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mercredi 9 novembre 2016

Le Tour d'écrou de Henry James

Le Tour d'écrou de Henry James
 Auteur > Henry James
Editeur > Ebooks libres et gratuits
Genre > horreur, classique
Date de parution > 1898 pour l'édition originale , 2005 pour la présente édition
Titre original > The Turn of the Screw
Format > ePub
Poids du fichier > 173 Ko (153 pages)
Traduction > ??
"Bien que l'histoire nous eût tenus haletants autour du feu, en dehors de la remarque - trop évidente - qu'elle était sinistre, ainsi que le doit être essentiellement toute étrange histoire racontée la nuit de Noël dans une vieille maison, je ne me rappelle aucun commentaire jusqu'à ce que quelqu'un hasardât que c'était, à sa connaissance, le seul cas où pareille épreuve eût été subie par un enfant."

Deux enfants, Miles et Flora, sont confiés, dans des circonstances un peu mystérieuses, à une gouvernante. Cette dernière acquiert bientôt la certitude que des esprits damnés persécutent les deux petits qui, par une sorte de connivence, gardent jalousement pour eux ce secret. Malgré tout, l'héroïne entreprend une lutte pour les libérer de cette possession dans une atmosphère de cauchemars et d'hallucinations... Dans la préface, Edmond Jaloux écrit : «Il semble que tous les personnages d'Henry James aient quelque chose de spectral. Et je le dis dans les deux sens du mot. Ce sont des projections de l'esprit sur d'autres projections de l'esprit, et il y a dans leurs passions, même les plus ardentes, quelque chose de glacé et d'étrange, parfois même d'inhumain, qui tout d'un coup nous fait souvenir qu'Henry James, après tout, a été le compatriote d'Edgar Poe.»
Je me suis intéressée à ce livre après avoir vu le film Les Autres d'Alejandro Amenábar, qui était censé en être une adaptation, mais après lecture,  il s'avère que le seul point commun que film et roman partagent est cette histoire ambigüe de revenants et la présence de deux enfants élevés dans un manoir isolé, ainsi que l'appellation Les Autres employés dans le livre par les enfants pour désigner ces fameuses apparitions.

Pour en revenir au roman, je dois avouer que j'ai été déstabilisée au début par le style d'écriture. Je ne sais pas si c'est dû à la traduction, mais la façon dont étaient tournées les phrases donnait une impression de confusion, accentuée par le fait que les protagonistes ne finissaient pas toujours leurs phrases pour ménager la pudeur de leurs interlocuteurs et qu'il était parfois malaisé de comprendre lequel prenait la parole, si bien que j'étais obligée parfois de lire plusieurs fois certains passages. Si je n'étais pas habituée à la lecture de romans classiques, je pourrais me contenter de cette raison pour expliquer ma difficulté à entrer dans l'histoire, mais il n'en est rien. Je ressors donc un peu mitigée de cette lecture qui n'a pas comblé mes attentes, malgré des qualités certaines. Car l'auteur joue tout au long sur l'ambiguïté de certaines situations et l'évolution de notre conviction quant à la véracité des dires de la gouvernante :

/!\Attention spoiler/!\ ♦ les fantômes de l'ancien valet et de la précédente gouvernante sont-ils réels ou le fruit de l'imagination dérangée de la nouvelle institutrice ?
♦ pourquoi celle-ci se montre-t-elle de plus en plus exaltée ?
♦ la grande affection qu'elle éprouve à l'égard de ses élèves n'est-elle pas d'ailleurs d'une nature plus coupable qu'il n'y parait, surtout vis-à-vis du garçon ?
♦ d'ailleurs, celui-ci n'a-t-il pas été abusé sexuellement par le défunt valet, ce qui expliquerait certains de ses comportements ?
♦ si les fantômes ne sont que pures inventions de la part de la gouvernante, pourquoi la description qu'elle en fait est si précise que Mrs Grove les reconnaît aussitôt ?♦ a-t-elle tué Miles à la fin ?
  
