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dimanche 9 juillet 2017

Vie des douze Césars de Suétone


Caïus Julius César avait seize ans lorsqu'il perdit son père.
Avalon organisant sur Livraddict des lectures communes sur la littérature antique grecque et romaine, je ne pouvais passer à côté d'une telle promesse de douce félicité, moi qui suis passionnée par tout ce qui touche à l'histoire ancienne ! ^^
La lecture de la 3è session portait sur la Vie des douze Césars et bien que j'aie déjà lu cette commère de Suétone, je n'ai pas résisté au plaisir de replonger dans sa Vie des 12.

Avant toute chose, il faut replacer cet ouvrage dans son contexte : Suétone écrit sur la dynastie des Julio-Claudiens puis des Flaviens à destination de l'empereur Hadrien, de la dynastie des Antonins. C'est donc une œuvre de propagande, destinée à louer la sagesse et la tempérance des membres de cette nouvelle dynastie, par contraste avec ceux qui les ont précédés, présentés comme un ramassis de fous, d'assassins, de névrosés morbides, de crétins congénitaux, d'êtres titillés par l'envie d'inceste, de fratricide, de matricide, de parricide, bref des gens fort peu fréquentables et fort cruels ! ^^ Ces caricatures outrées servent également de repoussoir afin de prévenir Hadrien des dangers de la tyrannie.
Même si de nos jours, les historiens ont tendance à réhabiliter certains de ces premiers empereurs, Suétone a contribué à associer à leur image cette légende noire et sulfureuse qui a traversé les siècles. A la lecture, on sent combien Suétone se complaît, bien qu'il s'en défende, à rapporter tous ces ragots sur leurs mœurs scandaleuses («Il [Tibère] poussa la turpitude encore plus loin, et jusqu'à des excès qu'il est aussi difficile de croire que de rapporter», page 149 ; et pourtant, ce bon vieux Suétone ne peut s'empêcher d'en dresser la liste !^^). Et quand il ne s'étale pas sur leurs débauches, il ne nous épargne aucun détail sur leurs soucis de santé, même très intimes (ainsi, on apprend qu'Auguste rendait «de petits cailloux en urinant», page 112). Suétone atteint le sommet du mauvais goût en faisant allusion à la relation incestueuse de Néron avec sa mère : «toutes les fois qu'il se promenait en litière avec sa mère, il satisfaisait sa passion incestueuse ; ce que prouvaient assez les taches de ses vêtements», page 245 (seriously Susu, était-ce bien nécessaire ?!? C'est grave dégueu !).
Bien que l'accès de Suétone aux archives impériales  est censé donner de la crédibilité à ses propos, on sent que ses biographies sont truquées, car, d'une part, les faits sont éparpillés, et d'autre part, certains passages d'une même biographie, voire d'une biographie à une autre, sont contradictoires entre eux ! D'ailleurs, les faits scandaleux qu'il rapporte sont parfois tellement outranciers que l'on ne peut s'empêcher de s'interroger sur la véracité de telles scènes !
Parfois, une touche d'humour (involontaire ?) vient alléger la noirceur du récit : telle cette anecdote sur Claude qui faillit émettre un édit permettant de «lâcher des vents à sa table parce qu'il avait appris qu'un de ses convives avait pensé mourir pour s'être  retenu devant lui», page 222. Et moi j'ai failli mourir de rire en lisant ce passage, même si après coup, cette touche d'humour n'en est pas une mais la volonté affichée de ridiculiser toujours un peu plus ces empereurs.

Néanmoins l'ouvrage fourmille d'informations extrêmement intéressantes sur les différentes pratiques sociales, politiques, cultuelles... On se rend compte par exemple à quel point les Romains accordaient  une très grande importance aux signes, annonciateurs de bonnes ou mauvaises nouvelles ; en effet, ces signes prennent une grand place dans chaque biographie, pour annoncer la naissance puis la mort de chaque empereur.
D'ailleurs, les biographies sont construites exactement sur le même schéma : Suétone ne suit pas une trame chronologique mais une succession de thématiques écrites toujours dans le même ordre : description des origines familiales, carrière avant l'ascension au pouvoir, actions publiques, vie privée, apparence physique, mort, divers prodiges.



En bref :

Les + : une mine de renseignements sur la vie des Romains ; des détails croustillants sur les mœurs supposées des empereurs
Les - : des portraits orientés ; une certaine complaisance pour des détails d'un goût douteux ; quelques longueurs

  Domitien lui-même rêva, dit-on, qu'il lui poussait derrière le cou une bosse d'or, et il en conclut que l'empire serait après lui dans un état plus heureux et plus florissant ; ce qui ne tarda pas à se vérifier, grâce au désintéressement et à la modération des princes qui lui succédèrent.
(source : Wikipédia)
      
Suétone (en latin Caius Suetonius Tranquillus) est un polygraphe et un érudit romain ayant vécu entre le Ier et le IIe siècle. Il est principalement connu pour sa Vie des douze Césars, qui comprend les biographies de Jules César à Domitien.
Nous savons très peu de choses de la vie de Suétone. Il naît probablement à Rome vers 69-70 après notre ère, d'une famille appartenant à l'ordre équestre. Son père, Suetonius Laetus, était tribun angusticlave de la treizième légion et combattit dans l'armée d'Othon à la bataille de Bedriacum en 69 après notre ère, où Vitellius triompha. Il semble que Suétone réussit à se faire dispenser du service militaire. Par ailleurs, son ami Pline le Jeune lui fit obtenir de l'empereur Trajan en 112 le privilège accordé aux pères de trois enfants, bien qu'il n'en eût aucun.
À la mort de Pline le Jeune, en 113, Suétone s'attache à un nouveau protecteur, Caius Septicius Clarus, qui lui obtient sous Hadrien l'importante fonction de secrétaire ab epistulis latinis (c'est-à-dire responsable de la correspondance de l'empereur en langue latine). Cette charge permit notamment à Suétone d'avoir accès aux archives impériales. Il rédige alors son premier livre, le De viris illustribus (paru vers 113). Entre 119 et 122, paraît la Vie des douze Césars, point culminant de sa carrière.
Un passage du pseudo-Spartien nous apprend que Suétone, malgré les relations amicales qu'il avait toujours entretenues avec Hadrien, subit en 121-122 une disgrâce brutale et définitive en même temps que son protecteur le préfet du prétoire Caius Septicius Clarus. Selon Spartien, cette disgrâce serait due à un manquement à l'étiquette de la cour vis-à-vis de l'impératrice Sabine. Toujours est-il que nous ne savons plus rien de Suétone après cette date ; sans doute a-t-il vécu dès lors dans la retraite, en se consacrant tout entier à ses travaux de grammaire, de littérature et d'histoire. Il meurt après 122, sans que l'on sache l'année, vraisemblablement autour de 130, mais peut-être jusqu'à 160.
Il est à sa manière un historien, même s'il n'affirme aucune ambition morale, mais dans sa volonté de procéder à l'inventaire le plus complet de tout ce qui touche à l'empereur, de ses vertus comme de ses vices, il procède à une certaine démystification des Césars.
LC organisée par Avalon - 3è session


