Editions : La compagnie du livre
Collection : La Bibliothèque
Essentielle
Parution VO : 1847
Parution VO : 1847
Titre VO : Wuthering Heights
Parution VF dans la présente édition : 1968
Parution VF dans la présente édition : 1968
Traduction : Henriette
Guex-Rolle
Genre : Classique, Drame
Pages : 370
Relecture
Genre : Classique, Drame
Pages : 370
Relecture
Résumé (éditions Callidor) :
Au cœur des landes du Yorkshire, la passion dévastatrice qui unit Heathcliff,
orphelin abandonné, et Catherine, jeune femme libre et indomptable, défie
toutes les conventions. Mais lorsque l’orgueil, la vengeance et les blessures
du passé s’en mêlent, leur amour se transforme en malédiction, emportant deux
générations dans une spirale tragique. Roman unique d’Emily Brontë, Les Hauts
de Hurle-Vent est un chef-d’œuvre inclassable, où la violence des sentiments
résonne comme une tempête sur la lande.
Mon avis :
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| éditions Callidor©Aurélien Police |
Quand j'ai vu que la maison d'édition Callidor avait sorti en novembre 2025
cette magnifique édition, illustrée par le talentueux Aurélien Police, je m'étais dit que c'est dans cette édition que je la lirais pour
Les 12 thèmes
de Jellydragon, mais au moment de valider mon achat, j'ai préféré lire un
extrait, qui m'a perturbée : c'était la traduction de 1925 de
Frédéric Delebecque, celui qui a trouvé le fameux titre
Les Hauts de Hurlevent (qui a d'ailleurs été interdit de réemploi par
ses héritiers). Or, j'étais tellement habituée à la traduction fluide et
élégante qui m'avait fait découvrir ce roman pour la première fois à
l'adolescence (et que j'ai relu chaque année jusqu'à la fin de mes études),
que celle de Delebecque m'a franchement décontenancée ! Il n'y a finalement
que son titre que je trouve très bien trouvé... Donc, me revoilà avec la si
belle traduction de Henriette Guex-Rolle.
L'histoire débute en 1801. Nous suivons
Mr Lockwood, locataire de Trushcross Grange fraîchement arrivé de Londres, aux
Wuthering Heights où il souhaite rencontrer le propriétaire, un certain
Mr Heathcliff dont les manières
brutales et l'air revêche tranchent avec ceux du raffiné Londonien. C'est donc
avec lui que nous découvrons, médusés, les lieux et leurs étranges habitants :
Heathcliff, homme sombre mais charismatique,
Catherine Heathcliff, jolie veuve de 17 ans à l'air renfrogné,
Hareton Earnshaw, jeune paysan fruste et grossier et
Joseph, vieux valet à l'accent campagnard, aussi désagréable que son maître. Bon,
soyons honnêtes, ces 4 personnages se montrent tous très désagréables, la
palme revenant tout de même au maître et à son valet !
Quant au manoir en lui-même, il est austère, sombre, isolé au sommet d'une
lande sauvage et continuellement battu par les vents. L'intérieur est aussi
sombre que l'extérieur, avec des fenêtres profondément enfoncées dans les murs
et de larges cheminées de pierre. L'atmosphère sinistre de la maison est
renforcée par l'étrangeté des habitants. On a l'impression qu'habitants et bâtisse se confondent en terme de
sauvagerie et d'inhospitalité, laissant une impression profonde sur le
narrateur, et, par ricochet, sur les lecteurs eux-mêmes.
Lockwood, obligé de passer la nuit chez son propriétaire, va y vivre une expérience
traumatisante en rencontrant dans un cauchemar le fantôme de l'ancienne
hôtesse de la chambre où il a dormi et dont il a lu une partie du journal.
Mais n'est-ce vraiment qu'un rêve ?
Rentré à la Grange, il découvre que sa gouvernante,
Mrs Dean a vécu aux
Heights et connu cette mystérieuse
Catherine Earnshaw, la visiteuse de son sommeil. Il lui demande alors de lui raconter son
histoire.
Tout commence en 1770 quand
Mr Earnshaw, le père de Catherine, ramène de son voyage d'affaires un jeune orphelin ressemblant à un bohémien
et qu'il appelle Heathcliff. Des origines ou du statut du gamin, nous ne saurons jamais rien. Lui et la
fille de la maison vont devenir inséparables et nouer une profonde amitié qui
va se transformer à l'adolescence en un attachement violent et passionnel. Le bonheur de la famille vole en éclats
après la mort du bienfaiteur d'Heathcliff. En effet, l'héritier, Hindley, n'a plus besoin de se cacher pour maltraiter celui qu'il considère comme un
intrus !