/!\Fin du spoiler/!\

Aucune réponse ne nous sera donnée par Henry James à la fin de son roman, ce qui est assez frustrant. Mais il sait merveilleusement instaurer une atmosphère de plus en plus oppressante, distiller le doute dans l'esprit du lecteur, suggérer des situations malsaines qui nous poussent à nous interroger sur les motivations réelles des uns et des autres.

Bref, une lecture qui me laisse sur ma faim mais me donne envie de la redécouvrir dans une autre traduction, ou qui sait en version originale, pour mieux l'apprécier...

Appréciation :
(sources : Babelio)
Le Tour d'écrou de Henry James
Henry James est un écrivain américain, né en 1843 à New York, naturalisé britannique, et mort en 1916 à Londres.
Il reçoit une éducation éclectique et peu conformiste de la part de son père, un intellectuel, disciple de Swedenborg et d’Emerson. Dès son jeune âge, Henry lit les classiques des littératures anglaise, américaine, française et allemande mais aussi les traductions des classiques russes, et trouve sa voie après s'être essayé à la peinture : il sera écrivain. A partir de ce moment, il voyage en permanence entre l'Europe et l'Amérique.
C’est à Londres, où il s’établit à partir de 1878, qu’il écrit ses plus grands chefs-d’œuvre. Une série d’études sur la femme américaine dans un milieu européen fut inaugurée par Daisy Miller (1878). Le thème opposant innocence américaine et sophistication européenne se retrouve dans Les Européens (1878), Washington Square (1880), Portrait de femme (1881) , Les Bostoniennes (1885) et Reverberator (1888) et atteint sa conclusion avec Les Ambassadeurs (1903).
Il aborde aussi le genre fantastique avant de trouver sa voie propre dans les histoires de fantômes (Ghost Tales), où il excelle, comme le prouve notamment Le Tour d'écrou (1898). Pendant toute sa carrière, Henry James s'est tout particulièrement intéressé à ce qu'il appelait la "belle et bénie nouvelle", ou les récits de taille intermédiaire. Parmi ces textes, on trouve plusieurs nouvelles très concises, dans lesquelles l'auteur parvient à traiter de sujets complexes. À d'autres moments, le récit s'approche d'un court roman.
En 1915, pour protester contre la neutralité américaine au début de la première guerre mondiale, il demande et obtient la nationalité britannique. Henry James est l’écrivain qui a dépeint le plus finement la distance, qui n’a cessé depuis de grandir, entre l’esprit européen et la sensibilité américaine.
Henry James ne s'est jamais marié et se présentait comme un célibataire endurci rejetant toute suggestion de mariage évitant toute dispersion pour se consacrer à l'écriture.
Il a une attaque cardiaque le 2 décembre 1915, suivie d'une seconde le 13. Il reçoit l'ordre du Mérite le jour de l'an 1916.
Il est devenu une figure majeure du réalisme littéraire du XIXe siècle, et il est considéré comme un maître de la nouvelle et du roman pour le grand raffinement de son écriture.


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dimanche 31 mai 2015

Les Métamorphoses d'Ovide

Les Métamorphoses d'Ovide

Fiche détaillée

Auteur > Ovide
Editeur > Ebooks libres et gratuits
Genre > classique, mythes et mythologie, poésie
Date de parution > Ier siècle, 2005 pour la présente édition
Titre original > Metamorphoseon
Poids du fichier > 350Ko (330 pages)
Traduction > du latin par G.T. Villenave (1806) 

quatrieme de couverture
Dans son œuvre majeure, poème en quinze livres, Ovide reprend les légendes grecques et décrit avec force détails les transformations des dieux et des hommes en animaux, plantes ou pierres.

première phrase

"Inspiré par mon génie, je vais chanter les êtres et les corps qui ont été revêtus de formes nouvelles, et qui ont subi des changements divers."

avis personnel

Les Métamorphoses est un poème en 15 chants, qui part de la création du monde pour finir à l'époque d'Auguste, en s'appuyant sur 250 métamorphoses environ et en retraçant les grands mythes fondateurs, comme le déluge qui est un thème commun à plusieurs cultures.

Ici, Deucalion et Pyrrha sont les deux seuls survivants, choisis par Zeus pour remplacer la race humaine de bronze, jugée trop impie...