 
Ma 81ème participation au challenge de Lynnae - biographie des empereurs de César à Domitien

Challenge "Un classique par mois"
Challenge organisé par Pr Platypus (4/12)



https://parthenia27.blogspot.fr/2017/01/challenge-un-genre-par-mois-2017_8.html
Challenge Un genre par mois organisé par Iluze (5/12)
 
http://www.livraddict.com/biblio/livre/l-enchanteur-1.html

http://www.babelio.com/livres/Barjavel-LEnchanteur/6684

https://booknode.com/l_enchanteur_015479

dimanche 31 mai 2015

Les Métamorphoses d'Ovide

Les Métamorphoses d'Ovide

Fiche détaillée

Auteur > Ovide
Editeur > Ebooks libres et gratuits
Genre > classique, mythes et mythologie, poésie
Date de parution > Ier siècle, 2005 pour la présente édition
Titre original > Metamorphoseon
Poids du fichier > 350Ko (330 pages)
Traduction > du latin par G.T. Villenave (1806) 

quatrieme de couverture
Dans son œuvre majeure, poème en quinze livres, Ovide reprend les légendes grecques et décrit avec force détails les transformations des dieux et des hommes en animaux, plantes ou pierres.

première phrase

"Inspiré par mon génie, je vais chanter les êtres et les corps qui ont été revêtus de formes nouvelles, et qui ont subi des changements divers."

avis personnel

Les Métamorphoses est un poème en 15 chants, qui part de la création du monde pour finir à l'époque d'Auguste, en s'appuyant sur 250 métamorphoses environ et en retraçant les grands mythes fondateurs, comme le déluge qui est un thème commun à plusieurs cultures.

Ici, Deucalion et Pyrrha sont les deux seuls survivants, choisis par Zeus pour remplacer la race humaine de bronze, jugée trop impie...

 Le genre humain périra sous les eaux, qui, de toutes les parties du ciel, tomberont en torrents sur la terre.
(page 9)

La mythologie explique également certains autres événements naturels, comme le désert de Libye ou la couleur de peau des Éthiopiens.
 
J'ai souri en lisant certains vers, qui ont certainement inspiré Lavoisier (sa maxime est la seule chose que j'ai retenue de mes cours de chimie au collège !!^^) :

Tout change, rien ne meurt.
(page 309)

et plus loin :

La nature, qui renouvelle sans cesse les choses, ne fait que substituer des formes à d'autres formes. Croyez-moi, rien ne périt dans ce vaste univers ; mais tout varie et change de figure.
(page 311)

Bref, ce qui marque surtout dans cette œuvre, c'est l'omniprésence du désir amoureux, qu'il soit partagé ou pas...
Philémon et Baucis (Chant VIII) représentent l'amour conjugal (mais également l'hospitalité et la piété), Pyrame et Thisbé (chant IV) l'amour malheureux (d'ailleurs, leur mythe a sûrement inspiré Shakespeare pour Roméo et Juliette).
L'inceste est également abordé et symbolise l'amour anormal avec les mythes de Myrrha (Chant X), Nyctimène (Chant II), Byblis et Caunus (Chant IX).
Enfin, les amours impossibles rendent les filles, qui veulent rester vierges, victimes du désir impérieux des garçons (Daphné et Apollon, Chant I) ou sont condamnées d'avance par la vanité (Narcisse et Echo, Chant III)

Les métamorphoses interviennent soit par punition (Lycaon est puni pour sa cruauté, Chant I) soit par récompense ou pitié (Philémon et Baucis pour leur hospitalité, Chant VIII).

Elles sont parfois la conséquence du désir de vengeance (l'Amour inspire ce sentiment à Apollon pour Daphné dans le but de se venger des moqueries de ce dieu à son égard : "Soudain Apollon aime ; soudain Daphné fuit l'amour" page 15 ; pour se venger de la trahison d'Apollon - encore lui ! - Vénus le fait tomber éperdument amoureux de la mortelle Leucothoe) ou la conséquence de remords (Athéna changeant Arachné en araignée pour se faire pardonner, Chant VI).
Ou le moyen pour Jupiter d'échapper à la vigilance de Junon pour commettre plus commodément ses adultères !
C'est aussi parfois le seul moyen pour des mortelles ou des nymphes d'échapper aux désirs libidineux des dieux (métamorphose de Syrinx poursuivie par Pan, Chant I).

Entre les dieux et les hommes, il n'y en pas un pour rattraper l'autre : vengeance sanglante et implacable, violence, fureur, infanticide, inceste, parricide, viols, mutilation, cannibalisme... franchement, la colonne des faits divers était bien alimentée à l'époque !

La mécanique des transformations est parfois un peu répétitive  : il arrive que l'on assiste aux mêmes selon un schéma identique, et les digressions nous sortent parfois de notre lecture avant que l'on n'en revienne au sujet initial, mais les passages intéressants relèvent l'intérêt du lecteur (par exemple, j'ai adoré la légende de Midas ainsi que l'histoire très touchante de Cénis, Chant VIII)

De plus, j'ai mesquinement apprécié le fait qu'Ulysse soit montré sous un jour peu favorable !

