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jeudi 9 février 2017

Les Mots entre mes mains de Guinevere Glasfurd


http://www.priceminister.com/blog/cest-reparti-pour-les-matchs-de-la-rentree-litteraire-mrl16-16636
"Je fais le tour de sa chambre à  petits pas."
  
Helena Jans van der Strom n’est pas une servante comme les autres. Quand elle arrive à Amsterdam pour travailler chez un libraire anglais, la jeune femme, fascinée par les mots, a appris seule à lire et à écrire. Son indépendance et sa soif de savoir trouveront des échos dans le coeur et l’esprit du philosophe René Descartes. Mais dans ce XVIIe siècle d’ombres et de lumières, leur liaison pourrait les perdre. Descartes est catholique, Helena protestante. Il est philosophe, elle est servante. Quel peut être leur avenir ?

En dévoilant cette relation amoureuse avérée et méconnue, Guinevere Glasfurd dresse le portrait fascinant d’une femme lumineuse, en avance sur son temps, et révèle une autre facette du célèbre philosophe français.
Un roman de passion et de liberté qui nous plonge dans une fresque envoûtante des Pays-Bas au « siècle d’or », à la manière de La Jeune Fille à la perle.

Un premier roman remarquable. Une histoire d’amour qui ne tombe jamais dans le sentimental, portée par une héroïne inoubliable. The Times
Je crois qu'une malédiction à propos de ce livre me poursuit. Lu début novembre dans le cadre des Match de la Rentrée littéraire, je devais rédiger mon avis sous forme de vidéo. Or, ayant déménagé entre-temps et vivant encore dans les cartons, je n'ai pas retrouvé mon appareil pour ce faire. Mon fils m'a donc filmée avec mon téléphone portable qui n'offrait qu'une qualité toute relative. Mais peu importe puisque ce fils adoré, après avoir filmé la 3ème prise et croyant que les deux autres n'étaient plus d'aucune utilité, les a purement et simplement supprimées. Arghhhhhhhhhhhh. J'ai passé des heures sur le net à chercher des tutos pour récupérer les fichiers supprimés, j'ai même débogué mon appareil, mais aucune trace de mes vidéos perdues... Or, ce n'était pas seulement le livre qui était maudit, mais aussi la période, car j'ai eu d'autres problèmes d'ordre personnel... Bref, je dois avouer à ma grande honte que j'en ai un peu oublié le Match de la Rentrée littéraire. Complètement démotivée pour rendre ma copie sous forme de vidéo, je me suis finalement décidée à ce jour à faire un bête article. Qui à son tour a été malheureusement effacé par inadvertance. Arghhhhhhhhhhhhh... Quand je vous disais que ce livre était maudit !
Mais je vais y arriver ! Je vais y arriver....
Mais foin de ces explications futiles et passons maintenant à mon ressenti de lecture...

J'AI TOUT SIMPLEMENT A-DO-RÉ !!!

 
Descartes par Frans Hals
Bizarrement, je ne m'étais jamais imaginée jusqu'ici que Descartes ait pu avoir une vie amoureuse. L'idée même m'aurait paru saugrenue, à contempler son portrait aux traits si austères, si sévères. Et pourtant... Descartes était un homme aussi bien qu'un philosophe... un homme avant même d'être un philosophe. Et lui aussi pouvait éprouver les morsures de la passion.
L'histoire d'amour entre lui et Helena est touchante.
Tout les oppose : leur âge, leur condition sociale, leur religion, leur nationalité. Seul l'amour les réunit. Ou bien est-ce le désir ? Ou l'amour du savoir ? Peut-être au final seulement le goût de leur peau ? Mais ils doivent se cacher pour s'aimer. Toute la vie de Descartes, et donc celle d'Helena, est en effet suspendue à la publication de son Discours. Il l'aime sans aucun doute mais c'est un savant attaché à sa réputation... et en ces temps où la religion impose sa loi, il ne fait pas bon y déroger !
Mais je ne vous en dirai pas plus ! A vous de découvrir ce qu'il advint de leur couple en lisant Les Mots entre mes mains...

