Affichage des articles dont le libellé est Goulag. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Goulag. Afficher tous les articles

dimanche 6 décembre 2015

En escarpins dans les neiges de Sibérie de Sandra Kalniete

En escarpins dans les neiges de Sibérie de Sandra Kalniete

fiche détaillée

 Auteur > Sandra Kalniete
Editeur > Les Syrtes
Genre > autobiographie, témoignage
Date de parution > 2001 pour l'édition originale,  2003 pour la présente édition
Titre original > Ar balles kurpēm Sibīrijas sniegos
Nombre de pages > 269
Traduction > du letton par Velta Skujina

auteur

En escarpins dans les neiges de Sibérie de Sandra Kalniete

Sandra Kalniete, née le 22 décembre 1952 est une femme politique et femme de lettres lettonne
Elle est née à Togour dans la région de Tomsk en Sibérie soviétique où sa famille avait été déportée. Elle a raconté sa terrible enfance dans son livre biographique En escarpins dans les neiges de Sibérie.
De 1987 à 1988, elle fut secrétaire-générale de la Société des Artistes lettons.
Figure de la lutte pour l'indépendance de la Lettonie, elle embrasse la carrière diplomatique à partir de 1990.
Aujourd'hui ministre des Affaires étrangères de Lettonie, elle est également critique d'art, spécialisée dans l'histoire des arts décoratifs et appliqués.
En 2000, elle a publié à Riga ses mémoires sur le Front populaire Je vaincrai, tu vaincras, nous vaincrons, ils seront vaincus. Depuis décembre 2015, Sandra Kalniete, est député Européenne pour la Lettonie.

 quatrième de couverture

" Je suis née au goulag le 22 décembre 1952 au village de Togour, district de Kolpachevo, région de Tomsk. Deux fois par mois, mes parents devaient obligatoirement se rendre à la komendatoura pour pointer. Ainsi, les instances de surveillance soviétiques s'assuraient que les déportés n'avaient pas quitté arbitrairement le lieu de relégation qui leur était assigné. Mes parents n'ont pas voulu offrir d'autres esclaves au pouvoir soviétique, je n'ai eu ni frère ni sœur Nous sommes rentrés en Lettonie le 30 mai 1957. "

Juin 1941 : les autorités soviétiques, qui occupent le territoire de Lettonie depuis un an, organisent l'une des plus meurtrières vagues de répression dans le pays en déportant par convois entiers la population civile. C'est le début de l'horreur pour des dizaines de milliers d'innocents qui disparaissent sans laisser de traces dans les immenses étendues glacées de Sibérie, usés par les privations, ou torturés puis exécutés dans les geôles du NKVD. La famille de Sandra Kalniete ne sera pas épargnée. Sa mère, Ligita, a quatorze ans et demi lorsque, le 14 juin 1941, elle et ses parents sont emmenés. Son grand-père Janis est séparé des siens dès leur arrivée en Russie ; il mourra dans l'enfer des camps. La famille de son père Aivars connaîtra le même sort quelques années plus tard.

Sandra est rentrée dans son pays en 1957. Elle n'avait que cinq ans mais jamais elle n'a oublié le regard de sa mère quand celle-ci a pu à nouveau fouler et sentir le sol letton. En escarpins dans les neiges de Sibérie raconte l'histoire bouleversante de sa famille et, à travers elle, celle de tout un peuple qui ne retrouvera sa liberté qu'en 1991, au prix d'énormes pertes humaines et de souffrances imposées par cinquante années d'occupation soviétique.

première phrase

"Nous sommes assis autour d'une table de fête."

avis personnel

J'ai grandi à la fin de la Guerre froide, et le mot "goulag" m'est familier car mes parents l'employaient pour parler des opposants soviétiques et de leur famille qui étaient envoyés en Sibérie pour y vivre dans des conditions très difficiles sans espoir de retour.

Et c'est ce thème que le livre aborde. L'auteure, Sandra Kalniete, est née dans un camp de relégation et retrace dans ce livre l'expérience aussi douloureuse qu'inhumaine qu'a subie ses parents et ses grands-parents maternels et paternels à la suite d'une arrestation et d'une accusation aussi mensongère qu'arbitraire, en s'appuyant sur les archives soviétiques, des ouvrages d'historiens, et bien sûr les lettres et témoignages des membres de sa famille.