Bien que l'histoire se termine tragiquement, l'autoportrait du cyclope pour attirer Galatée dans ses rets frise vraiment le ridicule, et m'a fait sourire (Chant XIII) :

...en me voyant, ma beauté m'a plu. Regarde la hauteur de ma taille : Jupiter n'est point plus élevé dans les cieux (car vous avez coutume de parler du règne de je ne sais quel Jupiter). Une chevelure épaisse couvre mon front altier, et, comme une forêt, ombrage mes épaules. Que si mon corps est couvert de poils hérissés, ne pense pas que ce soit une difformité. L'arbre est sans beauté, s'il est sans feuillage. Le coursier ne plaît qu'autant qu'une longue crinière flotte sur son col. L'oiseau est embelli par son plumage, la brebis par sa toison : ainsi la barbe sied à l'homme, et un poil épais est pour son corps un ornement. ‘Je n'ai qu'un œil au milieu du front ; mais il égale un bouclier en grandeur. Eh quoi ! le soleil ne voit-il pas, du haut des cieux, ce vaste univers ? Et cependant il n'a qu'un œil comme moi.
(page 278)

Par contre, j'ai beaucoup moins aimé le dernier chant où Ovide passe un petit coup de brosse à reluire à Auguste (bon, OK, Ovide est alors en exil et aimerait sans doute rentrer dans les grâces de son prince) :

César, né dans Rome, est dieu dans sa patrie. Sans égal dans la guerre comme dans la paix, ce n'est pas plus à ses travaux guerriers achevés dans la victoire, au sage gouvernement de l'état, au cours rapide de ses conquêtes, qu'aux vertus de son fils, qu'il doit d'avoir été changé en comète, et de briller parmi les astres : car, dans tout ce que César a fait, sa gloire la plus éclatante est d'être père d'Auguste.
(page 324)

Mais ça fait quand même un peu too much, non ?

Pour conclure, j'ai beaucoup aimé retrouver certains mythes connus et en découvrir d'autres. Mais je dois avouer, que parfois, je me suis un peu ennuyée, j'ai en effet trouvé certaines légendes redondantes, mais il faut dire que j'ai lu ce livre en à peine deux jours. Par contre j'ai été un peu gênée par l'alternance de l'emploi de noms grecs ou romains pour désigner les mêmes dieux, et je ne sais pas si ce défaut existe déjà dans le texte original.

Appréciation :

note : 3 sur 5

extrait

Morphée vole à travers les ténèbres. Son aile taciturne ne trouble point le silence de l'air. Dans un instant il arrive aux remparts de Trachine. Il dépose son plumage sombre, prend les traits de Céyx, et, sous cette forme, nu, livide, et glacé, il s'arrête devant le lit de la triste Alcyone. Sa barbe est humide, et l'onde a mouillé ses cheveux épars. Il se penche sur le lit, et le visage baigné de larmes :

« Malheureuse épouse, dit-il, reconnais-tu Céyx ? La mort a-t-elle pu changer mes traits ? Regarde : c'est ton époux, ou plutôt c'est son ombre. Tes vœux, chère Alcyone, ne m'ont été d'aucun secours. J'ai cessé de vivre. Cesse d'espérer que je puisse être rendu à ton amour. Au sein de la mer Égée, la tempête a surpris mon vaisseau ; bientôt submergé, les vents l'ont englouti dans les ondes.
J'appelais en vain Alcyone lorsque ma bouche a reçu le flot mortel. Tu ne vois point en moi l'auteur suspect d'une fausse nouvelle. Elle ne te parvient point par les bruits vagues de la renommée. C'est moi-même qui viens après mon naufrage te faire connaître mon triste destin. Éveille-toi, lève-toi, donne des larmes à ma mort. Revêts des voiles funèbres, et ne laisse point mon ombre descendre dans les enfers, sans avoir reçu le tribut de tes larmes. » Ainsi parle Morphée. Sa voix est celle de l'époux d'Alcyone. Il paraît verser des larmes véritables. Son geste est semblable au geste de Céyx. Alcyone gémit ; elle pleure, elle agite ses bras en dormant. Elle veut embrasser son époux, et c'est l'air qu'elle embrasse : « Demeure, s'écrie-t-elle, où fuis-tu ? Nous irons ensemble chez les morts. »
(page 234)

divers

La pourpre et l'or - Murena T1 - de Dufaux et Delaby

Ce billet est ma 18è participation au challenge de Soukee.

Challenge "Mythologies du monde " proposé par Myrtille

Ma 30ème participation au challenge de Myrtille -

Les Métamorphoses d'Ovide

Challenge organisé par Licorne & Zina -

Challenge "Un classique par mois"

Le 2è classique du mois de mai pour le challenge organisé par Stephie.

ABC de l'Imaginaire 2015

Challenge ABC 2015 Littératures de l'Imaginaire de Ptitetrolle - 4/26

 Challenge "L'Odyssée grecque"

Challenge "L'Odyssée grecque" : 14/100

 

Challenge "Virée européenne" organisé par BouQuiNeTTe

Ma 13è participation au challenge de BouQuiNeTTe - séjour en Italie
D'autres billets sur Malte/l'Italie : Sharon ♦ Julie ♦ Salhuna ♦

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vendredi 31 janvier 2014

L'Odyssée d'Homère

 Fiche détaillée

 Auteur > Homère
Editeur > Le Livre de poche
Genre > épopée, classique
Date de parution > écrit entre 850 et 750 avant notre ère , paru en 2004 pour la présente édition
Titre original > Ὀδύσσεια / Odússeia
Nombre de pages >   477 pages
Traduction > du grec ancien par Victor Bérard

auteur
(sources : Vikipédia)

L'Iliade d'Homère

Homère (en grec ancien Ὅμηρος / Hómêros) est le plus ancien poète grec dont nous pouvons lire les œuvres. C'est un aède. Il aurait vécu au IXe siècle av. J.-C.. Ses longs poèmes, l’Iliade (plus de 15 000 vers), l’Odyssée (12 000 vers), étaient enseignés aux enfants et récités lors des fêtes solennelles comme les Grandes Panathénées d'Athènes. Pour les Grecs de l'Antiquité, Homère serait né au IXe siècle av. J.-C.. Chios, Smyrne, Colophon, cités grecques d'Ionie, se disputaient l'honneur d'être sa ville natale. On ne sait pas quand, ni où il est mort. Certains le font mourir dans l'île d'Ios.
Les Grecs l'imaginaient aveugle, ce qui est une caractéristique fréquemment attribuée aux aèdes et aux devins, à cette époque. Les Grecs pensaient que la cécité permettait d'augmenter la mémoire et était la marque d'un talent pour la divination.
Pendant longtemps, il a été appelé « le Poète ». C'est à l'époque des Pisistratides, à la fin du VIe siècle av. J.-C., que les poèmes de l'Iliade et de l'Odyssée lui sont attribués, faisant de lui une personne réelle.