 Le genre humain périra sous les eaux, qui, de toutes les parties du ciel, tomberont en torrents sur la terre.
(page 9)

La mythologie explique également certains autres événements naturels, comme le désert de Libye ou la couleur de peau des Éthiopiens.
 
J'ai souri en lisant certains vers, qui ont certainement inspiré Lavoisier (sa maxime est la seule chose que j'ai retenue de mes cours de chimie au collège !!^^) :

Tout change, rien ne meurt.
(page 309)

et plus loin :

La nature, qui renouvelle sans cesse les choses, ne fait que substituer des formes à d'autres formes. Croyez-moi, rien ne périt dans ce vaste univers ; mais tout varie et change de figure.
(page 311)

Bref, ce qui marque surtout dans cette œuvre, c'est l'omniprésence du désir amoureux, qu'il soit partagé ou pas...
Philémon et Baucis (Chant VIII) représentent l'amour conjugal (mais également l'hospitalité et la piété), Pyrame et Thisbé (chant IV) l'amour malheureux (d'ailleurs, leur mythe a sûrement inspiré Shakespeare pour Roméo et Juliette).
L'inceste est également abordé et symbolise l'amour anormal avec les mythes de Myrrha (Chant X), Nyctimène (Chant II), Byblis et Caunus (Chant IX).
Enfin, les amours impossibles rendent les filles, qui veulent rester vierges, victimes du désir impérieux des garçons (Daphné et Apollon, Chant I) ou sont condamnées d'avance par la vanité (Narcisse et Echo, Chant III)

Les métamorphoses interviennent soit par punition (Lycaon est puni pour sa cruauté, Chant I) soit par récompense ou pitié (Philémon et Baucis pour leur hospitalité, Chant VIII).

Elles sont parfois la conséquence du désir de vengeance (l'Amour inspire ce sentiment à Apollon pour Daphné dans le but de se venger des moqueries de ce dieu à son égard : "Soudain Apollon aime ; soudain Daphné fuit l'amour" page 15 ; pour se venger de la trahison d'Apollon - encore lui ! - Vénus le fait tomber éperdument amoureux de la mortelle Leucothoe) ou la conséquence de remords (Athéna changeant Arachné en araignée pour se faire pardonner, Chant VI).
Ou le moyen pour Jupiter d'échapper à la vigilance de Junon pour commettre plus commodément ses adultères !
C'est aussi parfois le seul moyen pour des mortelles ou des nymphes d'échapper aux désirs libidineux des dieux (métamorphose de Syrinx poursuivie par Pan, Chant I).

Entre les dieux et les hommes, il n'y en pas un pour rattraper l'autre : vengeance sanglante et implacable, violence, fureur, infanticide, inceste, parricide, viols, mutilation, cannibalisme... franchement, la colonne des faits divers était bien alimentée à l'époque !

La mécanique des transformations est parfois un peu répétitive  : il arrive que l'on assiste aux mêmes selon un schéma identique, et les digressions nous sortent parfois de notre lecture avant que l'on n'en revienne au sujet initial, mais les passages intéressants relèvent l'intérêt du lecteur (par exemple, j'ai adoré la légende de Midas ainsi que l'histoire très touchante de Cénis, Chant VIII)

De plus, j'ai mesquinement apprécié le fait qu'Ulysse soit montré sous un jour peu favorable !

Bien que l'histoire se termine tragiquement, l'autoportrait du cyclope pour attirer Galatée dans ses rets frise vraiment le ridicule, et m'a fait sourire (Chant XIII) :

...en me voyant, ma beauté m'a plu. Regarde la hauteur de ma taille : Jupiter n'est point plus élevé dans les cieux (car vous avez coutume de parler du règne de je ne sais quel Jupiter). Une chevelure épaisse couvre mon front altier, et, comme une forêt, ombrage mes épaules. Que si mon corps est couvert de poils hérissés, ne pense pas que ce soit une difformité. L'arbre est sans beauté, s'il est sans feuillage. Le coursier ne plaît qu'autant qu'une longue crinière flotte sur son col. L'oiseau est embelli par son plumage, la brebis par sa toison : ainsi la barbe sied à l'homme, et un poil épais est pour son corps un ornement. ‘Je n'ai qu'un œil au milieu du front ; mais il égale un bouclier en grandeur. Eh quoi ! le soleil ne voit-il pas, du haut des cieux, ce vaste univers ? Et cependant il n'a qu'un œil comme moi.
(page 278)