J'ai trouvé également intéressant d'en découvrir davantage sur l'histoire de la Lettonie. Pour être tout à fait franche, je ne connais pratiquement rien aux pays baltes, étant née au moment où ils n'étaient que des satellites de l'U.R.S.S.

J'ai ainsi appris que les Bolcheviks, lors de la 1ère Guerre mondiale, avaient installé des bases soviétiques en Lettonie où ils avaient perpétré de telles horreurs que les Lettons accueillirent les Allemands en 1941 comme des libérateurs. Les Soviétiques se servirent ensuite de cet épisode pour présenter auprès du reste de l'Europe à la fin de la Seconde Guerre mondiale les Lettons comme des fascistes et des antisémites.

Juste avant l'invasion allemande, une première grande déportation est préparée en grand secret par les Bolcheviks, provoquant la surprise des Lettons qui, ayant toujours vécu dans un état de droit, ne pouvaient imaginer l'arrestation d'innocents.

  Amis, connaissances et personnalités en vue disparaissaient. Une tension vigilante se lisait sur les visages. Les rires s'éteignaient ; le poison de la méfiance mutuelle, telle une araignée, tisait une toile qui engluait tout le pays.
(page 34)

En juin  1941, Ligita, la mère de l'auteure, et Emilija, sa grand-mère, sont arrêtées en pleine nuit, quelques jours avant le bal du lycée (les escarpins du titre sont ceux offerts par le frère de Ligita pour cette occasion). Elles sont rejointes par Janis, le grand-père, débusqué dans leur maison de campagne.

On assiste aux conditions inhumaines de leur longue déportation (les Bolcheviks n'ont rien à envier aux nazis) : parquage dans des wagons à bestiaux, promiscuité, épidémie, mort, etc...

A leur arrivée en Sibérie, les femmes sont séparées du chef de famille (Ligita n'apprendra la mort de son père qu'en 1999 alors que le décès était survenu à peine quelques mois après son arrestation). L'auteure nous livre un témoignage terrifiant et poignant sur leurs conditions de vie (ou plutôt de survie) : les corps, affaiblis par la malnutrition et l'absence d'hygiène, sont décharnés, couverts d'abcès purulents, de poux et de vermine. Les seuls vêtements qu'ils portent sont ceux qu'ils avaient sur le dos au moment de leur arrestation et se sont transformés en haillons incapables de les préserver du froid sibérien. Les déportés sont tellement affamés qu'ils n'hésitent pas à manger des charognes de cheval ou des rats crevés.
L'auteure nous décrit "un monde où les souffrances, la famine et la mort étaient quotidiennes" (page 159).
En 1946, un colis de victuailles, de vêtements et de draps envoyé par la famille rescapée les sauve d'une mort certaine. Les femmes ne peuvent compter sur une amélioration de leurs conditions de vie car elles sont régulièrement transférées d'un lieu de relégation à un autre, leur faisant abandonner leur potager si durement acquis.

Bref, la lecture de ce livre est parfois insoutenable, toujours révoltante. On se demande comment des êtres humains ont pu participer à l'élaboration puis au maintien et au contrôle de ces déportations qui rabaissaient d'autres êtres humains au rang d'animaux. D'autant que la plupart étaient des innocents condamnés arbitrairement comme "ennemi de classe" dans une mascarade de justice, et qu'ils entraînaient  dans leur chute toute leur famille.

Appréciation :

note : 4 sur 5

extrait

   En feuilletant la presse des premiers mois d'occupation, on comprend mieux pourquoi la propagande soviétique n'était pas prise au sérieux. Sa langue de bois, sans aucune adaptation au letton, essayait de répandre les mêmes slogans et archétypes, censés être efficaces, qu'en Union soviétique. Combien étaient ridicules, pour une oreille lettone, les métaphores telles que «Lénine, l'aigle des montagnes» ou «l'Union soviétique, le plus grand pays du monde, Moscou, la plus belle vide au monde» ! On pouvait faire croire cela à l'homme soviétique qui n'avait jamais voyagé et qui sortait à peine de l'analphabétisme, mais pas aux Lettons. A l'époque, la Lettonie occupait l'une des premières places en Europe de par son grand nombre d'étudiants et d'universitaires. (...) De même les manifestations des masses laborieuses, relatées dans les livres d'histoire soviétiques que j'ai dû étudier par la suite, faisaient plutôt penser à une comédie et ne provoquaient que des ricanements chez les habitants de Riga. Mais qui étaient donc ces gens, venus de nulle part et qui, le visage figé sous la férule d'étrangers, défilaient en rangs d'oignons en portant des portraits géants de Lénine, de Staline et d'autres illustres inconnus que les Lettons n'avaient jamais vus ? Ils marchaient dans les rues désertes vers une destination qu'ils étaient seuls à connaître. Comment croire qu'ils exprimaient la volonté du peuple letton quand, au plus profond de soi-même, chacun savait quelle était cette volonté ? Cela ressemblait à une pièce de théâtre absurde : il y avait le régisseur, les premiers rôles et les figurants pour les scènes de foule. Seul le peuple était réduit au rang de spectateur.
(page 31/32)