L'existence réelle d'Homère a été remise en cause au XVIIe siècle siècle .
Pour les spécialistes de la littérature grecque ancienne, l'Iliade et l'Odyssée seraient une collection de poèmes que des récitants (les aèdes) se transmettaient oralement depuis longtemps, chacun d'entre eux rajoutant des variantes destinées à captiver leur auditoire. On peut déceler une origine orale des poèmes grâce à la présence de procédés poétiques répétitifs comme les qualificatifs de certains personnages « Héra la déesse aux bras blancs » ou « Achille aux pieds légers ». Ces procédés permettraient au récitant de baliser son intervention.
Les différents ajouts expliquent aussi des incohérences lorsqu'on présente un fait comme nouveau alors qu'il a été déjà raconté auparavant. La langue dans laquelle l'Iliade et l'Odyssée sont écrites est aussi très ancienne par rapport à la période où Homère était censé vivre. C'est un mélange de deux dialectes grecs, l'ionien et l'éolien (indice que le texte viendrait de plusieurs sources), auxquels s'ajoutent des traces de la langue attique.
La théorie la plus couramment admise aujourd'hui est que l’Iliade et l’Odyssée ont été composées par un ou deux poètes qui ont regroupé des récits anciens. L’Iliade aurait été composée entre 850 av. J.-C. et 750 av. J.-C. et l’Odyssée à la fin des années 700 av. J.-C..

quatrieme de couverture

Histoire d'amour et de mer d'une poésie incomparable, L'Odyssée est le symbole de la destinée humaine ballottée d'écueil en écueil. Après la guerre de Troie que célèbre Homère dans L'Iliade, Ulysse, l'un des chefs grecs, a offensé Poséidon. La colère du dieu est si grande qu'il déchaîne contre lui tempêtes, déesses ensorcelantes et magiciennes. Ulysse mettra vingt ans à rentrer à Ithaque.
Le voyageur errant sur la Méditerranée, l'homme aux mille ruses, la fidèle Pénélope, le cyclope mangeur d'hommes, les îles bouillonnantes de Charybde et Scylla existaient déjà. Homère s'est inspiré de légendes orales de la Grèce ancienne qui remontent au XVè siècle avant Jésus-Christ. Il les immortalisa et inventa la belle Nausicaa aux bras blancs.
Homère est le poète de la naissance du monde. Le monde apparaît à l'homme et Homère chante.

première phrase

"C'est l'Homme aux mille tours, Muse, qu'il me faut dire, Celui qui tant erra quand, de Troade, il eut pillé la ville sainte, Celui qui visita les cités de tant d'hommes et connut leur esprit, Celui qui, sur les mers, passa tant d'angoisses, en luttant pour survivre et ramener ses gens."

avis personnel

Vous avouerai-je que j'ai fini ce livre depuis trois bonnes semaines, et que je n'avais pas jusqu'ici réussi à écrire la 1ère phrase du 1er paragraphe de cette chronique ? Vous en déduisez quoi, alors ? La même chose que moi, hein !...

Bon, que dire ? Contrairement à L'Iliade, je n'avais encore jamais lu L'Odyssée, même en version abrégée... Bien sûr, je connaissais déjà l'histoire à travers différents livres sur la mythologie grecque... et à travers le dessin animé de mon adolescence, Ulysse 31 !

Désolée, mais je ne peux m'empêcher d'en fredonner les premières mesures :

A travers les cieux
L'Espace et le temps
Un vaisseau s'en vient, Uly-y-y-sse
Contrôlés des Dieux, des pièges géants
C'est l'Odysséus, Uly-y-y-sse

   Ulysse revient
   Et c'est un bien long chemin
   Ulysse revient
   Il lutte pour son destin.

Et moi, je lutte pour écrire ce billet... 😅

Vous le sentez comme moi que ça va être laborieux, hein ?
Mais revenons à l'Ulysse original. Comme Purplevelvet, je l'ai trouvé profondément antipathique. Les jeunes aujourd'hui diraient de lui que c'est un mytho ! Grave même... Car Ulysse ment comme il respire. Et s'il ne faisait que mentir, on arriverait à s'en accommoder... (ou pas). Mais il vole également. Et il vole comme il ment. Enfin, peut-être pas aussi souvent, mais ce vice-là  est à l'origine de tous ses malheurs. Car il en a des malheurs, Ulysse. Non content d'avoir combattu pendant 10 ans sous les remparts de Troie, il met encore 10 ans à rentrer dans son royaume d'Ithaque, poursuivi par la colère du dieu Poséidon dont il a aveuglé le fils Polyphème (l'ironie de la situation, c'est qu'il aurait pu échapper à cette vengeance divine, si, dans un malheureux accès d'arrogance, il n'avait pas lui-même éventé sa propre ruse....). Ah oui, tiens, en parlant de ruse, celle-ci est une spécialité de notre héros. Même que c'est pour cette raison qu'Athéna l'aime tant et le protège ! Oui, la déesse vierge admire sa sagesse et sa piété, et sans elle, Poséidon aurait décrété la mort d'Ulysse depuis longtemps.
Apparemment, les Grecs de l'Antiquité adoraient également le personnage d'Ulysse : ils étaient sûrement touchés par le refus d'Ulysse d'accéder à l'immortalité que lui offrait Cassiopé, taraudé par son désir de retrouver son île et sa femme.
Ce qui rend ensuite sa décision, enfin débarqué dans sa patrie, de garder son incognito dans le but de tester son fils Télémaque puis son épouse Pénélope d'autant plus incompréhensible (et cruelle) : pensez, Pénélope et Télémaque souffrent depuis 4 ans des manigances de plus en plus menaçantes des prétendants !
Alors que durant 20 ans, Pénélope a été une épouse absolument irréprochable (on ne sait même pas si elle s'est laissé aller à recourir au fameux objet en cuir qu'utilise Myrrhine dans le Lysistrata d'Aristophane ! ). Parce qu'Ulysse, de son côté, ne s'embarrasse guère de scrupules pour céder aux élans de la chair, hein ! Quand ce ne sont pas les servantes de ses hôtes, ce sont des immortelles "à la voix humaine"qui le consolent charnellement, rien que ça...

