”Un dernier instant, son esprit s’échappa dans le jardin enchanté de
Careggi. Les ombres étaient légères, les fontaines chantaient, les
statues célébraient la volupté des corps.
Editions : Archipoche Parution : 12 septembre 2018 Genre :
roman historique Pages : 374 Ebook
Résumé :
1492. La foudre s'abat sur Florence. Savonarole, le moine fanatique, a vu le
glaive de Dieu déchirer le ciel toscan. La ville expie pour les péchés du
Magnifique. Lorenzo se meurt. Le premier des Florentins se retourne une
dernière fois sur son flamboyant passé. Maître incontesté de la ville-lumière
de son époque, il revoit les êtres qui ont peuplé son existence: ses ancêtres
qui ont contribué à le hisser au faîte du pouvoir, ses ennemis qu'il a
affrontés l'épée à la main, le pape qui a tenté de le faire assassiner, les
illustres peintres, sculpteurs, poètes et philosophes, amis et protégés, qui
ont embelli sa vie et fait de Florence un joyau incomparable en Europe. Et les
femmes! Toutes ces femmes qu'il a aimé avec autant de fureur que de tendresse.
Muses et amantes. Les plus humbles comme les plus célèbres. Lucrezia,
Simonetta, Bartolomea...
Le Magnifique ferme les yeux. Pourquoi meurt-il si tôt? Nul ne pourra effacer
la trace de l'homme qui a inventé la Renaissance.
Mon avis :
Mon début de lecture a été vraiment très enthousiaste,
avec toutes ces descriptions immersives tant au niveau des décors que des
costumes, quand Lorenzo n'est encore qu'un enfant et qu'il reçoit le sage
enseignement de son grand-père Cosimo sur le métier de banquier et sur les
rouages du pouvoir. Les tableaux brossés de la vie quotidienne dans les rues
ou les palais de cette Florence du XVème siècle sont aussi évocateurs que les
peintures du Quattrocento, et ce sentiment d'immersion était absolument
délicieux à ressentir. Malheureusement,
au fil de la lecture, on a l'impression d'assister de plus en plus à un
simple inventaire d'événements historiques, rendant l'intrigue assez
mécanique. C'est dommage, parce que l'époque et le sujet sont vraiment fascinants. Je
ne sais pas si le fait d'avoir comme personnage principal quelqu'un ayant
réellement existé — et quelqu'un d'aussi prestigieux que le Magnifique —
a empêché l'auteur de fouiller en profondeur la psychologie des protagonistes
mais j'ai trouvé que ça manquait de "chair" et d'émotions, même dans les
passages les plus dramatiques. Je ne sais pas, peut-être que le fait que je
connaissais d'avance certains événements a joué dans mon ressenti.
Autre réserve, concernant l'édition numérique cette fois :
les notes de fin de chapitre ne sont pas du tout séparées du corps du
texte, comme s'il s'agissait de la suite du récit, ce qui finit vraiment par gêner
le lecteur, le sortant à chaque fois de sa lecture.
Pour conclure,
une lecture très agréable mais sans réelle surprise. Par contre, les
descriptions et les imbroglios politiques sont vraiment le point fort du
livre !
Auteur > Elizabeth
Moss Editeur > Milady Collection > Romance Genre > érotisme, romance historique Date de parution >
2013 dans l'édition originale, 2014 dans la présente édition Titre original > Wolf bride Format > ePub Poids du fichier > 431 Ko (233 pages) Traduction > de l'anglais par Laurence Boischot
Dès son plus âge, Elizabeth Moss a toujours su qu'elle serait écrivain. Elle écrit des romances
historiques. Elizabeth est née au sein d'une famille littéraire originaire de
l'Essex (sa mère est Charlotte Lamb, auteure de romans sentimentaux) et vit
désormais dans le sud ouest de l'Angleterre avec son mari et ses cinq
enfants. Elle écrit sous le pseudonyme
de Victoria Lamb d'autres romances historiques et sous celui de Beth Good des romances contemporaines. - site de l'auteure -
Splendeurs et adultère à la cour des Tudors…
Demoiselle d’honneur de la reine Anne Boleyn, Eloise Tyrell espère pouvoir un
jour se marier selon son cœur. Lord Wolf, un soldat endurci, intrigué depuis
l’enfance par Eloise, se présente à la cour du roi Henry VIII avec le projet
de l’épouser. Elle est alors désemparée
de se trouver promise à ce guerrier qu’elle connaît à peine. Mais, d’un seul baiser Wolf éveille en elle un désir qui la terrifie, car la
cour d’Angleterre se trouve plongée au cœur d’un scandale qui montre à Eloise
quel sort funeste attend une femme dont le mari se lasse…
"Les rires cristallins qui émanaient des appartements de la reine
résonnaient dans tout le corridor et jusque dans les jardins."
