de lecture, touchée par l'histoire d'amour et par les deux amants qui sont, au début, déstabilisés par l'autre : Adrias par les manières sans détour et naturelles de Damon, lui qui est habitué aux marques d'obéissance et de respect des hommes, et Damon perturbé par le fait nouveau de ressentir des émotions typiquement humaines et de découvrir les concepts de pudeur et de gêne qui régissent leur vie alors qu'il y est totalement étranger. Leur décalage, leur trouble et la puissance irrésistible de leur désir sont très bien décrits.

Concernant l'édition, il y a quelques mots manquants et quelques coquilles.

Pour conclure, je lirai la suite sans nul doute !


D'autres avis : BabelioBooknodeLivraddict
Challenges : Les 12 thèmes de Jellydragon 


Et pour finir, quelques images des contreparties proposées dans la campagne Ulule :

montage©Camille Jedel






lundi 24 novembre 2025

Ashes falling for the Sky, tome 1 de Nine Gorman et Mathieu Guibé

 



Editions : Albin Michel
Collection : Jeunesse
Parution : 2018
Genre : romance contemporaine
Pages :350
Ebook
Emprunté et lu en août 2023

Résumé de l'éditeur:


Sky rentre à l'université et, bien décidée à se défaire de sa réputation de fille sage, entame une relation sans lendemain avec Ash, un séduisant rebelle. Elle ne tarde pas à découvrir la part d'ombre de ce garçon qui a connu le pire.

Avis :


J'avais emprunté et lu ce roman à ma médiathèque il y a deux ans, et voilà seulement que je m'attelle à l'écriture de mon ressenti... Ashes falling for the Sky est un livre écrit à quatre mains alternant les chapitres d'après le point de vue de l'héroïne, Sky, et celui du protagoniste masculin, Ash, avec davantage de chapitres consacrés au personnage féminin. J'ai eu du mal à entrer dans l'histoire, la première partie m'ayant beaucoup crispée avec une héroïne très agaçante dont les réactions disproportionnées m'ont paru incohérentes : la meuf veut faire un esclandre auprès de l'épouse supposée du protagoniste avec lequel elle a failli coucher la veille et qu'elle connaît depuis... la veille !?! Tout semble un peu trop facile, tout va trop vite entre eux. Sky et Ash sont tout de suite très attirés l'un par l'autre mais leur relation n'est pas approfondie si bien que l'on ne comprend pas vraiment ce qui les pousse l'un vers l'autre, à part qu'Ash est un bad boy tourmenté et Sky une oie blanche qui a envie de se dévergonder. Et puis, elle est tellement belle, tellement combative, tellement surprenante (oui, Ash s'en est rendu compte rien qu'en posant les yeux sur elle !! 🙄), elle est tellement tout ce qu'il désire sans oser se l'avouer ! C'est un peu lassant ces héroïnes construites sur le modèle de la Mary-Sue... De plus, même si Ash et Sky se sont à peine parlés, le jeune homme n'arrive plus à se sortir la belle de la tête. De son côté, Sky devient de plus en plus insupportable avec ses crises de jalousie concernant la vie sexuelle débridée d'Ash et avec ses jugements hâtifs (Elias, le plan à 3, Jess et ses 16 ans...) alors qu'elle ne connait absolument rien de la situation.  Elle paraît totalement immature, même si à un moment, elle prend conscience qu'elle reproduit le comportement de ses parents, qui sont des freaks du contrôle !
Par contre, j'ai adoré la vieille Miss Parks !

Même Ash, à un moment, devient aussi agaçant que l'héroïne en portant un jugement hâtif sur certaines filles qui couchent  et qui selon lui, "ont perdu l'estime d'elles -mêmes". C'est quand même gonflé de la part d'un mec qui saute tout ce qui bouge !  🙄

Et puis... et puis, arrive la page 133 et l'horreur absolue nous rattrape. On ne peut qu'éprouver de la compassion pour Sky.  Malheureusement, les traumatismes qu'elle a vécus sont vraiment trop banalisés et rapidement évacués rendant certaines de ses réactions ou décisions complètement incohérentes, voire choquantes. 

La seconde partie devient  plus intéressante. En tout cas, ça m'a passionnée de les voir se découvrir peu à peu, apprendre à se faire confiance. Leurs conversations sont hilarantes, on voit leur complicité prendre forme, et c'est très agréable.