Alors, au vu de ces reproches, vous vous dites sûrement que je n'ai pas aimé L'Odyssée ? Eh bien, pas du tout... J'ai beaucoup aimé cette épopée qui nous offre le récit mouvementé d'un voyage rempli d'aventures et de créatures mythologiques ainsi que des passages très émouvants (notamment celui où Ulysse rencontre aux Enfers ses chers disparus) !
Je pense que la traduction de Victor Bérard m'a un peu rebutée. Ainsi que le personnage d'Ulysse (je lui préfère encore Achille dans L'Iliade qui a pourtant tué mon chouchou et profané son corps, c'est pour dire ! ) !!

Bref, j'ai bien aimé la manière dont ce poème était construit, avec des allers-retours dans le temps et des histoires enchâssées, même si parfois, il est un peu ardu de s'y retrouver.
Au début du poème, on apprend qu'Ulysse est prisonnier de Calypso qui souhaite l'épouser (il n'est toujours pas rentré chez lui, contrairement à d'autres rois grecs comme Nestor, Néoptolème le fils d'Achille et ses Myrmidons, Idomène et ses Crétois).
Télémaque entreprend, sur les conseils d'Athéna, un voyage à travers une partie de la Grèce pour recueillir des nouvelles de son père. Il rencontre Nestor, puis Ménélas et sa femme Hélène qui lui confesse : " (...) je lui promis avec le plus fort des serments de ne pas révéler la présence d'Ulysse, avant qu'il eût rejoint les croiseurs et les tentes ; alors il m'expliqua le plan des Achéens ; puis, de son long poignard, il fit un grand massacre en ville et retourna porter aux Argiens sa charge de nouvelles. Alors, Troie retentit du cri des autres femmes. Mais, moi, c'était la joie que j'avais dans le coeur ! Déjà mes voeux changés me ramenaient ici, et combien je pleurais la folie qu'Aphrodite avait mise en mon coeur pour m'entraîner là-bas, loin du pays natal, et me faire quitter ma fille, mes devoirs d'épouse et un mari dont la mine ou l'esprit ne le cède à personne !" (page 69). On a envie de dire : tout ça pour ça ! Avouez qu'Hélène a un comportement de garce...
Dans cette première partie, on apprend le sort funeste de nombreux guerriers sur le chemin du retour ou une fois chez eux  :
♦ Agamemnon et Cassandre ont été assassinés par la femme du 1er et l'amant de celle-ci
♦ Ajax est mort sur le retour pour avoir blasphémé contre Athéna
♦ Achille est mort dans la ville de Troie

Dans la deuxième partie, Ulysse fait son apparition au chant V. Après huit années chez Calypso, celle-ci, sur ordre des dieux, laisse repartir son amant, qui échoue chez les Phéaciens.
Lors d'un banquet donné en son honneur, l'aède entreprend le chant de plusieurs histoires :
♦ la querelle d'Ulysse et Achille au temps de la guerre de Troie
♦ les adultères d'Arès et d'Aphrodite
♦ le récit du cheval de Troie
Puis Ulysse raconte ses péripéties depuis son départ de Troie.

La troisième partie narre l'arrivée d'Ulysse dans sa patrie puis sa vengeance implacable contre les prétendants, avec les épisodes de son vieux chien qui meurt après l'avoir reconnu, celui de la nourrice qui le reconnaît à son tour grâce à une cicatrice, celui de l'épreuve de l'arc...

Pour conclure, L'Odyssée est un récit palpitant au coeur de la Grèce antique, avec son lot d'aventures terrifiantes et d'épisodes merveilleux. Même si je n'ai pas apprécié le héros (qui donne son nom à cette épopée, car Odysseus est le nom grec d'Ulysse) et lui ai préféré son fils Télémaque, on est tout de même touché par son désir constant de retrouver les siens, et le courage dont il fait preuve pour surmonter les épreuves envoyées par les dieux. Et le passage avec l'invocation m'a énormément touchée (on se dit d'ailleurs qu'un homme qui aime autant sa mère n'est finalement pas si mauvais bougre que cela...)

Et pour nous récompenser, moi d'être arrivée au bout de ma chronique, vous au bout de cette lecture, une petite chanson pour la route !!  Allez, tous en choeur...

U-u-lysse U-u-ly-y-sse
Au milieu de la galaxi-i-e
Comme le feu, il traverse le temps.

Uly-y-y-sse Uly-y-y-sse
Tu t'envoles au bout de la nuit,
Tu es roi, au milieu des géants.

   Uly-y-y-sse
   Guidé par la paix la vérité
   Uly-y-y-sse
   Meme les dieux ne pourront t'arrêter.
   Uly-y-y-sse
   D'univers en galaxies
   Tu erres, tu erres à la recherche de la Terre.

Appréciation :

note : 4 sur 5

extrait

page 204 :
" (...) Et moi si je suis morte, ce n'est pas autrement que j'ai subi le sort. Ce n'est pas la langueur, ce n'est pas le tourment de quelque maladie qui me fit rendre l'âme : c'est le regret de toi, c'est le souci de toi, c'est, ô mon noble Ulysse ! c'est ta tendresse même qui m'arracha la vie à la douceur de miel.
Elle disait et moi, à force d'y penser, je n'avais qu'un désir : serrer entre mes bras l'ombre de feu ma mère... Trois fois, je m'élançai ; tout mon coeur la voulait. Trois fois, entre mes mains, ce ne fut plus qu'une ombre ou qu'un songe envolé. L'angoisse me poignait plus avant dans le coeur.
Je lui dis, élevant la voix, ces mots ailés :
- Mère, pourquoi me fuir, lorsque je veux te prendre ? que, du moins chez Hadès, nous tenant embrassés, nous goûtions, à nous deux, le frisson des sanglots !"