divers

Virée littéraire européenne 

Ma 3è participation à la 2è édition du challenge de BouQuiNeTTe - séjour en Lettonie
D'autres billets sur la LettonieBouQuiNeTTe ♦ missmolko1 ♦ Sharon ♦ Julie ♦ Salhuna ♦

le tour du monde en 8 ans

Ce billet est ma 23è participation au challenge d'Helran - cette escale compte pour la Lettonie

 

Logo Livraddict

babelio



samedi 4 avril 2015

Little Tulip de Jerome Charyn & François Boucq

Little Tulip de Jérôme Charyn & François Boucq

Little Tulip de Jerome Charyn & François Boucq

Fiche détaillée

Scenario > Jerome Charyn
Dessin > François Boucq
Couleur > François Boucq, Alexandre Boucq
Editeur > Le Lombard
Collection > Signé
Genre > BD historique, fantastique
Date de parution > 2014
Nombre de planches > 80

auteur

 

Jerome Charyn, né le 13 mai 1937 dans le Bronx à New York (États-Unis), est unJerome Charyn romancier américain primé. Ayant publié près de 50 œuvres, Charyn s’est bâti au fil du temps une réputation d’écrivain prolifique et imaginatif, abordant les thèmes de la vie américaine réelle et inventée. Michael Chabon le décrit comme étant « l’un des plus importants écrivains de la littérature américaine.”
Le New York Newsday dépeint Charyn comme « un Balzac américain contemporain » et le Los Angeles Times le décrit comme étant « d’entre tous les écrivains américains, absolument unique. »
Il fit ses études au Columbia College. Il fonda la Dutton Review et fut le rédacteur en chef de Fiction. Il a écrit près de 30 romans parmi lesquels la tétralogie de Isaac Sidel.
Pour son roman Darlin' Bill, il a reçu le prix Rosenthal de l'Académie américaine des arts et des lettres. En 1996, il fut fait officier des Arts et des Lettres par le ministre français de la Culture Philippe Douste-Blazy. Il vit à New York après avoir passé quelques années de sa vie à Paris où il a enseigné l'histoire du cinéma et les canons du roman policier à l'université américaine de Paris jusqu'en 2009.
Jerome Charyn apparaît dans un crossover : Des chrétiens et des Maures de Daniel Pennac.
photo©1weezie23

 

François BoucqBoucq, de son vrai nom François Boucq, est un auteur de bande dessinée français né à Lille le 28 novembre 1955.
Il présente des dessins au style fouillé, touffu, contrastant avec un humour basé sur l'absurde et la dérision.
Dans sa jeunesse, il se montre peu intéressé par les études, préférant le dessin et les arts martiaux. Pourtant, c'est à l'école et au lycée qu'il rencontre ses futurs scénaristes, Philippe Delan et Stéphane Deleurence. Après un passage aux Beaux-Arts, il part à Paris montrer ses dessins humoristiques au studio d'animation Pink Splash avant de retourner sur Lille. Très vite, il est embauché par Le Point (de 1974 à 1975) puis L'Expansion, Playboy, Le Matin de Paris.
En 1975, il entre dans le monde de la BD grâce à la revue Mormoil avant de travailler à Pilote (où il lance Cornets d'humour, une suite d'histoires courtes scénarisées par Delan) et Fluide glacial (où il crée Rock Mastard et, avec Christin, Les leçons du Professeur Bourremou) de 1977 à 1982 (il y dessine encore ponctuellement depuis). Il connaît ses premiers succès avec ses histoires courtes publiées dans (À suivre) et rassemblées par la suite en albums (Les Pionniers de l'aventure humainePoint de fuite pour les bravesLa pédagogie du trottoir et La dérisoire effervescence des comprimés). En parallèle, il collabore avec le romancier Jerome Charyn (La Femme du magicien [1984] et Bouche du Diable [1989]). Il a également contribué à la revue Science & Vie Junior. Il continue à pratiquer les arts martiaux et est ceinture noire 5edan de kendo. Il a dessiné également les couvertures de nombreux San-Antonio où ses dessins à l'humour décalé et aux couleurs vives font le pendant aux personnages créés par Frédéric Dard.
En 1991, il travaille pour la première fois avec Alejandro Jodorowsky (Face de Lune). Les deux hommes se retrouvent en 1999 pour Le Trésor de l'ombre et en 2001 pour la série Bouncer. Parmi les autres collaborations, notons celles avec Yves Sente (Le Janitor, 2007) et avec Alcante (Colonel Amos [série XIII Mystery], 2011)
Ne désirant pas rester figé sur un seul style, il en changera régulièrement en fonction de ses histoires et de ses collaborateurs.
photo©Selbimay