Malheureusement, alors que la lecture s'améliorait, j'ai été déçue par la fin que j'ai trouvé très cliché, too much (surtout en connaissant le passé de Sky) et surtout terriblement convenue. En lisant la dernière phrase du livre, j'ai été partagée entre déception et rire nerveux.
Pour conclure, je n'ai pas été vraiment touchée par les personnages (sauf Ash dans une moindre mesure). Les relations des deux protagonistes ne sont pas assez creusées, si bien que l'on ne croit pas vraiment à leur histoire. Et à la fin, ça ressemble trop à "je t'aime, moi non plus", comme si les auteurs avaient voulu nous quitter sur cette rupture pour pouvoir écrire une suite !
J'ai trouvé également très léger la façon dont les traumatismes de l'héroïne sont abordés : on a l'impression qu'ils ne font que l'effleurer alors qu'ils auraient dû laisser des traces ; là non plus, ça n'a pas été assez approfondi.
Selon moi, les auteurs auraient dû plus retravailler leur manuscrit. La plume est loin d'être désagréable mais elle ne transmet que rarement des émotions. Tout semble trop lisse, trop facile, malgré certaines thématiques abordées... Et puis, j'ai très vite deviné ce qu'il en était réellement de Zach...

A la toute fin, les auteurs expliquent qu'ils voulaient écrire un livre en jouant sur les codes de la romance et ses clichés. Cette note aurait peut-être dû figurer en début de roman, ce qui m'aurait sans doute aidé à mieux apprécier cette lecture... quoique !


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samedi 29 mars 2025

Rouge toxic de Morgane Caussarieu — Rouge, tome 1

Ses traits fins, racés, semblaient venus d'ailleurs. Autre lieu, autre époque. Une beauté qu'on aurait presque pu qualifier de primitive. Avec ses grands yeux noirs en amande, effilés, presque bridés, ses cils de femme, ses pommettes hautaines et sa tignasse de corbeau, on l'imaginait sans peine en jeune pharaon, ou en prince des Mille et une Nuits.


Editions :
ActuSF
Collection : Naos
Parution originale : 2018
Parution dans cette édition : 10 avril 2020
Pages : 284
Ebook

Résumé de l'éditeur : 

Je m’appelle Faruk, et pour subsister, il me faut boire votre sang.

Je vivais tranquillement ma non-vie dans les bas-fonds de San Francisco, quand ce type a débarqué pour me confier une mission difficile à refuser.

Me voilà sur les bancs de Mission High School, à suivre comme une ombre Barbie, une orpheline aussi intrigante que réfractaire à mes charmes. Et croyez-moi, survivre dans la jungle du lycée, ce n’est pas de tout repos, même pour un vampire. Surtout pour un vampire...

Mais d’elle ou de moi, qui sera le plus toxique ?


Avis : 

Quand j'ai vu que l'action se déroulerait dans un lycée avec un vampire et une lycéenne, j'avoue que j'ai eu un peu peur de lire une énième histoire insipide sur ce thème dont la mode avait été lancée par Twilight. Mais finalement j'ai bien fait de surmonter mon préjugé car j'ai lu ce roman d'une traite.
L'auteure alterne les POV entre Barbie, l'humaine, et Faruk, le vampire, et je dois dire qu'accéder aux pensées de ce vampire pas comme les autres me faisaient parfois hurler de rire tant il fait preuve d'un cynisme totalement égoïste et décomplexé.
C'était intéressant de découvrir la vision de l'auteure sur les vampires Elle nous propose un univers sombre et violent où les vampires restent fidèles à leur nature de prédateur. Même si Faruk se démarque un peu de ses congénères du fait qu'il a passé des siècles d'existence loin d'eux, il ne peut résister à sa soif inextinguible de sang.
 
Mais il va devoir sortir de sa vie solitaire suite à la mission qui lui est confiée (enfin imposée serait un plus juste mot), ce qui va le mettre dans des situations inconfortables ou totalement décalées. D'ailleurs, sa première apparition auprès de Barbie joue en sa complète défaveur : « ... depuis qu'il était arrivé, il flottait dans la classe une odeur de poubelle. (...) Son haleine était encore plus affreuse que le reste.»

Au fur et à mesure de notre lecture, on se rend compte que les monstres ne sont pas forcément ceux que l'on croit et que certains humains sont encore plus monstrueux que les vampires dont c'est pourtant la nature profonde.