Au début, on prend Heathcliff en pitié.
Il subit ces brimades sans s'apitoyer sur lui-même mais on aurait dû garder en
mémoire la réflexion de Mrs Dean :
"Il se plaignait si rarement (...) que, sincèrement, je ne le croyait pas
vindicatif. Je me trompais du tout au tout." (page 63). On ressent encore de la peine pour lui quand il est
délaissé par Catherine pour leur voisin, le beau, raffiné et blond Edgar
Linton, à qui il voudrait désespérément ressembler. C'est à cette occasion que
Mrs Dean tente de lui arranger la mise, tout en lui donnant des conseils sur
la manière de se comporter : "Et maintenant que nous en avons terminé avec la toilette, la coiffure et
la bouderie, dites-moi si vous ne vous trouvez pas presque beau ? (...)
Vous avez la tournure d'un prince déguisé." (page 81). L'adolescent s'enfuit en entendant Catherine affirmer qu'elle
s'avilirait en l'épousant. Il revient au bout de 3 ans, transformé et riche
mais guidé par un désir obsessionnel de revanche qui va tout détruire autour
de lui ! En effet, il va exercer une
vengeance méthodique
sur les enfants de son ennemi
Hindley et de son rival
Edgar, n'hésitant pas à utiliser son propre enfant
Linton pour arriver à ses fins et
les spolier de leurs biens.
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| The Reader’s Guide to Emily Brontë’s “Wuthering Heights” |
D'ailleurs,
les prénoms des protagonistes entraînent parfois une certaine
confusion
tant ils se répètent d'un personnage à l'autre :
Catherine, l'héroïne centrale, s'appelle
Catherine Earnshaw
de son nom de jeune fille puis
Catherine Linton de son nom
d'épouse et enfin Catherine Heathcliff quand elle écrit dans son journal
intime ; sa fille s'appelle Catherine Linton ; son neveu, Linton
Heathcliff, a pris comme prénom le nom de son oncle Edgar, rival
d'Heathcliff ! Un bel imbroglio, n'est-ce pas ?
Pour en revenir à Heathcliff, malgré la cruauté profonde dont il fait preuve,
on ne peut s'empêcher d'être fasciné par ce personnage complexe et tourmenté, guidé uniquement par sa rage et sa colère, et d'espérer qu'il connaisse une sorte de rédemption. Personnellement, je ne
relis le roman que pour retrouver le couple de la 3ème génération, qui est le
seul véritablement attachant, malgré des débuts chaotiques. Hareton Earnshaw a une trajectoire à la fois cruelle et lumineuse. Son enfance a été brisée et instrumentalisée par Heathcliff, qui le prive peu à peu, non seulement de ses droits, mais aussi d'éducation et de manières et lui fait vivre ce qu'il a vécu lui-même de la part d'Hindley, par pur esprit de vengeance. Le petit garçon régresse et perd son humanité. On le comprend lors d'une scène frappante quand Mrs Dean, de passage aux Heights, se rend compte que le domaine, dominé par Heathcliff, est devenu l'antre de l'Enfer : les chiens de garde sont hargneux, le maître démoniaque et insensible, le vieux toqué détestable ; puis elle aperçoit un jeune garçon en train de pendre une portée de chiots, et cet enfant n'est autre que le jeune Hareton ! C'est une scène véritablement glaçante ! Malgré la maltraitance psychologique que l'enfant subit de la part d'Heathcliff, il restera profondément attaché à son bourreau, qu'il considère comme son véritable père et dont il pleurera la mort ! C'est sa rencontre avec sa cousine Cathy qui va provoquer le début de son désenténèbrement. Moqué et humilié par la jeune fille pour son illettrisme et ses manières grossières, il va prendre conscience de l'étendue de son ignorance et tenter d'y remédier en s'élevant intellectuellement.
Le couple de Hareton et de Cathy, en choisissant l'amour et le pardon, brise le cercle de la vengeance et met fin à la malédiction.
Cette relecture n'a pas été aussi transcendante que ce que j'en escomptais.
