mardi 30 juin 2026

Notre-Dame-des-Fleurs de Jean Genet

Notre-Dame-des-Fleurs fait ici son entrée solennelle par la porte du crime, porte dérobée, qui donne sur un escalier noir mais somptueux. Notre-Dame monte l'escalier, comme l'ont monté bien des assassins, n'importe lequel. Il a seize ans quand il arrive au palier. Il frappe à la porte, puis il attend. Son coeur bat, car il est résolu. Il sait que son destin s'accomplit...

Editions : Galimard
Collection : Folio
1ère parution : 1948
Présente édition : 1976
Genre : Drame, classique
Pages : 377

Mon avis :

Je dois avouer que la lecture a été très compliquée, accentuée par l'absence de chapitres, beaucoup de digressions et de nombreux retours dans le passé. J'ai eu du mal à comprendre ce que nous racontait l'auteur. On a l'impression de lire les divagations d'un camé. Pour info, le narrateur n'est autre que l'auteur lui-même qui écrit dans la prison de Fresnes ce qui deviendra son 1er roman. C'est peut-être pour cette raison que Jean y parle beaucoup de verges (et de pets). J'imagine que c'est l'effet logique d'incarcérations répétées. 

Il y a malgré toute cette verve scatologique et pornographique, quelques passages étonnamment poétiques (oui, même quand ça parle de bites !), quand d'autres semblent totalement décousus. 

Le narrateur fait vivre des personnages imaginaires pour l'aider à alimenter ses rêveries obscènes.

Trois personnages fictifs se détachent du récit :

  1. Divine (Louis Culafroy de son nom de naissance), environ 30 ans, travelo mort de phtisie : "Ses yeux chantent malgré leur désespoir et leur mélodie passe des yeux aux dents qu'elle rend vivante, et des dents à tous ses gestes, à ses moindres actes, et sorti des yeux, c'est ce charme qui, de vague en vague, se déplie jusqu'à ses pieds nus."
  2. Mignon-les-Petits-Pieds, voleur, indic, mac et amant de Divine, possiblement le père de Notre Dame : "Encore que gouape, Mignon avait un visage de clarté. C'était le beau mâle, violent et doux..."
  3. Notre Dame des Fleurs, qui donne son nom au roman, assassin de 16 ans et amant de Divine
Le style est tellement alambiqué par moments que j'ai lu certains passages en diagonale, complètement démotivée. Heureusement que mon intérêt était parfois ravivé par la description du monde travesti et prostitué de Montmartre avec ses "tantes", leurs discussions et leurs rivalités, ou par l'évocation des prisons d'enfants. Sinon, je pense que j'aurais abandonné le livre depuis longtemps...

L'auteur nous avoue également sa fascination pour les criminels ainsi que son envie de tuer. D'ailleurs, j'ai été déçue qu'il fasse de Divine, seul personnage attachant de ce roman, un assassin de petite fille vers la fin...

Cette lecture n'a donc pas été convaincante, la faute à une narration tellement confuse par moment que j'oubliais certaines informations. J'ai bien envie de laisser le mot de la fin à Jean Cocteau : "La bombe Genet. Le livre est là, terrible, obscène, impubliable, inévitable. On ne sait par où le prendre. Il est, il sera. Obligera-t-il le monde à devenir tel qu'il puisse y paraître ? pour moi, c'est le grand événement de l'époque. Il me révolte, me répugne et m'émerveille."


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