Par contre, j'ai beaucoup moins aimé le dernier chant où Ovide passe un petit coup de brosse à reluire à Auguste (bon, OK, Ovide est alors en exil et aimerait sans doute rentrer dans les grâces de son prince) :

César, né dans Rome, est dieu dans sa patrie. Sans égal dans la guerre comme dans la paix, ce n'est pas plus à ses travaux guerriers achevés dans la victoire, au sage gouvernement de l'état, au cours rapide de ses conquêtes, qu'aux vertus de son fils, qu'il doit d'avoir été changé en comète, et de briller parmi les astres : car, dans tout ce que César a fait, sa gloire la plus éclatante est d'être père d'Auguste.
(page 324)

Mais ça fait quand même un peu too much, non ?

Pour conclure, j'ai beaucoup aimé retrouver certains mythes connus et en découvrir d'autres. Mais je dois avouer, que parfois, je me suis un peu ennuyée, j'ai en effet trouvé certaines légendes redondantes, mais il faut dire que j'ai lu ce livre en à peine deux jours. Par contre j'ai été un peu gênée par l'alternance de l'emploi de noms grecs ou romains pour désigner les mêmes dieux, et je ne sais pas si ce défaut existe déjà dans le texte original.

Appréciation :

note : 3 sur 5

extrait

Morphée vole à travers les ténèbres. Son aile taciturne ne trouble point le silence de l'air. Dans un instant il arrive aux remparts de Trachine. Il dépose son plumage sombre, prend les traits de Céyx, et, sous cette forme, nu, livide, et glacé, il s'arrête devant le lit de la triste Alcyone. Sa barbe est humide, et l'onde a mouillé ses cheveux épars. Il se penche sur le lit, et le visage baigné de larmes :

« Malheureuse épouse, dit-il, reconnais-tu Céyx ? La mort a-t-elle pu changer mes traits ? Regarde : c'est ton époux, ou plutôt c'est son ombre. Tes vœux, chère Alcyone, ne m'ont été d'aucun secours. J'ai cessé de vivre. Cesse d'espérer que je puisse être rendu à ton amour. Au sein de la mer Égée, la tempête a surpris mon vaisseau ; bientôt submergé, les vents l'ont englouti dans les ondes.
J'appelais en vain Alcyone lorsque ma bouche a reçu le flot mortel. Tu ne vois point en moi l'auteur suspect d'une fausse nouvelle. Elle ne te parvient point par les bruits vagues de la renommée. C'est moi-même qui viens après mon naufrage te faire connaître mon triste destin. Éveille-toi, lève-toi, donne des larmes à ma mort. Revêts des voiles funèbres, et ne laisse point mon ombre descendre dans les enfers, sans avoir reçu le tribut de tes larmes. » Ainsi parle Morphée. Sa voix est celle de l'époux d'Alcyone. Il paraît verser des larmes véritables. Son geste est semblable au geste de Céyx. Alcyone gémit ; elle pleure, elle agite ses bras en dormant. Elle veut embrasser son époux, et c'est l'air qu'elle embrasse : « Demeure, s'écrie-t-elle, où fuis-tu ? Nous irons ensemble chez les morts. »
(page 234)

divers

La pourpre et l'or - Murena T1 - de Dufaux et Delaby

Ce billet est ma 18è participation au challenge de Soukee.

Challenge "Mythologies du monde " proposé par Myrtille

Ma 30ème participation au challenge de Myrtille -

Les Métamorphoses d'Ovide

Challenge organisé par Licorne & Zina -

Challenge "Un classique par mois"

Le 2è classique du mois de mai pour le challenge organisé par Stephie.