J'aime beaucoup l'époque des Tudors, même si ces royaux représentants ne
m'inspirent guère une folle sympathie, mais je trouve le contexte historique
extrêmement intéressant avec cette dynastie ambitieuse qui fait de
l'Angleterre une puissance de premier plan... Aussi, la quatrième couverture
de cette saga avait-elle complètement titillé ma curiosité, jusqu'à me pousser
à me procurer ce 1er tome (oui, cette fois, je ne me suis pas trompée,
d'ailleurs, le tome 2 n'est toujours pas paru en français !^^)...
Je dois dire que j'ai été agréablement surprise par le début prometteur
: d'ordinaire, les romances historiques n'en portent que le nom et ne
sont qu'un prétexte pour faire évoluer des personnages à une époque à la
mode, sans souci de réalisme, mais j'ai trouvé que le contexte
historique était ici bien intégré à l'intrigue, avec suffisamment
de détails et un effort au niveau des dialogues pour que l'on se sente
immergé au cœur de cette Renaissance anglaise. L'auteure n'a pas choisi par hasard l'année où débute son histoire puisque
le premier chapitre se situe en janvier 1536, soit quatre mois avant
l'exécution d'Ann Boleyn (je ne pense pas spoiler en parlant de cet événement,
n'est-il pas ?!) !
Eloise est donc depuis deux ans l'une des dames de compagnie de la reine. Elle
est tombée amoureuse d'un jeune noble de la Cour, Simon, qu'elle rencontre en secret, malgré son manque de perspective d'avenir. Les
rêves d'Eloise de l'épouser en dépit de son statut volent en éclat le jour où
son père vient la chercher pour qu'elle épouse le baronWolf, un guerrier endurci et plus vieux qu'elle... Elle se soumet à contre-cœur à
la volonté paternelle et se résigne à respecter les vœux sacrés du mariage
tout en se sentant attirée malgré elle par son fiancé... Hélas, la grande
Histoire la rattrape peu après son mariage quand elle se retrouve éclaboussée
par le scandale qui touche Ann Boleyn et certains de ses familiers...
Malgré les clichés inhérents à toute romance, je plaçais de grands espoirs
dans cette chronique de l'ère Tudor qui commençait sous les meilleurs
auspices. Malheureusement, l'auteure s'est peu à peu laissée aller à la facilité
et aux travers des romances historiques actuelles: comportement des personnages finalement inapproprié pour l'époque,
anachronismes, situations ou dialogues trop modernes, psychologie
invraisemblable, surenchère dans des scènes sexuelles atteignant des sommets
de ridicule...
Le lecteur se rend vite compte que l'héroïne est affligée d'un caractère
immature et indécis, de plus en plus agaçant. Tout au long du roman, nous aurons donc droit à ses volte-faces
incessantes et incohérentes : elle accepte le mariage, puis le refuse, non par désamour mais par
peur que son époux ne partage pas la même passion qu'elle et ne se lasse
de son inexpérience (par contre, que le lecteur se lasse de ses sempiternels
atermoiements, ça, ça ne lui viendrait pas à l'esprit, hein !!) ; or, peu
auparavant, elle était prête à accepter ce mariage juste par confort financier
! Elle aspire à provoquer le désir chez son fiancé, puis s'en alarme "même si elle savait bien que c’était uniquement dans le dessein de
concevoir un héritier. Si elle faisait son devoir et lui donnait un fils
sans tarder, il la laisserait sans doute tranquille." (page 31). Puis plus loin, nouvelle volte-face : si Wolf la désire, cela la
mettrait à l'abri de toute maltraitance.... Oh, puis finalement non, elle doit plaider sa cause pour échapper au mariage
! Tiens, si on fleuretait avec Hugh Beaufort, un ami proche du fiancé pour faire croire à ce dernier qu'il a un rival, et
ce, en totale contradiction avec les précédentes paroles qu'elle a eues
sur son propre sens du devoir et de l'honnêteté ?