Une dernière petite chose : on se sent complètement immergé dans ces Pays-Bas du XVIIème siècle qui méprise tant les femmes et souhaite les maintenir dans l'ignorance. Ce qui n'en rend le personnage d'Helena, sa détermination à s'affranchir de sa condition que plus admirable  !

Pour conclure, une histoire d'amour bouleversante dans un contexte historique superbement reconstitué !

#LesMotsentremesmains #GuinevereGlasfurd #MRL16

PS : je vais tout de même vous révéler l'idée que j'avais eue pour ma vidéo : mon fils avait commencé à me filmer en train d'écrire ma chronique sur mes mains, sur mes bras, sur mes poignets, en référence à un passage du livre, puis j'aurais dû la continuer sur des petits morceaux de papier...  j'avais également retrouvé la musique évoquée par Helena, Ricercar de Sweelinck, que je voulais utiliser en fond sonore...

Guinevere Glasfurd vit dans les Fens, près de Cambridge. Auteur de nouvelles remarquées, elle a obtenu une bourse du Arts Council England pour l'écriture des Mots entre mes mains, son premier roman. Très investie auprès des artistes du Royaume-Uni et d'Afrique du Sud, à travers l'Artist's International Development Fund, elle collabore également avec l'association de femmes écrivains de l'est de l'Angleterre Words and Women.
 
Ma 71ème participation au challenge de Lynnae - rencontre avec Descartes
http://www.priceminister.com/blog/cest-reparti-pour-les-matchs-de-la-rentree-litteraire-mrl16-16636
http://www.livraddict.com/biblio/livre/l-enchanteur-1.html
http://www.babelio.com/livres/Glasfurd-Les-mots-entre-mes-mains/848257
https://booknode.com/l_enchanteur_015479

samedi 4 avril 2015

Little Tulip de Jerome Charyn & François Boucq

Little Tulip de Jérôme Charyn & François Boucq

Little Tulip de Jerome Charyn & François Boucq

Fiche détaillée

Scenario > Jerome Charyn
Dessin > François Boucq
Couleur > François Boucq, Alexandre Boucq
Editeur > Le Lombard
Collection > Signé
Genre > BD historique, fantastique
Date de parution > 2014
Nombre de planches > 80

auteur

 

Jerome Charyn, né le 13 mai 1937 dans le Bronx à New York (États-Unis), est unJerome Charyn romancier américain primé. Ayant publié près de 50 œuvres, Charyn s’est bâti au fil du temps une réputation d’écrivain prolifique et imaginatif, abordant les thèmes de la vie américaine réelle et inventée. Michael Chabon le décrit comme étant « l’un des plus importants écrivains de la littérature américaine.”
Le New York Newsday dépeint Charyn comme « un Balzac américain contemporain » et le Los Angeles Times le décrit comme étant « d’entre tous les écrivains américains, absolument unique. »
Il fit ses études au Columbia College. Il fonda la Dutton Review et fut le rédacteur en chef de Fiction. Il a écrit près de 30 romans parmi lesquels la tétralogie de Isaac Sidel.
Pour son roman Darlin' Bill, il a reçu le prix Rosenthal de l'Académie américaine des arts et des lettres. En 1996, il fut fait officier des Arts et des Lettres par le ministre français de la Culture Philippe Douste-Blazy. Il vit à New York après avoir passé quelques années de sa vie à Paris où il a enseigné l'histoire du cinéma et les canons du roman policier à l'université américaine de Paris jusqu'en 2009.
Jerome Charyn apparaît dans un crossover : Des chrétiens et des Maures de Daniel Pennac.
photo©1weezie23

 

