Auteur > Poppy Z. Brite
Editeur > Gallimard
Collection > Folio SF
Genre > roman d'horreur
Date de parution > 1992 aux USA, 1994 en France
Titre original > Lost souls
Nombre de pages > 492
Traduction > de l'américain par Jean-Daniel Brèque
Egérie de la littérature gothique née en 1967, Poppy Z. Brite s'est fait connaître avec l'univers violent et fantastique de ses premiers livres tels que Les Ames perdues (1992) ou Le Corps exquis (1996). La réputation assez sulfureuse de l'écrivain, qui ne cache pas son attirance pour la drogue et le sadomasochisme, amplifie l'engouement pour son oeuvre dans laquelle se côtoient vampires et serial killers. Malgré une évolution de ses écrits vers plus de mesure et de sobriété dans les années 2000, ses romans gardent néanmoins le même humour noir et continuent d'aborder ses thèmes de prédilection que sont l'érotisme et l'homosexualité. Suite à son mariage avec un chef cuisinier en 1989, le monde de la restauration devient une de ses sources d'inspiration majeures : Petite cuisine du diable ou Alcool entament cette série de romans plus légers qui ont pour toile de fond sa ville de La Nouvelle-Orléans. Auteur prolifique qui écrit depuis l’âge de 18 ans, Poppy Z. Brite est devenu une figure de l’underground américain dont l’influence aura su dépasser le cadre du roman d’horreur.
A quinze ans, Nothing, adolescent rebelle et mal dans sa peau, s'enfuit de chez ses parents. Sa route croise celle des Lost Souls, créatures étranges, vêtues de noir, qui boivent une liqueur au goût de sang. Insatiables, sensuels, sauvages, ce sont des prédateurs sans loi qui n'obéissent qu'à leurs instincts. Avec Molochai, Twig et Zillah, Nothing part en quête d'amour, de sexe et de violence au son de longs riffs lancinants dans les boîtes punk de La Nouvelle-Orléans et découvre la vérité sur ses origines...
Poppy Z. Brite nous entraîne dans un univers noir où les vampires profitent de leur immortalité pour s'adonner à toutes les perversions et braver tous les interdits de la société puritaine américaine.
"Lorsque vient le printemps, les familles des banlieues de La Nouvelle-Orléans - Metarie, Jefferson, Lafayette - accrochent des couronnes à leur portes."
Voilà un roman noir, glauque et cruel, dont l'écriture poétique, sensuelle et envoutante nous plonge dans les vapeurs de l'absynthe et la moiteur poisseuse de la Nouvelle Orléans !
Il n'y a pas de rédemption possible pour les "héros" désenchantés de ce livre, tous voués à la solitude et à la tristesse, qu'ils soient humains ou vampires. Ils ont beau s'abîmer dans l'alcool, la drogue ou la baise, s'adonner à toutes les perversions ou braver les interdits, aucun d'eux n'échappe au désespoir...
On suit donc le quotidien de Nothing, enfant perdu et revenu de tout, de Ghost le devin fragile et attachant, de son ami Steeve plein de rage et de violence, de Christian le barman solitaire, de Molochai, Twig et Zillah le trio sans foi ni loi. Evidemment, leur chemin à tous finit par se croiser, créant des liens forts ou au contraire précipitant la chute des plus solitaires ou des plus démunis... Mais je n'en dirai pas plus !
Pour finir, je tiens à préciser que ce livre n'est pas à mettre entre toutes les mains car il est cru, direct, sanglant. Choquant par instant. Mais il agit comme un charme puissant dont on n'est délivré qu'à la toute dernière page...
Appréciation :
"Même Wallace ferait l'affaire, même ce vieil homme fatigué aux yeux si tristes. Il colla ses lèvres à la gorge de Wallace. Sa peau était sèche, flasque; sentait la vieillesse. Il mordit et goûta le sang pour la seconde fois de la nuit...
Mais c'était un sang amer, un sang vicié, et il recracha et s'étouffa. Ses narines palpitèrent. Les vapeurs de whisky et de chagrin lui avaient brouillé les sens, mais il percevait à présent l'odeur de ce sang. L'odeur de la maladie, une puanteur qui imprégnait toutes les cellules de Wallace; aussi forte et puissante que l'odeur du fleuve. Une maladie mortelle, probablement un cancer. Le goût de la corruption dans sa bouche. (...)
La nausée le terrassa. (...) Il se retrouva à terre, incapable de bouger, secoué par le choc, redoutant un nouvel accès de nausée. (...)
Il vit Wallace viser, puis ferma les yeux. Et la nuit explosa, et la douleur transperça sa poitrine. Impossible de respirer. Un projectile de plomb incandescent le pénétra. Il garda les yeux fermés pour ne pas voir le triomphe se peindre sur les traits de Wallace.
Avant d'être emporté par un flot de douleur et de nausée, il eut le temps de formuler un ultime regret : Trois cent quatre-vingt-trois ans... une si longue vie... il aurait dû être beau... pas comme ce vieil homme triste et fatigué... il aurait dû être adorable."