En plus de ses tergiversations, Eloise ne nous épargne jamais ses
réactions idiotes à l'égard de Wolf ! Après l'attaque, après le sexe, n'importe quelle occasion lui est
bonne pour adresser à son époux des reproches infondés... Franchement, on
admire la patience dont il fait preuve à son égard ! Et l'on se dit que
l'écervelée ne mérite pas toutes les attentions qu'il lui témoigne ! Enfin,
jusqu'à un certain point, car Wolf se met à avoir un comportement et des exigences outranciers, à
croire que la bêtise de sa femme a fini par déteindre sur lui !
Pour tout avouer, je n'ai presque rien à reprocher à la première partie,
malgré mon agacement sur le caractère indécis de la donzelle, maisla deuxième n'est qu'une succession de scènes grotesques dont l'acmé est atteinte avec la nuit de noces et le séjour des deux
époux dans le pavillon de chasse... Je n'ai alors cessé de ponctuer les scènes
de sexe de "pfff" de plus en plus blasés et consternés... Déjà, la condition qu'il lui impose pour consommer le mariage est
parfaitement ridicule, en totale contradiction avec sa prévenance habituelle :
"Je veux que vous m’imploriez de vous faire l’amour." (page 93) pffff...
Et il ne se contente pas de cette exigence une seule fois, non, mais à chaque
fois qu'il désire faire coulisser son andouillette dans le cresson de sa
femme... pffff... Ça en devient franchement pénible,
en plus d'être ridicule, car la nuit de noces (la nuit de noces véritablement
consommée, hein, mais vous comprendrez en lisant le bouquin !) compte une
bonne trentaine de pages !
On a l'impression que l'auteure s'est ingéniée, avec une constance
déstabilisante, et par-là même admirable, à parfaire, étape par étape,
le ratage des scènes de sexe ! Quand la jeune vierge inexpérimentée
supplie son époux de la déflorer : "Baisez-moi, Wolf, murmura-t-elle, sincère. Je veux sentir votre queue en
moi. Prenez-moi." (page 100). Franchement, ça mérite un
"pffff", non ?
Et quand Wolf a cette intention super glamour :"Il décrivit un cercle du bout de la langue autour de l’un de ses tétons
avant de l’attirer entre ses lèvres et de le sucer avec force, comme s’il
espérait en tirer du lait." (page 97), re- "pffff" n'est-il pas ?
Et là, la phrase incontournable de toute romance érotico-anglo-saxonne qui se
respecte et qui couronne le ratage parfaitement accompli et assumé (ou pas) de
toute scène sexuelle : "C'est cela, Eloise, jouissez pour moi." (page 101), nan mais "pffff", quoi !
Allez, encore une pour la route : "Auriez-vous encore faim, milady ?" (page 114) À votre avis, à quoi fait-il allusion ? et si je vous donne
comme indice : c'est fin, ça se mange sans faim ? toujours pas ? Alors contentez-vous d'un simple "pffff"...
Je clôture tout de même le sujet "scène sexuelle" par celle où il oblige sa
jeune femme à.... une gorge profonde... vivivi, vous avez bien lu, une GORGE
PROFONDE !!! Ubuesquement stupéfiant, non ? Moi qui croyais que cette pratique
sexuelle avait été mise au goût du jour dans un film pornographique éponyme
(ne me demandez pas comment je sais ça, cela fait partie de ma culture G — à
ne pas confondre avec mon point G, hein !!! — désolée, je craque....) Là, ça mérite un bon gros "pfff" d'honneur, hein !!!
Donc voilà, l'histoire avait bien commencé, toute romance qu'elle était, grâce
aux informations estampillées XVIème siècle que l'auteure égrenaient de çi de
là (j'ai bien aimé ses allusions aux contraintes liées au statut de Wolf, ou
les différentes conceptions sur le mariage ainsi que certains dialogues...) Par contre, sa propension à alimenter un faux suspens sur l'incompréhension
mutuelle des deux époux devient extrêmement lassante, d'autant que l'on n'y
croit pas un seul instant : en effet, les signes ostensibles d'hostilité que
se témoignent Eloise et Wolf sonnent complètement faux et donnent un caractère
artificiel à ces scènes. Personne ne croit un seul instant à la haine que Wolf
est supposé porter à sa femme. Les obstacles à leur bonheur conjugal semblent
donc trop surfaits, on a l'impression que l'auteure se force à remplir un
cahier des charges sur ce thème. Moss
n'est en outre pas aidée par son héroïne qui enchaîne les réactions idiotes.