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dimanche 1 décembre 2013

L'Iliade d'Homère

L'Iliade d'Homère

L'Iliade d'Homère

Fiche détaillée

 Auteur > Homère
Editeur > Ebooks libres et gratuits
Genre > épopée, classique
Date de parution > écrit entre 850 et 750 avant notre ère , paru en 2004 pour la présente édition
Titre original > Iliás
Poids du fichier > 308Kb (330 pages)
Traduction > du grec ancien par Charles-René-Marie Leconte de L'Isle (1850)

auteur
(sources : Vikipédia)

L'Iliade d'Homère

Homère (en grec ancien Ὅμηρος / Hómêros) est le plus ancien poète grec dont nous pouvons lire les œuvres. C'est un aède. Il aurait vécu au IXe siècle av. J.-C.. Ses longs poèmes, l’Iliade (plus de 15 000 vers), l’Odyssée (12 000 vers), étaient enseignés aux enfants et récités lors des fêtes solennelles comme les Grandes Panathénées d'Athènes. Pour les Grecs de l'Antiquité, Homère serait né au IXe siècle av. J.-C.. Chios, Smyrne, Colophon, cités grecques d'Ionie, se disputaient l'honneur d'être sa ville natale. On ne sait pas quand, ni où il est mort. Certains le font mourir dans l'île d'Ios.
Les Grecs l'imaginaient aveugle, ce qui est une caractéristique fréquemment attribuée aux aèdes et aux devins, à cette époque. Les Grecs pensaient que la cécité permettait d'augmenter la mémoire et était la marque d'un talent pour la divination.
Pendant longtemps, il a été appelé « le Poète ». C'est à l'époque des Pisistratides, à la fin du VIe siècle av. J.-C., que les poèmes de l'Iliade et de l'Odyssée lui sont attribués, faisant de lui une personne réelle.

L'existence réelle d'Homère a été remise en cause au XVIIe siècle siècle .
Pour les spécialistes de la littérature grecque ancienne, l'Iliade et l'Odyssée seraient une collection de poèmes que des récitants (les aèdes) se transmettaient oralement depuis longtemps, chacun d'entre eux rajoutant des variantes destinées à captiver leur auditoire. On peut déceler une origine orale des poèmes grâce à la présence de procédés poétiques répétitifs comme les qualificatifs de certains personnages « Héra la déesse aux bras blancs » ou « Achille aux pieds légers ». Ces procédés permettraient au récitant de baliser son intervention.
Les différents ajouts expliquent aussi des incohérences lorsqu'on présente un fait comme nouveau alors qu'il a été déjà raconté auparavant. La langue dans laquelle l'Iliade et l'Odyssée sont écrites est aussi très ancienne par rapport à la période où Homère était censé vivre. C'est un mélange de deux dialectes grecs, l'ionien et l'éolien (indice que le texte viendrait de plusieurs sources), auxquels s'ajoutent des traces de la langue attique.
La théorie la plus couramment admise aujourd'hui est que l’Iliade et l’Odyssée ont été composées par un ou deux poètes qui ont regroupé des récits anciens. L’Iliade aurait été composée entre 850 av. J.-C. et 750 av. J.-C. et l’Odyssée à la fin des années 700 av. J.-C..

quatrieme de couverture
(sources : Casterman)

Telle était la volonté de Zeus. Les remparts de la légendaire cité de Troie sont les témoins des vengeances les plus sanglantes. Guidés par les dieux, princes, rois et héros s’affrontent dans un conflit qui dure depuis une décennie : la guerre de Troie… La plus célèbre des épopées guerrières.  

première phrase

"Chante, Déesse, du Pèlèiade Akhilleus la colère désastreuse, qui de maux infinis accabla les Akhaiens, et précipita chez Aidès tant de fortes âmes de héros, livrés eux-mêmes en pâture aux chiens et à tous les oiseaux carnassiers."

avis personnel

L'Iliade est une épopée, constituée de 24 chants, relatant le siège de Troie par les armées grecques coalisées contre les Troyens et leurs alliés... Au moment où débute le poème, nous entrons dans la 10è année de guerre, le sort des armes est incertain, mais le camp grec est affaibli par la peste envoyée sur eux par le dieu Apollon pour les punir d'avoir asservi la fille de son prêtre Chrysès. La situation s'envenime quand Agamemnôn s'empare de la captive d'Achille pour compenser la perte de Chriséis, privant ainsi son armée de son plus valeureux guerrier qui décide de se  retirer des combats...
C'est alors que les Troyens, menés par le plus vaillant des défenseurs de la cité en la personne d'Hector, se mettent à remporter de nombreuses victoires...

L'Iliade d'Homère
Carte de la Grèce homérique © Pinpin

Le thème central de l'Iliade est donc la guerre. On assiste effectivement à une succession de mêlées et de combats singuliers (Aias/Hektôr ou Patroklos/Hektôr ou encore Alexandros (Pâris)/Ménélaos), dans le fracas des armes et la mélopée des cris ou des gémissements. C'est par moment très sanglant, et les détails sur les guerriers éventrés voyant leurs entrailles se répandre sur le sol ne nous sont guère épargnés.
Mais la guerre racontée par Homère ne se résume pas à ces tueries. Elle répond à des règles bien précises, où le sens de l'honneur est primordial, où le courage est exalté. Par exemple, deux ennemis liés par les lois de l'hospitalité ne peuvent se combattre et préfèrent s'échanger leurs armes et leur foi sur le champ de bataille, comme Glaukos et Diomèdès (page 77/78).
De même, les protagonistes ont le devoir de respecter les corps des victimes.