ABC de l'Imaginaire 2015

Challenge ABC 2015 Littératures de l'Imaginaire de Ptitetrolle - 4/26

 Challenge "L'Odyssée grecque"

Challenge "L'Odyssée grecque" : 14/100

 

Challenge "Virée européenne" organisé par BouQuiNeTTe

Ma 13è participation au challenge de BouQuiNeTTe - séjour en Italie
D'autres billets sur Malte/l'Italie : Sharon ♦ Julie ♦ Salhuna ♦

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dimanche 15 juin 2014

Emma de Jane Austen

Emma de Jane Austen

Fiche détaillée

 Auteur > Jane Austen
Editeur > Ebooks libres et gratuits
Genre > roman classique
Date de parution > 1815 pour l'édition originale , 2010 pour la présente édition
Titre original > Emma
Format > ePub
Poids du fichier > 308 Kb (367 pages)
Traduction > de l'anglais par M. Pierre de Puliga (1910)

auteur
(sources : Evene)

Catherine Morland de Jane Austen Née en 1775 au sein d'une famille appartenant à la bourgeoisie provinciale, Jane Austen a utilisé la cruauté du verbe et de sa langue subtilement pendue pour décrire le mode de vie de ses contemporains à travers ce qui semble être des histoires d’amour so british. La jeune Jane grandit dans une famille de pasteurs, entourée de huit frères et soeurs. Bien que vivant modestement, George et Cassandra Austen initient leurs enfants à l'amour de la lecture et la connaissance des arts. Dès l'âge de 11 ans, Jane écrit. Son éducation ainsi que celle de sa soeur Cassandra, dont elle restera très proche jusqu'à sa mort, se fera principalement dans le domaine familial. Elle se met à l'écriture de parodies sentimentales avant de se consacrer aux romans Northanger AbbeyRaison et sentiment et Orgueil et préjugés entre 1795 et 1798. En 1801, la famille Austen s'installe à Bath et quatre ans plus tard, le père de Jane décède : l'auteur ne se mariera pas, tout comme sa soeur Cassandra, et consacrera sa vie à l'éducation de ses neveux et nièces. Raison et sentiment, Orgueil et préjugés et Mansfield Park sont publiés successivement en 1811, 1813 et 1814. Elle laisse derrière elle un roman inachevé, Sanditon, emportée par la phtisie à l'âge de 41 ans (1817). L'auteur ne connut pas le succès en son temps et ne fut redécouvert qu'à la fin du XIXe siècle. Aujourd'hui, son talent de peintre des moeurs et de la province anglaise font d'elle un des auteurs pré-victoriens les plus connus et des plus mordants.

quatrieme de couverture

Emma vit avec son père, un vieil homme veuf et malade. Elle est belle intelligente et riche. Avec le mariage de sa gouvernante qui la quitte, Emma décide de s'occuper du mariage de nombre de ses relations. Sûre d'elle, elle est persuadée d'avoir les talents pour cette activité. Mais son inexpérience de l'amour et des gens, ses propres erreurs de jugement sur ses émotions amoureuses, lui valent bien des surprises et déceptions. Ce roman décrivant la vie et les moeurs des jeunes femmes provinciales de la classe moyenne est souvent considéré comme le roman le plus abouti de Jane Austen.

première phrase 

"Emma Woodhouse, belle, intelligente, douée d’un heureux naturel, disposant de larges revenus, semblait réunir sur sa tête les meilleurs dons de l’existence ; elle allait atteindre sa vingt et unième année sans qu’une souffrance même légère l’eût effleurée."

avis personnel

Emma de Jane Austen
Title page

Emma est le 4ème roman de Jane Austen, publié fin 1815, après Mansfield Park et un an avant Northanger Abbey. Pour la 1ère fois, le titre porte le nom de l'héroïne du roman.
Emma, donc, est une jeune fille de 21 ans, riche, gâtée, indépendante et très sûre d'elle. Elle vient de perdre la compagnie de son amie et gouvernante, Mlle Taylor qui quitte la demeure de Hartfield à la suite de son mariage avec M. Weston. Persuadée d'avoir été l'instigatrice de cet heureux événement, elle décide de semer le bonheur autour d'elle en jouant les marieuses, malgré les mises en garde de Georges Knightley. Malheureusement, chacune de ses interventions se révèlera désastreuse... L'histoire se termine quand Emma découvre ses propres sentiments, après de nombreuses déconvenues et épreuves.