Eloise se pose tout de même à un moment de l'histoire une question on ne peut
plus pertinente : "Pourquoi tenait-elle tant à tout remettre en question ?" (c'est marrant, c'est exactement la question que l'on se pose ! l'héroïne
a quand même mis la moitié du bouquin pour arriver à ce constat...). Malheureusement, ses jérémiades incessantes reprennent de plus belle pour
devenir tout à fait insupportables, provoquant chez nous cette réaction
épidermique :
Nan mais, y'a pas de raison pour qu'Ann Boleyn soit la seule à être punie !!!
Pour conclure,une histoire dont le potentiel a été largement gâché par les choix
narratifs de l'auteure qui multiplie les invraisemblances (et les
dérapages !) afin d'amener des rebondissements auxquels on ne croit pas :
volte-faces incessants des deux personnages principaux, fausse haine, fausse
rivalité, tout finit par sonner faux. Le pire est atteint avec les scènes
sexuelles, qui ne dépareraient pas dans un film pornographique amateur sans
queue ni tête !
Dans tous ces revirements, l'auteure arrive même à se perdre dans les méandres
de sa propre histoire puisqu'au début, elle présente la reine comme une
femme coupable d'adultère, pour faire ensuite porter la responsabilité au roi
(pour le coup on ne peut pas lui en vouloir, car vous ne trouvez pas que ce
mec, tout royal qu'il est, est un porc répugnant ?). Peut-être était-ce
d'ailleurs délibérée de sa part afin de nous montrer l'évolution de son
héroïne, mais l'effet est en tout cas raté !
Appréciation :
Mes autres avis sur la saga : ♦ tome 1 ♦ tome 2 ♦
”Eloise se maudit d’avoir embrassé Simon avec tant de fougue. Il était
impensable que le riche baron souhaite encore l’épouser après avoir
entendu le jeune homme suggérer qu’ils batifolent dans son dos une fois
qu’elle porterait le titre de lady
Wolf. Puis elle saisit tout le sens des
paroles de lord Wolf… — Votre « future
épouse » ? Vous n’envisagez tout de même pas de m’épouser
malgré tout ? demanda-t-elle,
interdite. — Pourquoi pas ? rétorqua
le baron en haussant les épaules. Si j’ai bien compris, votre virginité
est toujours intacte, même si votre honneur est quelque peu terni. À
moins que vous n’ayez menti à ce garçon ? ajouta-t-il avec un
sourire déplaisant. — Non ! lança-t-elle en
relevant le menton. — Bien, donc je ne vois aucune
raison d’annuler ce mariage. J’ai besoin d’un héritier, et votre père
sera ravi que mes finances l’aident à régler ses
dettes. Il s’interrompit un instant et
l’examina d’un œil critique. (page 17)
”Je dois amener Eloise à me considérer comme son seigneur et maître,
vous avez raison sur ce point, reprit-il. En revanche, je refuse de
sacrifier son caractère. Une femme brisée ne saurait faire une bonne
épouse, tout juste une servante. (Wolf à Hugh, page 42)
”Lorsque je rencontrerai ma future épouse, j’espère la reconnaître au
premier coup d’œil. Les Français comparent cela à un coup de
foudre. — Les Français sont des gens
bien fantaisistes, commenta Wolf sèchement, surtout quand ils s’avisent
de composer des vers. Si vous cherchez une épouse un jour, je vous
conseillerais d’oublier la poésie et de préférer la raison. (Hugh et Wolf, page 43)
”Sir John considérait les femmes comme des objets sans opinions ni
sentiments, qui se transmettaient de père à époux et qui n’obtenaient le
droit de s’exprimer et de vivre librement qu’une fois veuves. (page 57)
Auteur > Elif Shafak Editeur > Flammarion Collection > Littérature étrangère Genre > historique Date de parution > 2014 pour l'édition originale , 2015 pour la présente édition Titre original > The Architect's Apprentice Nombre de pages > 458 Traduction > de l'anglais (Turquie) par Dominique Goy-Blanquet