L'Iliade d'Homère
Achille et Briséis. Peinture murale provenant de la maison du Poète tragique, à Pompéi -
Musée national, Naples © E T Archive

Mais l'Iliade, c'est également une histoire d'hommes et de femmes qui aiment et qui souffrent. Inquiétudes, puis douleurs et lamentations des mères, épouses et soeurs à la perte de l'être aimé (même le féroce Akhilleus sanglote de douleur à l'annonce de la mort de son compagnon bien-aimé : "la noire nuée de la douleur enveloppa Akhilleus, et il saisit de ses deux mains la poussière du foyer et la répandit sur sa tête, et il en souilla sa belle face ; et la noire poussière souilla sa tunique nektaréenne et, lui-même, étendu tout entier dans la poussière, gisait, et des deux mains arrachait sa chevelure. Et les femmes, que lui et Patroklos avaient prises, hurlaient violemment, affligées dans leur coeur ; et toutes, hors des tentes, entouraient le belliqueux Akhilleus, et elles se frappaient la poitrine, et leurs genoux étaient rompus. Antilokhos aussi gémissait, répandant des larmes, et tenait les mains d'Akhilleus qui sanglotait dans son noble coeur. Et le Nestôride craignait qu'il se tranchât la gorge avec l'airain." (page 235)

L'amour est présent également. L'amour physique tout d'abord, avec les passages mettant en scène Zeus et Hèrè qui pousse le roi des dieux à partager sa couche le temps de le détourner des combats, ou Hélénè et Alexandros qui font l'amour en plein jour (oui, Homère précise le moment de la journée car c'est faire fi de toute pudeur pour les Grecs de l'Antiquité et il souligne ainsi l'illégitimité de ce couple  !^^)

L'Iliade d'Homère
Dernière visite d'Hector à sa famille avant son duel avec Achille ; Astyanax, sur les genoux
d'Andromaque, essaie d'attraper le casque de son père. Cratère à colonne apulien à figures
rouges, v. 370-360 av. J.-C. Provenance : Ruvo. Conservé au Musée national du palais Jatta
à Ruvo di Puglia (Bari).

Mais le passage le plus émouvant est celui des adieux d'Hektôr à sa femme Andromakhè, accompagnée de leur enfant qui prend peur à la vue du cimier au casque de son père : "Et il baisa son fils bien-aimé, et, le berçant dans ses bras, il supplia Zeus et les autres Dieux :
- Zeus, et vous, Dieux, faites que mon fils s'illustre comme moi parmi les Troiens, qu'il soit plein de force et qu'il règne puissamment dans Troiè ! Qu'on dise un jour, le voyant revenir du combat: Celui-ci est plus brave que son père ! Qu'ayant tué le guerrier ennemi, il rapporte de sanglantes dépouilles, et que le coeur de sa mère en soit réjoui !
Ayant ainsi parlé, il déposa son enfant entre les bras de sa femme bien-aimée, qui le reçut sur son sein parfumé, en pleurant et en souriant ; et le guerrier, voyant cela, la caressa de la main et lui dit:
- Malheureuse, ne te désespère point à cause de moi. Aucun guerrier ne m'enverra chez Aidés contre ma destinée, et nul homme vivant ne peut fuir sa destinée, lâche ou brave. Mais retourne dans tes demeures, prends soin de tes travaux, de la toile et de la quenouille, et mets tes servantes à leur tâche. Le souci de la guerre appartient à tous les guerriers qui sont nés dans Ilios, et surtout à moi." (Chant 6, page 83). C'est une scène pleine de tendresse et de douceur représentant un couple uni entourant leur fils de leur amour.

L'Iliade, c'est aussi une épopée tragique au sens premier du terme : le destin de ces héros est scellé par les dieux dès le début.

L'Iliade d'Homère
Achille traînant le corps d'Hector. Déroulé du lécythe. Peintre de Diosphos. Athènes,
vers 490 av. J.-C. - Musée du Louvre

Effectivement, les dieux se mêlent aux combats et aux destinées des mortels, avantageant l'un ou l'autre camp.
Ils manifestent aux guerriers leur soutien, directement (sur le champ de bataille en détournant les armes ou en soustrayant leur favori à leur adversaire (ainsi Aphroditè enlève Pâris dans une nuée, le sauvant de son duel avec Ménélaos au chant 3 ou Athénè truquant le duel entre Hektôr et Akhilleus en prenant les traits du frère préféré du prince troyen au chant 22) ou indirectement (Zeus envoie un songe mensonger à Agamemnôn pour le pousser à combattre au chant 2).
Contrairement aux hommes qui font la guerre, les uns pour venger l'honneur de Ménélaos, les autres pour défendre leur sol natal, les dieux apparaissent dénués de toute noblesse d'esprit ou de coeur en intervenant souvent par caprice ou amour-propre.On les voit se quereller comme des enfants capricieux, voire même s'insulter copieusement ou en venir aux mains :

"Arès, qui rompt les boucliers, attaqua, le premier, Athènè. Et il lui dit cette parole outrageante, en brandissant sa lance d'airain :
- Mouche à chien ! pourquoi pousses-tu les Dieux au combat ? Tu as une audace insatiable et un esprit toujours violent. Ne te souvient-il plus que tu as excité le Tydéide Diomèdès contre moi, et que tu as conduit sa lance et déchiré mon beau corps ? Je pense que tu vas expier tous les maux que tu m'as causés.
Il parla ainsi, et il frappa l'horrible Aigide à franges d'or qui ne craint même point la foudre de Zeus. C'est là que le sanglant Arès frappa de sa longue lance la Déesse. Et celle-ci, reculant, saisit, de sa main puissante, un rocher noir, âpre, immense, qui gisait dans la plaine, et dont les anciens hommes avaient fait la borne d'un champ. Elle en frappa le terrible Arès à la gorge et rompit ses forces." (Chant 21)
"... mais la vénérable épouse de Zeus, pleine de colère, insulta de ces paroles injurieuses Artémis qui se réjouit de ses flèches :
- Chienne hargneuse, comment oses-tu me tenir tête ? Il te sera difficile de me résister, bien que tu lances des flèches et que tu sois comme une lionne pour les femmes que Zeus te permet de tuer à ton gré. Il est plus aisé de percer, sur les montagnes, les bêtes fauves et les biches sauvages que de lutter contre plus puissant que soi. Mais si tu veux tenter le combat, viens ! et tu sauras combien ma force est supérieure à la tienne, bien que tu oses me tenir tête !
Elle parla ainsi, et saisissant d'une main les deux mains d'Artémis, de l'autre elle lui arracha le carquois des épaules, et elle l'en souffleta en riant." (Chant 21, page 279)