Si j'ai beaucoup aimé la première partie, j'ai moins accroché à la seconde plus axée sur les expériences génétiques et sur les vampires de la Nouvelle-Orléans. Tout va trop vite à la fin, et les explications sur la nature précieuse de Barbie sont données dans un monologue de plusieurs pages (procédé que je déteste). Et puis, je n'ai pas du tout cru un instant au rapprochement entre Barbie et Faruk qui m'a paru incohérent du point de vue de l'adolescente... 

Mais cela restera une lecture plutôt enthousiasmante même si les morts s'égrènent avec une constance inépuisable (ou à cause de cela !^^)...


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jeudi 30 janvier 2025

Le Prince sans couronne de Patrick Pesnot — La malédiction des Médicis, tome 1

Un dernier instant, son esprit s’échappa dans le jardin enchanté de Careggi. Les ombres étaient légères, les fontaines chantaient, les statues célébraient la volupté des corps.


Editions : Archipoche
Parution : 12 septembre 2018
Genre : roman historique
Pages : 374
Ebook

Résumé :

1492. La foudre s'abat sur Florence. Savonarole, le moine fanatique, a vu le glaive de Dieu déchirer le ciel toscan. La ville expie pour les péchés du Magnifique. Lorenzo se meurt. Le premier des Florentins se retourne une dernière fois sur son flamboyant passé. Maître incontesté de la ville-lumière de son époque, il revoit les êtres qui ont peuplé son existence: ses ancêtres qui ont contribué à le hisser au faîte du pouvoir, ses ennemis qu'il a affrontés l'épée à la main, le pape qui a tenté de le faire assassiner, les illustres peintres, sculpteurs, poètes et philosophes, amis et protégés, qui ont embelli sa vie et fait de Florence un joyau incomparable en Europe. Et les femmes! Toutes ces femmes qu'il a aimé avec autant de fureur que de tendresse. Muses et amantes. Les plus humbles comme les plus célèbres. Lucrezia, Simonetta, Bartolomea...
Le Magnifique ferme les yeux. Pourquoi meurt-il si tôt? Nul ne pourra effacer la trace de l'homme qui a inventé la Renaissance.

Mon avis :

Mon début de lecture a été vraiment très enthousiaste, avec toutes ces descriptions immersives tant au niveau des décors que des costumes, quand Lorenzo n'est encore qu'un enfant et qu'il reçoit le sage enseignement de son grand-père Cosimo sur le métier de banquier et sur les rouages du pouvoir. Les tableaux brossés de la vie quotidienne dans les rues ou les palais de cette Florence du XVème siècle sont aussi évocateurs que les peintures du Quattrocento, et ce sentiment d'immersion était absolument délicieux à ressentir. Malheureusement, au fil de la lecture, on a l'impression d'assister de plus en plus à un simple inventaire d'événements historiques, rendant l'intrigue assez mécanique. C'est dommage, parce que l'époque et le sujet sont vraiment fascinants. Je ne sais pas si le fait d'avoir comme personnage principal quelqu'un ayant réellement existé — et quelqu'un d'aussi prestigieux que le Magnifique —  a empêché l'auteur de fouiller en profondeur la psychologie des protagonistes mais j'ai trouvé que ça manquait de "chair" et d'émotions, même dans les passages les plus dramatiques. Je ne sais pas, peut-être que le fait que je connaissais d'avance certains événements a joué dans mon ressenti.

Autre réserve, concernant l'édition numérique cette fois : les notes de fin de chapitre ne sont pas du tout séparées du corps du texte, comme s'il s'agissait de la suite du récit, ce qui finit vraiment par gêner le lecteur, le sortant à chaque fois de sa lecture.


Pour conclure, une lecture très agréable mais sans réelle surprise. Par contre, les descriptions et les imbroglios politiques sont vraiment le point fort du livre !

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vendredi 24 janvier 2025

Le Saint et le Pardonneur de C. M. Stern


Bientôt, chaque parcelle de son être porterait les stigmates de ma passion. Je ferai de lui le symbole de mon culte ; l’étendard de mes vices ; une oriflamme brisée et reconstruite à mon image.


Editions : Autoédité
Parution : 5 février 2023
Genre : Romantasy, érotisme
Pages : 488
Ebook



Résumé :

Un prince héritier, saint pour son peuple.
Un mystérieux religieux aux ambitions dangereuses.

Après avoir commis l’impair de trop, Andrei n’a plus le choix : il doit abandonner ses travers et rentrer dans les rangs, sans quoi il sera privé de son héritage impérial.

Mais le prince est buté et ses moeurs légères profondément ancrées. C’est donc l’inflexible Pardonneur, confesseur de l’impératrice, qui est chargé de mater sa nature intrépide.