Elif Şafak, ou Elif Shafak, née le 25 octobre 1971 à Strasbourg de parents turcs, est une écrivaine turque. Femme écrivain primée et best-seller en Turquie, Şafak écrit ses romans aussi bien en turc qu'en anglais. La critique note qu’elle mêle en permanence avec talent les traditions romanesques occidentale et orientale, donnant naissance à une œuvre à la fois « locale » et universelle. Féministe engagée, cosmopolite, humaniste et profondément imprégnée par le soufisme et la culture ottomane, Şafak défie ainsi par son écriture toute forme de bigoterie et de xénophobie. Diplômée en relations internationales de la Middle East Technical University d'Ankara, elle est aussi titulaire d'un master en genre et études féminines dont le mémoire portait sur la circulaire Compréhension des derviches hétérodoxes de l'islam. Elle a soutenu sa thèse en sciences politiques sur l'Analyse de la modernité turque à travers les discours des masculinités [titre exact : Male Gender Roles in Turkish Culture and Turkey's Modernization.] En 1998, elle obtient pour son premier roman, Pinhan, le Prix Mevlana récompensant les œuvres littéraires mystiques en Turquie. Son second roman, Şehrin Aynaları, entremêle les mysticismes du Judaïsme et de l'Islam dans une Méditerranée historique du XVIIè siècle. Mahrem confirme par la suite le succès de Şafak, lui valant ainsi le Prix des écrivains turcs en 2000. Son roman Bonbon Palace est un best-seller en Turquie. Elle publie ensuite Med-Cezir, un ouvrage rassemblant des essais sur le genre, la sexualité, les enfermements mentaux et la littérature. The Saint Of Incipient Insanities est le premier roman que Şafak écrit en anglais. Elle y raconte les vies d'immigrants musulmans à Boston et visite le sentiment d'exclusion que ceux-ci peuvent ressentir aux États-Unis. Lorsqu'elle y met la touche finale en 2002, Şafak est chargée de cours au Mount Holyoke College (dans le Massachusetts) auprès de la chaire de Women's Studies. Elle enseigne ensuite à l'université du Michigan dans la discipline “Gender and Women's Studies”. L'année suivante, elle devient professeur à temps plein au département des Études du Proche-Orient à l'université d'Arizona. Son second roman en anglais, La bâtarde d'Istanbul, best-seller en Turquie en 2006, raconte l'histoire de deux familles, l'une turque, l'autre arménienne, à travers le regard des femmes. Le roman lui vaut d'être poursuivie en justice en vertu de l'article 301 du Code pénal turc1,2 (intitulé « Humiliation de l'identité turque, de la République, des institutions ou organes d'État »). Le procès se conclut par un non-lieu.
Istanbul, XVIe siècle. Le jeune Jahan débarque dans cette ville inconnue avec pour seul compagnon un magnifique éléphant blanc qu'il est chargé d'offrir au sultan Soliman le Magnifique. En chemin, il rencontrera des courtisans trompeurs et des faux amis, des gitans, des dompteurs d'animaux ainsi que la belle et espiègle Mihrimah. Il attirera bientôt l'attention de l'architecte royal, Sinan : une rencontre fortuite qui va changer le cours de son existence. Au cœur de l'Empire ottoman, quand Istanbul était le centre grouillant de la civilisation, L'architecte du sultan est un conte magique où l'on découvre le destin extraordinaire d'un garçon aux origines modestes qui se verra élevé au plus haut rang de la cour.
"De tous les êtres que Dieu a créés et Shaitan dévoyés, seuls quelques-uns ont su découvrir le Centre de l'Univers - là où n'existe ni bien ni mal, ni passé ni futur, ni Moi ni Toi, ni guerre ni raison de guerroyer, seulement une mer infinie de calme."
Quand Babelio m'a proposé cette Masse critique, j'étais sur le point de refuser (vu que depuis mars j'ai de grosses baisses de motivation), mais la très jolie couverture et la 4è de couverture m'ont finalement fait changer d'avis, et je ne le regrette absolument pas !
Or donc, le prologue fait intervenir un vieillard, le narrateur de l'histoire, arrivé à la fin de sa vie, en 1632 en Inde, et qui se remémore ses anciens compagnons de vie à Istanbul. Il a enfoui sous une de ses pierres un secret. Quel est-il ? Bien évidemment, nous ne le saurons qu'à la fin du roman...