François BoucqBoucq, de son vrai nom François Boucq, est un auteur de bande dessinée français né à Lille le 28 novembre 1955.
Il présente des dessins au style fouillé, touffu, contrastant avec un humour basé sur l'absurde et la dérision.
Dans sa jeunesse, il se montre peu intéressé par les études, préférant le dessin et les arts martiaux. Pourtant, c'est à l'école et au lycée qu'il rencontre ses futurs scénaristes, Philippe Delan et Stéphane Deleurence. Après un passage aux Beaux-Arts, il part à Paris montrer ses dessins humoristiques au studio d'animation Pink Splash avant de retourner sur Lille. Très vite, il est embauché par Le Point (de 1974 à 1975) puis L'Expansion, Playboy, Le Matin de Paris.
En 1975, il entre dans le monde de la BD grâce à la revue Mormoil avant de travailler à Pilote (où il lance Cornets d'humour, une suite d'histoires courtes scénarisées par Delan) et Fluide glacial (où il crée Rock Mastard et, avec Christin, Les leçons du Professeur Bourremou) de 1977 à 1982 (il y dessine encore ponctuellement depuis). Il connaît ses premiers succès avec ses histoires courtes publiées dans (À suivre) et rassemblées par la suite en albums (Les Pionniers de l'aventure humainePoint de fuite pour les bravesLa pédagogie du trottoir et La dérisoire effervescence des comprimés). En parallèle, il collabore avec le romancier Jerome Charyn (La Femme du magicien [1984] et Bouche du Diable [1989]). Il a également contribué à la revue Science & Vie Junior. Il continue à pratiquer les arts martiaux et est ceinture noire 5edan de kendo. Il a dessiné également les couvertures de nombreux San-Antonio où ses dessins à l'humour décalé et aux couleurs vives font le pendant aux personnages créés par Frédéric Dard.
En 1991, il travaille pour la première fois avec Alejandro Jodorowsky (Face de Lune). Les deux hommes se retrouvent en 1999 pour Le Trésor de l'ombre et en 2001 pour la série Bouncer. Parmi les autres collaborations, notons celles avec Yves Sente (Le Janitor, 2007) et avec Alcante (Colonel Amos [série XIII Mystery], 2011)
Ne désirant pas rester figé sur un seul style, il en changera régulièrement en fonction de ses histoires et de ses collaborateurs.
photo©Selbimay

quatrieme de couverture

Emprisonné en même temps que ses parents, c'est à l'âge de sept ans que Pavel découvre l'enfer du goulag. Séparé des siens, il doit apprendre seul les règles qui régissent son univers : la violence permanente et la toute-puissance des chefs de gangs.
Avec les années, Pavel devient peu à peu un combattant redoutable.
Mais c'est son talent pour le dessin qui fera de lui une légende.

avis personnel

J'avais déjà participé à la dernière opération Priceminister La BD fait son festival, et j'avais beaucoup apprécié découvrir de nouvelles BDs par ce biais. Aussi, je n'ai pas hésité à rempiler pour cette session.

Cette fois, j'ai sélectionné Little Tulip de Boucq & Charyn, auteurs que je ne connaissais pas du tout, attirée par la couverture (j'adore les tatouages) et par le thème abordé en quatrième de couverture.

Au début, je dois avouer que j'ai été un peu déroutée par les dessins, plus rugueux que ceux auxquels je suis habituée, mais après un court délai d'adaptation, je les ai trouvés parfaitement adaptés à l'histoire effroyable qui nous est contée.

Le récit débute à New York en 1970. Nous suivons Paul, tatoueur de renom, dans son double emploi : au salon de tatouage dont il est le propriétaire, puis au commissariat où il trace des portraits robots très ressemblants. Car Paul n'est pas un portraitiste ordinaire mais plutôt visionnaire qui transforme les descriptions floues des témoins en une représentation fidèle à la réalité.

Quand je dessine, je tente de saisir l'esprit qui se trouve dans les formes qui nous entourent. C'est l'esprit qui crée les formes et, comme un miroir, les formes renvoient son image...

Malheureusement, il n'a pas senti sa future agression qui l'envoie directement à l'hôpital. Alité, il se met alors à repenser à son passé douloureux et à l'arrestation arbitraire de ses parents et de lui-même enfant, accusés d'espionnage par la police soviétique dans les année 50. Ils sont alors envoyés dans un goulag, où il est séparé de ses parents et où il accepte l'inacceptable pour l'infime chance de récolter des renseignements sur eux et pouvoir les retrouver...