J'ai eu en effet une baisse de motivation après le mariage de Catherine avec
Edgar Linton et le retour de Heathcliff, tellement les caprices et les accès
de folie de la jeune femme me la rendaient antipathique. J'ai été cette fois plus sensible à la toxicité de leur amour. Ce qu'ils éprouvent l'un envers l'autre est une passion destructrice, fusionnelle et malsaine, qui les pousse à la violence dès qu'ils sont séparés. Catherine et Heathcliff sont deux démons égoïstes qui n'hésitent pas à humilier quiconque se met en travers de leur chemin, ni à se montrer manipulateurs ou simulateurs pour arriver à leurs fins (enfin, la simulation est pour Catherine, car Heathcliff ne cache jamais son opinion ou ses intentions) ! Après la mort de Catherine, Heathcliff verse dans la monstruosité la plus abjecte et les avis qu'ils donnent sur les personnes qu'il utilise tout en les méprisant sont véritablement effrayants :
- à propos d'Isabella, son épouse : "Elle a vu en moi un héros de roman et elle attendait une indulgence illimitée de mon dévouement chevaleresque. J'ai peine à la considérer comme une créature douée de sens commun tant elle a mis d'obstination à se forger une légende autour de mon caractère et à agir selon les chimères qu'elle berçait. Mais je crois qu'elle commence enfin à me connaître : je ne vois plus trace des sourires imbéciles et des singeries qui m'exaspéraient au début, ni de cette incapacité déraisonnable de comprendre que j'étais sérieux lorsque je lui disais ce que je pensais d'elle et de son engouement. (...) Elle ne peut pas m'accuser d'avoir fait montre de la moindre douceur trompeuse. La première chose qu'elle m'a vu faire, en sortant de la Grange, a été de pendre son petit chien. (...) Et dites-moi, n'était-ce pas le comble de l'absurdité, la plus authentique idiotie de la part de cette chienne pitoyable, servile et méprisable, de rêver que je pourrais l'aimer ? Dites à votre maître, Nelly, que jamais de ma vie je n'ai rencontré une chose aussi abjecte qu'elle." (page 178/179)
- à propos de Hareton et de son fils Linton : "Il [Hareton] répond à mon attente. S'il était né idiot, ma satisfaction aurait été moitié moindre, mais il est loin d'être sot et je ne peux éprouver que de la sympathie pour tous ses sentiments car je les ai vécus moi-même. Je sais exactement, par exemple, ce qu'il souffre en ce moment, et ce n'est qu'un aperçu de ce qu'il va souffrir. Et il ne sera jamais capable de sortir de son ridicule, ni de sa grossièreté et de son ignorance. Je l'ai mené plus rapidement au fond que son scélérat de père n'y est parvenu avec moi, et plus sûrement, car il tire vanité de son abrutissement. Je lui ai appris comme une sottise et une faiblesse tout ce qui ne relève pas de l'animalité. (...) Mais la différence est là : l'un [Hareton] est de l'or employé comme pierre à paver, l'autre [Linton] du fer-blanc poli pour singer l'argent. Le mien n'a aucune valeur quelconque, pourtant j'aurai le mérite de le mener aussi loin qu'un si piètre personnage peut aller. Le sien avait des qualités de premier ordre, et elles sont perdues." (page 248/249)
- à propos de Cathy et de son fils Linton : "Si j'étais né dans un pays où les lois étaient moins sévères et les goûts moins délicats, je m'offrirais le plaisir d'une lente vivisection sur ces deux-là pour passer mes soirées." (page 300)
On ne peut qu'être surpris que ce livre, parlant de passion destructrice et de
monstrueuse vengeance, ait pu être écrit par une jeune femme ayant vécu à
la 1ère moitié du XIXème siècle, tant cela ressemble peu aux Anglais compassés
de la bonne société. Le couple central du roman n'hésite pas à transgresser
les conventions sociales de l'époque, et ce, même après la mort. Il y a des scènes très fortes et marquantes, voire extrêmement dérangeantes : la scène du rêve de Mr Lockwood tellement bien décrite qu'on en ressent l'ambiance cauchemardesque ; la scène du cimetière où Heathcliff fait creuser la tombe de Catherine pour la voir une dernière fois et sa volonté d'être enterré à côté d'elle à sa mort, leurs deux cercueils réunis sur un côté !
Pour finir, j'ai retrouvé la fiche de lecture que j'avais écrite à 14 ans pour mon cours de français au collège (désolée pour les fautes de conjugaison !^^) :