Le 1er chapitre fait un bon en arrière de 60 ans, Sinan, l'architecte en chef de l'empire ottoman, âgé de 85 ans, est appelé en pleine nuit auprès du sultan, Mourad III, qui lui montre les corps sans vie de ses 4 frères assassinés pour lesquels il lui commandite une mosquée.
Puis nouveau bond dans le passé, sous le règne de Soliman, cette fois. Nous assistons à l'arrivée rocambolesque de Jahan et de son éléphant blanc, don du shah indien pour le sultan. Nous nous rendons compte au fil de notre lecture que ce jeune homme débrouillard est en fait le narrateur du prologue, et que ses mensonges successifs vont le conduire à faire des rencontres surprenantes, et parfois le mettre dans des situations délicates, en conditionnant toujours son destin.
L'auteure nous invite à une plongée fascinante et multi-sensorielle dans cet Istanbul du XVIème siècle : ville cosmopolite où se côtoient pacifiquement 72 tribus 1/2, toutes de confession différente, ville de premier plan pour l'importance donnée au développement culturel et artistique, le narrateur nous fait visiter les chantiers (mosquées, ponts, palais, aqueducs...), entrer dans les librairies ou l'Observatoire d'Istanbul... On voyage en Italie pour rencontrer Michel-Ange... On s'occupe des animaux de la ménagerie...
Bref, le dépaysement est au rendez-vous, et on apprend une foultitude de choses très intéressantes sur l'architecture ou les superstitions quotidiennes. Ainsi, Sinan laisse délibérément sur les monuments qu'il construit un défaut, visible uniquement pour l'œil expérimenté, car seul Dieu est parfait ! Pour ce qui est des superstitions, il est important d'entrer dans une maison en posant d'abord le pied droit à l'intérieur. Le boulanger grec du quartier fait le meilleur pain de la ville mais mieux vaut ne pas en manger car "ils font un signe de croix sur chaque miche. Une bouchée et tu deviens comme eux." (page 39).
En outre, on rencontre une multitude de personnages, certains très attachants, d'autres intrigants : Sinan, bien sûr, un homme bon et humble, ses apprentis, Nikola, doux et timide, Davoud, sérieux mais impatient, Youssouf, muet et secret, le chef des gitansBalaban truculent et généreux qui sauve la vie de Jahan à plusieurs reprises, la princesse Mirhimah espiègle et délaissée... Mais surtout Chota, l'éléphant, qui partage avec son cornac improvisé une amitié aussi profonde que touchante.
Par contre, arrivée aux trois quarts du livre environ, j'ai ressenti une légère baisse d'intérêt, ayant un peu perdu de vue le secret annoncé par le prologue ainsi que mes repères temporels. Malgré l'indéniable talent de conteur de l'auteure, je n'ai pas été très convaincue par l'explication finale des différents mystères qui jalonnent l'histoire : j'ai trouvé qu'Elif Sharaf cédait à quelques facilités narratives et que les coïncidences étaient un peu trop grosses pour être crédibles !
Malgré ces quelques réserves, j'ai dévoré presque entièrement ce roman foisonnant, généreux et immersif. Et je remercie Babelio et les éditions Flammarion pour cette belle découverte !