On assiste à la lente descente aux enfers de Pavel (le nom russe de Paul), qui survit grâce à son talent de dessinateur, transmis par son père... Les auteurs nous dépeignent un univers sombre et cruel, parfois insoutenable, souvent sordide, où seuls les forts réussissent à s'en sortir, au prix d'une inéluctable déshumanisation...

C'est une lecture coup-de-poing, qui prend aux tripes ! Dommage qu'elle ait été gâchée par une fin traitée de manière un peu trop abrupte. Celle-ci a manqué de développement pour que la touche de fantastique s'intègre naturellement à l'intrigue et obtienne l'adhésion du lecteur... Vraiment dommage, car j'ai cru jusqu'au presque bout que cette BD serait un coup de cœur...

Je remercie Priceminister pour cette belle découverte !

Appréciation :

note : 4 sur 5

Note : 16/20

extrait

Little Tulip de Jerome Charyn & François Boucq   Little Tulip de Jerome Charyn & François Boucq

divers

 Challenge "50 états 50 billets" organisé par Sofynet

Ma 13ème participation au challenge de Sofynet - nuitée dans l'état de New York

La pourpre et l'or - Murena T1 - de Dufaux et Delaby

Ma 48ème participation au challenge de Lynnae - évocation de Sergueï Eisenstein, réalisateur russe, et des goulags

Little Tulip de Jerome Charyn & François Boucq

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lundi 29 décembre 2014

Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod

Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod

Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod

Fiche détaillée 
Auteur > Clara Dupont-Monod
Editeur > Grasset
Genre > roman historique, biographie romancée
Date de parution > 2014
Nombre de pages > 237

auteur(sources : Wikipédia)

Clara Dupont-Monod

Clara Dupont-Monod, née le 7 octobre 1973 (41 ans) à Paris, est un écrivain et une journaliste française.
Après des études littéraires et une maîtrise d'ancien français à la Sorbonne, elle  débute une carrière de journaliste au magazine Cosmopolitan puis entre en tant que grand reporter à Marianne à 24 ans . En 2007, elle devient rédactrice en chef des pages culture de Marianne. Parallèlement, elle intervient régulièrement à la radio dans l'émission « On refait le monde » diffusée sur RTL et présentée par Nicolas Poincaré.
Le 31 août 2009, elle fait son entrée dans l'équipe de La Matinale, sur Canal+. À la rentrée 2011, elle fait partie des chroniqueurs de l'émission de radio Les Affranchis sur France Inter. À la rentrée 2012, elle présente l'émission littéraire Clara et les chics livres, le samedi sur France Inter, accompagnée de deux chroniqueurs. Durant l'année 2013-2014, elle mène l'interview politique de 7 h 50 de la matinale de France Inter présentée par Patrick Cohen, en remplacement de Pascale Clark . Elle est à son tour remplacée à la rentrée 2014 par Léa Salamé .
Elle anime depuis septembre 2014 une chronique littéraire dans l'émission d'actualité Si tu écoutes, j'annule tout sur France Inter.
Elle publie son premier texte, Eova Luciole, en 1998. La Folie du roi Marc met en scène le mari oublié d'Yseut, dans le mythe de Tristan et Yseut. Histoire d'une prostituée raconte le quotidien et la psyché d'une prostituée, que l'écrivain a rencontrée et suivie pendant un an. Son quatrième roman, La Passion selon Juette, décrit le combat d'une femme du XIIe siècle qui refuse les diktats d'un monde où les femmes n'ont pas leur mot à dire face à une Église toute-puissante, s'appuyant sur la biographie de la jeune rédigée en latin médiéval par le religieux contemporain et ami de Juette, Hugues de Floreffe. Ce roman obtient le prix Laurent-Bonelli Virgin-Lire qui est décerné pour la première fois. Il est retenu dans la liste du Femina et reste jusqu'à la dernière liste du prix Goncourt 2007. En 2011, elle publie Nestor rend les armes, un texte sur un homme obèse. Ce roman est retenu sur la première liste du prix Fémina 2011  .