quatrieme de couverture

Emprisonné en même temps que ses parents, c'est à l'âge de sept ans que Pavel découvre l'enfer du goulag. Séparé des siens, il doit apprendre seul les règles qui régissent son univers : la violence permanente et la toute-puissance des chefs de gangs.
Avec les années, Pavel devient peu à peu un combattant redoutable.
Mais c'est son talent pour le dessin qui fera de lui une légende.

avis personnel

J'avais déjà participé à la dernière opération Priceminister La BD fait son festival, et j'avais beaucoup apprécié découvrir de nouvelles BDs par ce biais. Aussi, je n'ai pas hésité à rempiler pour cette session.

Cette fois, j'ai sélectionné Little Tulip de Boucq & Charyn, auteurs que je ne connaissais pas du tout, attirée par la couverture (j'adore les tatouages) et par le thème abordé en quatrième de couverture.

Au début, je dois avouer que j'ai été un peu déroutée par les dessins, plus rugueux que ceux auxquels je suis habituée, mais après un court délai d'adaptation, je les ai trouvés parfaitement adaptés à l'histoire effroyable qui nous est contée.

Le récit débute à New York en 1970. Nous suivons Paul, tatoueur de renom, dans son double emploi : au salon de tatouage dont il est le propriétaire, puis au commissariat où il trace des portraits robots très ressemblants. Car Paul n'est pas un portraitiste ordinaire mais plutôt visionnaire qui transforme les descriptions floues des témoins en une représentation fidèle à la réalité.

Quand je dessine, je tente de saisir l'esprit qui se trouve dans les formes qui nous entourent. C'est l'esprit qui crée les formes et, comme un miroir, les formes renvoient son image...

Malheureusement, il n'a pas senti sa future agression qui l'envoie directement à l'hôpital. Alité, il se met alors à repenser à son passé douloureux et à l'arrestation arbitraire de ses parents et de lui-même enfant, accusés d'espionnage par la police soviétique dans les année 50. Ils sont alors envoyés dans un goulag, où il est séparé de ses parents et où il accepte l'inacceptable pour l'infime chance de récolter des renseignements sur eux et pouvoir les retrouver...

On assiste à la lente descente aux enfers de Pavel (le nom russe de Paul), qui survit grâce à son talent de dessinateur, transmis par son père... Les auteurs nous dépeignent un univers sombre et cruel, parfois insoutenable, souvent sordide, où seuls les forts réussissent à s'en sortir, au prix d'une inéluctable déshumanisation...

C'est une lecture coup-de-poing, qui prend aux tripes ! Dommage qu'elle ait été gâchée par une fin traitée de manière un peu trop abrupte. Celle-ci a manqué de développement pour que la touche de fantastique s'intègre naturellement à l'intrigue et obtienne l'adhésion du lecteur... Vraiment dommage, car j'ai cru jusqu'au presque bout que cette BD serait un coup de cœur...

Je remercie Priceminister pour cette belle découverte !

Appréciation :

note : 4 sur 5

Note : 16/20

extrait

Little Tulip de Jerome Charyn & François Boucq   Little Tulip de Jerome Charyn & François Boucq

divers

 Challenge "50 états 50 billets" organisé par Sofynet

Ma 13ème participation au challenge de Sofynet - nuitée dans l'état de New York

La pourpre et l'or - Murena T1 - de Dufaux et Delaby

Ma 48ème participation au challenge de Lynnae - évocation de Sergueï Eisenstein, réalisateur russe, et des goulags

Little Tulip de Jerome Charyn & François Boucq

Logo Livraddict

babelio