Appréciation :
”Une heure plus tard, ils arrivaient au chantier, Jahan tirant Chota par ses rênes, les Gitans dans leur chariot chantant gaiement. «Où étais-tu passé ? demanda Sinan, dont le regard allait de l'éléphant aux Gitans. - Nous avons eu un accident en route. Ces hommes nous ont sauvé, dit Jahan. - Est-ce que cet animal est ivre ? » dit Sinan en voyant l'éléphant tituber. Il se tourna vers les Gitans. «Eux aussi ?» L'histoire du tonneau le fit glousser de rire. «Je ne peux pas laisser une bête sôule bâtir une sainte mosquée. Va-t-en et reviens quand il sera dégrisé. - Oui, maître, dit Jahan, la gorge sèche. Tu es mécontent de moi ? » Sinan soupira. «Tu as le don de t'accrocher à la vie. C'est une bonne chose. Mais la curiosité pourrait devenir un désavantage si elle n'est pas contrôlée. Nous allons devoir augmenter ton instruction. (page 146/147)
Auteur > Orhan Pamuk Editeur > Gallimard Collection > Du monde entier Genre > roman historique, policier Date de parution > 1998 pour l'édition originale , 2001 pour la présente édition Titre original > Benim adim kirmizi Nombre de pages > 571 Traduction > du turc par Gilles Authier
(sources : Babelio)
Ferit Orhan Pamuk, né en 1952 à Istanbul, est un écrivain turc. Il étudie l'architecture dans une université stambouliote qu'il abandonne pour suivre une formation de journaliste. Son diplôme obtenu, il s'enferme dans l'appartement familial pour se consacrer à l'écriture. Il rédige des nouvelles dont la première sort en 1979. Invité comme boursier à l'université de Columbia, il passe trois ans à New York entre 1985 et 1988. Pamuk a effectué plusieurs autres longs séjours aux États-Unis en qualité d'auteur invité, notamment à l'université de l'Iowa. En 1991, Pamuk remporte le prix de la Découverte européenne avec son roman La Maison du silence, paru en 1983 et reçoit le prix Médicis étranger en 2005 pour Neige. Au début 2005, Orhan Pamuk fait l’objet de menaces et une assignation à comparaître devant les tribunaux, en affirmant l’existence du génocide arménien lors d'un entretien à un journal suisse. Les poursuites sont finalement abandonnées le 22 janvier 2006 sous la pression internationale. Le jeudi 12 octobre 2006, l'Académie suédoise annonce que le prix Nobel de littérature 2006 est décerné à Orhan Pamuk « qui, à la recherche de l'âme mélancolique de sa ville natale, a trouvé de nouvelles images spirituelles pour le combat et l'entrelacement des cultures » selon le communiqué du Secrétaire perpétuel de l'Académie. En 2012, La ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, lui remet la légion d'honneur. La même année, il reçoit le prix Sonning, la plus grande récompense culturelle au Danemark, attribué par l'université de Copenhague qui distingue un travail en faveur de la culture européenne. Pamuk est l'auteur notamment de : Mon nom est Rouge, La Vie nouvelle, Le Château blanc et Le Musée de l'innocence.
Istanbul, en cet hiver 1591, est sous la neige. Mais un cadavre, le crâne fracassé, nous parle depuis le puits où il a été jeté. Il connaît son assassin, de même que les raisons du meurtre dont il a été victime : un complot contre l'Empire ottoman, sa culture, ses traditions et sa peinture. Car les miniaturistes de l'atelier du Sultan, dont il faisait partie, sont chargés d'illustrer un livre à la manière italienne... Mon nom est Rouge, roman polyphonique et foisonnant, nous plonge dans l'univers fascinant de l'Empire ottoman de la fin du XVIe siècle, et nous tient en haleine jusqu'à la dernière page par un extraordinaire suspense. Une subtile réflexion sur la confrontation entre Occident et Orient sous-tend cette trame policière, elle-même doublée d'une intrigue amoureuse, dans un récit parfaitement maîtrisé. Un roman d'une force et d'une qualité rares.
" Maintenant, je suis mon cadavre, un mort au fonds d'un puits."
C'est avec beaucoup d'enthousiasme que j'avais entamé ce livre dont j'ai trouvé le procédé narratif très original et brillant... L'auteur alterne les points de vue d'une vingtaine de personnages et le premier à intervenir est... un cadavre !Qui connaît l'identité de son meurtrier (sans nous la révéler bien sûr) ainsi que ses motivations... La galerie des narrateurs est très éclectique puisqu'à côté des personnages en chair et en os s'expriment des allégories ou des animaux comme la Mort, un chien, un cheval, une pièce et même la couleur qui donne le titre à l'ouvrage...
L'intrigue tourne autour du grand atelier de peinture dirigée par maître Osman dont les quatre plus talentueux miniaturistes participent en secret à l'élaboration d'un manuscrit enluminé, commandité par le sultan sous la direction de l'Oncle. Or, ce livre mystérieux suscite bien des convoitises et des rumeurs selon lesquelles sa composition même, s'inspirant de l'art occidental, le rendrait blasphématoire et sacrilège. En effet, à cette époque, l'art à l'italienne, qui maîtrise la perspective et l'art du portrait, s'oppose diamétralement à l'art oriental qui ne doit représenter les choses qu'à travers la vision de Dieu ! Nous assistons donc à la confrontation de deux traditions artistiques dans un climat de peur et de violences, attisé par le fanatisme religieux...