Emma de Jane Austen
"my dearest, most beloved Emma--tell me at once"
~ Volume III, Chapter XIII (49)

C'est presque à un "huit-clos" que nous invite  Jane Austen, car dans ce roman, les personnages n'entreprennent pas de voyages hors de Highbury. Et pourtant, ce cadre restreint n'inspire jamais l'ennui, bien au contraire, tant l'auteure prend le temps de développer chaque personnage, même ceux dont le rôle est secondaire, et de nourrir son récits de mille petits riens qui remplissent la vie oisive de cette distrayante communauté.

Emma de Jane Austen
"He thought I had much better go round by Mr. Cole's stables"
~ Volume II, Chapter III (21)

On voit l'histoire à travers les yeux d'Emma, que ses erreurs d'interprétation conduisent à briser des idylles ou à planifier des rencontres inappropriées, devant selon elle aboutir à un mariage. Ainsi, elle décide de prendre sous son aile la jeune Henriette Smith, fille naturelle d'un inconnu, et dont elle décide de parfaire l'éducation en vue d'un mariage avantageux. Méprisant le statut social inférieur du fermier Robert Martin, le soupirant de cette dernière, elle influence la naïve demoiselle de manière à ce qu'elle décline sa demande en mariage.
Bien qu'animée de bonnes intentions, son égoïsme inconscient et sa présomption l'amènent à se méprendre sur les sentiments des autres et à les piétiner, la rendant parfaitement agaçante.

Emma de Jane Austen
"I see very few pearls in the room except mine" ~ Volume III,
Chapter II (38)

Elle établit ainsi de fausses hypothèses sur Jane Fairfax quand elle suppose une relation entre elle et M. Dixon, le mari de la meilleure amie. Le lecteur se demande d'ailleurs si ce comportement n'est pas dicté par une forme de jalousie car tout le monde autour d'Emma s'accorde à peindre un portrait flatteur de Jane, dont c'est surtout la réserve à son égard qui semble l'avoir froissée...
De plus, Emma a tendance à porter sur les autres un jugement péremptoire, parfaitement désobligeant : "(...) elle craignait toujours de rencontrer chez Mme Bates la société de second ordre qui fréquentait le modeste intérieur ; aussi allait-elle rarement la voir." (page 118-119)

Emma de Jane Austen
"Ma'am...do you hear what Miss Woodhouse is so obliging to say
about Jane's handwriting?
" ~ Volume II, Chapter I (19)


De même, emportée par sa vivacité d'esprit, elle raille méchamment Mlle Bates :

 - ... [Mlle Woodhouse] vous prie de bien vouloir émettre, chacun à votre tour, soit une pensée très spirituelle en vers ou en prose, originale ou répétée, soit deux remarques modérément spirituelles, soit enfin trois bêtises !
– Oh ! très bien, intervint Mlle Bates, je n’ai pas besoin de m’inquiéter : trois bêtises, voilà justement mon affaire ; je suis bien sûre de dire trois bêtises dès que j’ouvrirai la bouche !
Emma ne put résister au plaisir de répondre :
– Pourtant, Mademoiselle, il peut se présenter une difficulté ; permettez-moi de vous faire remarquer qu’en l’occurrence, le nombre est limité : seulement trois bêtises à la fois !
Mlle Bates, trompée par le ton cérémonieux et ironique, ne comprit pas immédiatement ; quand elle saisit l’allusion elle ne se fâcha pas, mais une légère rougeur indiqua qu’elle avait été blessée.
(page 278)

Emma de Jane Austen
"I shall be sure to say three dull things as soon as ever I open
my mouth, shan't I?
" ~ Volume III, Chapter VII (43)

 Eh bien, malgré la morgue et le snobisme dont Emma fait souvent preuve, malgré sa manie agaçante de se mêler des histoires de coeur des autres, on ne peut qu'aimer l'héroïne et s'attacher à elle, car, en dépit de ces défauts, elle sait reconnaître le bienfondé des reproches que lui adressent ses meilleurs amis et cherche sincèrement à s'amender et à réparer ses torts.