Quel exemple pour les hommes ! ^^
Il y a deux déesses particulièrement rancunières, revanchardes et impitoyables : il s'agit bien sûr de Hèrè et Athènè, les deux déeeses en compétition pour recevoir la "pomme de discorde" dédiée à "la plus belle" et que Paris a préféré donnerà Aphroditè ! Elles poursuivent les Troyens d'une haine inextinguible, et n'hésitent pas à désobéir à Zeus lui-même pour favoriser les Grecs...
Les émotions et les actions comme la jalousie, les complots, la trahison, la vengeance ou les rivalités , semblent poussées au paroxysme chez les dieux et peuvent se révéler tragiques pour les mortels.

Je finirai cette chronique sur l'importance du choix de la traduction.
J'avais lu, adolescente, une version abrégée, et j'avais décidé il y a deux ans de me frotter à la version intégrale. Malheureusement, j'avais abandonné ma lecture aux 2/3 du livre traduit par Paul Mazon.
Du coup, j'avais demandé conseil sur Babelio pour le choix d'une traduction qui ne soit pas indigeste :
♦ Chouchane avait eu la gentillesse de me recommander la traduction de Philippe Brunet (seuil-2010) et celle de Bardollet (collection Bouquin 1995)
♦ de son côté, Mksabir m'avait dirigée vers une traduction anglaise, celle de Chapman, en précisant que c'était la version lue par Goethe (un jour, je lirai cette traduction, un jour !^^)
Malheureusement, j'ai manqué de temps pour me procurer l'une des traductions conseillées (mais je relirai L'Iliade dans l'une de ses versions et reviendrai donner mon ressenti !) et j'ai donc lu celle de Leconte de Lisle. Cette version-là peut surprendre car les noms des héros ne sont pas modernisés et il faut, je pense, avoir une certaine connaissance du monde grec antique pour s'adapter à la lecture, mais une fois habituée, j'ai lu le texte d'une traite et je lui ai trouvé un certain rythme poétique non dénué de charme...

 Pour conclure, l'Iliade est un poème de la guerre, de l'amour et de la vie offrant un portrait idéalisé du guerrier, qui, malgré ses faiblesses toutes humaines et ses erreurs, réussit finalement à transcender sa souffrance pour respecter son idéal. Le texte offre beaucoup de moments de bravoure, mais il sait nous toucher profondément en abordant des thèmes universels comme l'amour et la douleur de la mort. Certaines scènes sont véritablement poignantes et atteignent des paroxysmes d'émotion avec l'annonce de la mort de Patroklos à Akhilleus, la mort d'Hektôr dont le corps est indignement outragé par son vainqueur sous les yeux des Troyens horrifiés, les funérailles de Patroklos, les supplications de Priamos pour récupérer le corps de son fils.
Puis, toute la tension accumulée s'apaise avec les funérailles du héros troyen, permettant à son âme de rejoindre l'Hadès...
La force de L'Iliade, c'est d'avoir brosser le portrait d'hommes qui ne sont pas infaillibles, qui commettent des erreurs, mais qui se rachètent ensuite par un comportement courageux et par le renoncement...
J'avoue que j'ai toujours eu un petit faible pour Hektôr (même que j'avais écrit un poème sur lui et sur Achille, adolescente... vivivi, ne vous moquez pas ! ^^), et souhaité en relisant la version abrégée que par miracle la destinée tragique du Troyen se métamorphose à ma convenance... juste une fois... Evidemment le miracle n'a jamais eu lieu et c'est tant mieux pour l'intérêt et la force même de ce poème intemporel...

Appréciation :

note : 5 sur 5

extrait

page 9/10 :
"S'étant ainsi outragés de paroles, ils se levèrent et rompirent l'agora auprès des nefs des Akhaiens. Et le Pèléide se retira, avec le Ménoitiade et ses compagnons, vers ses tentes. Et l'Atréide lança à la mer une nef rapide, l'arma de vingt avirons, y nùt une hécatombe pour le Dieu et y conduisit lui-même Khrysèis aux belles joues. Et le chef fut le subtil Odysseus.Et comme ils naviguaient sur les routes marines, l'Atréide ordonna aux peuples de se purifier. Et ils se purifiaient tous, et ils jetaient leurs souillures dans la mer', et ils sacrifiaient à Apollôn des hécatombes choisies de taureaux et de chèvres, le long du rivage de la mer inféconde. Et l'odeur en montait vers l'Ouranos, dans un tourbillon de fumée.Et pendant qu'ils faisaient ainsi, Agamemnôn n'oubliait ni sa colère, ni la menace faite à Akhilleus."

 

page 52/53 :
"Et Arès excitait les uns, et Athènè aux yeux clairs excitait les autres, et partout allaient la Crainte et la Terreur et la furieuse et insatiable Éris, soeur et compagne d'Arès tueur d'hommes, et qui, d'abord, est faible, et qui, les pieds sur la terre, porte bientôt sa tête dans l'Ouranos. Et elle s'avançait à travers la foule, éveillant la haine et multipliant les gémissements des hommes.

Et quand ils se furent rencontrés, ils mêlèrent leurs boucliers, leurs piques et la force des hommes aux cuirasses d'airain ; et les boucliers bombés se heurtèrent, et un vaste tumulte retentit. Et on entendait les cris de victoire et les hurlements des hommes qui renversaient ou étaient renversés, et le sang inondait la terre. Comme des fleuves, gonflés par l'hiver, tombent du haut des montagnes et mêlent leurs eaux furieuses dans une vallée qu'ils creusent profondément, et dont un berger entend de loin le fracas, de même le tumulte des hommes confondus roulait."

 

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