Reclus dans un monastère sinistre, perdu entre les montagnes enneigées de l’empire, Andrei aura une année pour accomplir le parcours spirituel censé faire de lui un futur régnant. Une tâche particulièrement difficile, compte tenu des méthodes inusuelles auxquelles le Pardonneur a recours pour discipliner et convertir ses adeptes.

Entre rituels sulfureux, trahisons et complots politiques Andrei devra tenir tête à une attirance malsaine, tout en déjouant les dangers tapis dans l’ombre.


Mon avis :

J'ai hésité un certain temps avant d'acheter ce livre : il y avait beaucoup d'avis élogieux mais le seul avis négatif sonnait comme un signal d'alarme. Puis, j'ai finalement cédé à la tentation, alléchée par le résumé.
Alors, résultat ? Je ressors de ma lecture mitigée. L'histoire est intéressante mais que le style est ampoulé par moments ! Puis, il y a eu de plus en plus souvent des phrases totalement incompréhensibles à force d'être pompeuses, on a l'impression que l'auteur voulait nous en mettre plein la vue ou nous prouver qu'elle a du vocabulaire, rendant de ce fait la lecture peu agréable (par ex : "En attendant de pouvoir châtier le responsable de sa déconvenue, je pansais les plaies de mon orgueil en creusant une nouvelle entaille dans l’esprit déjà fêlé de sa mère." (p. 33). Il y a parfois trop d'adjectifs par phrase nous donnant l'impression de nous noyer sous les mots, c'était très déstabilisant, ainsi que certaines associations de mots qui sonnaient de manière très étrange.
J'ai par ailleurs plusieurs fois buté sur le mot "reddition" me demandant si rédemption n'aurait pas été plus approprié ? Je sais que ça peut paraître anecdotique mais ça m'a sortie à chaque fois de ma lecture.

Par contre, le bras-de-fer qui s'instaure entre le prince Andrei et le moine Ivan, tournant à l'avantage du pardonneur, était très intéressant : on voit bien l'emprise que le religieux impose peu à peu sur sa proie.
D'ailleurs, Ivan m'a tout de suite fait penser à Raspoutine, avec sa barbe, son pouvoir de séduction, son regard hypnotique, son ascendant sur l'impératrice (la mère du héros), son appétit sexuel démesuré, sa théorie de la régénération par le péché. J'ai beaucoup aimé cet aspect de l'histoire car l'auteure arrive très bien à rendre ses apparitions à la fois marquantes et fascinantes.
Malheureusement, on n'échappe pas à quelques incohérences : on est en hiver mais, lors de la chevauchée finale, le changement est un peu trop rapide entre le climat du sud et celui du nord alors qu'un cheval parcourt en moyenne quelques dizaines de km en une journée (à condition de ménager sa monture donc le galop est impossible toute une journée sans pause ou changement de monture). Désolée d'être pinailleuse mais quand on écrit un roman de fantasy, il faut être attentif à ce genre de détails selon moi...
Autre petite incohérence : les motivations réelles d'Ivan à propos du prince et de sa famille. On ne sait plus trop si ses pratiques douteuses dans le monastère sont bien suscitées par son désir de vengeance ou par sa nature dévoyée ? Il n'y a aucune explication réelle là-dessus et ça m'a frustrée.

Pour conclure, une histoire intéressante et intense mais gâchée par le style empesé de l'auteure. C'est dommage, parce que lorsqu'elle n'est pas guidée par son besoin de nous impressionner, il y a des phrases très joliment tournées et très évocatrices. De plus, je déplore que tout se résolve très rapidement à la fin !


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vendredi 27 décembre 2024

Sans frontières, tome 1 : Humanité de Camille Jedel

Les voix parlent sans cesse. Elles bourdonnent à mes oreilles, elles répètent les dernières paroles des morts, leurs supplications, leurs cris, leurs rires. Il y en a beaucoup. Parfois c’est juste l’écho d’une scène, parfois c’est l’histoire de leur décès.


Editions : MxM Bookmark
Collection : Imaginaire
Parution : 15 mai 2019
Genre : Science-fiction M/M, post-apocalyptique, érotique
Pages : 246
Ebook

Résumé : 

Un virus, une contamination et plus de civilisation. Cela fait trois ans que le monde des hommes est tombé et que les morts se relèvent dans l'Après. Rien n'avait préparé Heath, Julian et Reed à partager ce voyage. Bien que tout les sépare, ensemble, ils affrontent cette nouvelle ère aux lois morales abrogées. De squares abandonnés en cours d'école vides de rires, leurs liens se renforcent au point que rester unis devient la principale raison de leur survie. Pour le meilleur... et pour le pire.