quatrieme de couverture

Depuis le XIIe siècle, Aliénor d’Aquitaine a sa légende. On l’a décrite libre, sorcière, conquérante : « le roi disait que j’étais diable », selon la formule de l’évêque de Tournai…
Clara Dupont-Monod reprend cette figure mythique et invente ses premières années comme reine de France, aux côtés de Louis VII.
Leurs voix alternent pour dessiner le portrait poignant d’une Aliénor ambitieuse, fragile, et le roman d’un amour impossible.
Des noces royales à la seconde croisade, du chant des troubadours au fracas des armes, émerge un Moyen Age lumineux, qui prépare sa mue.

première phrase

" La joie est stupide."

avis personnel

J'ai eu la chance d'être retenue lors des Matchs de la rentrée littéraire 2014 organisés par PriceMinister pour recevoir ce roman sur Aliénor d'Aquitaine, personnage à la réputation sulfureuse ayant vécu au XIIè siècle, et qui fut successivement reine de France puis d'Angleterre, épouse de Louis VII le Jeune qu'elle quitte pour Henri Plantagenêt de onze ans son cadet !!! Alors qu'à l'époque, une femme de 30 ans est considérée comme vieille, c'est peu de dire qu'elle devait dégager un puissant charisme...
Je la connaissais déjà à travers la biographie que m'avait offerte ma mère quand j'étais adolescente, La dame d'Aquitaine de Chaban-Delmas (eh oui, je soupçonne ma maman  d'avoir un petit faible pour l'auteur !!^^), et j'avais envie de me replonger dans la vie tumultueuse qu'elle a menée, même si ici, seules  les années de son mariage avec Louis sont abordées.

Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod

L'auteure nous offre tout au long du livre l'alternance des voix d'Aliénor et de Louis, procédé qui souligne cruellement l'incompatibilité entre les époux et l'amour désespéré parce qu'à sens unique que lui voue le roi.
Aliénor et Louis forment en effet un couple très peu assorti, aux caractères diamétralement opposés, aussi opposés que le sont leurs patries respectives :

Chez moi, dans le Sud, ni le sang ni la chair n'ont jamais effrayé personne.
Mais Louis est un homme du Nord. C'est un pays rude et sérieux.
(page 15)

Aliénor se montre dès leur 1ère rencontre méprisante vis-à-vis de ce prince doux et effacé, et de son royaume :

Tout en lui révèle un effort. Ses yeux larges et bleus me fixent. Subitement il me fait pitié. J'ai en face de moi un nouveau-né apeuré qui n'a jamais songé à gouverner. Ce projet-là était pou son frère aîné Philippe. Mais cet idiot mourut juste après, la tête fracassée contre les faubourgs de Paris. Un cochon s'était jeté dans les pattes de son cheval. N'est-ce pas un magnifique résumé du royaume de France ? Ce sont des porcs qui décident de son destin.
(page 25)

... tandis que Louis apparaît comme un amoureux transi, tout empli à son égard d'une tendresse énamourée :

Tu es pleine de cette ignorance qui me foudroie de tendresse. (...) Aliénor, tu es ma sauvage et je voudrais t'apprendre la foi plutôt que les croyances. Te laisseras-tu faire ? Tu dors. (...) Mon visage s'approche, prêt à traverser la mince surface frémissante, comme on plonge dans un lac. Tu te retournes. Je recule, pris d'effroi. Mais non ; tout est douceur. (...) Mais à cet instant, il est enfin détendu, ce merveilleux corps qui ne doute pas. Dans le creux de la nuit, il m'appartient. Je suis si heureux que j'en ai honte.
(page 52-53)

On a l'impression que les rôles sont inversés au sein de ce couple, que c'est Aliénor l'homme et Louis la femme.
A Aliénor, la violence, le goût du sang et des combats, l'orgueil démesuré, la rébellion et la rage vindicative.
Et à Louis la douceur, le goût de l'encens et des prières, la simplicité, la soumission et la résignation.

Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod

Concernant le style, l'auteure a une plume délicieuse dont on savoure certaines phrases ciselées. J'ai d'ailleurs préféré l'écriture à l'histoire elle-même, car, d'une part ce n'est pas l'aspect historique qui prévaut dans ce roman mais plutôt l'aspect psychologique ; en effet, l'alternance des points de vue nous permet de nous approcher au plus près des sentiments et ressentis des deux protagonistes, mais ce procédé narratif en forme également la limite de par sa mécanique un peu répétitive. D'autre part, les personnages ne sont guère attachants, surtout Aliénor qui, toute reine qu'elle est, nous donne maintes fois envie de lui claquer le beignet tant elle se montre capricieuse hautaine et odieuse !
 Remarquez, on a également envie de donner un coup de pied au royal postérieur de son époux qui se montre trop mollasson, et de se fendre à son égard de quelques conseils : " Mais tiens donc tête à ta femme, et bouscule-la un peu ! Offre lui une étreinte ardente pour changer, et d'ailleurs, garde ton heaume car ça va être sauvage !"
Oups, je m'égare, pardonnez-moi, mais voilà ce que m'inspirait parfois Louis le Jeune.

Donc, nous assistons, impuissants, au fossé qui se creuse inexorablement entre l'épouse insatisfaite et passionnée et l'époux se sentant de plus en plus coupable des actes condamnables qu'il commet pour lui plaire...

... Jusqu'à la rupture finale, rapportée dans la troisième partie du livre par la voix d'outre-tombe de Raimond d'Antioche, l'oncle de la jeune femme.

Leur mariage dura donc 15 ans, mais pour ceux qui connaissent les événements qui ont suivi,  on peut se dire que Louis, d'un point de vue politique, commit une énorme boulette en acceptant de se séparer de sa femme, puisque ce divorce conduisit à la Guerre de Cent Ans ! Mais d'un point de vue strictement personnel, il ne fit pas une si mauvaise affaire que cela puisque Henri Plantagenêt eut par la suite à se plaindre des manigances de sa femme qui s'allia contre lui à 3 des 5 fils qu'elle lui donna ! (je dis ça je dis rien, mais à mes yeux, l'éducation des gamins Plantagenêt laisse complètement à désirer, hein !).

Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod
Gisant d'Aliénor à Fontevraud

Pour conclure, un livre plaisant grâce à une écriture soignée et recherchée. Le choix narratif rend les différents points de vue très intéressants en soulignant l'abîme d'incompréhension et de préjugés qui sépare le couple, le contraste entre le mépris d'Aliénor pour son mari et l'amour inconditionnel qu'il lui voue n'en étant que plus saisissant. Par contre, les lecteurs qui s'attendent à un roman purement historique risquent d'être un peu déstabilisés car, si les faits historiques sont peu ou prou respectés, ils ne sont que brièvement évoqués, et le contexte manque un peu de détails et d'épaisseur.

Je remercie PriceMinister et les éditions Grasset pour cette agréable découverte !

Appréciation :

note : 4 sur 5

Note : 16/20

extrait

 Un parfum de menthe a fondu sur mon visage. Désormais, cette odeur est liée à toi. Où que j'aille, j'emporte toujours un brin de menthe qui me rappelle notre rencontre. Tu étais de dos, face à la fenêtre. Deux détails m'ont surpris. La couleur de ta robe et tes cheveux qui recouvraient ton dos. Chez moi, les femmes ne portent pas de couleurs vives, encore moins le cheveux lâchés. Et puis tu t'es retournée.
Sous le choc, je suis restée bouche bée. Intuitivement, l'abbé Suger s'est rapproché de moi. Mais je n'avais nul besoin de rempart à cet instant-là. C'était fini. Une main glacée a saisi mon cœur.
Je t'ai aimée aussitôt et, dans le même instant, tu m'as effrayé. C'était un mélange de perte et d'offrande. Un seul visage pouvait provoquer le ciel, attirer ses extrêmes. Mes guerres perdues, c'était toi. Et jamais je n'aurais pensé qu'une défaite pouvait être aussi belle.
(page 28/29)

divers

Challenge Histoire

Ma 40ème participation au challenge de Lynnae -

Challenge Moyen Âge

Ma 6ème participation au challenge d'Hérisson -

Le roi disait que j'étais diable de Clara Dupont-Monod

 

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