Le Noir, après avoir été employé comme secrétaire de divers pachas, est chargé d'enquêter sur le meurtre de l'un des miniaturistes. Il revient de 12 années d'exil, provoquées en partie par l'amour interdit qu'il vouait à Shékuré, sa cousine et fille de l'Oncle. Évidemment, quand il la revoit, ses sentiments rejaillissent plus forts que jamais. Mais pour espérer voir sa demande en mariage agréée, il doit au préalable retrouver l'assassin.
L'enquête se double donc d'une quête amoureuse. Et nous voyons défiler entremetteuse, rivaux, lettres secrètes, rendez-vous clandestins...
Pamuk met en scène une civilisation complexe, pleine d'interdits et de tabous, aborde le statut de la femme, la place de la religion, l'aspiration à la liberté artistique menacée par l'obscurantisme. C'est un livre très érudit, où les protagonistes font appel aux contes et légendes pour étayer leurs propos sur l'art de la miniature.
Si dans la 1ère partie du livre, ce procédé fut extrêmement attrayant et intéressant, je dois avouer qu'il devint ensuite répétitif, entraînant une certaine lassitude chez moi, si bien qu'à la fin je sautai plusieurs passages explicatifs....
Surtout que, parallèlement, l'histoire d'amour, bien que touchante, a du mal à soutenir totalement notre intérêt : Le Noir est un personnage attachant, mais Shékuré devient agaçante avec ses incertitudes et sa manie de jouer sur plusieurs tableaux. Elle semble beaucoup plus opportuniste et moins sincère que son soupirant , mais peut-être que son statut de veuve menacée par un remariage non souhaité et le désir de trouver un père aimant à ses deux fils la rendent excessivement prudente et pragmatique !
Pour conclure, une lecture en demi-teinte, ce roman choral ayant les défauts de ses qualités : l'enthousiasme éprouvé au début par les trouvailles narratives et la richesse des situations s'est ensuite effacé pour les mêmes raisons : une surabondance de détails et d'explications qui finit par noyer l'intérêt du lecteur, rendant l'intrigue un peu pesante... Dommage car certains passages sont vraiment poétiques...
”En sortant dans la cour, le froid de la neige m'a rappelé que je n'étais ni un enfant ni un vieillard, mais un homme qui ressent le poids du monde sur ses épaules. (page 52)
Appréciation :
”J'ai sauté sur mes étriers, mais comme un débutant qui monte pour la première fois. Mon cœur battait la chamade, l'émotion me tournait la tête, mes mains ne savaient plus comment tenir les rênes, mais tandis que je serrais mes jambes contre les flancs de ma monture, miracle, celle-ci a semblé hésiter, en quelque sorte, de ma présence d'esprit, et en cavale émérite, s'est avancée comme l'avait indiquée Esther, droit devant tout d'abord, puis à droite. A ce moment, j'ai senti que j'étais beau, réellement. Oui, je sentais que, comme dans les contes, toutes les filles du quartier m'admiraient derrière les volets de leurs claires-voies, et que j'étais tout près de me jeter à nouveau dans le brasier de l'amour. Était-ce vraiment ce que je souhaitais ? Une rechute, après tant d'années ? Soudain le soleil est apparu et j'ai tressailli. Où était le grenadier ? était-ce ce petit arbre triste et rabougri ? oui ! Je me suis tourné un peu sur ma selle. Il y avait bien une fenêtre devant moi, mais vide. Cette enjôleuse d'Esther s'était moquée de moi ! me disais-je déjà... Mais le volet s'est ouvert, en faisant éclater bruyamment les verrous de glace qui le tenaient fermé, et dans le cadre de guingois de la fenêtre ensoleillée, j'ai vu ma beauté adorée, douze ans après, son beau visage enfin visible à travers les branches alourdies de neige. Ses beaux yeux noirs me regardaient-ils, ou au-delà de moi, vers une autre vie ? Était-elle triste ? souriait-elle ? Ou souriait-elle tristement ? Je n'aurais pas su le dire. Ah, mon cheval, imbécile ! N'écoute pas le galop de mon cœur, et ralentis un peu ton allure ! Je me suis encore une fois retourné sur mes arçons, sans vergogne, afin d'épier langoureusement, jusqu'à ce qu''il se perde derrière le lacis des branches enneigées, ce délicat et fin visage, tout empreint de mystères. (page 53)