Mon avis :

J'avais dit que je lirai Les Deux Royaumes de la même auteure, mais finalement je me suis plongée dans ce roman aussitôt que je me suis rendu compte que je l'avais dans ma liseuse et qu'il portait sur un monde post-apocalyptique peuplé de zombies. Oui, je suis fan de zombies depuis l'adolescence quand je regardais les films de Romero à la télévision en révisant mes cours de fac. J'avais également commencé il y a presque 10 ans les comics Walking Dead (faudrait d'ailleurs que je pense à reprendre ma lecture abandonnée au tome 24 pour clore cette saga).
Bref, j'ai lu Humanité en quelques heures, tant je me suis trouvée happée par la plume de l'auteure qui a très bien su retranscrire l'ambiance de ce monde post-apocalyptique avec des passages vraiment haletants.

Nous suivons donc le périple de 3 hommes : Reed et Heath, qui voyagent ensemble depuis le début du virus, et Julian qui les a rejoints 1 an auparavant, sauvé par Heath, le médecin du groupe, contre l'avis de Reed. Car Reed et Julian, depuis leur rencontre, se vouent une haine farouche et s'entretueraient s'ils n'étaient retenus par l'amour profond qu'il voue à Heath et leur besoin primaire de le protéger.

Le point fort de ce roman est la personnalité très atypique des personnages.
Julian est un ancien assassin à la solde d'un cartel de la drogue, ayant commis toutes les atrocités liées à son statut, affranchi de tout sens moral, déshumanisé, sauf quand il s'agit de Heath pour lequel il est prêt à donner sa vie.
Reed est un ancien membre des forces spéciales maritimes (S.E.A.L), surentraîné, ayant pour dernière mission d'escorter Heath au camp militaire des rescapés pour chercher un remède au virus et le protéger au péril de sa vie. Mais Reed est également un soldat souffrant de stress post-traumatique, entendant les voix des morts de son passé, torturé par des remords qui semblent l'enfoncer inexorablement vers la folie (d'ailleurs, ses POV sont les plus marquants du roman). Heath est la seule chose qui l'empêche de sombrer totalement.
Quant au fameux Heath, comme dit précédemment, c'est un médecin, qui croit toujours naïvement en l'humanité et qui s'échine à faire le bien. C'est aussi un boulet, inadapté au nouveau monde et qui serait mort depuis longtemps sans la protection de ses deux amants. Car oui, Heath se partage entre Reed et Julian. L'aspect érotique est d'ailleurs la limite de ce roman, non pas parce qu'il s'agit d'un trouple, mais parce que les scènes de sexe semblent sorties de nulle part et dans des situations improbables. Mais peut-être n'existe-t-il pas de moments vraiment propices pour ce genre de choses dans ce monde post apocalyptique infesté de zombies ? ^^ C'est dommage, car les scènes érotiques en elles-mêmes sont très bien écrites !

L'autre point fort du roman est l'univers post-apocalyptique dont la description est très immersive. J'ai apprécié le fait que l'auteure ne cherche pas à édulcorer les composants de ce monde retourné à la sauvagerie et voué à la violence implacable des hommes, en ne nous épargnant pas les scènes chocs, même si j'ai tremblé plus d'une fois pour nos héros. Elle a le courage d'aller jusqu'au bout de ses idées et cela reste très cohérent avec la thématique de son roman. 

Côté édition, il reste quelques fautes d'orthographe et de conjugaison mais rien qui gêne la lecture. Par contre, j'adore la couverture.

Pour conclure, la lecture a été très prenante, sans aucun temps mort, avec cette dynamique intéressante entre les personnages : 2 tueurs professionnels rattachés à des lambeaux d'humanité par la grâce d'un homme encore empreint de bonté.
Du coup, ayant vu sur Booknode la couverture du 2è tome, j'avais cru pouvoir lire la suite très rapidement, mais sa sortie, qui devait avoir lieu fin 2020, a été reportée à la demande de l'auteure qui n'était pas satisfaite de son manuscrit. Vu le temps écoulé, je ne sais pas si Camille Jedel retrouvera l'inspiration et la motivation pour retravailler son livre. Egoïstement, je le souhaite de tout mon coeur. Bref, je vais par conséquent me pencher vraiment cette fois sur ses Deux Royaumes... 


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