Emma de Jane Austen
She left the sofa ~ Volume I, Chapter XV (15)

Bien que ce soit le point de vue d'Emma qui soit offert, le lecteur décèle par moments la double-lecture de certaines scènes ou dialogues, l'ambivalence de certaines phrases, se perdant ainsi en conjectures.
L'auteure brouille malicieusement les pistes, en suggérant certaines combinaisons de couple, en entretenant le mystère autour de l'énigmatique Jane Fairfax, et ce fut délicieusement jubilatoire de tenter de démêler le vrai du faux.

Et comme d'habitude, la galerie de personnages est suffisamment variée et fouillée pour éveiller notre intérêt :

La vieille fille Mlle Bates m'a inspiré beaucoup d'affection. Son affabilité est peut-être un peu trop volubile, mais tellement bienveillante qu'on lui pardonne volontiers ce défaut. Ses interventions m'ont beaucoup fait sourire, d'autant qu'elles renfermaient certaines clés de l'intrigue auxquelles les autres protagonistes ne prêtaient jamais attention.

J'ai éprouvé également beaucoup de tendresse pour Frank Churchill, son insouciance et sa vivacité d'esprit, et même si l'on pourrait lui reprocher une certaine légèreté dans sa conduite, il n'en reste pas moins un amoureux sincère.
Ses conversations avec Emma étaient savoureuses car souvent à double sens sur lequel la jeune fille se méprenait immanquablement !

Emma de Jane Austen
"I have the pleasure, madam, (to Mrs. Bates,) of restoring
your spectacles, healed for the present.
" ~ Volume II,
Chapter X (28)

Quant à Georges Knightley, il est l'incarnation du parfait gentleman, prévenant, sensé et clairvoyant la plupart du temps. Il est consterné par l'amitié qui se lie entre Emma et Frank Churchill qu'il soupçonne d'avoir une mauvaise influence sur son amie. La manière dont il mortifie la sottise mesquine d'Elton est jubilatoire tout en révélant sa grandeur d'âme...

Justement, en parlant d'Elton, ce personnage est proprement imbuvable. Ambitieux et mesquin, il s'accorde parfaitement à sa femme, Augusta, qui partage la même vanité que lui.

Concernant l'édition, je déplore un manque de cohérence pour la traduction : parfois les prénoms sont traduits, d'autres fois non, ce qui gâche un peu la lecture....

Pour conclure, une lecture délicieuse durant laquelle nos sentiments envers l'héroïne évoluent, passant de l'agacement à l'attachement. Il ne se passe presque rien, mais l'intrigue est basée sur des dialogues enlevés, des personnages fouillés et caractérisés, une série de malentendus et de rebondissements,si bien que l'on se passionne pour l'histoire jusqu'au bout. Et puis franchement, Knightley, quoi !

Appréciation :

note : 5 sur 5

Crédit images : C.E. Brock illustrations
extrait

 Emma ne regretta pas d’avoir eu la condescendance d’aller chez les Cole. Cette soirée lui laissa d’agréables souvenirs pour le lendemain, et si elle devait perdre une partie de son prestige de recluse volontaire, elle avait, en revanche, gagné une solide popularité. Elle savait que les Cole avaient été ravis et elle ne doutait pas d’avoir laissé derrière elle un sillage d’admiration.

Le bonheur parfait, même en imagination, est rare. Il y avait deux points sur lesquels Emma n’était pas parfaitement tranquille, elle craignait d’avoir transgressé les règles de la solidarité féminine en confiant ses soupçons sur les sentiments intimes del Jane Fairfax à Frank Churchill ; toutefois elle se sentait flattée d’avoir gagné si complètement le jeune homme à ses vues et le succès la portait à se montrer indulgente pour elle-même.

L’autre raison de remords avait aussi rapport à Mlle Fairfax ; et cette fois, il n’y avait pas d’hésitation : elle regrettait sincèrement l’infériorité de son propre jeu et de son chant ; elle s’assit et étudia pendant deux heures sérieusement.

Elle fut interrompue par l’arrivée d’Henriette, et si les éloges de cette dernière avaient pu la satisfaire, elle eût été tout à fait réconfortée.
(page 179)

divers

 

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